DES JOUES
Les joues, situées sur les parties latérales de la face, sont des parois contractiles dermo-musculaires, comprises entre les deux tégumens externe et interne, et constituent tout à-la-fois, aux régions latérales inférieures de la tête, l'enveloppe périphérique du squelette de la face, et la paroi d’enceinte extensible et mobile de la cavité buccale. Fondues dans leurs contours, à l’extérieur, avec l’ensemble des parties molles de la face, elles n’ont pas dans leur surface cutanée de limites bien précises. Celles qu'on assigne ordinairement dans ce sens à chacune d'elles, sont : en haut, la pommette ou l’éminence malaire, au milieu; en avant, le bord inférieur de l'orbite et en arrière l’apophyse zygomatique ; en bas la base de la mâchoire inférieure; en avant la commissure des lèvres, et le bord antérieur du muscle triangulaire des lèvres; en arrière le bord postérieur de la mâchoire inférieure. En dedans, du côté de la bouche, elles sont bornées exactement en haut et en bas par le repli de la membrane muqueuse qui les abandonne pour se porter sur les os maxillaires ; en avant par la surface interne des commissures , et en arrière par un repli de la muqueuse buccale, situé au-devant des piliers du voile du palais.
La forme des joues est à-peu-près quadrilatère. Leur surface externe où cutanée, forme un plan vertical fuyant en bas et en dedans. Elle est généralement arrondie, douce et polie chez les enfans et chez les personnes grasses, déprimée à son milieu et quelquefois ridée chez les personnes maigres. Chez l’homme adulte une partie de cette face est couverte de poils. La face interne des joues, tapissée par la membrane muqueuse, est libre, en contact avec les arcades alvéolo-dentaires, et présente l'orifice du canal de Sténon, vis-à-vis de l'intervalle qui sépare la première grosse dent molaire de la seconde.
Structure des joues.
En procédant de dehors en dedans, on trouve comme parties constituantes des joues : la peau, des muscles, une couche graisseuse, des glandes, la muqueuse, des vaisseaux, des nerfs et un canal excréteur. Outre les parties molles, on y trouve aussi une charpente osseuse constituée par l'os de la pommette, et la branche de la mâchoire inférieure, décrites en leur lieu. Nous allons passer successivement en revue chacune des parties constituantes des joues.
1° Couche cutanée. Dans la région génienne, la peau est extrémement fine, surtout au niveau de la pommette. Chez les en-
T. Ve
fans et les femmes, cette finesse est à-peu-pres la même partout, et la peau dans toute cette surface est lisse et glabre; tandis que chez l’homme, après l’âge de la puberté, la peau de la joue se couvre uniformément de poils distingués arbitrairement par des noms différens : à sa partie inférieure, la barbe, et à son bord, les favoris. Le système capillaire sanguin des joues, très prononcé, surtout avant l’âge adulte, s’injecte ou se décolore sous l’influence des émotions ou des impressions morales, suivant qu’elles sont gaies ou tristes. Mais cette influence nerveuse des passions de toute sorte, certaine chez tous les individus, a néanmoins souvent des effets contraires, suivant les variétés de caractere et de constitution. En général, la timidité, l’humiliation, un vif désir, la pudeur, font tout aussitôt, comme on le dit vulgairement, monter le sang au visage. Les alcooliques et toutes les substances qui activent la circulation, produisent avec un temps plus long les mêmes effets. Au contraire, toutes les passions dépressives , la peur, la tristesse , le découragement, comme aussi toutes les impressions nerveuses qui ralentissent la circulation ou refoulent le sang à l’intérieur, les vomissemens spontanés ou provoqués, les syncopes, etc., sont habituellement suivis de pâleur au visage. Quelques affections violentes, la colère, la haine, s’annoncent par des effets opposés suivant les individus. Les maladies des poumons sont accompagnées de la rougeur des pommettes, et celles du cœur de la pàleur des joues. En somme, cette grande perméabilité des joues persiste encore après la mort. Les injections pénetrent avec la plus grande facilité dans les vaisseaux qui s’y ramifient. Bichat avait fait la remarque que ce système capillaire est uniquement cutané, les couches sous-jacentes ne recevant pas plus de sang que partout ailleurs. Cette observation est d’autant plus vraie, que les parties les plus vasculaires de la face ne sont pas les joues, mais bien les orifices cutanés, les paupières, les lèvres, les narines, l'oreille externe. Aussi ces parties sont-elles, dans le déclin de l’âge, celles où se développent le plus fréquemment des tumeurs sanguines.
2° Couche musculaire. Un assez grand nombre de muscles entrent dans la composition des joues: c’est en arrière, le masséter et une petite portion du peaucier ; en haut une portion de l’orbiculaire des paupières; à la région buccale, le buccinateur, les deux zygomatiques, le canin et les élévateurs. Le muscle buccinateur est recouvert par une lame aponévrotique très adhérente que nous ne devons pas oublier de rappeler ; on la considère comme l'épanouissement de la gaïne fibreuse du canal de Sténon. Elle s’épaissit en arrière où elle reçoit le nom d’aponévrose buccinato-pharyngienne, parce qu’elle donne insertion dans ce sens au muscle constricteur supérieur du pharynx en arrière, et au buccinateur en avant. Les muscles de cette région présentent deux plans qui sont séparés par une grande quantité de graisse et de tissu adipeux. Le grand zygomatique et le masséter sont placés en dehors et le buccinateur en dedans. Cette graisse est d’autant plus abondante et plus molle qu’on approche davantage du buccinateur et surtout de sa partie postérieure; sa couleur est jaunâtre. Contenue dans un tissu cellulaire lâche, elle favorise les mouvemens des muscles voisins, et concourt à augmenter l'étendue du diamètre transversal de la face. Lorsque les joues deviennent bouffies, c’est par suite de l’infiltration séreuse de cette graisse. L’extrème facilité avec laquelle elle y est absorbée ou exhalée suivant les circonstances, dit Bichat, est digne de remarque. Son absorption assez prompte est l’un des premiers
effets de l’amaigrissement dans les maladies; mais une exhalation nouvelle la répare en peu de temps dans la convalescence ;
3° Couche muqueuse. Elle fait suite à la muqueuse labiale, et présente des caractères analogues ; toutefois il convient de faire remarquer que le tissu cellulaire intermédiaire de cette membrane à la couche musculeuse, est moins dense qu'aux lèvres, car la muqueuse de revêtement y est beaucoup plus facile à détacher.
4° Couche glanduleuse. Elle est constituée par des petites glandes salivaires situées entre les muscles et la membrane muqueuse .Semblables à celles qui setrouvent à la face postérieure des lèvres, mais toutefois moins nombreuses, elles sont très sensibles à travers la muqueuse, sous laquelle elles se dessinent en relief, et sont pourvues de canaux qui traversent cette membrane, et viennent s'ouvrir à sa surface interne par des orifices distincts. Deux de ces glandes, plus volumineuses que les autres, ont mérité d’être désignées par des noms particuliers: ce sont les g/andes molaires situées entre les muscles buccinateur et masséter. Elles présentent chacune un canal excréteur, dont l’orifice se trouve au niveau de la dernière dent molaire, d’où le nom qui leur a été donné.
5° Vaisseaux sanguins et bmphatiques des joues (a). Les artères de cette partie viennent 1° de la faciale ou maxillaire externe dont les rameaux géniens se rendent dans tous les muscles de la joue, le masséter, le peaucier, le buccinateur, le canin, les zygomatiques, etc., dans le tissu cellulaire graisseux, sur le conduit de Sténon, sur les bords de la glande parotide et dans la peau. 2° De l'artère transversale de la face. Fournie elle-même par l'artère temporale, cette artère accompagne le canal de Sténon et se termine au-devant du muscle masséter en se ramifiant sur ce conduit, dans la glande parotide, dans les muscles grand et petit zygomatique, ainsi que dans la peau : plusieurs ramuscules s’anastomosent dans l'épaisseur de la joue avec ceux des artères faciale, buccale et sous-orbitaire. 3° De l'artère maxillaire interne qui fourniten plans profonds les artères buccale, alvéolaire supérieure, sous-Orbitaire , dentaire inférieure et massétérine. L’artère buccale se répand dans les muscles buccinateur , grand et petit zygomatiques, dans la membrane muqueuse des joues, ses glandules et ses follicules muqueux. La sous-orbitaire, après avoir franchi le trou sous-orbitaire, répand, en plus grand nombre encore que la précédente, des rameaux dans tous les sens, dont plusieurs vont dans l’épaisseur de la joue. L'abéolaire, parvenue à la fosse canine, se perd en se divisant dans les muscles de la Joue, principalement le buccinateur. Tous ces rameaux géniens, provenant de diverses origines, forment en commun un épais réseau anastomotique qui embrasse à plusieurs plans toute l’épaisseur de la joue. Les artères massétérines se répandent tout entiéres dans le muscle masséter (t. 1v, pl. 28, 3r).
(b) Les veines portent le même nom que les artères et suivent exactement la même direction, mais en sens inverse, pour se
rendre dans les veines faciale, maxillaire interne et temporomaxillaire.
(c) Les vaisseaux lymphatiques vont se rendre aux ganglions
lymphatiques qui sont au voisinage de la glande parotide, et sur les vaisseaux faciaux et maxillaires internes.
6° Nerfs. Comme pour les lèvres ils viennent tous du facial et du trijumeau. Le nerf facial fournit aux joues des filets moteurs par ses deux branches principales : ce sont les filets buccaux et malaires, qui vont à tous les muscles élévateurs des lèvres par sa branche temporo-faciale, aux abaisseurs par sa branche cervico-faciale et à l’orbiculaire palpébral par toutes deux. Le trjumeau fournit : 1° par la branche sensitive maxillaire supérieure, les filets sous-orbitaires dont les plus externes vont à la peau et à la muqueuse de la joue; 2° par le nerf masticateur du maxillaire inférieur, les rameaux massétérins qui se répand dans le muscle masséter, et /e buccal qui se divise sur le muscle buccinateur. 3° D’autres filets du maxillaire inférieur vont dans la peau et la muqueuse jusque vers la commissure des lèvres , et, parmi eux, des j£lets du mentonnier vont dans la partie inférieure de la peau de la joue et à la membrane muqueuse en regard.
Etat des joues suivant les divers âges. 1° Chez les enfans les joues de même que les lèvres sont plus longues que l’espace qu’elles occupent; cette disposition qui tient à l'absence des dents est, en partie, cause de la saillie qu’elles forment en dehors, mais une autre circonstance qui a encore plus d'influence sur la productionde cettesaillie est l'accumulation d’une grande quantité de graisse dans son épaisseur. La graisse y est disposée sous forme d’une boule arrondie, située au milieu de la joue, bien isolée du tissu adipeux environnant, et comme enkystée; ce peloton graisseux est ferme, solide, et ne manque jamais. Les joues conservent cette disposition jusqu’à l’éruption des dents. Après leur sortie, ces caractères s’effacent peu-à-peu ; en effet, ces organes donnant plus de hauteur aux mächoires, la saillie produite par l'excès de longueur des joues disparait. 2° Chez l'adulte l’état des joues est tel que nous l’avons indiqué dans notre description générale. 3° Chez le vieillard, la chute des dents, et l’usure des bords alvéolaires diminuant beaucoup la hauteur des mâchoires, les joues reprennent leur excès de longueur; mais comme elles ne sont plus soutenues comme chez l'enfant par le bourrelet graisseux, elles deviennent flasques, ridées et tombantes. Chez les sujets maigres elles s’enfoncent en dedans.
Usages des joues. En qualité de parois cérébro-spinales, sous l'influence motrice volontaire du nerf facial, ces organes concourent à la mastication, en retenant la salive et les alimens contre les arcades dentaires et en les poussant entre ces arcades. C’est dans ce même sens qu’elles servent aussi à la succion, à l’articulation des sons, pour jouer des instrumens à vents, etc. Leur action, involontaire sous l'influence du grand sympathique et du trijumeau, en fait des organes d'expression par leurs mouvemens et leurs diverses colorations sous l’influence des passions.
CAVITÉ DU VESTIBULE OU BOUCHE ANTÉRIEURE. Nous savons déjà qu'elle se compose de l’espace médian situé entre la paroi d'enceinte des parties molles , formée par les lèvres et les joues à l'extérieur, et les arcades gingivo-dentaires à l'intérieur. Cette cavité, tapissée dans toute son étendue par la membrane muqueuse buccale, présente une forme demi-elliptique en travers et d’un côté à l’autre, à convexité antérieure, comme celle des arcades alvéolaires dont elle inscrit le contour, et constitue un canal vertical aplati, limité en haut et en bas par les deux gouttières de réflexion de la muqueuse qui, des bords adhérens ou des attaches maxillaires des lèvres, se portent sur les arcades gingivales. Dans le vestibule, affluent les liquides salivaires des
CAVITÉ
glandes parotides et des glandules labiales, buccales et molaires, dont les canaux s’ouvrent sur la surface muqueuse de la paroi génio-labiale. Au repos, la bouche fermée, la cavité vestibulaire à ses extrémités, s’efface presque complétement par l’application de sa paroi mobile contre celle qui est fixe, et se trouve bornée à un petit canal triangulaire à sa partie moyenne, résultant, à cette hauteur, du léger écartement de ses parois , c’est-à-dire de la projection en dehors de la paroi d'enceinte, en coïncidence avec l’inclinaison en dedans des arcades dentaires. C’est dans ce canal que s’amasse la salive. Dans cet état d’occlusion de la bouche, où les deux plans dentaires sont appliqués l’un contre l’autre, en tant qu'il ne manque point de dents, la cavité du vestibule, fermée partout ailleurs, ne communique avec la cavité orale proprement dite, ou la cavité palato-linguale, qu’en arrière des arcades alvéolaires, où la succion de la langue attire la salive vestibulaire. Au contraire, la bouche étant ouverte, la cavité du vestibule communique isolément ou simultanément à volonté, à l'extérieur par l’orifice buccal, et avec la cavité palato-linguale par l'intervalle qui résulte de l’écartement des arcades dentaires, La cavité du vestibule, en raison de l’extensibilité de sa paroi d'enceinte, est susceptible d’une grande dilatation. Elle forme autour des arcades dentaires une gouttière demi-elliptique, où, comme le dit M. Cruveilhier , une sorte de réservoir dans lequel les alimens sont déposés pour être soumis au fur et à mesure à l’action des organes masticateurs et à l’imprégnation de la salive. Chez quelques quadrumanes, dont les joues ontune ampleur considérable, elles affectent encore plus complétement cet usage de réservoir ou de poche alimentaire de réserve, que l'animal, en cas de danger, se dépêche de remplir en fuyant.
ARCADES GINGIVO-DENTAIRES.
Au nombre de deux, une pour chaque mâchoire supérieure et inférieure, elles forment à l’intérieur de la bouche deux saillies horizontales demi-elliptiques, prolongemens solides des os maxillaires, dans lesquels sont enchâssés comme des clous, des petits organes phanériques, calcaires et cunéiformes, d’une grande dureté, les dents, destinées à opérer la division mécanique de l’aliment. Par leur superposition , la bouche fermée, les deux arcades réunies, représentent une cloison qui sépare la cavité vestibulaire de la cavité orale. Le bord alvéolaire d’en haut, qui forme le prolongement des deux os maxillaires supérieurs, étant la surface solide et fixe, ou en quelque sorte l’enclume sur laquelle vient frapper le bord alvéolaire du bas ou de la mâchoire inférieure, est plus épais que ce dernier : de sorte que sa section verticale est triangulaire, la base tournée vers l’os maxillaire et le sommet tronqué vers le bord dentaire. Tous deux, épais et larges en arrière, pour l'implantation des dents grosses molaires, s’'amincissent graduellement vers la courbe antérieure, à mesure que les dents elles-mêmes s’amincissent, des petites molaires, aux canines et aux incisives. Les bords alvéolaires n’occupent pas toute l'étendue de la cavité buccale. De chaque côté, en arrière, ils se terminent par une extrémité libre, mousse et arrondie, et laissent entre la dernière dent molaire et le pilier antérieur du voile du palais, un espace de un centimètre et demi, pouvant admettre le bout du doigt indicateur. Cet espace par lequel la cavité vestibulaire débouche dans la cavité orale, permet d’y introduire des boissons, lorsque les dents sont fortement serres comme dans le trismus, ou quand il est nécessaire de mainte-
nir les deux bords alvéolaires appliqués l’un contre l’autre, comme dans les cas de fractures de la mâchoire inférieure.
Chacune des arcades alvéolaires se compose de trois sortes de parties : 1° le bord alvéolaire, la portion du squelette, emprunté de l’os maxillaire correspondant et percé de trous ou alvéoles, les cavités de réception des dents; 2° les gencives, le tégument des alvéoles et le moyen de sertissure des dents; 3° les dents elles-mêmes, composant par leur juxta-position en deux demiellipses, les arcades dentaires, les plans de broiement des substances alimentaires dans l’acte de la mastication. Nous n'avons point à parler des alvéoles et des dents, dont nous avons donné la description topographique dans l’ostéologie, et dont la structure intime appartient à l’histologie. Bornons-nous donc à traiter des gencives.