NERFS DE LA LANGUE
On trouve dans la langue trois nerfs très volumineux , ce sont: 1° le nerf grand hypoglosse; 2° le nerf lingual du trijumeau, et
3° le nerf glossopharyngien. A ces trois nerfs principaux s’ajoutent aussi les rameaux du facial, et peut-être aussi du pneumogastrique. Donnons spécialement la distribution des branches terminales de ces nerfs dans la langue. Comme nous l'avons fait dans tout ce qui précède, nous ajouterons successivement à l’état des connaissances sur chaque nerf, les résultats de nos propres recherches.
Portion linguale du grand hypoglosse. Ce nerf, après avoir fourni des filets moteurs aux muscles sous et sus-hyoïdiens, puis à la portion extra-linguale des muscles extrinsèques de la langue, les styloglosse, hyoglosse et génioglosse, pénètre dans l’épaisseur de cet organe , entre le génioglosse et le lingual inférieur, mais plus particulièrement, en avant, entre les fibres du premier. Dans son trajet, il se divise en nombreux filets qui vont se répandre d’abord dans ces deux muscles et puis à toutes les fibres charnues dela langue. On a cru long-temps que les filets terminaux de l’hypo-glosse venaient se ramifier dans les papilles de la face dorsale de la langue. Cette opinion émise par Vieussens, et successivement adoptée par Boerhaave, Cheselden, et parmi nous récemment par M. Ribes, est maintenant rejetée par tous les anatomistes. M. Huguier, qui a fait des recherches sur ce point, aurait vu les filets de l’hypoglosse former des'arcades successives et de plus en plus petites, analogues à celles que forment le artères mésentériques , et aurait toujours trouvé que les plus fins qu’il a pu suivre allaient se terminer à des fibres musculaires, et jamais à la muqueuse de la langue. Nous verrons plus loin quelles modifications il convient d'apporter à cette opinion, d’aprés les anastomoses du nerf hypoglosse.
A cette indication générale, telle qu’elle est professée partout, M. Valentin, d’après ses recherches et celles d’Arnold, ajoute plusieurs détails importans (Æncycl. anat., t. 1v, P- 473). Aprés une premiére anastomose avec le nerf lingual et les plexus nerveux de l'artère linguale, le nerf hypoglosse fournit un filet au musle stylo-glosse. Au-delà , trois rameaux, et quelquefois plus, du même nerf, forment en majeure partie le plexus situé sur la face externe du muscle hyo-glosse. Puis des rameaux en grand nombre se distribuent au muscle génio-glosse, et s’'anastomosent par plusieurs filets avec d’autres émanés du nerf homonyme du côté opposé.
2° Portion linguale du nerf lingual. M. Valentin > qui donne de ce nerf la description la plus avancée, le divise en deux sortes de rameaux, destinés, les uns à la muqueuse buccale, et les autres aux papilles de la langue. Les premiers, au nombre de trois ou quatre, et qu'il a trouvés distincts de ceux de la glande sublinguale, montent sur cette glande pour gagner la muqueuse. La portion papillaire du lingual est divisée par cet anatomiste en trois branches, d'où naissent six, huit ou dix rameaux, partagés eux-mêmes en filets externes et internes, et qu'il fait distribuer en nombreux plexus dans les papilles de la langue et dans le tégument de cet organe. Dans leur trajet au travers de la substance musculaire de la langue, M. Valentin a bien vu que « les ramifications, grosses et petites, forment entre « elles des plexus nombreux et fort élégans, et en produisent « également de non moins nombreux, mais plus délicats, avec « les ramuscules du grand hypoglosse » (Æzcyclop. anat., t. 1v p- 380.)
Complétons maintenant l'étude des deux nerfs sensitifs de la langue, d’après les résultats de nos observations avec M. Ludovic.
Description et connexions de la portion linguale des nerfs hypoglosse et lingual, d'après nos propres recherches.
1° Nerf hypoglosse. Après avoir fourni le rameau du muscle hyo-thyroïdien , au-dessus et en arrière de la grande corne de l'os hyoide, le nerf hypoglosse, d’abord parallèle à l'artère linguale, au-dessus de laquelle il est situé, croise en dehors et en bas la direction de cette artère, qui remonte et s'enfonce sous l'hyoglosse; puis, sans avoir beaucoup perdu de son volume primitif, il longe, à quelques millimètres de distance, le bord supérieur de l’hyoïde, de sa grande à sa petite corne. Dans ce trajet de 4 centimètres, où l’hypoglosse décrit une courbe légere et presque horizontale, à concavité supérieure, il est appliqué en dedans sur l'insertion hyoïdienne du muscle hyoglosse, recouvert en dehors, d’arrière en avant, par le faisceau maxillaire du digastique, et par les muscles stylo-hyoïdien et mylohyoïdien, jusqu’à l'extrémité de sa courbe, où il remonte en s’enfonçant sous le muscle génio-glosse (t. 111, pl. 42, 43). Partant de ces connexions bien connues, voyons comment va se distribuer au-delà le nerf hypoglosse.
Dans sa courbe sur l’hyo-glosse, sa portion en quelque sorte extra-linguale (t. mr, pl. 43, ett. v, pl. 15 bis, fig. 5), l'hypoglosse envoie d’abord en haut quatre ou cinq filets destinés aux muscles stylo et hyo-glosses, faisant partie d’un plexus à la surface de ce dernier muscle, sur lequel nous allons revenir. Puis il émet en dedans un fort rameau, d’où émanent plusieurs filets plexiformes qui se jettent dans l’attache hyoïdienne des muscles génio-hyoïden et mylo-hyoïdien, et, continuant son trajet sans avoir sensiblement perdu de son volume, s’anastomose sur le plan moyen, avec un pareil rameau émané de son homonyme du côté opposé. Immédiatement au-dessus, d’autres filets internes, au nombre de trois ou quatre, anastomosés sur l’hyoglosse en un petit réseau plexiforme, vont se jeter dans l’attache hyoiïdienne du muscle génio-glosse. À la même hauteur, du bord externe du tronc nerveux se dégagent non pas seulement, comme on le dit, trois où quatre, mais dix à douze rameaux ou filets ascendans (t. v, pl. 45 bis, ett. 1x, pl. 43 et pl. 48, fig. 3), qui viennent former un assez vaste plexus sur la face externe du muscle hyo-glosse. De ce plexus, déja mentionné plus haut, partent de nombreux filets également plexiformes, qui se distribuent dans les muscles stylo-glosse, hyo-glosse, linguaux inférieur et médian. Les filets du stylo-glosse, d’après nos recherches, forment dans son épaisseur, avec d’autres filets émanés de la branche antéro-externe du glosso-pharyngien, une anastomose importante au point de vue de la physiologie de la langue. Les rameaux antérieurs du plexus de l’hyo-glosse, au nombre de quatre, cinq ou six, les plus forts, constituent une grande arcade verticale d’anastomose avec d’autres rameaux descendant du nerf lingual. Cinq ou six filets de l'hypoglosse dégagés des rameaux les plus antérieurs de cette arcade commune, et un plus grand nombre, émanés de deux rameaux du lingual, plongent dans le muscle génio-glosse. Après avoir contribué à fournir le plexus du muscle hyo-glosse, le tronc du nerfhypoglosse, devenu proprement lingual , s'enfonce entre les muscles génio-glosse et lingual inférieur en dedans et à quelques millimètres des artères et veines linguales, et décrit, en se rapprochant de plus en plus du plan du lingual, un trajet oblique ascendant d’arrière en avant, jusqu'au milieu de la langue, où il s’éparpille entre les faisceaux du génio-glosse, pour se terminer dans le tiers anté-
rieur de l’organe, parallèlement à la hauteur des filets infé- T, V.
rieurs du nerf lingual d’une manière que nous déterminerons plus loin.
Depuis son entrée entre les muscles de la langue jusque vers le milieu de cet organe, le nerf hypoglosse émet en grand nombre des rameaux de 1/2 à 1/4 de millimètre. En dedans il fournit quatre ou cinq rameaux internes qui s’anastomosent entre les fibres du génio-glosse en un réseau plexiforme allongé, se distribuent aux fibres de ce muscle et à toutes celles qui entrecroisent sa direction, et s’anastomosent par des filets sur la ligne médiane, avec les pareils du côté opposé. En dehors et en haut, il dégage huit à dix rameaux externes et ascendans, assez gros, très longs, tous aussi d'apparence plexiforme, dont plusieurs, de même aussi que les filets internes, s’anastomosent avec des filets correspondans, provenant du nerf lingual. Cette disposition si caractéristique des deux grands nerfs de la langue, qui s’observe également dans toute la masse musculaire, déjà facile à reconnaître dans la langue de l’homme, acquiert encore bien plus d'évidence dans la langue des grands animaux, le bœuf et le cheval, où ces anastomoses se font par de longs rameaux d’un volume considérable, 1/2 à 1 millimètre et plus. C'est probablement à ces réseaux anastomotiques qu'il a reconnus, que M. Valentin applique la dénomination de plexus sensorio-moteur. Mais ces anastomoses n'existent pas seulement entre ces deux nerfs; elles ont lieu aussi de part et d’autre, et des rameaux communs de jonction avec le petit plexus ganglionaire de l'artère linguale et de ses divisions, dans toute la longueur de la langue.
A partir du milieu de cet organe jusqu’à sa pointe, le nerf hypoglosse, divisé en un grand nombre de filets, cesse de faire un tronc, et, dans une longueur de 4 centimètres, s'éparpille en un réseau plexiforme, composé de six, huit, dix filets nerveux principaux , anastomosés entre eux ou réunis par de nombreux filamens, à courtes distances, qui environnent de leurs entrelacemens les faisceaux du génio-glosse. De ce plexus et du nerf lingual procèdent de forts rameaux communs d’anastomose qui passent en arcade sous l’artère linguale, et de ces rameaux communs, comme aussi de chacun des deux nerfs hypoglosse et lingual émergent de nouveaux filets d'anastomose, avec le plexus ganglionaire de l'artère linguale et de ses divisions. J'ai fait dessiner cette triple disposition dans une figure grossie à 2 diamètres 1/2 (pl. 15 bé, et fig. 4); mais pour ne pas faire confusion, on n’a tenu compte que des principales anastomoses; le réseau microscopique qu’elles forment en commun est si nombreux, qu’il masquerait tout en le copiant au complet. Des innombrables filamens de ce plexus émergent en dedans, en dehors et en haut, les nervules qui vont se distribuer aux fibres entrecroisées des divers muscles de la langue. Enfin, parvenu au cinquième antérieur de l'organe, les filets devenus très minces de l'hypoglosse, se divisent en deux groupes : l’un ascendant, va se répandre dans les fibres charnues de la pointe de la langue; l'autre, qui fait suite au plexus, s’anastomose par six ou huit filets avec d’autres provenant du lingual. Tous ces rameaux forment en Commun un réseau plexiforme qui fournit des nervules à la glande de Nühn et aux glandules circonvoisines, et va, toujours avec le même caractère, se confondre sous la pointe de la langue avec le plexus anastomique terminal, qui réunit ainsi sur la ligne médiane les extrémités réunies de l’hypoglosse et du lingual des deux moitiés de la langue.
2° Nerf lingual. Parvenu sur le côté de la base de la langue,
entre l'amygdale et la glande sous-maxillaire, il est placé superficiellement sous la muqueuse , et longe en diagonale, par son tronc principal, la face inférieure de la langue, plutôt qu’il ne pénètre dans sa substance. Dans sa longueur, de la base à la pointe de la langue, il suit un trajet oblique d’arrière en avant
“et de dehors en dedans. Appliqué d’abord contre l’hyoglosse , le long du bord supérieur de la glande sous-maxillaire, il suit le bord inférieur du stylo-glosse, puis le lingual inférieur, placé au côté interne de la glande sublinguale, et accompagné en ce sens par le canal de Warthon, dont il croise la direction. En dehors, il est en rapport, à distance, en arrière avec l'artère et la veine sublinguale, mais s’en rapproche de plus en plus en avant, où il se termine à la face inférieure de la pointe de la langue en s'anastomosant avec l’hypoglosse.
Les détails dans lesquels nous sommes entrés concernant l'hypoglosse vont nous éclairer sur le mode de distribution du lingual. Aprés avoir fourni en bas les six, huit ou dix filets qui vont au ganglion sous-maxillaire, il émet en deux origines ceux qui vont à la glande sublinguale. Ces filets y forment un plexus avec un renflement d'apparence ganglionaire, d’où procèdent d’autres filets qui vont à cette glande, au plexus du canal de Warthon, et au-delà, à la membrane muqueuse. Un filet particulier établit la communication directe de ce renflement gangliforme avec le ganglion sous-maxillaire (PI. 144er, fig. 1, et 15 bis, fig. 5); à quelques millimètres plus loin, le lingual ‘donne les deux ou trois rameaux qui concourent avec l'hypoglosse à former le plexus de la face externe du muscle hyo-glosse dont nous avons parlé plus haut. À partir de ce point, dans une longueur d’environ 4 centimètres, jusqu'au tiers antérieur de la langue, le lingual émet trois sortes de rameaux : 1° Les uns, énternes et supérieurs , au nombre de six ou sept, sont autant de faisceaux ou de pinceaux plats, formés eux-mêmes de six, huit, dix filets divergens, qui s’enfoncent entre le lingual inférieur et le génio-glosse dans la profondeur de la substance musculaire de la langue, pour gagner sa surface libre, où ils se rendent dans la membrane papillaire. Ces filets forment bien entre eux des anastomoses en arcades, jusqu’au voisinage de l’aponévrose sus-linguale; mais à cela près ils sont directs, et l'aspect plexiforme n’y est pas aussi prononcé que dans ceux de l’hypoglosse. 2° C’est, comme nous le savons déjà, des rameaux internes que naissent les filets qui vont s'anastomoser dans l'épaisseur de la langue, et plus particulièrement du génio-glosse, avec ceux fournis par le nerf hypoglosse, pour former, conjointement avec les nerfs ganglionaires de l'artère linguale, le plexus triple si abondant, que nous avons décrit ci-dessus. 3° La dernière série est formée par les rameaux externes. Ceux-ci forment également des pinceaux plats ou des groupes de tilets au nombre de cinq à six, qui naissent à quelques millimètres lesuns des autres du bord externe du tronc lingual, dans une longueur de 3 à 4 centimètres, un peu au-devant des premiers rameaux internes, et jusqu’au quart antérieur de la langue. Chacun de ces faisceaux, formé de quatre, cinq à six filets, se dirige transversalement en dehors, sous le muscle lingual inférieur , s’insinue sous le stylo-glosse pour contourner le bord de la langue, et se rend dans la membrane papillaire, en traversant les muscles styloglosse et lingual longitudinal supérieur.
Au tiers antérieur de la langue, le nerf lingual envoie encore un certain nombre de filets externes plexiformes, qui contournent le bord et la pointe de la langue. Pour le reste, nous savons déjà comment il se comporte. Quelques filets internes vont for-
mer avec ceux de l’hypoglosse le plexus qui enveloppe la glande de Nühn. Les trois ou quatre filets médians assez forts, qui continuent letronc principal, concourent aussi à former avec les précédens le plexus de la même glande. De ce plexus partent les derniers filamens qui traversent les muscles pour se rendre à la membrane papillaire de la pointe de la langue. Enfin, au-devant des glandes de Nühn, les deux ou trois derniers filets plexiformes de terminaison du lingual, déjà réunis en un plexus commun avec ceux de l’hypoglosse et de l'artère, s’'anastomosent d’un côté à l’autre en une double ou triple arcade sous la pointe de la langue.
A la surface de la langue, de quelque part que proviennent les filets terminaux du lingual, leur caractère est de former entre eux des arcades d’anastomoses. C’est ainsi qu'ils se conduisent dans l'épaisseur des muscles, près de leur surface, sous l'aponévrose linguale, et enfin à la face extérieure de cette aponévrose, sous la membrane papillaire, à laquelle nous renvoyons pour leur mode extrême de terminaison.
3° Portion linguale du glosso-pharyngien d'après les auteurs. Après avoir fourni les rameaux tonsillaires, le glossopharyngien, réduit à la moitié de son volume primitif, s’insinue de chaque côté par plusieurs rameaux dans l'épaisseur et sous la muqueuse de la base de la langue, y forme une anastomose avec le lingual (Scarpa) qui semble être le premier lien fonctionnel de ces deux nerfs et, selon M. Valentin, se divise en deux rameaux externe et interne. Le rameau externe va se distribuer aux glandules mucipares de 4 lignes en arrière à 6 lignes en avant du trou borgne. Un filet anastomosé avec des rameaux du lingual du trijumeau, longe la face inférieure de la langue de son bord vers la ligne médiane, jusqu'auprès de sa pointe. Suivant M. Cruveilhier , le filet qui offre ce parcours, accompagne sur l'artère linguale le plexus ganglionaire. Le rameau interne de M. Valentin, le plus gros, s’anastomose en arrière avec un filet lingual du trijumeau (plexus gustatorio-sensorius), se répand dans la base de la langue jusqu’au trou borgne, et forme autour de celui-ci un petit plexus coronaire. Ses filets terminaux s’avancent obliquement dans la muqueuse vers la ligne médiane, et à 6 lignes au-devant du trou borgne, ne sont distans d’un côté à l’autre que de 1/3 de ligne. L'un d’eux s'anastomose avec des filets terminaux du lingual. M. Valentin soupçonne des anastomoses médianes entre ces filets. Du reste, derrière le trou borgne se trouve une anastomose semblable signalée par M. Huguier entre des filets des glossopharyngiens droit et gauche.
Il est remarquable que dans aucune de ces descriptions , il n'est fait mention du mode de distribution du glosso-pharyngien à aucune sorte de papilles. Arnold est plus explicite, du moins l’un de ses dessins montre-t-il l’arrivée des filets du glossopharyngien aux papilles caliciformes (tab. anat. fasc. 2, tab. x, fig. 13.) Au reste, comme nos dissections de la portion linguale du glosso-pharyngien nous ont présenté beaucoup de différences avec les descriptions qui en ont éte données, pour éviter toute confusion, et dans l'impossibilité de faire la part des variétés ou des anomalies que chaque anatomiste a pu rencontrer, reprenons simplement l'énoncé de ce nerf tel qu'il s’est offert à nous plusieurs fois sur la nature.
La portion linguale du glossopharyngien, d'après nos recherches , s'est montrée constamment formée de deux branches principales : l’une supérieure, et l’autre inférieure, continuation du tronc principal, séparées l’une de l’autre, bien au-dessus de la
langue (7. t. 111). Parvenues à la base de la langue, au-dessous, en arrière eten dedans de l’amygdale, ces branches s'engagent d’abord dans la masse fibro-musculaire de la portion pharyngienne de la langue, et remontent à sa surface dorsale , sous la membrane tégumentaire, où nous allons les suivre dans leur terminaison.
La branche principale, continuation du tronc primitif, de 1,2 millimètre de volume, et que j'appellerai à la langue la branche postéro-interne, en raison de l’espace où elle se distribue, parcourt directement d’arrière en avant, depuis son point d’émergence jusqu’à l’'éminence papillaire du V lingual, le milieu de la surface postérieure on pharyngienne de son côté, à distance moyenne de la ligne médiane et du bord externe de la langue, formé ici par le pilier antérieur du voile du palais. Dans ce trajet, elle fournit trois sortes de rameaux : internes, externes et terminaux. Les rameaux internes , au nombre de six ou huit, se répandent dans l’espace situé entre le nerf et la ligne médiane ; les postérieurs, les plus courts, récurrens en bas et en arrière, les moyens dirigés en travers, et les antérieurs, les plus longs, obliques en avant vers le trou borgne. Dans toute cette surface, ils se distribuent aux glandules mucipares sous-jacentes et à la membrane papillaire. Les plus antérieurs vont s'épanouir en pinceaux dans les grosses papilles caliciformes médianes, en arriere du trou borgne. Quelques filets s’anastomosent d’un côté à l’autre entre les nerfs droit et gauche. Les rameaux externes, au nombre de cinq, six et plus, dirigés obliquement en dehors et en avant, se rendent de l’une à l’autre des deux branches du glossopharyngien, et forment dans leur intervalle un plexus d’où émergent de nombreux filets qui vont se distribuer aux glandules et à la membrane papillaire, hérissée de papilles mamillaires de toute cette partie externe de la surface postérieure de la langue. Après avoir fourni les rameaux externes et internes, la branche principale elle-même s’épa ouit en huit ou dix rameaux médians , rayonnés et divergens, qui vont se distribuer par autant de pinceaux de filets dans les papilles caliciformes des 3/4 externes de la ligne linguale de leur côté. Quelques filets de terminaison des rameaux internes et médians passent sous les grandes papilles et vont former autour du trou borgne et audevant de lui les petits plexus signalés par M. Valentin.
La seconde branche linguale du glossopharyngien , le tiers environ en volume de la précédente (0,40 à 0,50 millim.), et que, par opposition à celle-ci, j'appellerai, eu égard à son trajet, la branche antéro-externe, naît très haut du tronc du glossopharyngien. Déjà, comme nous le verrons plus loin, dans son trajet au-dessus de la langue, elle a reçu un filet d’anastomose du facial dans l’aqueduc de Fallope, et a formé sur le muscle stylo-pharyngien une chaîne plexiforme d’anastomoses. Arrivée à la langue, elle est située à 4 ou 5 millimètres en dehors de cette dernière, et continue de la suivre parallèlement d’arrière en avant, du côté externe, à distance moyenne entre cette branche et le pilier antérieur du voile du palais, jusqu’à l'extrémité du la ligne oblique linguale. Dans ce trajet, elle reçoit en dehors, entre le styloglosse et le glosso-staphylien, les derniers filets de sa chaîne plexiforme autour du stylopharyngien. C’est d’elle que procèdent en ce sens les filets d’anastomose avec le lingual et le grand ramuscule de M. Valentin, qui contourne le bord de la langue, pour se distribuer à sa face inférieure jusqu'à sa pointe. Nous savons aussi que c’est cette branche qui reçoit en dedans les filets externes plexiformes de la branche postérointerne , avec lesquels elle concourt à fournir des nervules aux
glandules et à la membrane tégumentaire. Mais là ne se borne pas sa description. Parvenue dans le sillon situé entre la dernière papille externe caliciforme et l'extrémité du pilier antérieur du voile du palais, cette branche, sans avoir rien perdu de son volume, se jette dans l'extrémité antérieure ou buccale de la langue, dont elle continue de suivre parallèlement le bord externe à 4 ou à millimètres de distance. On peut la suivre ainsi à l'œil nu et à la loupe jusqu’au tiers antérieur de la langue (t. nr, pl. 86), et jusqu'à sa pointe à l’aide du microscope. Dans ce trajet, elle s'épanouit dans la membrane papillaire en nervules dont nous suivrons ultérieurement la distribution, en traitant de l’organe du goût (t. mr).
4° Rameaux du facial. On en trouve deux à la langue, et qui s’anastomosent, l’un avec le glossopharyngien, l’autre avec le lingual. Ce dernier n’est autre que la corde du tympan.
a. Rameau d'anastomose du facial avec le glossopharyngien. Il y a deux ans(1844), M. Ludovic, poursuivant le nerf facial à sa sortie du trou stylo-mastoïdien, outre le fort rameau bien connu d’anastomose du facial avec le glossopharyngien au-dessous du ganglion d’Andersch (pl. 42 et 43), avait trouvé un filet du facial, qui de ce nerfse portait à la branche externe ou linguale antérieure du glossopharyngien. Mais ce filet ne pouvant figurer sur les dessins que nous faisions alors, la mention s’en trouvait reculée à l’époque où nous aurions à nous occuper de la langue. A propos des recherches que nous venonsdefaire sur cet organe, M. Ludovic a repris l'étude de ce filet nerveux du facial. Dans une série de pièces qu'il a préparées, on le trouve à coup sûr appliqué sur la face antéro-supérieure du muscle stylopharyngien. En le suivant en haut, on voit qu’il procède du facial dans l’aqueduc de Fallope. Suivi en bas, il s’anastomose par plusieurs filets assez gros avec le glossopharyngien situé sur l’autre face du muscle qui les sépare. Dans son trajet d'environ 3 centimètres avant ses anastomoses, ce filet, très délié, n’a guère que 1/4 à 1/3 de millimètre; mais dès que commence la série de ses anastomoses avec le glossopharyngien , il devient triple où quadruple de volume, fournit plusieurs filets aux plexus pharyngien et tonsillaire, et enfin se confond avec la longue branche externe du glossopharyngien , qui se répand dans la portion buccale de la membrane tégumentaire de la langue. Cette préparation, refaite des deux côtés sur plusieurs sujets, a toujours donné les mêmes résultats.
D'un autre côté, sans avoir eu connaissance de ces faits, M. Gros a trouvé de son côté un filet du facial anastomosé avec le glossopharyngien, et qui offre la plus grande analogie avec le précédent. D’après une pièce qu'il m'a communiquée, ce filet nait du facial dans le canal de Fallope, à quelques millimètres au-dessus du trou stylo-mastoïdien, près du point d’où se dégage la corde du tympan. Assez fin à son origine(1/3 de millimètre), il s'engage parallèlement au tronc facial, dans un petit canal particulier, et, à sa sortie de l’os temporal, s'applique au stylopharyngien, puis longe en descendant le bord supérieur de ce muscle qui le sépare du nerf glossopharyngien. Dans ce trajet où il marche parallèlement au glossopharyngien, il communique successivement avec ce nerf autour et au travers du muscle qui les sépare, par une suite de filets d’anastomoses parallèles entre eux, figurant, comme le dit M. Gros, les échelons d’une échelle entre les deux nerfs. Accru successivement et, sur cette pièce, plus que doublé de volume par ces anastomoses, il arrive au
côté de la base de la langue, où il s'annonce comme la longue branche antérieure du glossopharyngien , situé qu'il est superficiellement entre le styloglosse et la membrane tégumentaire, où M. Gros l’a suivi le long et au-dessus du bord de Porgane, jusqu’à ses trois cinquièmes antérieurs.
Évidemment dans cette double disposition se trouvent comprises deux variétés d’un même fait très important, l’anastomose du facial avec la branche du glossopharyngien qui va se distribuer à la portion antérieure ou buccale de la langue. Mais il est clair qu’on ne peut y voir, comme dans le second cas, l’origine au facial d’une branche linguale renforcée par des anastomoses avec le glossopharyngien; c’est tout le contraire. Il ne s’agit ici en réalité que de la communication, par un mince filet, du facial avec la longue branche linguale antéro-externe du glossopharyngien , dont le point de départ se fait toujours audessus du filet du facial, et qui est elle-même le cordon de réception des anastomoses avec la branche principale de continuation du glossopharyngien, c’est-à-dire la branche postéro-interne qui se distribue en arrière du V lingual à la portion pharyngienne de la membrane tégumentaire de la langue.
b Corde du tympan. Au-delà du ganglion sous-maxillaire, le filet du facial, dit la corde du tympan, fait partie du nerf lingual. Chez l’homme, je ne sache pas qu'aucun anatomiste soit encore parvenu à l’isoler du tronc de ce nerf. Mais chez les animaux, le cheval, le mouton, le porc, etc., il s’en sépare facilement. Il forme alors un rameau qui se dirige en haut, vers la face dorsale de la langue. M. Demarquay vient tout récemment de l'isoler sur le porc en un filet superficiel qui traverse obliquement en diagonale la face dorsale de la langue, et paraît se distribuer à la membrane tégumentaire. Toutefois, pour savoir précisément comment il se comporte à sa terminaison, dans quels tissus il se distribue et quels genres d’anastomoses il peut former avec les autres, il serait besoin de le soumettre à des observations microscopiques spéciales. Nous verrons ailleurs à combler cette lacune.
5° Rameau du nerf preumo-gastrique. M. Cruveilhier parmi les filets de terminaison du nerf laryngé supérieur du pneumogastrique, en accuse un qui s’insinue de chaque côté sous la muqueuse de la base de la langue, dans l’espace intermédiaire aux rameaux des deux glossopharyngiens. Ces filets, dit-il, peuvent être suivis jusqu’au V lingual; mais il n'indique pas l'espèce d’organules auxquels ils se distribuent. M. Richet, qui a bien vu ce rameau destiné à la membrane tégumentaire, a mis son existence hors de doute en le préparant sur trois pièces qu’il a déposées dans les cabinets de la Faculté de médecine de Paris. Nous y reviendrons à propos du pneumo-gastrique (t. 1). Ajoutons-y un filet inédit que nous avons figuré (t. 11, pl. 86). Celui-ci, dégagé d'un rameau pharyngien que le pneumo-pgastrique envoie dans le plexus tonsillaire, descend derrière l’amygdale, s’anastomose avec la branche antéro-externe du glosso-pharyngien et se perd dans la muqueuse de la portion pharyngienne de la langue.
6° À tous ces nerfs il faut ajouter les plexus ganglionaires, qui accompagnent les artères linguales, et que nous avons eu déjà l'occasion de nommer, en raison de leur fréquentes anastomoses avec les deux nerfs, moteur et sensitif. Le principal plexus ganglionaire lingual naît à l'origine de l’artère elle-même du vaste plexus splanchnique inter-carotidien , formé lui-même par des
filets du ganglion cervical supérieur, du pneumo-gastrique, du glossopharyngien et de l’hypoglosse. Le plexus lingual accompagne ensuite les artères dans toutes leurs divisions où nous avons vu le plexus triple qu’il forme partout dans l'épaisseur de la langue avec le lingual et l'hypoglosse. De pareils plexus, quoique plus petits et tout-à-fait microscopiques, accompagnent les artérioles palatines et pharyngiennes qui vont à la langue et forment de semblables anastomoses avec les filets du glossopharyngien et du lingual.
Enfin, dans ces derniers temps des recherches ont été faites sur la structure et le mode de terminaison des nerfs sensitifs de la langue. Plusieurs anatomistes ont essayé de suivre comme nous l’avons fait nous-même , les nervules du lingual dans les papilles de toute sorte de la langue antérieure, et ceux du glossopharyngien dans les papilles caliciformes. On verra ailleurs en quoi nos observations différent des leurs. Remak en outre , a signalé de petits ganglions nombreux sur les expansions des nerfs de la langue, tant, dit-il, ceux qui vont à la substance charnue (hypo-glosse ?) que ceux qui se rendent à la muqueuse (/ingual?) Nous avons eu le soin de faire dessiner cet aspect ganglionaire si remarquable de ces deux nerfs et de leurs anastomoses. Remak du reste, n’a point trouvé de ces nodosités ganglionaires sur les filets qui vont aux grosses papilles, c’est-à-dire sur ceux du glosso-pharyngien, où effectivement il n’y en a point. Valentin, par l’action prolongée de la potasse caustique est parvenu à mettre en évidence les derniers nervules terminaux. D’après son observation ils forment d’abord entre la substance musculaire et la base des papilles, des plexus nombreux, d’où partent des faisceaux de fibres primitives (six à douze), qui montent en serpentant dans l’intérieur des papilles et s’y perdent d’une manière insensible ou se réfléchissent pour revenir sur eux-mêmes après avoir formé des anses terminales. Comme on le verra en son lieu (t. 111, Organe du goût), quoique avec une autre manière d'interpréter les faits, il y a néanmoins une grande conformité entre les observations de ce célèbre anatomiste et celles que j’ai consignées dans l'anatomie dela membrane papillaire de la langue, sur le mode de distribution de l’élément nerveux des papilles.
En résumé, la langue, de tous nos organes, est, après l'œil, celui qui absorbe le plus grand volume de nerfs, et elle est de tous celui où se montrent le plus clairement le plus grand nombre d’influences nerveuses de toute sorte. La langue reçoit, pour chacune de ses moitiés : 1° trois nerfs moteurs ; l'un très considérable, eu égard à son volume, l'Aypogtosse, nerf moteur par lui-même, mais en outre remarquable, en raison des influences diverses auxquelles on peut soupçonner qu'il participe par ses nombreuses anastomoses, au-dessus de la langue avec tant d’autres nerfs de tout genre, moteurs, sensitifs et ganglionaires. À l’hypoglosse s’adjoignent comme nerfs présumablement moteurs deux rameaux du facial anastomosés, l’un avec le lingual, l’autre avec le glosso-pharyngien, et qui semblent mettre, par ses deux nerfs sensitifs, la langue en rapport avec tout l'appareil musculaire de la face. 2° La langue reçoit une portion des trois nerfs mixtes ou sensitifs du prolongement céphalique de la moelle : (a) le glossopharyngier, dont elle absorbe la plus grande partie comme nerf de sensation spéciale, tandis que, par l’autre, elle se trouve en rapport sensitif avec le pharynx, l’isthme et le voile du palais; (2) le Zirgual, considéré par quelques physiologistes comme nerf gustatif, par d’autres simplement comme nerf de sensibilité tactile, mais en tous cas, branche considérable du
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trijumeau , le nerf de sensibilité générale de toute la face. (c) Selon M. Cruveilhier, un rameau, et d’après nousun autre filet du Preumo-gastrique, ce grand nerf qui se distribue dans son cours à tant d'appareils si variés. 3° La langue enfin, eu égard à son volume, est riche en plexus nerveux ganglionaires qui accompagnent ses fortes artères. Dans ce conflit des intrications nerveuses, constatons rigoureusement, par l’anatomie, de nombreuses anastomoses : 1° des deux nerfs sensitifs entre eux; 2 de chacun d’eux avec les deux nerfs moteurs : le lingual avec l’hypoglosse et la corde du tympan ; le glossopharyngien avec le facial par le filet de l’aqueduc de Fallope, et avec l’hypoglosse par le plexus du muscle styloglosse; 3° des nerfs moteurs et sensitifs avec les plexus ganglionaires sur toute l’étendue des artères. 4° Des trois sortes de nerfs d’un côté à l’autre, de manière à réunir les deux moitiés de la langue en un seul système solidaire.
A l'aspect de tant de nerfs d'origines si différentes, partout réunis en plexus communs dans la langue, et dont la signification si large, au moins dans l’ensemble, devient en outre si complexe en tenant compte des autres anastomoses des nerfs dans leur parcours, doit-on s'étonner si la langue possède à-la-fois des fonctions si nettes et si variées, des mouvemens si énergiques et en même temps si prompts, des sensations si vives et si délicates, des sympathies si rapides et si nombreuses? Mais ce qui frappe surtout d’évidence, et montre clairement les liens harmoniques de tant de fonctions, c’est l’alliance et la fusion dans toute l'étendue de la langue des trois sortes de nerfs, moteurs, sensitifs et splanchniques en plexus triples, partout anastomosés du même côté et d’une moitié à l’autre, qui semblent mélanger , sinon confondre partout leurs influences; de sorte que guidé par l'anatomie, le physiologiste, à partir de ces plexus, croit voir les nervules terminaux qui en naissent amener du même coup sur tous les points, quoique en nombre différent et dans des proportions très variées, diverses sortes d'innervation, les unes doubles, les autres triples et même quadruples, suivant la multiplicité des fonctions de chaque partie. C’est, dans un organe merveilleusement disposé par son isolement pour ce genre d'analyse, l’un des exemples les plus frappans de cette complication des influences nerveuses spéciales, sur laquelle j'ai appelé l'attention il y a deux ans, dans un mémoire à l’Académie des sciences (23 septembre 1844) et que je développerai en détail en terminant le système nerveux (t. 111).