DÉVELOPPEMENT DE LA LANGUE SUIVANT LES AGES
La langue est l’un des organes qui se développent le plus promptement. Chez l'embryon de six semaines, d’après Froriep, déjà la langue est formée, mais encore bifide ou séparée en deux moitiés par une fente longitudinale. À neuf semaines elle apparait sous la forme d’un tubercule unique. Suivant Bischoff elle est grosse, ronde, large et fait saillie hors de la bouche. Les papilles distinctement développées, ont à trois mois, d’après Valentin, un diamètre de 0,0025 de pouce. Ce développement précoce, en rapport avec celui de tout l'appareil digestif, était nécessaire, car la langue étant destinée à exercer l’importante fonction de la succion immédiatement après la naissance, devait avoir acquis son développement à-peu-près complet à cette époque de la vie. Alors la langue paraît d’une grande étendue suivant ses diamètres transversal et longitudinal. Son épaisseur aussi est considérable par rapport à ce qu’elle sera plus tard. Sa pointe est plus arrondie comme la courbe antérieure,
Lo
encore aplatie, de la mâchoire qui la reçoit; disposition aussi favorable à la succion que défavorable à la prononciation, laquelle ne s’exercera que plus tard. Les papilles coniques et fongiformes quoique plates, y sont très apparentes; les papilles à calice le sont moins. A la place des deux lignes obliques qu’elles forment plus tard, on en rencontre à droite et à gauche plusieurs qui vont jusqu’au trou borgne, et qui forment plusieurs V s’emboîtant les uns dans les autres. Enfin tous les muscles bien développés sont aussi très distincts. En somme, si le développement de la langue paraît aussi considérable à la naissance, cela tient à ce que les os de la face sont alors peu développés.
Quelquefois le frein du nouveau-né est trop court et gêne la succion; alors il suffit d'en opérer la division. Mais ainsi que le fait remarquer Bichat, ce vice de conformation est beaucoup plus rare que beaucoup de personnes ne le pensent, et l’opération de la section est rarement indiquée.
Dans l'âge adulte, le volume de la langue augmente bien certainement, mais les autres parties de la bouche, et surtout les mâchoires acquérant plus d’ampleur par suite de la sortie des dents, cette augmentation de volume parait moins sensible, mais alors toutes ces parties sont ensemble dans des proportions plus régulières. Chez le vieillard, la chute des ostéides dentaires détruit cette harmonie, et ramène en partie la disproportion de volume qu’il y avait chez l'enfant entre la langue et les parties environnantes.