‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 59 sur 373 · SURFACE INTÉRIEURE DU PHARYNX · texte numérisé non relu

SURFACE INTÉRIEURE DU PHARYNX

Elle est tapissée dans toute son étendue par la membrane muqueuse , accidentée sur les divers points de son parcours. Cette membrane appartient exclusivement au pharynx sur les parois postérieure et latérales, et se confond en avant, au pourtour des divers orifices, avec celles des autres cavités qui viennent s’y ouvrir.

(a) 1° Paroi antérieure (PI. 16, fig. 2). Nous savons déjà que cette paroi est une cloison commune, intermédiaire de la cavité du pharynx avec celles des fosses nasales, de la bouche et du larynx, et percée par les orifices qui établissent leurs communications mutuelles. Les parties dont se compose cette cloison sont donc très complexes et variables dans leur texture, dans chacun des espaces que séparent les orifices. En procédant de haut en bas, on aperçoit r°les orifices postérieurs des fosses nasales. Ils forment deux ouvertures rectangulaires, à angles arrondis, c’est-à-dire ovalaires de haut en bas, élargies inférieurement, de 2 centimètres de hauteur verticale sur 12 millimètres de largeur moyenne, et qui sontséparées par le bord postérieur dela cloison (t.ur, pl. 85). La paroi supérieure sphénoïdale des fosses nasales formant un plan déclive à 45 degrés, en arrière, tandis que le bord libre du vomer qui est aussi celui de la cloison, s'incline sous le même angle en avant, il en résulte que les orifices postérieurs des cavités nasales s'ouvrent obliquement de haut en bas, et d’arrière en avant ; de sorte que chaque cavité nasale décrit une coudure à angle droit pour déboucher dans le pharynx. (tn, pl. 85, fig. 4, 5. ) De cette disposition il suit que le voile du palais a moins d’espace à parcourir pour s'appliquer contre ces ouvertures et les boucher hermétiquement , que si elles étaient placées verticalement. Au travers de ces orifices, sur la paroi externe des fosses nasales, on aperçoit l'extrémité postérieure des cornets et des méats.

2° Au dessous des ouvertures nasales se déploie {4 face postéro-supérieure du voile du palais que termine la luette et les arcades latérales formées par l'isthme du gosier. Cette face présente l'aspect d’un plan incliné, graduellement élargi de haut en bas, sur lequel les mucosités qui viennent des fosses nasales et celles qui sont sécrétées par les glandules nombreuses de cette surface elle-même, glissent dans l’arrière-bouche. Il est important de remarquer ici que ce voile membraneux prolongeant la paroi inférieure des fosses nasales de 4 centimètres, ces mucosités tombent en arrière du larynx, et se trouvent ainsi éloignées de l’orifice de cet organe. Cette disposition fait aussi que les sondes qu’on introduit dans l’œsophage, par le nez, s’y trouvent dirigées presque naturellement par la coudure à angle droitnaso-pharyngienne, et y pénètrent beaucoup plus facilement et plus sûrement que lorsqu'on les introduit par la bouche; tandis

que si l'on veut pénétrer dans le larynx, c’est le contraire qui a lieu , le voile du palais, par sa direction , opposant un obstacle difficile à vaincre. Aussi choisit-on toujours la premiére route pour introduire une sonde dans les voies digestives, et la seconde, pour la faire pénétrer dans les voies aériennes.

3° Au-dessous du voile palatin se présente l’orifice postérieur de la bouche où l’isthme du gosier, que nous avons déjà étudié précédemment. Il forme du côté du pharynx une voûte parabolique d’où append en haut la luette au milieu. Les bords, obliques de chaque côté en bas et en arrière, sont formés par les piliers postérieurs du voile du palais qui viennent se fondre avec la paroi postérieure du pharynx, vers les grandes cornes du cartilage thyroïde, en indiquant le relief du muscle palato-pharyngien qui le forme. Le bord inférieur de l’isthme guttural, reporté plus en avant vers la cavité de la bouche, est inscrit par la base de la langue, l’épiglotte et les trois replis ou ligamens glosso-épiglottiques, un médian et deux latéraux. Entre les replis latéraux et les saillies thyroïdiennes des piliers postérieurs se trouvent les deux dépressions latérales qui commencent les gouttières du pharynx. La forme de lorifice guttural, la composition organique des bords qui inscrivent son contour et l’obliquité du plan transversal qu'il affecte, sont au nombre des particularités anatomiques les plus intéressantes que présente le pharynx au point de vue de la physiologie. La cavité buccale ayant une direction tout-à-fait horizontale, plus même que les fosses nasales qui sont un peu obliques en arrière, pour qu’elle s’ouvrit facilement dans le pharynx, il a fallu que la portion molle palatine et la base de la langue en regard, formassent un coude à angle tres obtus. C’est cette coudure que termine le plan de l’isthme du gosier, d’abord incliné en bas et en arrière au-dessous du voile palatin, puis presque vertical inférieurement, suivant l’axe du pharynx. Il en résulte que l’espace assez court, renfermé entre le voile du palais et la base de la langue, que l’on pourrait nommer le canal bucco-pharyngien où proprement le véritable isthme du gosier, cerné latéralement par les piliers palatins , semble continuer la cavité du pharynx en haut et en avant. (PL 16, fig. 3ett. 11, pl. 102). Maïs cette disposition que partagent les cavités nasales, devient encore plus manifeste et plus spéciale pour le canal bucco-pharyngien, dans l’acte de la déglutition où s’abaisse la base de la langue en même temps que le pharynx se porte au-devant du bol alimentaire : de sorte que celui-ci tombe, pour ainsi dire, par son propre poids dans la cavité pharyngienne. C’est par le même mécanisme que les matières du vomissement sont dirigées vers la bouche plutôt que vers les fosses nasales, lesquelles, d’ailleurs, sont fermées par le soulèvement du voile du palais qui vient s'appliquer à leurs orifices pharyngiens.

4° A la base de la langue, qui circonscrit en bas l’isthme du gosier, succède, au-dessous des replis glosso-épiglottiques, l’orifice supérieur du larynx avec ses parties accessoires. Considéré comme une portion intégrante de la paroi antérieure du pharynx, cet orifice est circonscrit par l’épiglotte, les cartilages aryténoides, revêtus de leurs parties molles et les replis latéraux aryténo-épiglottiques. Toute cette extrémité supérieure du larynx forme la portion rétrécie ou le col d’un petit système en forme d’urne, dont le cartilage cricoïde figure, au-dessous la

portion élargie. Entre les plans latéraux des replis glosso-épi-

glottiques et aryténo-épiglottiques en dedans, et les saillies des grandes cornes du cartilage thyroïde en dehors, existent, de chaque coté, deux sillons verticaux, assez profonds , tapissés comme toute la surface, par la membrane muqueuse, et que l’on nomme les gouttières antéro-latérales du pharynx. Ces deux gouttières , légèrement obliques de dehors en dedans et d’avant en arrière, sont destinées à donner passage aux liquides qui, parvenus au niveau de l’épiglotte, se divisent en deux colonnes pour aller gagner l’œsophage. De la disposition de l’orifice laryngien supérieur, il semblerait devoir résulter que le bol alimentaire devrait s'engager, plus souvent qu’il ne le fait, dans les voies aériennes. Mais, ainsi que nous le dirons plus longuement en traitant de la digestion, la nature y a pourvu. D'abord, l’ouverture du larynx est recouverte par l’épiglotte pendant le passage du bol, et assez bien fermée par cette espèce de soupape, pour qu'il ne puisse y pénétrer des portions d’alimens que par surprise; et puis, par le mouvement d’élévation que subit le pharynx pour aller audevant de l'aliment, le larynx est entrainé en haut en même temps que l’os hyoïde, et son ouverture est dissimulée sous la base de la langue, de façon que ni les alimens solides, ni même les boissons, ne s’insinuent facilement dans le larynx pendant la déglutition. Ce mécanisme, au reste, élucidé par M. Magendie, ne peut laisser aucun doute, puisque, d’après les expériences de cet habile physiologiste, l'introduction des substances alimentaires et des liquides dans le larynx, n’a même pas lieu chez les animaux après la résection de l’épiglotte.

5° Au-dessous des cartilages aryténoïdes vient la surface élargie du cartilage cricoïde et des muscles crico-aryténoïdiens postérieurs. Cette surface, qui termine en bas la paroi antérieure du pharynx, se rétrécit en ce sens pour se continuer sans ligne de démarcation avec celle de l’œsophage.

(b) Paroi postérieure. On peut en apercevoir la portion gutturale à travers l'ouverture postérieure de la bouche chez un individu qui ouvre cette cavité et qui contracte le voile du palais de façon à le relever. Mais pour la mettre tout entière à découvert, il faut faire deux incisions verticales sur les parois latérales. La paroi ne présente rien de bien remarquable. Plane au repos, en travers et légèrement convexe en avant, comme la face antérieure ostéo-musculaire de la colonne cervicale sur laquelle elle s'applique, avec l'intermédiaire des aponévroses pharyngienne, postérieure et prévertébrale, elle est divisée longitudinalement par une saillie médiane ou une colonne verticale qui trace le relief du raphé ou de la suture fibreuse intermédiaire des deux moitiés latérales du pharynx. Les côtés figurent deux gouttières plates ou très légèrement déprimées, partagées au-dessous de l'isthme du gosier par la saillie des piliers postérieurs palatins qui viennent s'y perdre. Au sommet du pharynx la paroi postérieure forme un cul-de-sac à angle obtus, réfléchi de la voûte osseuse cränienne sur la paroi fibreuse des articulations occipito-vertébrales. Sa plus grande largeur, comme celle du pharynx lui-même, se présente au niveau de l’isthme du gosier et diminue peu-à-peu de haut en bas pour se rétrécir brusquement en entonnoir à l’œsophage. Dans toute la hauteur les gouttières latérales sont hérissées par les reliefs des glandules sous-muqueuses qui y font un peu plus de saillie qu'ailleurs.

(c) Parois latérales. Les orifices des trompes d’Eustachi en occupent la partie supérieure. Cet organe constitue, comme on

sait, un conduit rectiligne et infundibuliforme qui fait communiquer la caisse du tympan avec l’intérieur du pharynx, où il se termine par une extrémité ovalaire évasée en forme de pavillon ou d’entonnoir, à laquelle on donne le nom d’orifice guttural ou de pavillon de la trompe d'Eustachi. La disposition de cet orifice est très importante à étudier. Il est placé un peu en arrière du méat moyen des fosses nasales, sur la même ligne horizontale que l’extrémité postérieure du cornet inférieur, et regarde en devant et en haut. Il est précédé par une gouttière dirigée de haut en bas et de dehors en dedans ; enfin il est large et dilatable. La direction du conduit qui lui fait suite, oblique de dehors en dedans, d’arrière en avant et de haut en bas, est très favorable à l'écoulement des mucosités de la caisse du tympan dans l’arrière-bouche. Ce conduit se rétrécit promptement de manière à ne pouvoir admettre dans son intérieur qu’une sonde d’un calibre très fin. Au-delà du rocher il se dilate de nouveau. Cette étroitesse augmente encore sous l'influence des affections catarrhales de la muqueuse qui le tapisse. La trompe d’Eustachi est composée dans les deux tiers ou les trois quarts de son étendue par un fibro-cartilage et tapissée intérieurement par la muqueuse pharyngienne qui complète seule la paroi de son conduit dans le point où le fibro-cartilage manque.

M. Velpeau, dans son Anatomie chirurgicale Genariipir164) 1825), a fait une remarque importante à propos de la trompe d'Eustachi et de son conduit : « C’est qu’entre la racine de Papo- « physe ptérygoïde et l’apophyse basilaire, existe un cul-de-sac «ou une excavation dans laquelle il serait facile de porter la « sonde, lorsqu'on cathétérise les trompes en pénétrant par le « méat moyen. Car si en arrivant dans le pharynx, le bout de « l'instrument était tant soit peu plus relevé qu'il ne convien- « drait, s’il ne tombait pas juste dans le canal guttural du tym- « pan, on arriverait presque toujours dans cette excavation , et « les injections et les caustiques n’auraient pas l’action qu’on «serait en droit d’en attendre si on les faisait agir dans la cavité « de la trompe elle-même. Afin, dit l’auteur, d'éviter cette « méprise, il est plus sûr de sonder par le méat inférieur, attendu « qu'une fois l’algalie arrivée derrière l'extrémité du cornet ma- « xillaire on n’aura besoin que d’en relever un peu l'extrémité «en dehors pour qu’elle glisse presque d'elle-même dans le « point convenable, en suivant la gouttiére que nous avons « indiquée. » La direction du conduit de la trompe d’Eustachi fait pressentir que, si l’on veut pouvoir pénétrer facilement dans son intérieur, il faut se servir de sondes n'ayant qu’une très petite courbure.

Dans le reste de leur étendue, les parois latérales du pharynx ne présentent plus rien de particulier à noter, si ce n’est quelques caractères de la muqueuse, et des détails d'organisation dont nous parlerons bientôt.

(d) Æxtrémité supérieure ou voûte du pharynx. Cette paroi du pharynx n’est formée, quant à ses tissus propres, que par la muqueuse qui revêt la surface osseuse circonscrite par les attaches musculaires de cet organe. La paroi postérieure tout entière se creuse en arrière, puis se recourbe fortement en haut par un plan lisse, pour se continuer avec la paroi antérieure, de manière que, en ce lieu, le diamètre antéro-postérieur du pharynx est plus étendu qu’au milieu; mais la portion musculaire abandonne au niveau des os la ‘tunique muqueuse qui seule les tapisse. Ce rétrécissement du second plan est très favo-

rable; il fait que le voile du palais n’a pas autant de chemin à L' C

parcourir, pour fermer l'ouverture des fosses nasales pendant la déglutition et le vomissement, car il n’a besoin que de s’accoler à la paroi postérieure du pharynx qui s’avance au devant de lui.

(e) Extrémité inférieure. Me se continue avec l’œsophage. On n’aperçoit à l’intérieur aucune ligne de démarcation bien tranchée entre ces deux parties. On apprécie l’origine de l’œsophage par les caractères suivans : 1° le pharynx va en se rétrécissant de haut en bas, tandis que l’œsophage conserve à-peuprès le même calibre dans toute son étendue. Au niveau du cartilage cricoide existe un rétrécissement qui se manifeste brusquement, c'est le commencement de l’œsophage, c’est là que s'arrêtent le plus souvent les corps étrangers. 2° En ce point la membrane muqueuse change de couleur; rouge et remplie de follicules dans la cavité du pharynx, elle devient tout-à-coup pâle et presque lisse à l’œsophage. 3° Les fibres charnues qui avaient aussi une couleur d’un rouge foncé au pharynx, deviennent pâles et décolorées à l’œsophage, où elles prennent en même temps une direction verticale et transverse très différente des obliquités et des dispositions rayonnées qu'elles avaient plus haut.

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