DE L'OESOPHAGE
DéeiniTion. L'æœsophage (ccopéyes des Grecs, de dw je porte et gay® manger; æsophagus, gula des latins ), la dernière des cavités ingestives, est un simple conduit musculo -membraneux, intermédiaire du pharynx à l'estomac, et dont la fonction spéciale, comme son nom l'indique, est de transporter de l’une à l’autre de ces cavités, les alimens et les boissons. Il commence à la partie inférieure de la région cervicale, où il fait suite à l'extrémité inférieure du pharynx, au niveau de la quatrième ou de la cinquième vertébre cervicale, descend de haut en bas dans la cavité thoracique, pénètre dans l’abdomen en traversant le diaphragme, et va s’aboucher dans l'estomac au niveau de la dixième vertébre dorsale.
SITUATION , DIRECTION. Situé sur le plan moyen, où il s’appuie sur la portion cervico-thoracique du rachis, sa direction , dans le trajet qu'il parcourt, est à-peu-près rectiligne et verticale dans son ensemble. Mais elle subit de nombreuses variations, si on le considère dans ses diverses parties ; ainsi à sa naissance, dans le point où il continue le pharynx, l’œsophage est placé sur la ligne médiane, jusqu’à la partie inférieure du larynx. Au-dessous de cet organe il se dévie légèrement à gauche, de manière à dépasser de quelques millimètres la trachée artère dans ce sens: cette déviation continue jusqu’à son entrée dans la poitrine. Là il se rapproche un peu de la ligne médiane, mais comme ce rapprochement est moins grand que l'éloignement qu'il avait subi, il s'ensuit qu’il continue encore à obliquer à gauche jusqu’au voisinage de la racine des bronches, En ce point il se porte un peu à droite et revient sur la ligne mé-
diane , où il reste jusqu’auprès de la partie inférieure du thorax;
puis il s'incline de nouveau à gauche au-dessus du diaphragme, le traverse et décrit une courbe vers l’hypocondre gauche pour aller gagner le cardia, le lieu de son abouchement dans l’estomac. Cette particularité ne doit pas être oubliée lorsqu'on est obligé de faire pénétrer des instrumens de la bouche dans l’œsophage. Il en est de même de l’inclinaison que ce canal affecte du côté gauche au-dessous du larynx. Comme cette disposition est une cause fréquente d’arrêt des corps étrangers dans la partie supérieure de l’œsophage , en même temps que la déviation à gauche de ce canal le rend plus accessible par
l'extérieur, cette double circonstance a conduit les chirurgiens à pratiquer en ce lieu l’opération de l’œsophagotomie.
CONFIGURATION, DIMENSIONS. La forme de l’œsophage varie dans ses deux états d’action ou de repos. En lui même il consiste dans un canal membraneux qui devient naturellement cylindroïde, de proche en proche, de haut en bas, avec la descente du bol alimentaire dont il est le conducteur dans l’acte de la déglutition, Mais, dans son état de vacuité, qui est le plus ordidinaire , ce canal contracté , revenu sur lui-même, vide d'air et aplati sur la colonne vertébrale par la pression des organes voisins, se présente sous forme d’un cordon rubané, plus ou moins dur et résistant, dont l’accolement de ses parois en deux feuillets efface temporairement la cavité intérieure.
Les dimensions de l'æsophage ne peuvent être indiquées que d’une manière générale, car sous le rapport individuel, elles varient beaucoup. 1° Sa longueur est limitée en haut par la quatrième ou la cinquième vertèbre cervicale, et en bas par la dixième vertébre dorsale. 2° Sa largeur n’est pas partout la même. En moyenne elle est de 25 millimètres. Le canal est plus étroit dans sa portion cervicale que dans ses autres régions, circonstance qui, avec sa déviation à gauche, explique la difficulté du cathétérisme et l’arrét des corps étrangers, plus fréquent dans la zône cervicale inférieure de l’œsophage que dans les autres parties de son étendue. Ce canal, au contraire , s'élargit graduellement en entonnoir, dans son tiers inférieur, pour s’aboucher dans l'estomac, dont le sépare l'orifice contractile intermédiaire du cardia. Comme les parois de l’œsophage sont assez élastiques, ses dimensions peuvent acquérir une certaine augmentation , tant en longueur qu’en largeur. On a vu, en effet, des corps arrondis et lisses d’un diamètre beaucoup plus considérable que le sien, une bille de billard, par exemple , le traverser et parvenir dans l'estomac. Toute dilatation considérable de ce genre, qui survient brusquement , est accompagnée d’une douleur très vive causée par la distention des cordons et des plexus œsophagiens des nerfs pneumo-gastriques. Comme pour tous les tissus c’est le contraire qui arrive lorsque la dilatation , ayant été très lente, a laissé aux nerfs le temps de
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s’y habituer et de se distendre par dégrés insensibles. Ainsi, on a rencontré des cas où l’œsophage offrait une dilatation considérable , affectant une certaine ressemblance avec le jabot des gallinacées, sans que la formation de cette cavité eut occasionné de vives douleurs : mais c’est qu'alors la dilation causée par un rétrécissement situé au-dessous, avait mis un long-temps à se produire. M. Cruveilhier cite un cas de dilatation de l’œsophage, où la tumeur formant une poche latérale à la manière de certains anévrysmes artériels , était formée seulement par la membrane muqueuse formant hernie au travers des fibres éraillées de la membrane musculaire.
Cownexioxs. L’œsophage offre des rapports nombreux et très différens , suivant qu'on le considère dans les divers points de son étendue. Comme ces rapports sont très importans, il convient de les examiner successivement au cou, dans la poitrine et dans l’abdomen.
1° Rapports de l’œsophage dans sa portion cervicale. En avant, il répond un peu à la face postérieure du cartilage cricoïde , et surtout à la gouttière ou portion membraneuse de la trachée artère avec laquelle il est uni d’une manière assez serrée par un tissu cellulaire dont la densité est d'autant plus grande qu’on l’examine plus haut; sa déviation à gauche, fait qu’il déborde un peu la trachée dans ce sens. L’accollement des deux conduits alimentaire et aérien permet d'expliquer comment des corps étrangers arrêtés dans l’œsophage, où des tumeurs développées dans les parois de ce canal, peuvent comprimer la trachéeartère, de manière à gèner beaucoup ou même à intercepter la respiration. Elle explique également le passage mutuel de corps étrangers de l’un de ces conduits dans l’autre par suite d’adhérence et d’ulcération de leurs parois.
En arrière, V'œsophage repose sur la face antérieure du corps des trois dernières vertèbres cervicales , et n’est attaché aux tissus fibreux , qui unissent ces os, que par des lames celluleuses très extensibles qui lui permettent d’exercer tous les mouvemens nécessaires à ses fonctions. 4 droite , il est en partie caché par la trachée, répond au corps thyroïde, et se trouve cotoyé par le nerf récurrent droit , par l’artère carotide primitive, et la veine jugulaire interne. 7 gauche, à cause de sa déviation dans ce sens, la glande thyroïde le recouvre plus immédiatement et il est croisé par l'artère thyroïdienne inférieure. Recouvert par le muscle sterno-thyroïdien , le nerf récurrent est plus sur sa partie antérieure qu’à droite, ce qui rend la section de ce cordon plus facile. Enfin, la carotide en est un peu plus rapprochée. Tous ces rapports sont bien importans à connaître lorsqu'on veut pratiquer l’œsophagotomie.
2° Rapports de l'œsophage dans sa portion thoracique. Dans la cavité de la poitrine, l’œsophage est placé au devant de la gouttière fibreuse prévertébro-dorsale que nous avons fait figurer (t. v, pl. 5), et latéralement dans l’écartement des plèvres auquel on a donné le nom de médiastin postérieur. L’aorte, la veine azygos, le canal thoracique, du tissu cellulaire, des ganglions lymphatiques, etc., sont aussi renfermés dans cet espace.
En arrière , l'œsophage est séparé de la colonne vertébrale par la gouttière fibreuse sus-énoncée, et la succession des vais-
seaux qu’elle maintient dans ses mailles, c’est-à-dire la chaîne dorsale des ganglions ou des vaisseaux lymphatiques, les artéres et les veines intercostales gauches, l'azygos et le canal thoracique. L’artère aorte, qui descend le long du côté gauche de la colonne vertébrale, est placée plus en arrière que l’œsophage, en rapport avec son bord gauche et sa face postérieure jusqu’au diaphragme, où la courbure inférieure de l’œsophage passant au devant de l'aorte, les deux canaux traversent le plan musculaire chacun par uï orifice particulier.
En avant, V'œsophage est recouvert d’abord par la trachée artère, de la même manière qu’au cou, jusqu’à sa bifurcation et l’origine des bronches. Il répond un peu plus à la bronche gauche , qui le coupe obliquement, qu’à la droite. Au-dessus de la bronche gauche, il est croisé par l’origine de la crosse de l'aorte; un peu plus bas, il passe derrière l’artère pulmonaire, le cœur et la portion inclinée du diaphragme. Sur les côtés, l'œsophage répond médiatement aux poumons. Dans la partie supérieure de la poitrine, ses rapports sont les mêmes qu’au cou. Il est cotoyé par l’origine des artères carotides primitives, par le tronc brachio -céphalique à droite, et n’est pas très éloigné de l'artère sous-clavière gauche, de la veine cave supérieure, et des troncs brachio-céphalique droit et gauche qui concourent à la former. L’aorte elle-même, au moment ou elle se contourne de droite à gauche pour former sa crosse et pour gagner le côté gauche de la colonne vertébrale, passe en même temps surla partie antérieure et latérale de l’œsophage puis elle se place sur un plan un peu postérieur , et le cotoye dans le reste de son étendue dans la cavite thoracique.
En raison de ces rapports de contiguité de l’œsophage avec la crosse de l’aorte, et avec l’aorte descendante, les anévrysmes qui se développent dans cette artère compriment l’œsophage de maniere à y gêner et même intercepter le passage du bol alimentaire. Comme dernier effet, on conçoit la fréquence de l'ouverture de ces anévrysmes dans l’intérieur du canal alimentaire.
Outre les parties dont nous venons de mentionner les rapports avec l’œsophage , il existe dans le médiastin postérieur une grande quantité de tissu cellulaire lâche, et une masse de ganglions lymphatiques qui entourent l’œsophage et que l’on a proposé de désigner sousle nom de glandes œsophagiennes. Leur engorgement est aussi une cause de compression du conduit alimentaire. Enfin, à partir des bronches, le rapport le plus important de l’œsophage est celui qu'il affecte avec les deux nerfs pneumo-gastriques , auxquels il sert de conducteur et qui l’enloppent dans une longue chaine de plexus. C’est par ces plexus nerveux que s'expliquent les vives douleurs qu’on éprouve dans l’œsophage lorsqu'il est distendu par un bol alimentaire trop volumineux.
3° Rapports de l'æsophage dans l'abdomen. La portion abdominale de l’œsophage est très courte, sa longueur n'étant que de 2 à 3 centimètres. Large, évasée en entonnoir, elle est dirigée obliquement de droite à gauche en formant une courbure à concavité supérieure gauche et à convexité inférieure droite. À son origine à l’orifice œsophagien du diaphragme, quelques fibres dégagées de ce muscle viennent se méler en anneau spiral à celles de l’œsophage. Au-dessous du diaphragme, les rapports de la courte portion abdominale de l'œsophage ,
me semblent d'autant plus importans à faire connaître qu'ils ont été jusqu’à présent mal déterminés. On dit bien que l’œsophage est enveloppé par le péritoine, mais on ne spécifie pas de quelle manière. Or, voici quels sont ces rapports ( pl. 7 et 13). L'œsophage en ce point est appliqué sur l’aorte qui protége de sa saillie le canal thoracique, et tous deux sont flanqués à droite par la veine cave inférieure. Des amas de ganglions et de vaisseaux lymphatiques remplissent leurs intervalles. Une échancrure du lobe gauche du foie’ contourne en avant la saillie de ces divers canaux placés eux-mêmes au devant du relief des vertèbres. Quant au péritoine, cesont les feuillets d’adossement d’où résulte le ligament suspenseur du foie qui enveloppent l’œsophage. Ces deux feuillets, droit et gauche , descendent du foie sur la face postérieure de l’œsophage, s’adossent et se replient l’un l’autre en tapissant ses côtés : puis le feuillet gauche, tapissant sa face antérieure, vient s'appliquer au feuillet droit, et tous deux s’inclinant à droite, forment en commun le ligament suspenseur du foie.
La surface externe de l'œsophage, dont nous venons d’étudier les rapports, est lisse dans presque toute son étendue. Sa couleur, rosée près de son origine, devient plus pâle au-dessous. On y remarque des stries très rapprochées dirigées dans le sens de sa longueur et parallèles entre elles. Ces stries indiquent la disposition des fibres longitudinales qui entrent dans la composition de la membrane musculaire œsophagienne.
Sa surface interne offre une couleur blanche très prononcée, et qui tranche sensiblement avec la couleur rosée du pharynx et de l'estomac. Elle est parcourue par des plis longitudinaux qui s’effacent lorsque l’œsophage se dilate pour laisser passer le bol alimentaire. Mais surtout cette face est remarquable par un grand nombre de stries longitudinales qui indiquent les orifices des glandules œsophagiennes, et sur lesquelles nous revien-
drons plus loin ( pl. 16 ).
L'extrémité supérieure de l'œsophage est remarquable par le rétrécissement qu’elle présente au niveau du point où elle se continue avec le pharynx. Son extrémité inférieure s'évase en entonnoir pour se continuer avec l’orifice cardiaque,