‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 72 sur 373 · STRUCTURE DE L'OESOPHAGE · texte numérisé non relu

STRUCTURE DE L'OESOPHAGE

Cet organe est constitué par deux couches membraneuses cylindriques , emboitées l’une dans l’autre; l’externe est musculeuse , et l’interne muqueuse. A cette dernière se rapporte une couche intermédiaire, dite cellulaire, admise avec raison par les anatomistes allemands, et sur laquelle je reviendrai en traitant de l'anatomie microscopique.

1° Coucne muscureuse. Elle présente une épaisseur considérable, de 2 millim. environ, etquiexcède beaucoup celle de toutes les autres parties du tube digestif. Ce renforcement de la couche musculeuse à l’œsophage, tient à ce qu’elle doit agir avec rapidité et d’une manière incessante sur le bol alimentaire. Chez les herbivores et chez les ruminans , où ce bol alimentaire, d’ailleurs très lourd, remonte contre son propre poids , la partie musculeuse à beaucoup plus d'épaisseur que dans l’espèce humaine. Chez le cheval surtout, l’œsophage présente un accrois-

sement de force et de consitance qui est dù à la grande épaisseur de cette couche. Du reste, chez l’homme même, elle est susceptible de s’hypertrophier. M. Cruveilhier l’a vu présenter 4 à 6 lignes, ou plus d’un centimètre d’épaisseur.

La membrane musculeuse est constituée par deux plans de fibres : les unes sont disposées longitudinalement et les autres circulairement ; les premières sont externes et les secondes

internes.

1° Les fibres longitudinales , quant à leur origine supérieure , sont un sujet de litige entre les anatomistes français. Suivant M. Cruveilhier elles semblent naïtre, au moins en partie, de la face postérieure du cartilage cricoïde, sur la ligne médiane, entre les deux muscles crico - arythénoïdiens postérieurs. Au contraire, au dire de Bichat, immédiatement au-dessous du pharynx, les fibres circulaires existent seules; tandis que d’après M. Cloquet, elles paraissent venir des côtés du cartilage cricoïde , de telle sorte que, supérieurement et en arrière, elles présentent un écartement où l’on voit à nu les fibres du plan interne. Ces dissidences, à notre avis, s'expliquent par les différences des sujets sur lesquels on les observe. Chez les femmes, les enfans et les hommes très faibles, le plan des fibres longitudinales présente une très mince épaisseur et paraît même éraillé dans certains points, ce qui permet de voir à nu les fibres transversales qui sont toujours très marquées; mais bientôt les fibres longitudinales sont seules visibles par la surface externe dans toute la circonférence de l’œsophage. Pour bien voir l'origine supérieure des fibres longitudinales de l’œsophage , il faut donc les étudier sur un sujet fort, et alors elles se présentent avec des caractères précis et que l’on retrouve constamment sur tous les sujets en faisant préalablement gonfler les fibres par une immersion plus ou moins prolongée de la pièce dans de l’eau alcoolisée et légèrement acidulée. On voit alors avec évidence que ces fibres naissent par cinq faisceaux : 1° un antérieur médian, le plus fort, qui procède, en forme de pinceau , par de petites fibres aponévrotiques , de la crète médiane du cartilage cricoïde; 2° deux pinceaux antérieurs latéraux , faisant suite au précédent, de chaque côté, et qui naissent du bord de l’anneau cricoïdien , au-dessous des muscles crico-arythénoïdiens postérieurs ; 3° deux faisceaux latéraux et postérieurs dont les fibres, quoique de direction différente , se lient à celles des constricteurs par ce mode de fusion, ou, en quelque sorte, d’anastomose si commun dans les muscles de la vie organique, et dont un grand nombre de ceux de la vie animale eux-mêmes offrent de nombreux exemples. Quoiqu'il en soit, à partir de leur origine supérieure, les fibres longitudinales de l’œsophage forment une couche assez épaisse dans tout le reste de son étendue ; ce n’est qu’en les écartant qu’on aperçoit au-dessous d’ellesle plan circulaire plus profond. Dans son ensemble le plan musculaire longitudinal de l’œsophage est épais, résistant et fort. Les fibres , à la première vue , semblent directes et se faisant suite à elles-mêmes dans une grande longueur : mais à un examen attentif on voit qu’elles sont formées d’une succession de petits faisceaux de 3 à 5 ou 6 centimètres de longueur, qui s’accolent les uns dans les autres par leurs côtés adjacens et se fondent de l’une à l’autre par leurs extrémités. Cà et là, sur toute la surface, existent entre ces fibres de longues fentes ellipsoïdes entre lesquelles pénètrent les vaisseaux et les nerfs si nombreux ; de sorte qu’en distendant l’œsophage en travers, le plan de ses fibres longitudinales prend l'aspect

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d’un filet. Cette disposition explique la grande extensibilité ou l’élasticité de l’œsophage, si nécessaire à l'exercice de ses fonctions. Parvenu à l'extrémité inférieure de l’œsophage, le plan musculaire longitudinal affecte avec le diaphragme et l’estomac des rapports de liaison et de contexture mutuelle qui jettent un grand jour sur leur mécanisme commun dans les fonctions de l'orifice cardia. 1° D'une part, le diaphragme envoie à l’œsophage, de ses deux faces thoracique et abdominale, quatre faisceaux assez forts de fibres rayonnées, croisées en sautoir de droite à gauche et de gauche à droite, sur l’une et l’autre face, qui se mélent avec les fibres longitudinales; de sorte que le diaphragme forme autour de l'extrémité gastrique de l’œsophage un anneau actif de 3 à 4 centimètres de hauteur, qui doit exercer une constriction très vive dans les phénomènes inverses de déglutition et de régurgitation. L'existence de cet anneau m'était déjà apparue lorsque j'avais fait dessiner le diaphragme dans la myologie (t. 11, pl. 76-80 ), mais j'ai eu soin de le faire figurer en détail dans la figure 1 de la planche 19 qui montre la structure musculaire de l'estomac. 2° D’autre part, au niveau et et au-dessous de cet anneau œsophagien , les fibres longitudinales de l’œsophage s’agglomerent en faisceaux divergens qui s’épanouissent partout au contour de l’orifice cardia, et se prolongent très avant sur la surface de l’estomac, de manière à relier intimement ce viscère avec l’œsophage dans leurs mouvemens. Je reviendrai plus loin sur cette disposition en traitant de la membrane musculaire gastrique.

2° Les fibres circulaires ou annelées de l’œsophage, constituent le plan interne de la couche musculaire sous le faisceau des fibres longitudinales. Elles procèdent à la partie supérieure, en avant, du bord inférieur du cartilage cricoïde, en arrière et sur les côtés d’un plan de fibres circulaires mélées à celles des constricteurs inférieurs du pharynx. Dans une hauteur de 12 à 15 millimètres, elles forment d’abord un anneau spécial que l’on a nommé muscle æsophagien ou crico-æsophagien (t. 11, pl: 98 ) bien distinct en ce qu’il se compose de deux segmens ellypsoides comme ceux des muscles orbiculaires de la face, mais sans solution de continuité intermédiaire, disposition qui le représente bien comme une sorte de sphincter œsophagien. Audessous de cet anneau les fibres circulaires prennent leur forme régulière horizontale. Inférieurement, ces fibres s’amincissent graduellement en avançant vers l'estomac , et se confondent avec celles de ce viscère. Loin de devenir plus rapprochées et de former des faisceaux plus épais ou une espèce de sphincter au niveau du cardia, comme l'ont prétendu quelques anatomistes, elles y paraissent plus disséminées et s’y évanouissent. Quelques anatomistes, et de ce nombre Huschke, ont signalé à la partie moyenne de l’œsophage un plan de fibres spirales , mêlées avec les fibres circulaires. J'avoue n’avoir point reconnu, d’une manière bien manifeste , cette disposition qui est niée, du reste , par beaucoup d’anatomistes.

La couleur des fibres œsophagiennes n’est pas partout la même. Immédiatement au-dessous du pharynx elle est d’un rouge assez prononcé, mais plus bas cette rougeur diminue beaucoup ; ces fibres deviennent d’abord rosées, et puis presque blanches.

On a aussi remarqué que vers l’extrémité supérieure les deux plans de fibres sont disposés par petits faisceaux distincts, séparés les uns des autres par une couche celluleuse mince ; tandis que dans le reste du conduit, les deux ordres de fibres sont

Le Ve

serrées les unes contre les autres sans intermédiaire , et paraissent o rmer un corps continu. Cette observation se confirme par une dissection attentive à la loupe, qui montre une liaison de fibres longitudinales et circulaires analogue à celle des divers muscles de la langue dont nous avons donné des dessins microscopiques. De l'existence de ces deux caractères, on a déduit la conséquence que dans la partie supérieure de l’œsophage, là où il est encore soumis à l'influence de la volonté, ses fibres musculaires se rapprochent beaucoup de celles des muscles de la vie animale, tandis que vers l’extrémité inférieure de ce canal, là où l'organe n’est plus soumis à l’influence de la volonté, ses es ont de l’analogie avec celles des muscles de la vie organique. Cette déduction est corroborée par ce que l’on observe dans les injections fines, comme j'aurai occasion de l'expliquer plus loin. Mais, en outre, elle se justifie par les observations de plusieurs des micrographes allemands. Schwann a reconnu dans la texture de la couche musculaire des fibres de la vie organique mêélées aux fibres de la vie animale, à partir du tiers supérieur de l’œsophage. Valentin dit que les fibres striées forment les faisceaux de l’extrémité gastrique entre lesquels les fibres organiques pénètrent comme autant de dentelures.

MEMBRANE MuquEusE. Cette membrane à l’œsophage est moins épaisse et surtout moins dense que celle qui tapisse la bouche; mais elle est plus épaisse et surtout plus dense que celle de l'estomac et des intestins, à l’exeption du rectum. Comme nous l'avons dit, elle est remarquable par sa couleur blanchâtre qui augmente à mesure qu’on s'approche du cardia. Sa surface interne présente des plis longitudinaux plus ou moins multipliés, qu'on attribue à ce que la membrane musculeuse étant contractile et plus élastique que la muqueuse, oblige celle-ci à se plisser sur elle-même pour pouvoir se loger dans le cylindre rétréci de la première. Ces plis sont-ils dus à la contraction des fibres circulaires? On le pense généralement. M. Cruveilhier, au contraire, n’admet point cette explication, et prétend qu'ils tiennent à l’organisation. On ne rencontre point de plis disposés dans le sens transversal , cela tient à ce que durant la période de repos, les deux extrémités de l’œsophage étant fixées, la contractilité des fibres longitudinales se trouve en grande partie neutralisée , ce qui fait qu’elles ne peuvent revenir sur elles-mêmes et entraîner la muqueuse avec elles. Mais il est probable, dit Bichat, que si l’on pouvait observer l’œsophage pendant l'acte de la déglutition, on trouverait sa surface interne hérissée de plis transversaux.

La membrane muqueuse œsophagienne est tapissée par un épithélium épais, dont on peut facilement démontrer la présence par l’action des acides, de la macération ou de l’ébullition. Tout-à-fait inférieurement cet épithélium s’amincit et forme, à l’orifice cardiaque de l’œsophage, un bourrelet terminé par un bord très irrégulièrement frangé ou festonné. Lorsqu’on examine la surface libre de cette muqueuse à l’aide d’une forte loupe, on y aperçoit de petites saillies linéaires dirigées dans le sens vertical, et d’autres dirigées transversalement et obliquement , qui ont été prises pour des papilles , et dont nous donnerons ailleurs la signification.

Sous la membrane muqueuse, on rencontre des glandules ou follicules mucipares. Ces glandules, très petites, ont été étudiées par Stenon et plusieurs anatomistes de son époque, qui les ont designées sous le nom de glandes œæsophagiennes. En vain Bichat et son collaborateur Buisson disent-ils n'avoir jamais pu s’as-

surer de leur existence; il est cependant très facile de les voir à la loupe. Elles sont oblongues ou ovalaires, quelques-unes mêmes arborescentes , comme l’a observé Bischoff. Elles sont disséminées en grand nombre et montrent leurs orifices dans les fentes ellypsoides qui séparent les plis longitudinaux. Ces glandes séparent la membrane muqueuse de la couche musculeuse ; on trouve aussi entre elles deux une couche mince dite de tissu cellulaire qui sert à les unir. Toutefois l’adhérence de ces deux membranes est tellement lâche qu'il est facile, par une traction légère, de détacher la membrane muqueuse en entier du fourreau que lui fournit la membrane musculaire; et quand on coupe l’œsophage en travers, sa couche musculaire se rétractant avec énergie , la muqueuse non raccourcie reste toute pendante.

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