‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 92 sur 373 · DU GROS INTESTIN · texte numérisé non relu

DU GROS INTESTIN

Le gros intestin fait suite à l'intestin gréle. Étendu depuis la valvule iléo-cæcale jusqu’à l'anus, il forme à peu près le cinquiéme de tout le canal intestinal. Le circuit qu’il parcourt est indiqué dans la planche 30. On le voit commencer dans la fosse iliaque droite, la remplir, monter de là dans le flanc droit, dans l’hypochondre correspondant, et arriver à la face inférieure du foie, pour changer brusquement sa direction verticale en direction horizontale, marcher ainsi de droite à gauche, parvenir dans l’hypochondre gauche au-dessous de la rate, reprendre une direction verticale, descendre le long du flanc droit jusqu’à la région iliaque gauche, former, dans la fosse correspondante, une courbe à convexité externe qui présente la forme d’une $ romaine, ce qui a fait donner à cette portion le nom de courbure iliaque, d'S romaine, d’S iliaque, descendre enfin dans le bassin, suivre la concavité du sacrum, et aller se terminer à l'anus.

De cette disposition, il résulte que le gros intestin décrit dans l'abdomen une courbe irrégulière, qui environne presque de toutes parts le paquet de l'intestin grêle, et qui occupe une partie des régions lombaires, les hypochondres, une partie de la région ombilicale, les fosses iliaques et une partie du bassin. Il est fixé dans la position par différens replis du péritoine qui sont plus où moins lâches; néanmoins il est attaché plus solidement que l'intestin grêle, et se déplace moins souvent que lui, parce que les méso qui le retiennent sont beaucoup moins longs et moins flottans que le mésentère. Dans la majeure partie de son étendue, il est placée plus profondément dans l'abdomen que le paquet intestinal qui est suspendu au-devant de la saillie formée par la colonne vertébrale.

Dimensions du gros intestin. Sa longueur est de quatre à cinq pieds (1 mètre 30 à 60 cent.); pour l'obtenir avec exactitude, il faut, comme nous avons recommandé de le faire pour l'intestin grêle, le détacher de ses liens péritonéaux, et le ramener à peu près à une ligne droite. Cette longueur est évaluée au cinquième de tout le canal intestinal, et se trouve avec celle de l'intestin grêle dans le rapport de 1 à 4. Les évaluations que nous donnons sont toujours des moyennes, car les longueurs individuelles présentent de nombreuses variétés. Le diamètre, ou plutôt son calibre, est dans l’état ordinaire, et sur le même sujet

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de beaucoup supérieur à celui du petit intestin, comme l’indique le nom de gros intestin qui lui a été appliqué. Les cas dans lesquels on a rencontré le gros intestin réduit à un cordon dur du volume du petit doigt, comme cela se voit chez les individus qui mangent peu, dans le cas d’anus anormal où le bout inférieur de l'intestin ne donne plus passage qu’à une petite quantité de matières, et ceux dans lesquels son calibre est si développé qu’il envahit la plus grande partie de la cavité abdominale, comme dans la tympanite, sont des cas exceptionnels ou anormaux qui sortent entiérement de la règle commune. En général, la longueur et le calibre du gros intestin sont dans des rapports inverses. Du reste ce calibre n’est pas le même dans toute l'étendue du gros intestin ; les rapports du gros intestin dans le cours de son trajet, sont différens; la commodité de la description a motivé sa division en plusieurs portions qui portent le nom de cœcum et de colon. Dans le colon on distingue encore un colon ascendant, un colon transverse, un colon descendant, l'Siliaque du colon, et la portion terminale à laquelle on a donné le nom de rectum. Des mesures prises à différentes fois sur chacune de ces parties pour obtenir leur calibre, ont fourni les résultats suivans à M. Cruveilhier :

La circonférence du cœcum médiocrement distendu, prise immédiatement au-dessous de la valvule iléo-cœcale, est de 11 pouces 3 lignes (30 centimètres) chez un sujet, et de 9 pouces et demi (14 cent. 5o millim.) chez un second.

Celle du colon lombaire droit et de la moitié droite de l'arc du colon est de 8 pouces 9 lignes (22 cent.), et 5 pouces un quart (14 cent.) chez le second.

Celle de la moitié gauche de l’arc du colon et du colon lombaire gauche était de 6 pouces (16 cent.) chez le premier, et 5 pouces et demi (15 cent.) chez le second.

Celle de l'S iliaque était de 5 pouces un quart (14 cent.).

Celle du rectum était de 3 pouces (8 cent.) jusqu’à sa terminaison, où il présentait une ampoule de 4 pouces (1 1 cent.) chez l’un, et de 5 pouces (13 cent. 5o millim.) chez l’autre.

Une remarque importante, qui n’a point échappé aux anatomistes, c'est qu’il n’existe pas de rapport constant entre le développement des diverses parties du gros intestin. En effet, on a vu quelquefois un cœcum volumineux coïncider avec un colon étroit, ou bien quelque portion du colon, très dilatée, précéder une portion très rétrécie de cet intestin ; les observations sur ce sujet tendent à démontrer que toutes les fois qu’un rétrécissement se produit dans un canal, qu'il soit le résultat d’une lésion organique, ou qu’il soit produit par une simple rétraction spasmodique des fibres musculaires qui sont dirigées cireulairement autour de lui, la portion qui précède, par suite de l’accumulation et du séjour prolongé des matières, se dilate et devient plus ample qu’elle ne l’est dans l’état ordinaire.

DU COECUM.

On donne le nom de cœcum (intestinum cœcum , de CœCUS, aveugle, caché) à la première portion du gros intestin, parce qu’elle se prolonge inférieurement sous forme d’un cul-de-sac. Le cœcum n'existe pas ou est très-peu développé chez la plupart des poissons ; on commence à le rencontrer plus fréquemment chez les reptiles ; chez les oiseaux il ne manque que par exception. Parmi les mammiféres, le cœcum manque chez les cétacés carnivores, ainsi que chez quelques rongeurs et carnassiers; il est très volumineux dans les ruminans, les solipèdes et la plu-

part des rongeurs, occuje toute la longueur de la cavité abdominale, et surpasse de beaucoup l'estomac en capacité. Quelques animaux rongeurs, marsupiaux et pachydermes ont un cœcum double ; il présente souvent de nombreuses différences chez des animaux voisins les uns des autres. Ainsi, chez quelques sauriens, on trouve un cœcum pourvu d’une valvule iléo-cæœcale, chez d’autres un cœcum sans valvule, et enfin chez d’autres encore, une valvule sans cœcum.

Chez l’homme, le cœcum est unique, très marqué, et occupe la fosse iliaque droite qu'il remplit presque en entier. Par son calibre il se distingue facilement du petit intestin, mais il n’existe pas de limite bien tranchée entre lui et le colon ascendant, il se continue avec lui sans qu’on puisse assigner au juste l'endroit où l’un finit et où l’autre commence. Il est assujetti contre la fosse iliaque droite par le péritoine qui, le plus souvent, ne fait que passer au-devant de lui sans l’envelopper entièrement ; cette disposition de la séreuse rend sa situation plus fixe, et s'oppose à ce qu'il se déplace aussi facilement que les autres intestins ; toutefois on rencontre beaucoup de variétés, eu égard à la quantité de la surface du cœcum revêtue du péritoine ; chez quelques sujets, il n’y en a que les deux tiers, tandis que chez d’autres, il l’est entièrement et se trouve suspendu à une espèce de méso étroit qui lui permet de flotter dans la région qu'il occupe, et d’avoir une mobilité d’autant plus grande que le méso est plus étendu. Dans ce dernier cas, il se déplace plus facilement que dans le premier; c’est alors que, descendant jusque dans le bassin, il peut être porté hors de l'abdomen, et faire partie des hernies; son déplacement peut aller très loin, et on l’a trouvé aussi souvent dans les hernies du côté gauche que dans celles du côté droit; en décrivant le mécanisme par lequel il arrive dans les hernies, on a dit qu'il y était dépourvu de péritoine, mais il y a un grand nombre de cas dans lesquels il est encore tapissé en grande partie par cette membrane.

Direction. Elle n’est pas toujours la même. Dans un grand nombre de cas le cœcum suit la direction du colon ascendant, mais dans d’autres il marche obliquement de bas en haut, et de gauche à droite parallèlement au pli de l’aine, et se réunit

au colon sous un angle plus ou moins obtus. (Voy. planche 30 a.)

Le volume du cœcum est considérable, c’est la portion la plus développée de tout le tube intestinal après l'estomac, ainsi que le prouvent les chiffres que nous avons donnés en parlant du calibre des gros intestins. Il est probable que le séjour des matières fécales qui viennent s’y disposer et s’y accumuler à leur sortie de l’intestin grêle, séjour qui y est nécessairement assez prolongé à raison de la position déclive de cet intestin est pour beaucoup dans ce développement. Le volume du cœcum varie beaucoup suivant le genre de nourriture. Ainsi on trouve le cœcum plus développé chez les animaux qui se nourrissent exclusivement de végétaux, ou de végétaux mélés de chair, que chez les carnassiers purs. Du reste, ici comme toujours, ses dimensions en longueur et en largeur présentent beaucoup de variétés. Pour apprécier convenablement ce volume, il faut avoir le soin de dilater modérément l'intestin par l’insufflation. Alors on voit queson diamètre longitudinal l'emporte un peu sur son diamètre transversal.

La forme du cœcum n’est pas constante; celle qu’il présente le plus généralement lorsqu'il est dans un état de tension mo-

dérée est celle d'un ovoide irrégulier dont le plus grand diamètre est dirigé comme l'intestin lui-même de bas en haut, et de gauche à droite.

Sa surface extérieure offre plusieurs bosselures (au nombre de 6 ou 7) très volumineuses, irrégulières, formées aux dépens de toutes les tuniques intestinales, et interrompues en trois endroits par des enfoncemens longitudinaux assez profonds. Elles sont dues à la disposition de trois bandelettes de fibres musculaires longitudinales qui commencent sur le cœcum, et se continuent ensuite sur presque toute la longueur du gros intestin ; nous y reviendrons lorsqu'il sera question de la structure de ces organes. Outre ces bandelettes, on voit sur cette surface plusieurs appendices formés par des replis du péritoine, et remplis de graisse (Voy. planche 30, n. 4). En dedans, la surface externe du cœcum présente l'insertion de l'intestin grêle; cet endroit est marqué par un léger enfoncement circulaire et par une épaisseur un peu plus grande dans les parois du cœcum, épaisseur due à la valvule iléo-cœcale qui répond immédiatement à cette partie. L’angle sous lequel l'intestin grêle se réunit au cœcum est très variable. Ordinairement cet angle est obtus en haut, et aigu inférieurement, quelquefois ilest droit, et enfin dans les cas les plus rares, il est aigu en haut et obtus en bas. Cela dépend de l’obliquité plus ou moins grande que présente le cæcum dans sa direction. Au-dessous du point où l’iléon s’abouche avec le cœcum, on aperçoit encore l’appendice vermiforme qui naît de la partie postérieure, inférieure et gauche de cet intestin.

Rapports du cœcum. 1° En avant, il est tapissé par le péritoine et correspond à la paroi antérieure de l’abdomen. Dans les cas de dyssenterie et dans la diarrhée qui accompagnent les fièvres typhoïdes, on peut, en pressant sur la fosse iliaque, obtenir la sensation du gargouillement qui dépend du mélange de gaz avec les matières liquides qui y sont contenues ; 2° £n arrière, il est en rapport avec les muscles psoas et iliaque qui en sont séparés par l’aponévrose qui tapisse la fosse iliaque; dans la grande majorité des cas, la membrane péritonéale ne revêtant que la face antérieure de l'intestin, sa face postérieure en est complétement dépourvue, et sa membrane musculeuse est en contact immédiat avec l’aponévrose iliaque, à laquelle elle est seulement unie par une couche de tissu cellulaires lâche et assez abondante qui ne met aucun obstacle aux déplacemens de l'intestin, et qui s’allonge lorsqu'ils ont lieu. Ce tissu cellulaire devient fréquemment le siége d’abcès, surtout à la suite de l’accouchement ; on attribue le fréquent développement de ces abcès, dans la fosse iliaque droite principalement, à l'obliquité gauche de l'utérus qui accompagne si souvent la grossesse ; 3° En dedans, il répond à l'intestin gréle qui vient s’y aboucher ; 4° £n bas, il se termine par un cul-de-sac qui est en rapport avec le bord externe des muscles psoasetiliaque, et permet de voir l’appendice vermiforme qui se dégage de sa face postérieure près de l’insertion del’iléon.

Surface interne du cœcum.

La surface interne du cœcum présente à considérer plusieurs particularités remarquables : telles sont d’abord trois saillies longitudinales placées à peu près à égale distance les unes des autres, et répondant aux enfoncemens formés par les trois bandelettes musculaires qui séparent les bosselures dont nous avons parlé en décrivant la surface extérieure. Ces saillies sont séparées par

des enfoncemens qui répondent, à leur tour, aux bosselures extérieures ; entre ces enfoncemens existent des replis transverses. Ces replis diffèrent des valvules conniventes de l'intestin grèle, en ce sens qu’ils ne sont pas seulement formés par les membranes muqueuses, mais bien par toutes les tuniques de l'intestin ; aussi, loin de s’effacer lorsque l'intestin cœcum est dilaté, augmentent-ils; ces renfoncemens et ces replis saillans sont surtout très-faciles à voir sur un intestin desséché.

Outre les choses dont nous venons de parler, la surface interne du cœcum nous présente à étudier la valvule iléo-cœcale et l’orifice de l’appendice cœcale, ainsi que cette appendice elle-même.

1° J’alvule iléo-cæcale. Cette valvule ne s’observe que chez un petit nombre de poissons; la plupart des reptiles en sont dépourvus, et elle manque en partie chez certains mammiferes , les carnassiers surtout. Chez l’homme, elle est située transversalement à l'endroit où l’iléon s'ouvre dans le cœcum, sur le bord gauche de cet intestin, est encore appelée valvule de Bauhin, du nom de l’anatomiste qui prétend l'avoir découverte à Paris en 1579. Elle avait cependant été décrite avant lui par plusieurs anatomistes ; ainsi Vidius, mort en 1560, en avait donné une description assez exacte; et l’on trouve dans les ouvrages posthumes de Constance Varole, mort en 1575, la description d’un appareil membraneux qui couvre l'extrémité de l’iléon.

Quoi qu’il en soit, pour étudier cette valvule convenablement, il est nécessaire de faire plusieurs préparations spéciales : 1° il faut avoir un cœcum frais, l'ouvrir du côté opposé à la valvule, et l’étudier sous l’eau; 2° prendre une pièce qui comprenne le cæœcum, le commencement du colon et la fin de l’iléon ; lier le colon et distendre toute cette partie au moyen de l'air poussé par l’iléon, puis faire sécher l'intestin de manière à ce qu’il conserve l’état de distension où on l’a mis, et ouvrir le cœcum du côté opposé à la valvule qu’on aperçoit alors par sa face cœcale.

Étudiée à l’état frais, et sous l’eau ou hors de l’eau, 1° Du côté du cœcum, elle offre l’aspect d’un bourrelet membraneux , mollasse et proéminent dans sa cavité, de forme à peu près elliptique ou oblongue, dont le grand diamètre est dirigé d’avant en arriere ; elle présente dans le sens de la longueur une fente qui la partage en deux lèvres adhérentes par leur bord convexe, et flottant dans le cœcum par leur bord libre ou concave. Ces levres s'appuient mutuellement l’une contre l’autre, soit que les matières aillent du cœcum dans le colon, soit qu’elles reviennent du colon dans le cœcum. La supérieure a été nommée iléo-colique, et l’inférieure iléo-cœcale , parce que la première répond du côté du colon, et la seconde du côté du cœcum. Les points où ces lèvres se réunissent portent le nom de commissure, et donnent naissance à deux replis qui vont se perdre sur la paroi correspondante du cœcum : ces replis ont été nommés par Morgagni freins de la valvule de Bauhin. 2° Du côté de l’iléon la face correspondante de la valvule n’est pas aplatie, elle est au contraire déprimée et enfoncée vers le cœcum; la cavité qu’elle forme est dirigée de bas en haut et de gauche à droite.

Étudiée sur un intestin desséché et vue du côté du cœcum, la valvule de Bauhin représente un disque elliptique, faisant une saillie assez prononcée du côté de cet intestin, divisé en deux moîitiés par une fente qui a la forme d’un ovale très allongé, et qui est dirigée d'avant en arrière. Les bords de cette fente

sont concaves; ils regardent à droite, quoique situés sur des plans différens. Chacune de ces moitiés a la forme parabolique et adhère, par son bord convexe, aux parois du cœcum au moyen de l’anneau qui unit l’iléon à cette portion du gros intestin; la supérieure est dirigée presque transversalement, tandis que l’inférieure est disposée sous un angle presque droit. La fente qui les sépare est d'autant plus étroite que l’intestin a été plus fortement distendu ; la lèvre de la moitié inférieure est plus échancrée que celle de la moitié supérieure; toutes les deux sont unies à leurs extrémités par des commissures anguleuses.

Du côté de l’iléon, la valvule iléo-cœcale desséchée présente une excavation correspondante à la saillie que nous avons notée du côté du cœcum.

D’après la disposition de cette valvule, il est facile d'indiquer les usages auxquels elle est destinée; 1° on voit qu’elle ne peut mettre aucun obstacle au passage des matières qui vont de l’intestin grêle dans le cœcum, car elles sont dirigées perpendiculairement contre les lèvres de la valvule, qui sont repoussées à droite et en haut, et s’écartent pour les laisser passer ; 2° on reconnaît, au contraire, qu’elle peut opposer un obstacle puissant au reflux des matières, soit qu’elles passent du cœcum dans le colon en suivant leur cours naturel, soit qu’elles reviennent du colon au cœcum ; car dans l’un et l’autre cas, elles marchent dans une direction verticale opposée à celle de louverture de la valvule; par conséquent, dans les deux derniers cas les matières pousseront nécessairement devant elles l’une ou l’autre lèvre de l’ouverture, l’appliqueront contre la lèvre opposée et se fermeront ainsi à elles-mêmes toute voie de retour dans l’iléon. Il ne faudrait cependant pas croire que l'obstacle qu’elle oppose aux matières soit toujours invincible; on voit, en effet, que de l’eau injectée du gros intestin vers la valvule, ou de l'air insufflé dans la même direction , triomphent le plus souvent, mais avec plus ou moins de difficulté, suivant les individus , de la résistance opposée par cette valvule; mais comme dans l’état normal, les matières ont un certain degré de consistance, qu’elles ne sont jamais accumulées dans le cœcum au point d'y produire une forte distension , et que d’ailleurs elles trouvent plus de facilité pour passer du cœcum dans le colon que pour refluer du cœcum dans l’iléon , il s’ensuit que leur reflux n’a pas lieu normalement. M. Cruveilhier a fait plusieurs expériences au moyen desquelles il croit avoir pu déterminer le mécanisme de la résistance que la valvule apporte au reflux des matières par l'effet de la distension. « Les deux val- « vules, dit-il (car il considère la valvule iléo-cœcale comme « double), sont refoulées, la supérieure de haut en bas, et l'in- « férieure de bas en haut ; leurs faces correspondantes devien- « nent convexes, et se pressent d'autant plus fortement que la « distension est plus considérable. Chez quelques sujets la dis- « tension portée par la déchirure des faisceaux longitudinaux « ne triomphe pas de l'obstacle. Chez le plus grand nombre, « le bord libre de la valvule inférieure glisse de droite à gauche « sous la valvule supérieure qui reste immobile ; et les gaz et les « liquides passent avec une facilité proportionnée au renverse- « ment. » En faisant ses expériences, M. Cruveilhier n'a pas tenu compte de la résistance opposée par la colonne de matières qui, dans l’état ordinaire, remplit la partie inférieure de l'intestin grêle, car il a opéré sur des pièces vides.

Structure de la valvule iléo-cæcale. Albinus, qui l’a étudiée avec soin, a donné une bonne description de cette structure; il

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a démontré qu'elle était formée par la membrane muqueuse, par des fibres musculaires et par un tissu cellulaire dense, qui n’est autre chose que la membrane fibreuse. Pour découvrir les élémens qui entrent dans la composition, il conseille de distendre avec de l’air une pièce anatomique, composée d’une portion de l’iléon, du cœcum et d’une partie du colon, d’enlever le péri- toine dans l'endroit où l'intestin gréle s’abouche avec le gros intestin ; alors, on découvre dans le point une rainure circulaire, qui indique que le petit intestin s'enfonce dans le gros, et si l’on tire doucement et avec précaution sur l'intestin grêle, pour le dégager du gros intestin, le tissu cellulaire lâche qui les unit, cède, et le petit intestin sort du gros, s’allonge peu à peu, et lorsqu'il est complétement dégagé du gros intestin, il présente une longueur de 1 pouce ou 1 pouce et demi (3 à 4 centimètres) de plus qu’il n'avait auparavant. Si, alors, on examine du côté du cœcum ce qui s’est passé, on voit que la valvule a disparu, et que l'intestin grêle communique avec le gros intestin par une large ouverture, On comprend ainsi le mécanisme de la formation de cette valvule ; on voit que toutes les membranes de l'intestin, à l'exception de la membrane peritonéale, y prennent part. Bichat (Anat. 1. 3, p. 434) pensait que les feuillets adossés de la muqueuse sont les seuls élémens anatomiques que la valvule iléocœcale présente dans sa moitié supérieure ; mais on y trouve, comme dans la moitié inférieure, la membrane fibreuse et les fibres musculeuses circulaires de l’iléon.

La muqueuse qui tapisse la valvule iléo-cœcale, présente des caractères différens, suivant qu’on la considère par la face qui correspond à l'iléon, ou par celle qui correspond au cœcum : dans le dernier sens, elle offre tous les caractères de la muqueuse qui revêt la surface interne du gros intestin, et dans le premier sens, elle présente tous ceux qui appartiennent à la muqueuse du petit intestin. Ces changemens s’opèrent au niveau du bord libre de la valvule; c’est une remarque que nous avons déjà eu l’occasion de faire à propos de la valvule pylorique. Cette ligne de démarcation est souvent respectée par les maladies.

Appendice cœcale ou vermiculaire. On donne ce nom à un petit prolongement qui naît de la partie postérieure, inférieure etgauche du cœcum, parce qu’elle a quelque ressemblance avec un ver lombric. Cet appendice se présente sous la forme d’un petit cylindre creux dont la grosseur est à peu près égale à celle du tuyau d’une plume à écrire. Sa longueur varie beaucoup, quelques auteurs disent qu’elle est comprise dans les limites de 2 à 4 pouces (5 et 11 centimètres), et d’autres dans les limites de 1 à 6 pouces (3 à 16 centimètres). Sa direction n’a rien de bien fixe ; tantôt il est accolé à la face interne du cœcum au-dessous de l'insertion de l’intestin gréle, et marche de haut en bas, tantôt il marche de bas en haut; le plus souvent il présente des flexuosités dans le cours de son étendue, quelquefois il est contourné en spirale, et d’autres fois il marche parallèlement à l’iléon entre les deux lames du mésentére. Enfin, on l’a trouvé étendu dans la fosse iliaque, près du détroit supérieur; il est, dans les cas ordinaires, assujetti contre le cæcum par un repli dn péritoine. Ce repli triangulaire et falciforme ne s’étend que dans la moitié de sa longueur, l’autre moitié est libre et seulement tapissée par la séreuse qui lui fournit une enveloppe qui se moule sur sa forme ; il est quelquefois libre dans toute son étendue; dans quelques cas où il en était ainsi, et où il présentait une certaine longueur, il a pu se contourner autour de l'intestin gréle,-et l’étrangler; on a vu son extrémité libre en

contact avec le rein, le foie, etc. Les rapports de cet appendice dans les diverses circonstances sont donc très variables, Quant au point où l’appendice cœcal vient s’aboucher avec le cœcum, il est toujours situé dans le même endroit, c'est-à-dire en bas, en dedans et en arrière, un peu au-dessous du point où l’intestin gréle s'unit au gros intestin; intérieurement son orifice répond à la partie inférieure de la paroi interne à gauche du cœcum, un peu au-dessous de la valvule de Bauhin.

Cet orifice conduit dans une cavité plus ou moins étroite qui parcourt toute l'étendue de l’appendice vermiforme, et se termine en cul-de-sac à son extrémité libre; cette cavité ordinaire. ment vide a été trouvée remplie de mucosités et de matières fécales plus ou moins endurcies. On y a rencontré des noyaux de cerises, du vers lombric, etc.; ces corps étrangers deviennent quelquefois cause par l’irritation qu’ils déterminent, de la perforation spontanée de l’appendice cœcal, perforation qui a été observée un assez grand nombre de fois. On observe à l’entrée de l’appendice un repli muqueux plus ou moins considérable qui représente les vestiges d’une valvule, mais ce repli n'obstrue jamais assez l’orifice de cet appendice pour empécher les matières d’y pénétrer. L'intérieur de la cavité est tapissée par la membrane muqueuse qui se continue avec celle du gros intestin, et qui présente un aspect gaufré, par de saillies que séparent de petits enfoncemens. Cette cavité peut ne pas exister, et être oblitérée complétement. Haller a rencontré deux fois cette disposition. M. Cruveilhier attribue ce défaut de cavité à une adhérence morbide; dans un cas il a rencontré cet appendice du volume de l'index et long de deux pouces. Sa cavité contenait un mucus épais et transparent, et l’orifice de communication de sa cavité avec celle du cœcum était oblitérée.

La structure de l’appendice ileo-cœcal est la même que celle du cœcum, seulement comme la cavité est plus petite, les mêmes élémens y sont plus difficiles à démontrer.

La plupart des auteurs s'accordent à dire qu’on ignore complétement les usages de cet appendice, mais Burdach, dans son Traité de physiologie, le considère comme un crypte plus développé que les cryptes ordinaires et pense qu’il concourt à la digestion par la sécrétion d’une humeur qu’il verse dans le cœcum, et qu'il ne sert qu’à accroître l’étendue de la surface interne de l'intestin. Du reste son absence n’a aucune influence sur la digestion, on ne le trouve que chez l’homme et chez les animaux les plus voisins de lui.

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