DES CONDUITS EXCRÉTEURS DU PANCRÉAS
Le conduit pancréatique où canal de Wirsung (ductus pancreaticus s. Wirsungianus), destiné à verser le suc pancréatique dans le duodénum, a été découvert sur l’homme en 1642 par Wirsung. Mais outre ce conduit excréteur il en existe encore un autre plus petit qui s'ouvre également dans l'intestin et qui s’anastomose toujours avec le conduit principal.
Pour apercevoir les conduits pancréatiques, il faut absolument diviser le tissu de la glande qui les recouvre dans toute leur étendue, jusqu’au moment où ils pénètrent dans l'intestin. Il ÿ a même au point où s’abouche le petit conduit pancréatique quelques granulations de la glande qui le recouvrent encore et se placent entre les tuniques de l'intestin. La multiplicité des conduits pancréatiques est une disposition normale qui peut cependant offrir beaucoup de variétés indiqnées d’abord par Tiedemann et ensuite par M. Bécourt. Cependant, il y a une disposition plus fréquente qu’on doit considérer comme normale et qui a été bien décrite récemment par M. Verneuil de la manière suivante :
Le canal de Wirsung occupe la partie moyenne du corps du pancréas à distance à peu près égale du bord supérieur et du bord inférieur; tantôt plus rapproché de la face antérieure, tantôt plus voisin dela postérieure, disposition qui m'a paru la plus fréquente ; tantôt enfin au milieu de la glande. En approchant de la tête du pancréas, ce canal s’infléchit fortement en bas, de manière à présenter une double courbure en S italique. Il se rapproche beaucoup du bord inférieur de la glande et ultérieurement se dirige en arrière pour se réunir au canal cholédoque. Les conduits secondaires de l'extrémité splénique, et en général ceux qui sont d’un petit volume se jettent perpendiculairement dans le conduit principal; mais on voit souvent, vers la partie moyenne du corps du pancréas, un ou deux canaux, l’un supérieur, l’autre inférieur, qui se jettent dans le conduit de Wirsung, après avoir reçu eux-mêmes un assez grand nombre de canaux de troisième et de quatrième ordre.
Au point indiqué, le canal excréteur semble se trifurquer : la branche moyenne et antérieure n'est autre que le canal principal qui recueille lui-même un nombre considérable de canalicules venant des lobules de la face antérieure ; à la réunion du corps et de la tête du pancréas, on voit encore des canaux secondaires importans se jeter dans le canal de Wirsung ; le plus remarquable a été considéré à tort comme un second canal : c'est tout simplement une branche récurrente d’un volume très notable qui reçoit tous les conduits de troisième, quatrième ou cinquième ordre, venant des granulations qui constituent la plus grande partie du lobe duodénal pancréa-
tique. Cette branche, que j'appellerais volontiers canal azygos pancréatique, a donc pour but de recueillir tous les canaux qui auraient peine à se jeter isolément dans le gros conduit, mais elle présente ceci de remarquable qu’au lieu de se terminer en cul-de-sac, elle va s’aboucher dans l'intestin par sa petite extrémité. C’est, que je sache, le seul cas dans l’économie d’une branche d’un canal excréteur ouverte par les deux bouts. En effet, d’une part elle s’ouvre par un pertuis dans l’intestin, et de l’autre elle va, en augmentant progressivement de volume, à mesure qu’elle reçoit de nonveaux canalicules, se jeter dans le conduit de Wirsung. Près de sa terminaison dans l'intestin, elle reçoit également les conduits très petits des granulations qui rampent dans l'épaisseur des tuniques du duodénum. Le lieu de réunion de cette branche se fait à une distance variable du pli de Water (de 1 à 4 centimètres). Ce n’est point le cas d’admettre un second canal distinct du premier, mais on peut envisager cette disposition comme une voie supplémentaire ouverte par précaution au fluide pancréatique. Je pense néanmoins que, dans l’état normal, le liquide sécrété par les granulations de la tête du pancréas a plus de tendance à retourner dans le conduit principal et à se méler au liquide produit par le corps de la glande. »
M. Verneuil parle en outre de la communication constante entre les deux conduits pancréatiques qui se démontre très bien en injectant, par le conduit de Wirsung, de la térébenthine colorée ou du mercure. On voit alors constamment ce liquide injecté revenir dans l'intestin par le petit conduit pancréatique.
Huschke dit que le deuxième canal pancréatique doit être considéré comme un arrêt de développement, car J. F. Meckel a régulièrement observé, dans le fœtus humain, deux conduits pancréatiques, aboutissant chacun à part au canal intestinal. M. Verneuil a vu aussi le petit conduit pancréatique d’autant plus développé proportionnellement qu’il l’observait sur des fœtus plus jeunes.
À son extrémité, le canal de Wirsung offre un diamètre de 2 à 3 millimètres. Après s'être porté en bas et en arrière, pour gagner la paroi postérieure du duodénum, il perce celle-ci obliquement, comme fait le canal cholédoque, et devient plus étroit qu'il ne l’était immédiatement auparavant.
L'ouverture du conduit de Wirsung dans le duodénum siége à la partie postérieure et interne de la portion descendante du duodénum et à une distance du pylore variant de 8 à ro centimétres jusqu’à 2 décimètres (Huschke).
A son embouchure dans l'intestin, le conduit pancréatique s’'abouche avec le conduit cholédoque dans un petit enfoncement de la membrane muqueuse, de telle sorte qu'il y a inévitablement mélange de la bile et du suc pancréatique aussitôt leur arrivée dans l'intestin.
D’après E. H. Weber, cet enfoncement, long de 4 millimètres, ressemble plus à la membrane muqueuse du canal pancréatique
-qu’à celle du conduit cholédoque, en ce que la surface interne du canal cholédoque est jaune, et couverte d’une multitude d’enfoncemens muqueux, tandis que le canal pancréatique a des parois plus fermes et une membrane muqueuse lisse et blanche. En outre, un petit repli frangé de la membrane muqueuse sépare, le plus souvent, les deux orifices l’un de l’autre, dans l’enfoncement du duodénum auquel ils aboutissent.
Texture du pancréas.
Le pancréas est constitué par une substance glandulaire qui k LA
se réduit en acini, par des conduits excréteurs, par des artères, des veines, des vaisseaux lymphatiques, du tissu cellulaire résistant plus ou moins graisseux, et enfin par la séreuse péritonéale.
Relativement à la texture intime de la substance glandulaire et des conduits pancréatiques, nous renvoyons au tome vurr. Nous ferons seulement remarquer en passant que ces deux ordres de parties ont des propriétés distinctes. M. CI. Bernard a montré qu'en injectant de la graisse par les conduits pancréa. tiques dans le tissu de la glande chez uñ animal vivant (chien), on voit bientôt toute la portion glandulaire perdre sa fonction, s’atrophier et finir par disparaître par véritable résorption, tandis que les conduits restent parfaitement intacts et dénudés de leur tissu glandulaire, comme les rameaux d’un arbre dépouillés de leurs feuilles.
L’analogie de structure anatomique entre le pancréas et les glandes salivaires est évidente à l’œil nu et au microscope. Cependant les liquides produits par ces diverses glandes sont bien différents par leurs propriétés et par les usages qu’ils ont à remplir , ainsi que l’a démontré M. CI. Bernard.
Artères du pancréas. Les artères sillonnent la profondeur du tissu pancréatique, de telle sorte qu’il faut les sculpter en quelque sorte pour en faire la dissection. Ces artères sont, pour la tête du pancréas, deux arcades à convexité tournée à droite, arcades pancréatico-duodénales (Verneuil), qui toutes deux sont constituées, 1° par une branche descendante de l'artère hépatique; 2° par une branche descendante de l'artère mésentérique. Ces deux branches s’anastomosent en ce point par inosculation, et de la convexité des arcades qu’elles forment naissent des branches qui se distribuent à la glande, en formant des réseaux polygonaux. Pour le corps du pancréas, les artères sont fournies, 1° par des branches descendantes de l'artère splénique ; 2° par des branches ascendantes qui proviennent d’une artère pancréatique volumineuse émanée de la mésentérique. D’après M. Verneuil, cette artère, largement anastomosée avec l’arcade pancréatico-duodénale antérieure, longe le bord inférieur de la glande, parallèlement à l’artère splénique. Elle est d’abord recouverte par le tissu de la glande, puis pénètre plus profondément dans le pancréas vers son tiers externe, où elle se rapproche de la surface antérieure. Plus loin, cette même artère donne des rameaux à la queue du pancréas, et se termine finalement en s’anastomosant largement avec l'artère splénique. Les artères du pancréas ne suivent pas d’une maniere spéciale les conduits excréteurs. Leur nombre, leur volume et leurs anastomoses varient dans la circulation pancréatique, très riche et très active.
Veines du pancréas. D'après M. Verneuil, les veines offrent beaucoup d’analogie avec les artères. Elles forment également deux arcades pancréatico-duodénales qui font communiquer largement la veine-porte et la grande mésaraïque. Les autres veines pancréatiques se jettent directement dans la veine-porte, dans les deux veines mésaraïques et dans la veine splénique.
Nerfs du pancréas. Yes nerfs du pancréas proviennent de plusieurs sources, savoir : 1° des nerfs spléniques, 2° de nerfs provenant de la face antérieure du plexus solaire, 3° de nerfs émanés des plexus hépatiques et mésentériques supérieurs. Parmi ces nerfs, les uns suivent les artères, les autres, au contraire, se rendent directement dans l'organe.
Vaisseaux lymphatiques. Les vaisseaux lymphatiques du pancréas se rendent dans les ganglions lymphatiques lombaires les plus voisins. Ils ne sont du reste pas bien connus. M. CI. Ber. nard assure qu’on peut les injecter assez facilement en poussant l'injection par les conduits excréteurs du pancréas.
Développement du pancréas.
Le pancréas se développe plus tôt que les glandes salivaires ; il paraît d’abord sous forme d’une sorte de bourgeon annexé au côté droit de l'intestin (Reichert). Son développement, suivant Huschke, serait lié à la formation du foie. Cependant, d’après le même auteur, le pancréas, dans son accroissement, suit plutôt des variations en rapport avec la rate, car, après la naissance, son poids ne diminue pas en proportion de celui du corps, comme cela arrive pour le foie. Voici les rapports trouvés par Huschke :