‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 21 sur 407 · LIQUIDE CÉRÉBRO-SPINAL DANS LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

LIQUIDE CÉRÉBRO-SPINAL DANS LES ANIMAUX

L’espace sous-arachnoïdien et son liquide existent dans tous les animaux vertébrés. Les différences entre eux et l’homme portent sur la forme des cavités cérébrales et surtout sur la quantité relative du liquide.

1° Mammifères. Chez tous les animaux de cette classe, la disposition générale des cavités cérébrales et de leurs orifices est la même, avec l'addition toutefois des ventricules olfactifs qui ouvrent dans le troisième ventricule. Les différences avec l’homme sont peu apparentes chez les quadrumanes. Chez les carnassiers et les rongeurs, elles se caractérisent surtout par lapparition et le grand développement des ventricules olfactifs et la diminution progressive des ventricules latéraux. Chez les rwminans, la couche liquide extra-ventriculaire est beaucoup ré-

(1) Recherches physiologiques et cliniques sur le liquide céphalo-rachidien ou cérébro-spinal. Paris , 1842,

duite et n'existe presque plus à la surface des hémisphères cérébraux, où les circonvolutions sont moins profondes et plus serrées. Dans tous les animaux mammifères, c’est dans le canal vertébral que la couche liquide se maintient la plus considérable. Ce caractère d’infériorité va se prononcer de plus en plus en descendant l’échelle des vertébrés.

2° Oiseaux. La quantité du liquide céphalo-rachidien diminue beaucoup chez les oiseaux avec le volume et les modifications de l’encéphale. Comme les hémisphères cérébraux sont dépourvus de circonvolutions à leur surface, l'arachnoïde adhére à la pie-mère et il n’y a plus de couche liquide extérieure. D’un autre côté, l’absence de l’appareil tertiaire de M. Guillot ( voûte, cloison, hippocampes) entraîne celle des ventricules latéraux et la séparation des hémisphères. D'où il suit que le liquide cérébral ne se trouve plus que dans les deux ventricules médians (3° et 4* des mammifères), réunis par l’aqueduc de Sylvius. Comme dans les mammifères, à son extrémité inférieure le ventricule cérébelleux communique par le trou de M. Magendie, avec le confluent inférieur et la cavité de la moelle. Une disposition nouvelle qui distingue les oiseaux, c’est l’existence de deux ventricules optiques au cerveau et d’un ventricule dans le renflement lombaire de la moelle, tous les trois remplis de liquide. M. Magendie dans ses recherches n’a pu faire pénétrer la matière d'injection dans ces ventricules; mais peut-être cependant ne faut-il pas se hâter d’en conclure qu'ils forment des espaces clos, sans communication avec les autres cavités céphalo-rachidiennes.

30 Reptiles. Chez ces animaux, l’arachnoïde se trouve presque partout confondue avec la pie-mère. Les cavités cérébrales se réduisent au seul ventricule du cervelet communiquant par son orifice inférieur avec la cavité rachidienne. Celle-ci constitue un canal assez vaste, rempli d’une couche à-peu-près uniforme de liquide. Il n’y a point de ventricule dans le renflement lombaire.

4° Poissons. La dégradation des enveloppes céphalo-rachidiennes et de leur liquide, de plus en plus manifeste dans les oiseaux et reptiles, atteint son dernier terme chez les poissons. Dans les animaux de cette classe la distinction des trois membranes d’enveloppe devient de plus en plus confuse. La duremère est tellement unie aux parois osseuses ou cartilagineuses du crâne et du rachis qu’on ne peut plus l’en séparer. A sa face viscérale on distingue une couche cellulo-vasculaire qui est la trace de l’arachroïde et de la pie-mère, réunies chez beaucoup d'espèces en une simple couche de l’enveloppe fibreuse. Ce tissu, dansles morues, simprègne à la surface de la moelle et des ganglions encéphaliques, d’un fluide visqueux, incolore et diaphane, qui représente probablement le liquide cérébro-spinal. Chez d’autres poissons, le thon, la carpe, etc., les ganglions encéphaliques sont recouverts d’une matière cellulo-graisseuse. Ces deux substances se présentent chez presque tous les poissons, mais en proportion inverse l’une de l’autre.

En résumé, la quantité du liquide céphalo-rachidien est proportionnée dans tous les animaux vertébrés au volume relatif et au degré de développement et de complexité des centres nerveux; c’est-à-dire que, à partir de l’homme, où elle s'offre avec le plus d’abondance, elle diminue graduellement avec les masses encéphaliques dans les mammifères, les oiseaux, les reptiles et

les poissons. Conformément à cette loi générale, c’est à la périphérie cérébrale que le liquide commence à disparaître, puis dans les ventricules céphaliques. La cavité rachidienne est celle où il se maintient le plus uniformément, et le confluent sous-cérébelleux, le point intermédiaire des centres nerveux encéphaliques et rachidiens, est le lieu où s’en observent les dernières traces.

FONCTIONS DES MEMBRANES D'ENVELOPPE ENCÉPHALO-RACHIDIENNES ET DU LIQUIDE CÉRÉBRO-SPINAL.

À. Fonctions des membranes.

1° Dure-mère. Cette membrane a bien manifestement un double usage. Par rapport aux os du crâne, elle en est l’enveloppe de nutrition ou le périoste interne, augmente beaucoup leur fixité, contient et raffermit leurs sutures. Eu égard aux organes nerveux, la masse encéphalique et la moelle, elle est, par sa résistance, leur enveloppe de protection. Ainsi, dans le crâne, par les replis rigides et fixement tendus qu’elle envoie entre les grands lobes des organes encéphaliques, elle préserve ceux-ci de la pression qu’ils exerceraient les uns sur les autres dans les diverses positions de la tête : 1° le cervelet de la pression des lobes postérieurs du cerveau, dans la station verticale, par l’interposition de la tente cérébelleuse; 2° les hémisphères cérébraux de leur pression latérale lun sur l’autre par la faux cérébrale; 3° jusqu’à un certain degré les deux hémispheres cérébelleux de leur refoulement l’un sur l’autre, par la faux du cervelet. La dure-mère, sur tous les points, devient aussi la surface de contention du liquide cérébral. En outre, cette membrane est l’agent essentiel de la circulation veineuse cérébrale. C’est dans son épaisseur, ou entre elle et les os du cräne, que sont logés les grands sinus veineux dont, toujours en raison de sa résistance, elle protége le calibre contre la pression des organes nerveux ; condition si essentielle à la libre évacuation du sang noir dont le refoulement dans la substance nerveuse aurait été si funeste aux fonctions encéphaliques. Aussi, indépendamment du golfe de la veine jugulaire, confluent général de tout le système à sang noir, le dégorgement est-il encore favorisé par plusieurs trous veineux aux os du crâne et par l'émission au travers de leur diploé, de myriades de capillaires de la dure-mère ou périoste interne, dans le périoste externe, qui ouvrent à la circulation veineuse encéphalique de nombreuses voies d’abouchement dans la circulation extérieure faciale. Enfin, d’après nos recherches les plus récentes, la dure mère est encore la membrane de contention de diverses sortes de nerfs mous qu’elle protége dans des canaux fibreux : soit des plexus médians de nervules gris d’anastomose, d’un côté à l’autre, des deux cordons du grand sympathique et des six premiers nerfs céphaliques; soit de ses nervules propres et de ceux de l’arachnoïde.

Dans le canal vertébral, le rôle de la dure-mère se dessine encore plus net comme formant un sac de contention du liquide cérébro-spinal, et par cela même, un moyen d’isolement pour la moelle qu’elle préserve de la pression des os et de celle des sinus vertébraux dont elle force le dégorgement dans les plexus veineux extra-rachidiens.

Il n’est d'aucun intérêt de rapporter toutes les discussions qui ont eu lieu entre les physiologistes pour décider si la dure-mère est douée d’une prétendue contractilité. Il était bien inutile de poser la question et d'employer tant de soins à la réfuter par expérience, puisque, de toute évidence, la texture et la fixité de

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la dure-mère ne lui permettent aucun mouvement. Tout au plus, peut-on admettre que cette membrane, comme tous Îles tissus fibreux, est douée d’une certaine contractibilité prouvée en pathologie par le développement de diverses tumeurs.

Une autre question, plus importante, est celle qui a pour objet de déterminer si la dure-mère est sensible. an Helmont et Stahl, sans autre appui qu’une spéculation imaginaire, ayant fait des méninges le siége de la sensibilité, en concluaient secondairement que la dure-mère était sensible. Haller, Zinn, Bordenave, etc., interrogeant la voie de l’expérience, trouvaient la dure-mère dépourvue de sensibilité à tous les agens mécaniques et chimiques. Broklesby, par la même voie, était resté dans le doute; tandis que Baglivi disait avoir réveillé un animal endormi en piquant la dure-mère, et que Lecat, toujours d'apres l'expérience, accordait à la dure-mère une telle sensibilité qu’elle était, selon lui, plus exquise que celle de la peau. Enfin M. Zozget assure avoir trouvé, sur des chiens, la dure-mère insensible dans la portion supérieure, tandis que, en la râclant avec un scalpel au niveau des fosses temporales, l'animal donnait des signes non équivoques de douleur. Mais dans ce dernier cas, est-ce la dure-mère ou les plexus nerveux de la fosse sphénotemporale dont la lésion a causé des signes de sensibilité? Voici un bel exemple, entre tant d’autres, du vague que laissent si souvent après elles les vivisections dont le témoignage est prôné par tant d’observateurs comme irrécusable. Ici, où les résultats comportent à-la-fois les deux termes extrêmes et le moyen, la question n’est guère plus avancée que si elle était encore à poser. Si nous en référons à l’anatomie, nous dirons que la dure-mère renfermant des plexus de nerfs gris, il est présumable qu’elle doit être sensible, au moins dans l’état pathologique, sinon par elle-même, au moins par les nerfs qu’elle renferme dans ses canaux fibreux. Une pareille assertion est encore bien vague, mais nous ne voyons guère comment, par l'expérience, on pourrait arriver à plus de précision.

Aracanoine. On admet que cette membrane, de l’ordre des séreuses, est pour les organes encéphalo-rachidiens ce que la plèvre et le péritoine sont pour les organes thoraciques et abdominaux; ce qui semblerait signifier, quoiqu’on ne s'explique pas à ce sujet, que l’arachnoïde est une membrane de glissement, puisque c’est la fonction que l'on assigne aux autres séreuses. A l'appui de cette opinion on allègue la vapeur séreuse dans sa cavité que l’on suppose démontrée par l’état cadavérique. Mais outre que cette fonction de glissement est assez insignifiante pour les organes céphalo-rachidiens, surtout avec l’interposition du liquide cérébro-spinal, jusqu’à ce que des nervules très abondans y soient prouvés, je ne sais, quant à moi, si l’arachnoïde peut être absolument assimilée aux séreuses abdominale et thoracique où la présence de deux sortes de nerfs, en si grand nombre, semble accuser l'existence d’une fonction très essentielle,

encore inconnue.

Pre-Mère. On connaît à cette membrane deux fonctions très importantes. 1° Sa texture essentiellement vasculaire et les nombreux capillaires qu’elle-même reçoit, ne permettent pas de douter qu’elle ne soit la membrane nourricière de la substance nerveuse, On a dit aussi qu’elle était la membrane de contention de la pulpe nerveuse , qui, pour la moelle surtout, est diffluente dès qu’on arrache son enveloppe. Cette opinion est d’autant plus raisonnable que le même fait existe au cerveau dont la

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