‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 39 sur 407 · FONCTIONS · texte numérisé non relu

FONCTIONS

Deux voies ont été suivies, pour étudier les fonctions du cervelet. Dans l’une, on a considéré les phénomènes qu'offre la physiologie expérimentale; dans l’autre, la physiologie pathologique. Dans les deux méthodes, le point capital est de tenir compte des circonstances dans lesquelles on observe.

MM. Flourens, Calmeil, Magendie, Bouillaud, Longet, en irritant mécaniquement le cervelet l'ont trouvé insensible. Pourfour, Dupetit et Saucerotte, entre autres, avaient avancé que les lésions du cervelet produisaient, dans leurs expériences, des hyperesthésies considérables. Leurs lésions s’étaient-elles bornées au cervelet ?

Est-ce à dire que cet organe ne puisse éveiller une vive sensibilité? La pathologie rejette cette idée, parce que les lésions anatomo-pathologiques du cervelet ont été rencontrées avec une vive hyperesthésie, sans apparente lésion des organes qui en pourraient mieux rendre compte dans l’état actuel de la science.

Cette excitation artificielle n’a, d'après ces mêmes auteurs, jamais produit de contractions musculaires , de secousses convulsives. Zinn et Haller, au contraire, affirment que la lésion du cervelet produit des effets de ce genre. Ajoutez à cette dernière opinion que dans beaucoup d’affections aiguës et chroniques, l’on a observé chez l’homme des convulsions, des phénomènes épileptiformes.

Admettre tout gratuitement que la moelle allongée était lésée, serait peut-être aussi imprudent que d'en conclure à l'influence immédiate du cervelet sur les contractions musculaires.

S'il est difficile d’attribuer au cervelet un rôle principal dans les convulsions, il est des notions plus certaines sur sa participation dans les mouvemens volontaires.

M. Andral a recueilli un assez grand nombre de faits dans sa Clinique médicale, desquels il ressort d’abord que les lésions, telles qu'épanchement, etc., dans les lobes du cervelet, ont une influence croisée.

M. Piorry a fourni une observation dans laquelle il y avait eu hémorrhagie cérébelleuse gauche d’abord, puis ramollissement cérébral droit.

Eh bien, ces lésions, révélées par deux attaques d’apoplexie à un an de distance, avaient produit une hémiplégie droite en premier lieu, et finalement une hémiplégie gauche qui fut suivie de mort.

D'abord on remarquera ici que le cerveau et le cervelet ont réagi, apparemment du moins, de la même manière. En second lieu, que la lésion du cervelet a précédé la lésion du cerveau, comme l’autopsie l'avait manifestement démontré.

Mais ici se présente un fait qui a vivement frappé M. Andral, à savoir que dans sept cas par lui recueillis, où la lésion du cerveau coïncidait de date avec la lésion du cervelet, ou lui était antérieure, la lésion cérébrale seule produisait une paralysie croisée et la lésion cérébelleuse n'avait entrainé aucun effet.

Ainsi donc, si chez un sujet il survenait un épanchement dans le cerveau, à droite, il était suivi d’une hémiplégie gauche. Mais qu’une lésion pareille arrive coïncidemment ou postérieurement dans le cervelet gauche, il ne s’ensuivrait aucune hémiplégie droite.

Il serait donc bien embarrassant, dans le cas où il y a hémorrhagie dans un hémisphère cérébral et cérébelleux d’un même côté, de décider auquel des deux doit être attribuée la paraplégie.

M. Andral rapporte un fait de paralysie directe, et M. Rostan en cite un également., dans un cas d’abcès et dans un autre de ramollissement cérébelleux. Y a-t-il dans ces cas absence d’entrecroisement ? Ne ferait-on pas aussi bien de chercher la cause plus loin. Car enfin il est des cas où les lésions les plus graves du cervelet n’ont donné lieu à aucune paralysie.

Tant qu’il n’y aura que quelques faits, ce sera une exception; quand ils se multiplieront il faudra trouver la règle, et pour cela étudier les organes d’un appareil dans leur solidarité, c’està-dire dans leurs nombreux rapports.

Reil et Rolando ont observé, le dernier surtout, les usages spéciaux du cervelet dans les quatre classes de vertébrés. Ils en ont conclu que le cervelet est l’origine des mouvemens. Or, M. Flourens a découvert un fait tout différent. Les mouvemens, loin d’être abolis après l’ablation du cervelet, sont, d’après lui, très énergiques mais désordonnés.

M. Flourens admet donc que le cervelet est le siége exclusif

du principe qui coordonne les mouvemens de locomotion.

Les expériences ont été faites sur des oiseaux et des mammifères. L’ablation des couches superficielles du cervelet, amenait des effets moindres que celle des couches moyennes. Celle-ci était suivie de la démarche désordonnée et chancelante de l'ivresse, avec conservation de la vision et de l’audition. L’ablation complète entraine l’impossibilité de tout équilibre stable, malgré les efforts de l'animal pour y arriver. La sensibilité, la volonté, la motilité ne sont point abolis. Mais la dernière de ces facultés ou propriétés n’est plus subordonnée à la volonté.

S’il est possible de rattacher immédiatement les données expérimentales aux phénomènes pathologiques, pour en faire jaillir quelque lumière sur la pathogénie, nous dirons que la chorée est, de toutes les affections, celle qui répond le plus aux désordres artificiellement provoqués. Car la sensibilité, la motilité, la volonté existent. Il y a mouvemens convulsifs involontaires sans régularité, il y a mouvemens volontaires désordonnés, au point que la volonté semble avoir perdu tout empire dans les cas extrèmes. Mais il est à remarquer que cet empire n’est aboli que peu dans les cas légers, puis viennent tous les degrés intermédiaires jusqu’à l’ultime.

La chorée se termine le plus souvent d’une manière heureuse. Assez fréquemment il y a récidives. Quelquefois la mort survient. Eh bien, ces lésions sont très rarément appréciables. Dans les cas où l’on en a rencontré, rien ne montrait la relation de cause à effet.

Dans la chorée qui se termine par résolution, on peut bien admettre que les lésions n'étaient pas assez profondes pour que le rétablissement de l’état d’intégrité fût impossible.

Quel que soit le principe moteur directement solide ou intermédiairement fluide, l'élément qui produit les effets, peut étre lésé de tant de manières différentes, que l’absence des quelques lésions connues ne justifie rien.

Les observations de M. Flourens furent confirmées par MM. Bouillaud et Longet.

Toutefois M. Bouillaud considère le cervelet comme le centre nerveux, qui donne aux animaux vertébrés la faculté de se maintenir en équilibre, et d’exercer les divers actes de la locomotion. Le cerveau, d’après ce médecin, coordonne certains mouvemens, ceux de la parole en particulier.

M. Flourens attribue à la moelle allongée certains mouvemens qui, ilest vrai, sont involontaires.

M. Bouillaud pense que des mouvemens volontaires euxmêmes, ceux de la glotte, de la mastication, tous les mouvemens qui n’accompagnent pas forcément la respiration, sont soustraits au cervelet.

L’anatomie et la physiologie pathologiques ne fournissent que peu de faits en faveur de l’opinion de M. Flourens. À

Sur 93 cas de maladies du cervelet, M. Andral n’en trouve qu’un seul à l'appui des expériences de M. Flourens.

M. Serres considère les tubercules quadrijumeaux comme excitateurs de l’association des mouvemens volontaires ou de l'équilibration.

Les hémisphères cérébelleux seraient excitateurs des mouvemens des membres, surtout des pelviens.

M. Magendie, ainsi que MM. Flourens et Bouillaud, observa la tendance qu'ont les animaux à reculer, après la lésion profonde ou la soustraction du cervelet. Ce physiologiste compara, au point de vue du mouvement, notre encéphale à un tourniquet hydraulique avec une légère variante. Mais le principe est le même que celui du recul des armes à feu.

Dans les corps striés et dans le cervelet résideraient deux forces opposées.

Le premier élément est une force de rétrocession ; le second une force de propulsion. Si l’on enlève l’un des deux, l’autre aura seul son effet. D'où la rétrocession après l’ablation du cervelet. Le tourniquet aurait un pivot central mobile , d’où résulterait que le mouvement latéral ou antéro-postérieur deviendrait circulaire. Placé sur un pivot nous tournerions de même.

Ici l’expérimentation n’a pas fourni des résultats aussi invariables que dans la production des mouvemens désordonnés des membres. En effet, si les animaux ne pouvaient faire obéir leurs muscles, comment courraient-ils? C’est une lésion qui paraît assez différente, mais dont nous ne contestons pas la réalité. Mais cette difficulté d’arriver à cette lésion nous fait penser que dans les conditions d’expérimentation où l’on s'était placé, on a dû obtenir des résultats, dont la variabilité exprimait sans doute celle des conditions mêmes.

M. Magendie a vu un canard nager en reculant, des pigeons voler en arrière, après avoir lésé leur cervelet. Mais, pour ce physiologiste, la moelle allongée pourrait bien être le siége de ce mouvement de propulsion, à l'exclusion du cervelet.

M. Bouillaud n’a vu le mouvement de rétrocession que quatre fois sur dix-huit expériences.

M. Flourens a réussi cinq fois sur dix-huit, et il y avait quelquefois mouvement de propulsion.

Sur 93 observations de la clinique de M. Andral, il en est une seule qui confirme le fait.

Willis avait pensé que le cœur tire du cervelet, par l’intermédiaire des nerfs vagues, la source de son mouvement. Ce qui constitue une gratuile hypothèse. Quant aux autres mouvemens involontaires, M. Flourens, en conservant vivants des oiseaux qui digéraient, après l’ablation du cervelet, a suffisamment réfuté leur dépendance du cervelet.

Les seules lésions de la respiration que l’on trouve en patho-

logie, et qui constituent la cause de la lésion des mouvemens du cœur observée par Willis, doivent être rattachées à la moelle allongée.

Le cervelet a été considéré comme centre des perceptions sensitives. Lapeyronie, Saucerotte, avaient basé leur théorie sur quelques expériences et sur un petit nombre de faits pathologiques. Willis en faisait le centre des sensations auditives qui allaient de là au sensorium commun, les corps striés.

Un certain nombre d’observateurs, MM. Foville, Pinel-Grandchamp, Duges, etc., ont cru le cervelet préposé à la sensibilité.

Il faudrait donc admettre que le cervelet, sans en être le siége exclusif, peut jouer un certain rôle dans la perception. La pathologie fournit quelques faits d’hyperesthésie dans des cas de lésion cérébelleuse.

Mais les sensations spéciales en paraissent indépendantes , et lorsqu'on les a vues perverties, elles ne tenaient pas directement à une lésion du cervelet.

M. Andral donne un grand nombre de faits de lésions anatomiques chroniques, qui ne furent accompagnées d’aucune lésion physiologique notable.

Si les expériences et observations des uns ne prouvent pas en faveur du siége exclusif de la sensibilité dans le cervelet, celles des autres prouvent peu contre une participation plus ou moins étendue.

MM. Flourens et Bouillaud n’ont pas observé d’altération dans les facultés intellectuelles ; mais les faits pathologiques de M. Andral conduisent également à la négation.

M. Serres a localisé dans le lobe médian du cervelet le foyer d’excitation des fonctions génératrices ; les lobes latéraux exciteraient les mouvemens des membres.

Gall avait déjà dit : le cervelet est l'organe de l'instinct de propagation, ou de l’amour physique. M. Serres cite un assez grand nombre d'observations à l’appui de cette doctrine.

Dans ces observations, il y avait plusieurs fois lésion du lobe médian seulement, accompagnée d’érections ou de priapisme. Dans d'autres cas où la lésion avait été plus profonde, les organes génitaux avaient paru comme atrophiés et leurs fonctions annihilées.

M. Longet fait remarquer que sur quinze cas de lésion avec compression de la portion cervicale de la moelle, M. Ollivier d'Angers a observé huit fois l'érection du pénis, et trois fois sur treize cas ayant trait à des lésions de la portion dorso-lombaire.

Ce qui semble, au premier abord, confirmer la théorie de M. Serres, c’est que, d’après ce qu’il vient d'en être dit, il yavait coïncidence entre des apoplexies du lobe médian et le priapisme, et que ce dernier symptôme n’a pas été vu soit dans les hémorrhagies, soit dans les ramollissemens des lobes latéraux.

M. Pétrequin attribue l’influence supposée du lobe cérébelleux moyen, à une compression exercée sur la moelle allongée par la tumeur voisine.

De plus, dans des cas de ramollissement total du cervelet, où l'on a également observé du priapisme, la moelle avait été atteinte. Ainsi, sur trois ramollissemens complets, deux fois on a observé l'érection.

Sans doute, il y a, en faveur de l’action de la moelle, les faits consignés par M. Ollivier d'Angers, l'interprétation de quelques cas de lésion du cervelet avec extension, et enfin les expériences de M. Ségalas. Cet auteur a montré qu'en titillant chez des animaux la portion cervicale de la moelle, en excitant simultané-

ment la moelle lombaire, on produit érection et éjaculation. Or, dans les cas où l’on stimule isolément le cervelet ou le cerveau, rien de pareil n'arrive. On sait, du reste, que l'acte de la pendaison s'accompagne souvent d’éjaculation, et ce fait va même au-delà de toutes les expériences sur les animaux, car on n’agit que sur la moelle cervicale. Mais il est bon d’observer que les conditions d’expérimentation, s’il est permis d'envisager ainsi une manœuvre volontaire ou involontaire en dehors de la science, sont toutes différentes.

La science a enregistré le fait d’une fille qui se livrait à la masturbation et qui n'avait point de cervelet. Elle mourut à l’âge de 11 ans. Son intelligence nulle. Ses forces de même. Ni lobes cérébelieux, ni pont de Varole, ni quatrième ventricule, etc., etc.

Ce fait, analysé dans son ensemble, paraîtrait également infirmer toutes les théories.

On avait dit aussi que la physiologie et l'anatomie comparées prêtent appui à la doctrine de Gall.

Les poissons, dont le cervelet offre l’organisation la plus parfaite, s’accouplent; chez eux seuls, il y a union intime des sexes. Il n’en est point ainsi. Les squales, les raies, dit M. Leuret, s'unissent, et certaines espèces seulement, d’après lui, ont des lamelles cérébelleuses.

En comparant le cervelet de la morue qui ne présente point d'union sexuelle au cervelet des roussettes, on les trouve analogues. Les premières ont un cervelet très développé et ne copulent point. Les secondes en ont un aussi développé et copulent. D'autres poissons, avec des cervelets très inégalement développés, jouissent également de cette faculté.

Eh bien, dans les cas extrêmes, le volume peut être pris en considération ; mais dans les cas intermédiaires, il faut surtout considérer la qualité, les rapports. D’où une toute autre manière de classer les faits et d’en conclure.

On a fait observer aussi que les grenouilles ont à peine un cervelet, et que cependant ces animaux sont absorbés par les sensations érotiques, au point de ne ressentir aucune cause de douleur. L'instinct de la propagation se maintient chez les reptiles malgré l’ablation du cervelet, mais il est aboli par la soustraction des lobes cérébraux. M. Magendie a vérifié ces expériences de M. Calmeil.

M. Flourens parle d’un coq qui conserva pendant huit mois après l’ablation d’une partie du cervelet, l’instinct de la propagation à un haut degré, mais il avait perdu la faculté d’équilibrer ses mouvemens.

Conclusions. On peut voir combien les fonctions du cervelet ont provoqué de faits et d'opinions contradictoires.

Nous avons fait pressentir ces difficultés, mais nous avons toujours laissé parler les faits d’abord.

Nous avons surtout pu voir combien il y a de distance entre les expériences et les observations en général.

Puis, nous nous sommes attaché aux conditions des expériences qui doivent être invariables, pour obtenir des résultats comparables. On comprendra aussi sans peine combien une affection graduelle est peu propre à confirmer ou à infirmer un résultat expérimental subit, quelle que soit sa portée. Dans le cervelet, lorsque la lésion est précédée de celle du cerveau, on peut penser que peut-être, le cervelet lésé uniquement n’agit que par influence à travers les lobes cérébraux intacts.

Considéré en lui-même, le cervelet ne paraït point irritable

expérimentalement, mais précédemment on à pu voir que ses lésions pathologiques ont quelquefois donné lieu à de l’hyperesthésie. La sensibilité récurrente pourra peut-être plus tard donner l'explication de ces faits.

Des considérations de physiologie comparée ont été invoquées contre Gall. D'autre part parmi les faits de M. Serres , il en est plus d’un qui mérite une haute attention.

Le cervelet peut encore avoir sa part dans l’accomplissement de fonctions d’un ordre bien différent.

M. Bernard a découvert du sucre dans le foie. Ce sucre n’y arrive pas, mais il y est élaboré.

Ce fait inattendu, cette sorte de sécrétion du foie, dépend-elle du pneumo-gastrique, dont certains filets se rendent dans ce viscére? Cette question provoqua des recherches qui ne furent pas moins étonnantes dans leurs résultats.

Si la sécrétion du sucre se fait sous l’influence du pneumogastrique, l'excitation de ce nerf à son origine augmente-t-elle la sécrétion, comme l'excitation des nerfs qui se rendent à la glande lacrymale provoque les larmes, l’excitation des nerfs de la glande salivaire la salive?

En galvanisant le pneumo-gastrique, on arrive assez difficilement à ce résultat ?

M. Bernard fut conduit à irriter l’origine du pneumo-gastrique par des agents mécaniques. Et cette fois-ci, le résultat dépassa toute attente.

En piquant l’espace du quatrième ventricule, compris entre les tubercules de Wenzel, origine des nerfs acoustiques, et l’éminence qui porte le bec du calamus scriptorius, on obtient une augmentation considérable dans la quantité du sucre qui se traduit par des urines diabétiques.

Mais il est un point important à noter, c’est que le succès complet de l'opération est subordonné à différentes conditions.

Cette piqüre, qui a surtout été pratiquée sur des chiens et des lapins, doit étre faite sur la ligne médiane. Elle réussit néanmoins. Cette piqüre est faite assez profondément sur les parties latérales, mais elle atteint, d’après M. Bernard , nécessairement l’origine réelle et visible des pneumo-gastriques.

Le sucre apparaît au bout d’une heure et demie (chez les lapins), dans les urines; mais avant, comme on l’a constaté maintes fois, on le trouve déjà dans la totalité du sang.

Quand l'animal est malade, on ne parvient jamais à le rendre diabétique. Ce fait très remarquable mérite d’être rapproché d’un autre, souvent constaté par M. Rayer, à savoir que des affections intercurrentes du diabète suppriment le sucre dans l'urine.

Cela a surtout été observé dans des cas de variole, d’affections éruptives, intercurrentes. Nous avons du reste observé une exception à ce fait assez général. Il a été vu aussi dans des cas de pneumonie. Enfin, chose non moins remarquable, quelquefois le diabète n’est qu'interrompu, et le retour à la guérison se manifeste par l'apparition du sucre dans l’urine; comme la disparition de l’albumine des urines indiquait souvent chez les cholériques un retour à la santé (M. Lévy).

Restait un point capital à démontrer.

Si c’est le pneumo-gastrique qui produit directement une hypersécrétion, la section des pneumo-gastriques doit produire la suppression du sucre dans le foie même. Mais cependant cette section n'empêche pas les animaux de devenir diabétiques sous l'influence de la piqüre du quatrième ventricule. Ce fait domine toute la pathogénie de ce diabète artificiel. Avec les notions

actuelles , on a cherché à expliquer ce diabète artificiel, de plusieurs manières, en partant du fait expérimental que nous avons mentionné et irrévocablement acquis à la science.

Les théories peuvent aujourd’hui se grouper sous deux chefs : ou le sucre apparaît dans les urines parce que sa sécrétion est augmentée; ou bien il y apparaît parce que sa destruction est diminuée. Ce qui s’exprimerait en d’autres termes par ces mots : augmentation absolue ou augmentation relative du sucre dans le sang.

D’après les expériences bien évidentes de M. Bernard, le sucre vient du foie; de là il passe dans le sang. Lors donc qu’on l'y trouve, personne ne peut dire que le sucre, en tant que sucre constitué, vient du sang. Le foie, après l’avoir constitué, l’élimine par la veine cave.

La section du pneumo-gastrique n’empêéchant pas la production du sucre, l’apparition du sucre ne saurait être attribuée à la transmission directe de l'excitation par ce nerf. Alors M. Bernard chercha à se rendre compte du phénomène par le mouvement réflexe. Il observa, en effet, qu'après la section du nerf optique, l’irritation du bout central réagit sur la pupille par l’oculo-moteur commun qui la contracte. Tandis que l'excitation directe de l’oculo-moteur commun n’agit point sur la pupille. De plus, en coupant le nerf lingual, on n’abolit pas la sécrétion salivaire. En touchant ce nerf on produit une hypersécrétion de la glande sous-maxillaire.

Et la cause en est dans une action réflexe qui est transmise du tissu papillaire lingual à la glande.

En coupant le pneumo-gastrique, on voit que l’irritation du bout périphérique ne produit rien. Mais en irritant le bout central, l'effet se constate très bien. Cette action retourne par la moelle. La preuve en est qu'en la coupant, tout cesse. La moelle transmet cette action aux nerfs splanchniques. Ceux-ci, comme on sait, envoient des filets au foie et au rein. Aussi survient-il quelquefois de la polyurie à côté du diabète.

Voilà les faits et théorie de M. Bernard.

C’est la théorie de l’augmentation absolue.

Elle a pour elle des expériences directes; M. Bernard est cependant loin de rejeter les considérations suivantes.

Toute diminution de l’oxydation peut amener une augmentation relative du sucre.

Et le pneumo-gastrique devait ou pouvait y jouer un certain rôle. Cette opinion a depuis été reproduite par M. Dechambre, M. Reynoso, etc. M. Reynoso a émis la pensée que les hyposthénisans devaient tous, plus ou moins, amener le diabète en diminuant la respiration.

L’hyposthénisant, qui porte ce nom comme on l'avait entendu jusqu'ici, n’a pas le privilége d’agir en déprimant une seule fonction, mais bien au contraire toutes les fonctions. De sorte que l'hyposthénisant devrait diminuer toutes les fonctions, aussi bien la production du sucre que sa destruction.

Ou bien les hyposthénisans ont une action déprimante exclusie sur les fonctions respiratoires, ce qui serait nouveau; ou bien les médicamens qui produisent de la glucosurie n’agissent point comme hyposthénisans, mais peut-être d’une manière inverse. Dans les deux cas, le mot hyposthénisant est à supprimer pour ne point induire en erreur, d’après les idées reçues. Eh bien, ces diabètes, par voie thérapeutique, rentreraient très aisément dans la théorie de M. Bernard, moyennant une action spéciale sur le système nerveux de réflexion.

Ici, on peut ajouter une nouvelle interprétation à toutes les

précédentes. La circulation générale peut offrir des trajets, des circuits partiels, qui, se rattachant à un appareil, s’isolent plus ou moins. De là, des reflux de sang de la veine porte dans le rein fetcs1etc:

Tout trouble respiratoire agit directement sur la circulation et peut produire ces derniers effets tout mécaniques.

Il faut donc tenir compte, dans l’étiologie de ces diabètes, de causes mécaniques. |

On a peut-être rapproché des faits de nature essentiellement hétérogène.

Ces dernières influences peuvent, dans des cas donnés, être tout à fait indépendantes du système nerveux. Il n’est pas douteux cependant qu'il lui revienne une grande part dans l’accomplissement de ces fonctions, par conséquent, dans leur perturbation.

On entend par isthme de l’encéphale, la portion du système nerveux central, qui unit entre eux le cervelet, la moelle et le cerveau.

Elle comprend le bulbe rachidien, le pont de Varole, les pédoncules moyens du cervelet, les pédoncules cérébraux, les pédoncules supérieurs du cervelet, les tubercules quadrijumeaux, la valvule de Vieussens. Il est inutile de faire remarquer que les pédoncules cérébelleux inférieurs, sont compris dans le bulbe rachidien.

Plusieurs anatomistes décrivent encore aujourd’hui l’ensemble de ces parties sous le nom de moelle allongée. Manière de faire qui n’a aucun fondement.

De plus, des anatomistes ont de tout temps appliqué l’expression de moelle allongée au bulbe rachidien ; il y a donc même des inconvéniens à s’en servir.

La moelle allongée a d’ailleurs servi à désigner non seule ment le bulbe, ou tout l'isthme, mais un nombre de parties très arbitrairement restreint ou étendu en deçà ou au-delà.

Le bulbe rachidien couronne la moelle épinière qu’il semble continuer. Il sert de lien, mais de lien plus volumineux que la moelle qu’il relie au centre cérébral. Il est intra-crânien, mais cette limite n’est pas très fixe. Par contre, l'absence de la protubérance annulaire, chez beaucoup d'animaux, rend la délimitation supérieure trop variable.

On n'invoquera pas la coloration blanche, parce que plusieurs organes, tels que la glande pinéale, les tubercules mamillaires, les bandelettes optiques, etc., devraient être étudiées dans l’isthme.

Cependant, en analysant plus loin, on voit que le bulbe rachidien a une conformation intérieure qui le rapproche plus de l’isthme en général que de la moelle épinière. M. Cruvcilhier, néanmoins, décrit le bulbe avec la moelle.

Pourquoi la délimitation est difficile ?

Cette seule énumération montre bien les inconvéniens que l’on rencontre dans la voie descriptive, alors qu'aucune règle ne sert de guide.

Tout ce que l’on sait de plus positif sur le système nerveux,

c'est qu'il est système à peu près au même titre que le système vasculaire; que ce système a ses tissus propres, ses élémens anatomiques caractéristiques.

On a, d'autre part, distingué dans ce système un certain nombre d'organes étroitement unis. Mais l’usage de ces organes est indéterminé pour la plupart d’entre eux; et les notions si vagues que nous avons des fonctions de ces organes, constitués en appareil, tient précisément à ce que nous ignorons nécessairement aussi quel lien fonctionnel enchaïne les organes pour les constituer tels. On sait bien constituer un appareil digestif avec des organes si variés. La description méthodique en est facile, à la condition toutefois d’avoir en vue le but de l’organe d’abord, puis l’organe en lui-même...

Quand on a assigné sa place, dans l'appareil, à un organe, il n’en estque plus facile de le décrire clairement et complétement.

Ainsi on discute pour savoir si le bulbe rachidien doit ou non faire partie de l’isthme ou de la moelle, comme si l’isthme ou la moelle pouvaient jeter quelque lumière sur les usages ou les fonctions de ce bulbe. Dans sa complexité, il pourrait représenter un appareil; et si ce n’est qu'un organe, il reste à déterminer quelles sont ces relations avec d’autres parties, et comment il constitue avec celles-ci un appareil.

Eh bien! on connaît aujourd’hui, dans une certaine limite, à quoi sert le bulbe. Mais on ne peut pas dire que lui seul préside à une fonction donnée, pas plus qu’on ne peut affirmer qu'il ne préside qu’à une seule fonction.

Or, ce que l’on sait du bulbe rachidien ne justifie nullement la place qu’on lui donne dans l’isthme. Il est vrai qu’on n’avait nullement ses fonctions en vue ; mais puisqu'on lui en reconnaît, il en faut tenir compte.

La description et la délimitation anatomiques doivent être faites en vue d’une idée. Partout où il y a des organes à décrire, la description doit sans cesse tendre à la relation, aux rapports ; mais à ces rapports qui peuvent jeter une lumière sur le secret d’une fonction, en montrant à quel titre l'organe fait partie de l'appareil , et comment naît la solidarité des parties de ceux-ci, comme aussi la solidarité des fonctions de tous les appareils.

Voilà le rôle de l’anatomie descriptive. D'autre part, des propriétés de la matière, sous forme d’élément anatomique, on s’élève aux usages des organes qu'ils constituent, et ainsi successivement à la notion complexe de la fonction. Et comme les élémens vont former des systèmes de tissus, les études seront simplifiées par la connaissance générale des propriétés de ceux-ci.

Nous conserverons le bulbe dans l’isthme, et nous le décrirons ici.

On peut considérer à l’isthme deux plans superposés.

Le plan supérieur est recouvert médiatement par le cervelet; l'inférieur appartient à la concavité de l’encéphale. L’inférieur est le plus volumineux ; il comprend : les pédoncules cérébraux, la protubérance, les pédoncules cérébelleux moyens et le bulbe.

Les anciens, à cause de sa disposition rayonnée, avaient comparé ce plan à un animal. La protubérance en était le corps, les pédoncules cérébraux les bras, les pédoncules cérébelleux les cuisses, le bulbe rachidien la queue. C’est de là aussi que vinrent les dénominations de nates et de testes pour des éminences du plan opposé.

Le plan supérieur est séparé de l’inférieur par un sillon. De ce sillon naît, des deux côtés, un faisceau rubané qui se rend au-dessous des tubercules quadrijumeaux. Le plan supérieur se compose des tubercules quadrijumeaux, de la glande pi-

néale, des pédoncules cérébelleux supérieurs , de la valvule de Vieussens.

Pour la description générale de l’isthme, on devrait y comprendre les pédoncules cérébelleux inférieurs, que l’on isolerait ainsi du bulbe.

Le quatrième ventricule, qui est intermédiaire à ces organes, a été décrit avec le cervelet.

La valvule de Vieussens, les pédoncules supérieurs ont été étudiés en grande partie en ce lieu.

Nous allons étudier successivement les parties constituantes de chacun de ces plans.

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