RÉSUMÉ GÉNÉRAL ANATOMICO-PHYSIOLOGIQUE DU GRAND SYMPATHIQUE
En me livrant, dans ce qui précède, à une foule de petits éclaircissemens théoriques, j'ai beaucoup excédé les limites, en même temps que jai modifié les formes ordinaires d’une simple explication de planche; mais ce n'était pas sans raison. Témoin du vague, de l'incertitude et de l'incohérence des travaux qui ont eu jusqu’à présent pour objet le système nerveux viscéral, et convaiueu que l'insignifiance et la stérilité des notions physiologiques acquises à est égard, devaient avoir pour cause l’imperfection des connaissances anatomiques, trop incomplètes et insuffisantes , j'ai poursuivi, dans cette direction, de nombreuses recherches micros— copiques dont les résultats ont pris une importance et une clarté inattendue d’ensemble et de détails qu’il m'importe de faire pénétrer dans l’esprit du lecteur.
Après avoir parcouru dans son ensemble tout le système nerveux splanchnique, à propos de sa fraction la mieux connue, le grand sympathique, dans l'intérêt des études et outre ce que je sais qu’on ne lit guère les textes in-folios, c’estici, en présence des faits qui représentent cel appareil nerveux en lui-même et dans ses rapports avec l'appareil cérébro-spinal, que j'ai cru devoir offrir le résumé des observations d'anatomie physiologique qui les concernent tous les deux, ces observations ne pouvant être bien comprises qu'avec la figure sous les yeux. C'est parce que ces recherches renferment un nombre immense de faits encore inédits, dont la liaison anatomique révèle une théorie d'ensemble toute nouvelle, que j'ai cru devoir en donner ici le tableau général. Appuyées ainsi, comme elles le sont, par l'autorité de faits empruntés de toutes les parties de l'organisme, et dont la certitude, désormais facile à vérifier, ne peut être mise en doute par personne, j'espère au moins que ces études si longues, et qui m'ont offert tant de difficultés , ne seront pas perdues pour la science.
Reprenons comme point de départ, et pour la démontrer à posteriori, la division que nous avons établie à priori dans le préambule du système nerveux splanchnique en cinq divisions principales.
1° Les plexus nerveux splanchniques intra-viscéraux, qui constituent l'appareil nerveux propre à chaque organe, n'avaient été que très imparfaitement étudiés. Je renvoie, pour ce sujet , à l'étude de chaque viscère en particulier. — Ges plexus intra-viscéraux, qui forment comme autant de petits organismes isolés, ont deux sortes de communications : 1° avec l'ensemble de l'appareil nerveux splanchnique , par les plexus de continuation extra-viscéraux qui les unissent entre eux et avec l’amas ganglionaire central de la cavité splanchnique dont ils font partie. — 2° avec l'appareil nerveux cérébro-spinal dans une proportion plus ou moins considérable , par la membrane séreuse d'enveloppe pour ceux des viscères qui ea sont pourvus et avec les nervules cérébro-spinaux sous-jacens pour ceux des viscères ou des surfaces de viscères qui sont dépourvus d'une enveloppe séreuse spéciale (Voyez à cet égard tome nr, pl. 48 pour les nerfs des membranes encéphaliques; pl. 43 bis pour la séreuse cardiaque ; pl. 49, 94 et t. v, pl. 16 bis et 51 pour les plèvres ;t. v, pl. 5r, 62 et t. mr, pl. 93 pour le péritoine).
a0 Les centres ganglionaires splanchniques nous ont montré quatre sortes de communica— tion, 1° Avec les plexus propres des viscères ou les plexus intra-viscéraux dont on suppose qu'ils fortifient et allient les forces d'incitation, — 2° avec les grands plexus extra-viscéraux qui réunissent en faisceaux tous les plexus secondaires d’un même appareil. 3° Avec les cordons du grand sympathique qui établissent la liaison des centres ganglionaires avec les extrémités centrales des nerfs rachidiens, et semblent bien, comme on le croit, fournir aux ganglions une puissance d'incitation puisée dans la moelle épinière. 4° Avec des nerfs cérébro-spinaux. Cette espèce de communication à laquelle ne participe aucunement le plexus solaire, le centre de la vie proprement végélative, se caractérise : (A) à La téte, par la jonction des plexus des six premières paires cervicales avec le ganglion céphalique; (B) à la poitrine, par la jonction des rameaux du pneumo-gastrique avec le ganglion et les plexus cardiaques, tandis que c'est ce nerf lui-même qui est la base des ganglions pulmonaires ; (C) au bassin, par l’immixtion des pinceaux des nerfs sacrés dans l’amas ganglionaire pelvien, Dans chacun de ces trois centres aussi plusieurs rameaux vont se mêler directement aux plexus des viscères sans avoir eu communication avec les ganglions.
3° Les grands pleæus extra-viscéraux. C’est bien réellement qu'ils forment les chaines de communication entre les centres ganglionaires splanchniques en même temps qu'ils sont les aboulissans et les points de départ des plexus secondaires placés sur leurs parcours , et qu'ils relient les uns avec les autres, Mais cette conformation générale se modifie pour chacun d’eux, dans chaque région, suivant la nature si variée des fonctions des groupes d'organes dont ils réunissent les ramifications splanchniquess — (A) 4 la téte, le double cordon cervical intermédiaire du ganglion céphalique aux plexus cardio-pulmonaires , représenté par la chaîne des plexus carotidiens et vertébro-basilaire, s’allie plus intimement que les autres au cordon correspondant du grand sympathique, et par ses dirimations en plexus vasculaires, à presque tous les nerfs cérébro-spinaux céphaliques et cervicaux, évidemment pour établir la relation entre Les fonctions splanchniques et les fonctions volontaires si nombreuses et si importantes dévolues aux organes de la face et du cou, (B) À la poitrine, c’est le nerf mixte pneumo-gastrique,
agent d'incitation des poumons, du cœur, de l'œsophage et de l'estomac, qui forme du mème coup la chaîne de communication du centre nerveux splanchnique cardio-pulmonaire avec le plexus ganglionaire cœliaque, où il vient apporter une influence nerveuse cérébro-spinale à tout l'appareil splanchnique abdominal. (C) 4 l'abdomen , le grand plexus aortique s’annonce de lui-même le lien d’union entre les deux centres ganglionaires abdominal et pelvien. Par sa masse énorme et l'absence apparente de nerfs directs cérébro-spinaux dans sa texture, il montre ici le domaine propre de la vie végétative. C’est l'opposé de l'extrémité céphalique du tronc où l'immense développement de l'appareil nerveux cérébro-spinal, comparé à l'exiguïté microscopique des plexus splanchniques carotidiens et vertébro-basilaires, montre à la tête et au cou le sitge essentiel de la vie animale,
4 LE GRAND syMPATHIQUE proprement dit, étendu dans ses deux chaînes longitudinales depuis le ganglion céphalique et les plexus propres carotidiens (pl. 90, 91), jusqu’à l'extrémité du coceyx (pl. 12, 95), présente dans ce long trajet plusieurs particularités qui en précisent la signification générale,
A. Dans toute sa longueur, la succession des ganglions dont il est formé, et la texture plexiforme de ses rameaux de toute sorte qui établissent sa conformité avec le système nerveux splanchnique.
B. Ses communications perpétuelles d’un côté à Pautre montrant la solidarité des deux moitiés qui le composent. Ces communications mutuelles des deux moitiés du grand sympathique sont : — 1° Aux deux extrémités. A la tête, où élle était restée en doute, par sept espèces d’anastomoses, comme il résulte de mon mémoire à ce sujet (pl. 90, 91), et au bassin dans toute Ja hauteur de la cavité sacro-coccygienne, suivant nos recherches (pl. 95).—2° Dans toute sa longueur, par le mélange des rameaux et filets de ses deux moitiés dans les centres ganglionaires et les grands plexus extra-viscéraux.
C. Sa condition d'intermédiaire entre les deux systèmes nerveux splanchnique propre et cérébro-spinal est démontrée par la régularité de ses deux genres de communication générale. — 1° Avec l'extrémité centrale de tous les nerfs cérébro-spinaux, par les rameaux qui en procèdent pour se rendre dans les ganglions du grand sympathique. — 2° Avec les centres ganglionaires splanchniques et les grands plexus extra-viscéraux par les rameaux splanchniques de toute sorte qu'ils reçoivent des ganglions du grand sympathique, De sorte que, dans toute l'étendue des cavités splanchniques, le grand sympathique semble la double voie d’un échange mutuel d’influences entre le centre nerveux cérébro-spinal et les appareils nerveux viscéraux et en particulier, paraît communiquer aux viscères une force d'incitation puisée dans la moelle vertébrale, comme, d’ailleurs, ce fait résulte en physiologie d’un grand nombre d'expériences et, en particulier, de celles de Legallois.
En outre, le rôle d'agent splanchnique du grand sympathique varie dans toutes les régions suivant les modifications qu'imprime aux appareils nerveux organiques, la diversité de leurs fonctions. Ainsi, à la face, le grand sympathique communique, par des ganglions, avec les organes dessens et les nerfs mixtes trijumeaux et pneumo-gastriques; au cou, il forme des plexus mixtes variés avec le pneumo-gastrique, l’hypoglosse, les paires cervicales, le phrénique; 4 la poitrine, il se mêle au pneumo-gastrique dans les plexus cardiaques, pulmonaires et œæsophagiens. À l’abdomen , il n’a de rapport direct qu'avec l'appareil splanchnique , le seul qui existe dans cette cavité. Au bassin, les influences viscérales se confondent avec celles des deux systèmes nerveux splanchnique et cérébro-spinal.
Enfin , de même que nous avons vu les filets rachidiens du grand sympathique former son anastomose centrale cérébro-spinale, de même à l'extrémité des plexus viscéraux , ses filets mêlés à ceux des nerfs splanchniques, montrent une seconde anastomose cérébro-spinale péri= phérique dans les séreuses (pl. 51, 93, et t. v, pl. 48, 49).
5° Quant aux prolongemens du grand sympathique en plexus vasculaires anastomosés en plexus périphériques avec les nervules du système cérébro-spinal, je crois devoir renvoyer à ce que j'en ai dit plus haut. Je ne ‘ferai que citer aussi comme complément les plexus des membranes, les muqueuses surtout, où les deux espèces de nerfs réunis se montrent avec prédominance relative de l’un ou l’autre appareil nerveux, suivant que les fonctions dans chaque siége, sont plus ou moins volontaires ou involontaires.
Tel est le résumé général de l’ensemble du système nerveux splanchnique, tel qu'il résulte de nos recherches. Je recommande donc sérieusement au lecteur l'étude de cette planche avec ses renvois aux figures de détails. En même temps qu'elle montre par elle-même l’ensemble du système nerveux splanchnique, elle dispose à reconnaître sur toutes les surfaces l’union commune, quoique partout différente, des deux grands systèmes nerveux de la vie organique et de la vie animale dans l'infiniment petit. C'est ce résultat général de l'observation anatomique dont il faut bien se pénétrer, si l’on veut arriver à comprendre, en physiologie , le système nerveux dans son ensemble, comme représentant l'organisme lui-même, varié de détails sur tous les points, mais pourtant uni entre ses deux grands appareils et solidaire dans toutes ses parties,
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(Tom. HI, PI 400.)