ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU
Couches optiques.
Déjà nous avons montré ailleurs comment en confondant les tubercules bijumeaux avec les couches optiques, on en avait inféré que le nerf optique naissait des couches ou éminences de ce nom.
On trouve chez les Poissons, au devant du cervelet, deux éminences lisses, arrondies, séparées par une dépression.
Ces éminences, contrairement à l’opinion de Haller, Vicqd'Azyr, ne sont point semblables aux couches optiques. Ces éminences, creuses à l’intérieur, ce qui n’a point lieu pour les couches optiques, sont les analogues des tubercules quadrijumeaux.
D’après Tiedemann, les poissons n’offrent pas d’organe comparable aux couches optiques.
Carus, qui a donné le nom de masses optiques aux protubérances situées au devant du cervelet, dit qu’elles sont les analogues des tubercules quadrijumeaux antérieurs de l’homme. M. Serres, n'ayant pu les rencontrer chez les poissons osseux, croit cependant à leur existence chez les poissons cartilagineux. Elles sont aplaties comme au début de leur apparition chez le
-fœtus humain.
Chez la lamproie et l’esturgeon, elles sont saillantes et faciles à reconnaître.
Reptiles. Carus a décrit, comme couche optique, un petit renflement placé sur les pédoncules cérébraux du crocodile, en avant des tubercules bijumeaux. Mais il ne tarda pas à reconnaître la généralité de ce fait, et la découvrit dans tous les ordres de la classe des reptiles.
Tiedemann dit avoir trouvé, chez les grenouilles et les crapauds, au devant des protubérances creuses analogues aux tubercules quadrijumeaux , deux autres petites masses pleines, qui ne sont même pas couvertes par les hémisphères du cerveau, à l'instar de ce que l’on observe chez le fœtus humain.
Ces masses constituent deux renflemens de la partie antérieure des pédoncules cérébraux, et sont unies ensemble par une commissure. Tiedemann dit même les avoir rencontrées dans le cerveau de la couleuvre à collier et du lézard gris, au devant des protubérances creuses qui donnent naissance aux nerfs optiques; chez ces animaux, elles étaient de même unies par une commissure, et la partie postérieure des hémisphères ne les recouvrait pas. Il lui fut possible aussi de les voir dans le cerveau de la tortue grecque et du caret; mais, chez ces deux reptiles, elles étaient couvertes par les hémisphères.
Chez les Oiseaux , on trouve, au devant des tubercules bijumeaux, deux petits renflemens grisâtres, implantés sur la partie supérieure et interne des pédoncules cérébraux, et unis entr’eux par une commissure très délicate : l'intervalle observé entre ces deux ventricules doit être assimilé au troisième ventricule. On les voit parcourus par des fibres se rendant de la moelle dans les hémisphères. Quoiqu’étrangers à l’origine des nerfs optiques, on doit leur conserver le titre de couches optiques, par analogie avec. ces organes chez l’homme.
Chez les oiseaux qui offrent un développement notable des hémisphères , la surface de chaque couche optique est munie d’une proéminence grise.
Les anatomistes qui avaient confondu les couches optiques avec les tubercules quadrijumeaux, confondirent les couches optiques avec de prétendus corps striés.
Chez les mammifères, les couches optiques acquièrent un volume remarquable, toujours en raison directe de celui des hémisphères cérébraux. Il suit de là que, c’est chez l’homme que ces organes atteignent à peu près le plus haut degré de développement.
Leur volume, dit Tiedemann, n’est point en rapport avec celui des nerfs optiques, mais avec celui des hémisphéres.
En effet, chez les amphibies qui ont de très petits hémisphères, elles sont elles-mêmes si peu prononcées que la plupart des anatomistes n’en ont point parlé; mais elles sont plus grosses dans les rongeurs, ainsi que dans le hérisson et la chauve-souris, et plus saillantes encore, proportionnellement, dans les carnassiars et les ruminans. Carus désigne les couches optiques sous le nom de ganglions des hémisphères cérébraux.
Quoique les nerfs optiques se renforcent au niveau des corps genouillés, Gall, avec Tiedemann et Carus, fait observer que cette origine n’est qu'accessoire. Chez le cheval, le bœuf, le cerf, ces couches sont beaucoup plus petites que chez l’homme, quoique chez ces animaux le nerf optique soit plus gros; mais il existe une proportion entre ce nerf et la paire antérieure des tubercules quadrijumeaux.
Les corps striés, depuis les descriptions de Haller, ont été
contestés chez les poissons. Pour les admettre, dit Tiedemann, :
il faudrait supposer que les masses d’où naissent les nerfs olfactifs, et qu’on considère comme les analogues des hémisphères, représentent à la fois ces derniers et les corps striés.
Lorsque l’on ouvre le cerveau par une section longitudinale, les ventricules offrent, au devant de chaque couche optique, une protubérance, oblongue , lisse en dessus, et couverte en partie par le plexus choroïde. Cette protubérance est située au devant et à côté du renflement du pédoncule cérébral, analogue à la couche optique des mammiferes, dont elle est séparée par un sillon, comme dans le cerveau des plus jeunes fœtus.
D'après Tiedemann, elle est composée d’une substance non fibreuse, et d’un blanc rougeâtre , dans laquelle se plongent de haut en bas des vaisseaux sanguins qui émanent des plexus choroïdes. Cette substance est en rapport immédiat avec les fibres du pédoncule cérébral à leur sortie du renflement, c’està-dire à l'endroit où elles se renversent de dedans en dehors, pour constituer la paroi mince et membraneuse de l'hémisphère.
La protubérance est donc bien l’analogue du corps strié des fœtus de trois et 4 mois. Son volume varie suivant les espèces ; il est toujours proportionnel à l'étendue et à la grandeur des hémisphères. Dans la grenouille, le crapaud et la salamandre terrestre, qui sont, parmi les reptiles, ceux chez lesquels on trouve les plus petits hémisphères, les corps striés sont fort minces.
Ils sont plus développés dans la couleuvre à collier et le lézard gris, dont les hémisphères sont plus amples que ceux des reptiles précédens. C’est dans la tortue grecque, le caret, le crocodile du Nil, et l’iguane bleue qu’ils sont les plus volumineux.
Chez les oiseaux, les protubérances analogues aux corps striés sont très saillantes, d’après Vicq-d’Azyr, Cuvier, Tiedemann.
Elles y forment la plus grande partie des hémisphères cérébraux. Le dernier anatomiste fait observer que leur face convexe et lisse, saillante dans le ventricule latéral, est couverte par le plexus choroïde, dont il se détache des vaisseaux qui s’enfoncent dans leur substance. Elles sont séparées par un léger enfoncement, des petits renflemens des pédoncules cérébraux, ou des couches optiques, en sorte qu'il n'existe pas plus de bandelette demi-cireulaire chez les oiseaux que chez les reptiles et dans les premiers temps de la vie du fœtus humain.
Les corps striés sont composés extérieurement d’une substance d'un gris rougeâtre, qui reçoit beaucoup de vaisseaux sanguins ; mais on aperçoit à leur base un mélange de substance grise et de substance médullaire. Les pédoncules cérébraux, après avoir formé les couches optiques, s’introduisent dans le corps strié, s’étalent ensuite dans les membranes minces des hémisphéres, qui se recourbent de bas en haut, de dehors en dedans, d'avant en arrière, pour produire les ventricules latéraux et couvrir ces cavités.
M. de Blainville regarde les lobes cérébraux comme formés par les corps striés, et de plus, par une partie correspondante aux circonvolutions qu’on découvre, chez les mammiferes, au fond de la scissure de Sylvius, et désignées sous le nom d’insula de Reil.
Les corps striés existent chez tous les mammiféres.
Willis les a trouvés chez la brebis; Lollius, chez le chat; Stukeley, chez l'éléphant. Dans le lièvre, le lapin, le castor, l’écureuil et le hérisson, ils forment, comme dans les oiseaux, la plus grande partie des hémisphères du cerveau.
Ils sont séparés des couches optiques par un sillon superficiel.
Les animaux ont une bandelette demi-circulaire très étroite.
Les corps striés, d'après Tiedemann, sont petits, en proportion du cerveau, dans le chien, le renard, le chat, le bœuf, la brebis, la biche et le cheval; d’après cet auteur, ce défaut apparent de rapport tient à ce que les hémisphères ont beaucoup augmenté de volume, par l'addition des couches encéphaliques supérieures dans lesquelles sont creusées les circonvolutions, tandis que chez les rongeurs et chez le hérisson ces couches n’existent pas, non plus que les circonvolutions. Dans les carnassiers, les ruminans et les solipèdes, les corps striés représentent des protubérances oblongues, lisses et convexes en dessus, qui naissent du plancher du ventricule latéral, et qui sont unies aux couches optiques par des bandelettes demi-circulaires. Leur partie supérieure est formée par une substance grise et non fibreuse, dans laquelle s’enfoncent des ramifications vasculaires , issues des plexus choroïdes.
Comme on a pu le voir chez les mammifères, on trouve la bandelette demi-circulaire , très étroite. On avait considéré les corps striés comme les ganglions d’origine des nerfs olfactifs, d’où le nom de couche des nerfs ethmoïdaux, appliqué par Chaussier.
Or, les cétacés offrant les nerfs olfactifs dans un état tout à fait rudimentaire, que deviennent, chez ces animaux, les corps striés ? D’après Cuvier, les dauphins et les marsouins ont des nerfs olfactifs tellement gréles, que l’on pouvait révoquer leur existence en doute, et cependant ils ont des corps striés très bien développés.
Sœmmering avait déjà avancé que l'anatomie comparée ne justifiait aucun rapprochement entre les corps striés et les nerfs olfactifs. En effet, à côté du fait signalé au sujet des cétacés, on en mentionne un qui en est la contre-partie en quelque sorte : les poissons sont dépourvus de corps striés et offrent des nerfs olfactifs très volumineux.
Glande pinéale.
Les poissons n’ont pas de glande pinéale, d’après la plupart des anatomistes. Tiedemann, après avoir dit qu’il lui fut impossible de la rencontrer, ajoute que Haller ne l’a trouvée ni dans le brochet, ni dans la truite; mais il dit l'avoir vue dans la carpe et dans la tanche. Camper ne l’a observée ni dans le cabliau, ni dans l’aigrefin, ni dans le brochet. Vicq-d’Azyr, Cuvier et Arsaky ne la mentionnent pas. Desmoulins, sur les trente genres de poissons qu'il a observés, n’en a observé aucune trace.
Willis, toutefois, admet la glande pinéale chez les poissons. M. Serres a pu la découvrir en faisant ses recherches sous l’eau. 11 dit même l’avoir rencontrée chez la plupart des poissons à l’aide de ce procédé.
Dans les cyprins, la morue, le congre, il aurait très nettement rencontrée. Chez l’ange, son volume, d’après cet anatomiste, dépasserait toutes les proportions que nous lui connaissons dans les autres classes. M. Longet dit lavoir lui-même observée sur
la carpe.
Chez les reptiles, la glande pinéale a été rencontrée d’une manière assez générale. M. Longet, qui l’a vue chez la grenouille, la dit d’un rouge intense. Tiedemann l'a décrite chez le caret, le dragon, le lézard des murailles et la couleuvre à collier. Située immédiatement derrière les hémisphères du cerveau, elle y revêt la forme d’un petit corps arrondi et mollasse.
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Les pédicules, très déliés, naissent manifestement, comme dans le cerveau de l'homme, de la face supérieure des renflemens des pédoncules cérébraux situés au devant des tubercules quadrijumeaux. Ces deux pédicules s'unissent en arrière et forment une petite masse qui est la glande pinéale.
M. Serres dit avoir trouvé une glande pinéale d’un volume considérable chez les crocodiles, où sa forme est très allongée.
Chez le caïman à museau de brochet, elle est encore plus volumineuse et divisée jusqu’à son sommet; chez la tortue grecque elle est bifide dans toute son étendue.
Desmoulins prétend que chez le coui la glande pinéale est plus volumineuse et de la même forme qu’un des lobes optiques.
Cette glande se trouve également chez les oiseaux. Haller, Desmoulins, la leur ont donc refusée à tort. Rorrich et Harder l'avaient déjà démontrée dans l'aigle et Perrault dans l’autruche.
Vicq-d’Azyr, Malacarne, l'ont vue de même. Cuvier dit que les lignes blanches qui bordent supérieurement le troisième ventricule, se prolongent, chez les oiseaux, comme à l'ordinaire, pour servir de pédicule à la glande pinéale.
D'après Tiedemann, elle est placée derrière les hémisphères du cerveau, immédiatement au-dessous de la pie-mère, à laquelle l’unissent quelques liens vasculaires, et elle a la forme d’un petit corps allongé ou pyramidal, dont les pédicules proviennent de la face supérieure et du bord interne des renflemens des pédoncules cérébraux.
Comme on la trouve toujours, dans les reptiles et les oiseaux, au devant de ces renflemens, c’est, ajoute Tiedemann, une nouvelle preuve de l’erreur dans laquelle sont tombés les anatomistes, qui ont regardé comme les analogues des couches optiques de l’homme, les protubérances creuses d’où naissent les nerfs optiques chezces animaux.
M. Serres l’a observée dans un grand nombre d’espèces : chez le coq d’Inde, la glande pinéale égale presque le volume d’un cœur de grenouille, et s’en rapproche pour la forme.
Large et aplatie d'avant en arrière chez l’épervier, elle est arrondie chez les perroquets, les aigles, l’autruche de l’ancien continent, et chez le casoar , où elle est très développée.
Dans les oiseaux comme dans les mammifères , la glande pinéale est unie aux parties contiguëés par deux rangées de pédoncules.
Tiedemann a étudié la glande pinéale sur un assez grand nombre de mammifères. Voici le résultat de ses recherches. S'il est vrai qu’on trouve la glande pinéale dans le cerveau des mammiferes, elle varie beaucoup à l’égard de son volume, de sa figure et de sa structure. Elle est très petite et de forme arrondie dans les carnassiers , tels que le chien, le renard, le chat, la marthe; volumineuse , oblongue, et presque conique dans quelques rongeurs, par exemple dans le castor et dans la marmotte; petite et arrondie dans d’autres rongeurs, tels que le lièvre et le lapin. Son volume est beaucoup plus considérable, proportionnellement à celui du cerveau, dans les ruminans que dans l’homme; mais elle diffère, quant à la forme, suivant les espèces : presque ronde dans la brebis, elle est allongée, cylindrique, dans le bœuf, et à peu près cordiforme dans le cerf et la biche. Dans le cheval elle est très grosse, oblongue et fort dure. Elle est, de même, très volumineuse dans le cochon; allongée et un peu plus épaisse au centre qu'aux deux extrémités. Dans tous les mammifères, ses pédicules médullaires naissent de la face supérieure des couches optiques, et, en même temps, un peu des rates ; ils sont unis ensemble par la
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masse, d’un gris rougeâtre, qui constitue le corps de la glande. Celle-ci est creuse dans le cerf, la biche et la brebis.
Tiedemann dit n’avoir rencontré de concrétion dans la glande d'aucun mammifère. Wenzel est dans le même cas.
Sœmmering en a rencontré dans le daim, et Malacarne, dans la chèvre. D’après M. Serres, on n’en trouve non plus aucune trace chez les oiseaux, les reptiles et les poissons, de telle sorte que la présence de ces concrétions semblerait plus constante dans la glande pinéale de l’homme.
Commissure antérieure.
Dans les poissons, dit Tiedemann, les deux protubérances d’où naissent les nerfs olfactifs, sont unies par une commissure blanche et médullaire. La commissure existe aussi dans les reptiles et dans les oiseaux. Lorsqu'on écarte avec précaution la partie supérieure des hémisphères du cerveau chez les grenouilles, les crapauds, les lézards, les couleuvres, les tortues et les oiseaux, on reconnaît qu'ils sont séparés l’un de l’autre par une échancrure, et unis seulement par un petit cordon transversal de substance médullaire. Le cordon s'enfonce dans chaque hémisphère où il s'étale, sous les protubérances analogues aux corps striés, en un certain nombre de fibres, qui se perdent dans la substance des hémisphères et s’anastomosent avec celles des pédoncules cérébraux. Comme il n’y a pas de circonvolutions chez ces animaux, et qu’ils possèdent cependant une commissure antérieure, on voit, dit Tiedemann, que Gall s'est trompé, en faisant naître cette dernières des circonvolutions et en disant qu’elle est composée de fibres rentrantes. La commissure antérieure se rencontre également chez les mammifères ; là, elle forme un cordon transversal blanc situé au devant des piliers antérieurs de la voûte qui réunit les deux hémisphères du cerveau; il en résulte un assemblage de fibres médullaires ayant à très peu de chose près la même marche et les mêmes connexions avec celles que les pédoncules cérébraux envoient de leur côté dans les hémisphères. Dans ceux des mammifères, en particulier parmi les carnassiers, comme le chien ; chez les ruminans et les rongeurs qui ont les nerfs olfactifs très développés, la commissure antérieure unit aussi les deux renflemens de ces nerfs,
Lobes cérébraux.
Quelles sont les parties correspondant aux lobes cérébraux des animaux ? Cette question a été beaucoup controversée, nous exposerons l’état de la science sur cette question en appréciant de notre mieux les différentes opinions.
Dans tous les poissons osseux, et dans les poissons cartilagineux des genres lophie et esturgeon, on trouve, au devant des protubérances d’où proviennent les nerfs optiques, et qui correspondent aux tubercules quadrijumeaux, deux éminences pleines et solides, qui donnent naissance aux nerfs olfactifs, d’après Tiedemann. Haller les nommait tubercules supérieurs des nerfs olfactifs; Vicq-d’Azyr, Cuvier, les ont appelées protubérances ou ganglions d’origine des nerfs olfactifs.
Arsaky leur donne le nom de tubercules olfactifs et les considère comme les analogues des hémisphères, La forme de ces éminences est oblongue, tantôt lisses, tantôt accidentées par des sillons et des élévations, ce qui ressemble plus ou moins à des circonvolutions. Camper dit avoir observé ces petites anfrac-
tuosités dans le cerveau dü cabillaud, et Vicq-d’Azyr les a rencontrées dans celui de plusieurs poissons.
Tiedemann dit qu’elles se sont offertes à lui dans la raie pêcheresse, l’hirondelle de mer ou pirabibe commune, qui habite la Méditerranée, l’uranoscope, la dorée ou poisson de Saint- Pierre , le boulereau noir, le saluth, la lotte, la truite, l'ombre, la salmo salvelinus, le saumon de Schieffermuller, etc., etc.
Le volume des protubérances varie suivant les espèces.
Dans le saluth, la lotte et l’acipenser stellaris, Tiedemann les a trouvées plus grosses que celles dont naissent les nerfs optiques.
En général, elles paraissent être moins volumineuses dans certains poissons et particulièrement dans les genres lophie, scorpène, uranoscope, dorée, vive, brochet , saumon, cyprin.
Généralement, elles sont composées d’une substance, soit grise, soit blanc rougeâtre, unies ensemble par la petite commissure médullaire antérieure. Plusieurs fibres des pédoncules cérébraux pénètrent dans leur épaisseur, et se confondent avec les nerfs olfactifs, auxquels elles donnent naissance.
Tiedemann les considère comme les analogues des corps striés, du bord externe desquels les membranes des hémisphères n’ont point encore commencé à s'élever. L’analogie, dit-il, qui existe entre elles et les corps striés des fœtus, aux premières époques de son développement, parle en faveur de cette opinion, aussi bien que la présence de la commissure antérieure, et leur expansion en nerfs olfactifs. Les autres petites protubérances, en nombre variable, qu’on aperçoit en avant d'elles, doivent être considérées comme de simples renflemens des nerfs olfactifs.
On trouve quatre de ces renflemens dans Îles anguilles, tandis qu’il n'y en a que deux dans les uranoscopes, les pleuronectes, les brochets et les clupées. Dans les gades, les silures et les cyprins, il dit n’en avoir point observé.
Le cerveau des poissons cartilagineux, chez les raies et les squales entre autres, présente deux masses très volumineuses, et unies l’une avec l’autre, d’où naissent les nerfs olfactifs.
Ces masses sont creuses, d’après Tiedemann et Arsaky, et leur cavité se prolonge dans les nerfs olfactifs; la paroi qui couvre le ventricule de ces masses est formée par une membrane grise, renversée de dehors en dedans et d'avant en arrière, et dans laquelle se répandent les fibres des pédoncules cérébraux.
Ainsi Tiedemann, se fondant sur les connexions avec les nerfs olfactifs, assimile les éminences aux corps striés. Carus et M. Serres les nomment premiere masse cérébrale. D'autres anatomistes les désignent sous le nom de lobes optiques.
Arsaky les assimile aux lobes cérébraux des animaux plus élevés. Meckel, Arsaky, Carus, etc., y ont même rencontré des cavités ventriculaires. Camper, Vicq-d’Azyr, Tiedemann, y dé-
crivent des circonvolutions cérébrales.
Chez les Reptiles, l'existence des hémisphères n’est déjà plus discutée. Vicq-d’Azyr leur a donné le nom de nerfs olfactifs.
En avant des tubercules quadrijumeaux , dont émanent les nerfs optiques, il se trouve deux masses volumineuses, lisses, revêtues par la pie-mère, de la partie antérieure desquelles sortent les nerfs olfactifs. Ces masses sont incomparablement plus développées que les tubercules quadrijumeaux.
C'est dans les grenouilles, les crapauds et les salamandres , qu’elles ont le moins de volume; c’est dans les chéloniens et les ophidiens qu’elles sont des plus grosses; on ne les trouve, dans aucun reptile, aussi développées que dans les lézards, les dragons, les iguanes et les crocodiles. De forme variable, elles
sont ovales, allongées et presque cylindriques dans les salamandres ; oblongues, mais unies en avant, dans les grenouilles et les crapauds; ovales dans le lézard gris, la tortue grecque et le caret; presque triangulaires, fort larges en arrière, et terminées en avant par une extrémité déliée, qui devient le nerf olfactif, dans la couleuvre à collier, l’iguane bleue et le crocodile.
Déjà elles ressemblent aux hémisphères des oiseaux.
Quand on écarte l’une de l’autre, à leur partie supérieure, ces deux éminences, on aperçoit au devant des tubercules quadrijumeaux les deux petites couches optiques sur lesquelles repose la glande pinéale; on voit au devant le troisième ventricule, ainsi que la commissure cérébrale antérieure.
Sur chaque hémisphère, en arrière et en dedans, on reconnait l'existence d’une ouverture par laquelle s’insinue la pie-mère, afin d'aller former le plexus choroïde dans le ventricule latéral.
Quand on ouvre les hémisphères par une excision verticale, on découvre les ventricules latéraux; leur capacité est remplie par les plexus choroïdes. Au-dessous d’eux et à leur côté interne, se trouvent des éminences oblongues qui correspondent aux corps striés, et font saillie dans l’intérieur des ventricules. Chaque hémisphère représente un sac membraneux. La substance blanche, fort mince, qui s'élève des parties latérale et antérieure des corps striés, est renversée d’avant en arrière et de dehors en dedans.
Tiedemann compare cet état des hémisphères du cerveau des reptiles à ceux du fœtus de trois mois, qui offre la même inflexion, et couvrent les corps striés et les couches optiques, laissant les tubercules quadrijumeaux à nu, de même que chez les reptiles.
Tiedemann dit aussi, que les nerfs olfactifs, en sortant des hémisphères, chez les tortues, produisent un renflement oblong et creux. Cette cavité n’est, selon lui, qu’un prolongement du ventricule latéral dans l’intérieur de ces nerfs.
On rencontre, chez les Oiseaux, des hémisphères beaucoup plus volumineux et plus développés que dans les classes précédentes. Toutefois, il est à remarquer qu’ils ne couvrent pas plus que ceux-ci les tubercules quadrijumeaux.
Leurs extrémités antérieures se continuent avec les nerfs olfactifs; leur forme se rapproche de celle du cœur.
On n’aperçoit, d’ailleurs, point de circonvolutions à leur surface. Les scissures de Sylvius n’existant pas encore, il n’y a pas encore de lobes.
Les corps striés entrent dans leur composition. De Blainville regarde les lobes cérébraux des oiseaux comme constitués par les corps striés, et de plus, par une partie correspondant aux circonvolutions qu’on découvre, chez quelques mammifères, au fond de la scissure de Sylvius. Ce ne serait point, d’après ce célèbre zoologiste, les analogues des grandes masses hémisphériques.
Les lobes cérébraux sont réunis l’un à l’autre par leur partie inférieure et interne, mais libres dans le reste de leur étendue. L'une des commissures est, comme nous l'avons dit, placée en avant du troisième ventricule; l’autre, placée au-dessus, est considérée par Meckel comme le rudiment du corps calleux. Carus pense même que cette partie répond au genou du corps calleux.
Après l'incision des lobes cérébraux, on les trouve formés par une substance d’un gris rougeâtre, sans distinction des couches corticales et médullaires. D’après M. Baillarger, il n'existe à l'extérieur ni couche corticale, ni stratification.
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Dans les passereaux, les hémisphères longs et larges sont dépassés par les lobes optiques dans les rapaces.
Mammifères.
L'étude importante de l'anatomie comparée des lobes cérébraux mérite à plus d’un titre de fixer l’attention. C’est à son aide que l’on a voulu édifier de vastes systèmes de physiologie, à l’aide desquels on classait les animaux parallèlement au développement organique et au développement intellectuel et instinctif.
Cette classification, fondée sur des données purement anatomiques, et le plus souvent d'anatomie descriptive, a dû subir le sort de toute doctrine péchant par la base. 11 n’en est pas moins indispensable de comparer, dans toutes les directions possibles, les lobes cérébraux chez les différens mammifères. Nous verrons comment les uns, au bas de l’échelle, se rapprochent des oiseaux, tandis que les autres, par leur développement considérable, viennent à se rapprocher des hémisphères de l’homme, avec lesquels ils ne deviennent, toutefois, jamais identiques.
On a étudié comparativement la forme des hémisphères, leur étendue absolue, leur étendue par rapport au corps entier et par rapport au cervelet et à la moelle allongée.
Tiedemann , dans l'étude générale des hémisphères chez les mammiferes, est arrivé à cette conclusion, que le cerveau des mammiferes se rapproche peu à peu de celui de homme, en passant par plusieurs degrés d’organisation, qui établissent une ressemblance entre lui et le cerveau du fœtus , ce dernier devant parcourir tous ces degrés dans les progrès de son développement. Ce sont les rongeurs et les chéroptères qui occupent le dernier rang sous ce rapport. Les hémisphères des rongeurs, en particulier ceux de la souris, du rat, de la marmotte, du castor, du lièvre, du lapin, de l’écureuil, n’ont ni sillons, ni circonvolutions.
Il en est de même de la chauve-souris commune; Tison dit qu'il en est ainsi de l’opossum à oreilles bicolores. Daubenton a constaté cette absence de toute circonvolution dans le coucou et le fourmilier à deux doigts.
On aperçoit à la surface des hémisphères du lièvre, du lapin et de l’écureuil de légers sillons dans lesquels pénètre la piemére. Chez ces rongeurs , et plus spécialement dans les espèces du genre rat, dans la marmotte et dans le castor, de même que dans les chauves-souris, ils s'étendent si peu, que l’on voit les tubercules quadrijumeaux à nu, comme dans le fœtus de quatre à cinq mois. Là aussi , ils sont divisés en lobe antérieur et en lobe moyen par la scissure de Sylvius, encore superficielle.
Dans les carnassiers, tels que la marte, le renard, le chien et le chat; dans les ruminans tels que la brebis, la chèvre, le bœuf, la biche et le cerf; enfin dans le cochon et le cheval les hémisphères sont plus volumineux, plus votés, garnis de circonvolutions et d’anfractuosités ; ils couvrent toute la surface des tubercules quadrijumeaux et une portion du cervelet comme dans un fœtus de six à sept mois; une scissure de Sylvius sépare le lobe antérieur du moyen qui n’est pas encore distinct du postérieur.
Dans les singes, le cerveau plus grand, plus étendu, plus sphérique, couvre même le cervelet. On y distingue, comme dans le fœtus qui va naître, des lobes antérieurs, moyens et postérieurs; les circonvolutions et anfractuosités sont manifestes.
Tiedemann, ainsi que les Wenzel, M. Serres, Lélut, Lafargue, Leuret, ont établi la relation qui existe entre le diamètre antéro-
postérieur et le diamètre transverse des lobes cérébraux.
M. Lélut, en déterminant ce rapport, avait en vue de déterminer l'exactitude de l’assertion sur le siége de la destructivité.
Dans le tableau comparatif de M. Leuret, où figurent les rapports de dimensions avec les mœurs, les instincts des animaux, le chien et le coati occupent le dernier rang pour les dimensions du diamètre transverse. — On trouve en tête du tableau, parmi les cerveaux les plus allongés, les singes; parmi les plus élargis, les rongeurs. Le phoque, la baleine, occupent le même rang que les rongeurs, deux lapins sont placés entre une louve et un singe macaque. Puis, sont au même niveau : une jument et un loup, et d’autres part, une gazelle et un cougouar.
La longueur relative du cerveau n’a point de relation avec les tubercules quadrijumeaux et le cervelet,
Des cerveaux très allongés recouvrent peu le cervelet, tel est le cas pour les pachydermes et les ruminans ; d’autres, larges mais courts, reposent en grande partie sur le cervelet, tel on le voit chez la loutre, le phoque, la baleine, le marsouin.
En général, le diamètre antéro-postérieur l’emporte sur le diamètre transverse: le marsouin, qui a un cerveau arrondi, a un cerveau deux fois plus large que long.
11 n’y a guère de règles à établir sur la largeur relative des lobes frontaux.
Ainsi chez le lapin, le lièvre, le loup, le chien, cette partie est mince; chez le mouton elle s’élargit.
M. Leuret a signalé une erreur qui s’est assez généralement accréditée chez les phrénologistes. Ils ont vu, dit-il, que le front des animaux fuit en arrière, au point de l’abaisser, presque au niveau des os propres du nez; ils ont conclu de cet abaïissement à la diminution proportionnelle de la partie antérieure du cerveau, sans considérer que, chez ces animaux, la cavité cränienne n’est pas au-dessus, mais en arrière des orbites; d’où résulte que le cerveau est derrière et non au-dessus de la face. Quand donc on veut déterminer le volume relatif de la partie antérieure du cerveau chez ces animaux, il faut, dit-il, ne pas considérer la saillie du cerveau au-dessus des os de la face , mais comparer les cerveaux entre eux, les circonvolutions entre elles, et choisir, dans le cerveau lui-même, un point fixe qui serve de départ pour diviser chaque lobe en partie antérieure et postérieure. M. Leuret a choisi, pour point de repère, le corps calleux. Suivant que les parties sont situées au devant ou en arrière de cet organe, elles sont antérieures ou postérieures.
Ainsi cet anatomiste a classé les cerveaux des mammifères d’après la longueur relative des cerveaux.
Le développement de la partie antérieure est, ainsi que celui des circonvolutions, très considérable chez le mouton, le cheval, le bœuf, si on le compare aux parties correspondantes, chez le chien, le renard, l'éléphant, et surtout chez le singe.
Et tandis que la masse cérébrale qui se trouve en avant et audessus du corps calleux s’arrondit et s’élève chez les uns, la disposition inverse a lieu chez les seconds.
Dans un second tableau, les mammifères sont rangés d'après le développement des lobes cérébraux en arrière du corps calleux. Le mouton, la chèvre, le cavia-paca, l’àne, ont cette partie très peu développée. Au-dessus de ces animaux se placent le chien et le renard. Ensuite viennent des animaux du genre felis qui ont cet organe postérieur plus développé encore, tel est le chat, le lion. L’ours et la loutre nous amènent, par une transition insensible, à l'éléphant et au singe. Mais au-dessus de tous se
place le marsouin, qui précède immédiatement l’homme.
Le lapin, le kanguroo, le chameau, se trouvent à la fois compris dans la premiere colonne. Ce fait, dit M. Leuret, s'oppose à ce que l'on classe l'intelligence des animaux d’après la longueur de leur masse cérébrale.
Tiedemann, Spix, Neumann, ont déjà signalé l'opposition qu’il y a entre le développement des parties antérieure et postérieure des lobes cérébraux. Les deux derniers anatomistes ont cru trouver, dans leurs observations, la base d’une théorie établissant une solidarité entre le développement des lobes postérieurs et celui de l'intelligence.
Voici, en résumé, ce qu'a conclu M. Leuret de ses recherches :
1° Que le volume absolu du cerveau ne serait pas dans un rapport nécessaire avec le développement de l'intelligence.
2° Qu'il en serait de même du poids de l’encéphale, comparé au poids du corps; du poids comparé du cervelet, de la moelle allongée au poids comparé du cerveau.
3° Qu'on trouverait des cerveaux très différens pour la forme, chez des animaux semblables pour les mœurs.
4° Que ce ne seraient point les parties antérieures qui manqueraient au crâne des mammifères, mais plutôt les parties postérieures.
5° Qu'en raisonnant d’après le principe de Gall, il y aurait beaucoup plus d’organes intellectuels chez le mouton que chez le chien, le premier ayant la partie antérieure ou frontale des lobes cérébraux plus large, plus développée que le second.
6° Que d’après les mêmes principes, le marsouin ayant le cerveau plus large que tous les autres mammifères, et avec lui l'éléphant, et le porc-épic, il faudrait ranger en première ligne le porc-épic, le marsouin, l'éléphant, pour le courage, la ruse et l'instinct carnassier ; qu'après eux viendraient la chauve-souris, la taupe, la marmotte, et bien en arrière d’eux, le lion, le chien, le renard.
L'étude très complète de l’étendue comparative des circonvolutions cérébrales a été faite, par M. Leuret, avec beaucoub de discernement. Avant lui, Desmoulins, dans ses nombreux travaux sur le système nerveux, avait avancé que Île nombre et la perfection des facultés intellectuelles dans la série des espèces, et dans les individus de la même espèce, sont en proportion de l'étendue des surfaces cérébrales; que l'étendue de ces surfaces est en proportion du nombre et de la profondeur des circonvolutions.
Ainsi, suivant cet anatomiste , 1° le dauphin est l'animal qui a le plus de circonvolutions, il en a plus que l’homme; mais comme, relativement au volume du corps, le cerveau du dauphin est moindre que celui de l’homme de la moitié environ, il s’ensuit qu’en réalité il a moins de surface cérébrale que l'homme. 2° Les circonvolutions dans les chiens, et surtout dans les chiens de chasse, ne sont guère moins nombreuses, ni moins profondes que dans les singes et même dans l’homme. 3° Les ouistitis qui n’ont guère plus de circonvolutions que les écureuils, n’ont qu’une intelligence analogue à celle des écureuils, et fort inférieure à celle des autres singes. 4° Les chiens, qui ont des sillons plus nombreux au cerveau que n’en ont les chats, l'emportent sur les chats en intelligence. b° Les sarigues, les édentés, les tatous, les paresseux , les rongeurs, n’ont pas de plis à leur cerveau, ils sont moins intelligens que les chats et les chiens. Leuret a objecté à Desmoulins de n’avoir pas tenu compte de faits qui sont tout à fait subversifs de sa doctrine; ainsi, les ruminans,
suivant Leuret, offrent une étendue cérébrale plus considérable que le chien, le chat.
Le mouton, surtout, offre un exemple de ce développement, et cependant, cet animal, avec tous les autres qui sont dans un cas analogue, est inférieur en intelligence aux précédens.
Voici, à ce sujet, les conclusions des recherches de Leuret :
° Le cerveau de la plupart des mammiferes est pourvu de circonvolutions.
2° Les mammifères qui manquent de circonvolutions cérébrales appartiennent tous aux ordres dont l’organisation est la moins parfaite.
3° On peut classer les mammifères d’après la similitude de leurs circonvolutions cérébrales.
4° Le classement établi, d’après les circonvolutions, rapproche les animaux semblables par leurs facultés, tandis qu’il éloigne les uns des autres les animaux à facultés différentes.
ko Fes circonvolutions cérébrales ont plusieurs types bien tranchés; cependant, on peut suivre les transitions d’un type à l’autre par des degrés intermédiaires.
G Trois animaux , l'éléphant, le maki et le singe, ont des circonvolutions dont les analogues ne se trouvent que chez l’homme.
7° La présence et le développement des circonvolutions ne sont pas en rapport, direct avec le volume du cerveau. Toutefois, il est généralement vrai de dire que les plus gros cerveaux ont les circonvelutions les plus nombreuses et surtout les plus ondulées.
8 Le renard , le loup, le chien, le chacal, sont les animaux dont les circonvolutions cérébrales ont une grande simplicité.
9° Chez les chats, les circonvolutions sont en même nombre que chez les précédens, mais elles se réunissent les unes aux autres en plusieurs points.
10 Chez l'ours, le maki, elles se réunissent davantage et présentent de nombreuses différences dans les détails.
11° Les herbivores ruminans ont des circonvolutions cérébrales qui sont moins simples, plus ondulées , que celles des carnivores , et qui ressemblent assez, pour l'aspect général, aux circonvolutions cérébrales de l’homme.
1° Les cochons et les ours, chacun dans un mode différent, ont un cerveau qui caractérise un état transitoire entre les carnivores et les herbivores.
13 Le cerveau du phoque se rapproche de celui du cochon; le cerveau du dauphin, du marsouin et de la baleine, de celui des herbivores.
14° De tous les mammifères, l'éléphant et la baleine ont les circonvolutions les plus volumineuses et les plus ondulées; mais l'éléphant est au-dessus de la baleine par les circonvolutions qui lui sont communes avec le singe, et même avec l’homme.
15 C’est chez les mammiferes les plus intelligens que l’on trouve le cerveau le plus ondulé; mais tous les mammifères intelligens ne sont pas dans ce cas.
16° Ni la présence des circenvolutions, ni leur nombre, ni leur forme, ne révèlent d’une manière absolue le nombre et l’étendue des facultés des mammifères.
17° L’étendue de la surface cérébrale n’est pas en rapport nécessaire avec le développement de l'intelligence.
18 La forme générale des circonvolutions divise les cerveaux des mammifères en trois groupes.
Dans le premier groupe se placent les circonvolutions non flexueuses, celles qui sont séparées les unes des autres par des
lignes régulières, droites ou courbes: elles appartiennent exclusivement aux mammifères carnassiers. Dans le second se trouvent les circonvolutions ondulées, sinueuses qui, au premier aspect, ressemblent le plus à celles de l’homme; elles appartiennent à tous les solipèdes et à tous les ruminans, animaux qui vivent uniquement de substances végétales ; elles appartiennent à l’éléphant qui est exclusivement herbivore ; on les trouve aussi chez les cétacés et les amphibies, animaux dont quelques-uns se nourrissent de végétaux, mais dont la plupart vivent de poissons.
Enfin, dans le troisièmé groupe vient se ranger la famille entière des ours, des martes et des cochons, mammifères omnivores, dont le cerveau a des circonvolutions sinueuses et des circonvolutions non sinueuses.
Il faut, il est vrai, remarquer que l’on ne saurait, quelque point de vue que l’on ait, se refuser à accorder une certaine importance à la présence des circonvolutions, et à reconnaître leur influence sur le développement de l'intelligence. C’est tout au moins une condition organique qui est étroitement liée avec celle-ci.
Les animaux inférieurs, comme on en peut juger, n’offrent jamais de circonvolutions ; les supérieurs en sont toujours pourvus, et chez l'éléphant les circonvolutions sont les plus nombreuses et se rapprochent le plus de celles de l’homme :
Il en est de même du volume général des lobes cérébraux.
Il est digne de remarque que l’homme est, parmi les autres animaux, un des mieux partagés pour le volume absolu de l’encéphale.
Quant au volume relatif, il est incontestablement supérieur.
On sait que bon nombre d’anatomistes ont cherché à déterminer le poids de l’encéphale entier, relativement à celui du corps, au lieu de ne chercher que le poids relatif des deux lobes cérébraux.
Or, que voulait-on? Déterminer le rapport entre l'organe qui préside aux fonctions intellectuelles chez les animaux.
Ce rapport, qui suppose avant tout la connaissance de cet organe, n’a pu être cherché jusqu’à ce jour que d’après des conjectures plus ou moins fondées.
Si d’ailleurs les lobes cérébraux président directement à ces fonctions, c’est sur eux seuls que devaient porter ces investigations. D'ailleurs, on a pensé aussi que ce n'étaient pas les lobes tout entiers qui étaient chargés de cette fonction, par conséquent il eût encore fallu pouvoir isoler la partie des hémisphères qui est spécialement chargée de ce rôle.
Ainsi, d'après Cuvier, le poids de tout l’encéphale, chez l’homme adulte, étant au poids du corps :: 1:30 ou 35, il est chez le zaïmari :: 1:22; chez le ouistiti :: 1:28 ; chez le dauphin 5990!
En examinant une table de proportion, prise dans la classe des oiseaux, on trouve quelques rapports encore moins avantageux pour l’homme.
Le poids de tout l’encéphale est à celui du corps chez la mésange ::1:12, chez le serin ::1:14, chez le tarin :: 1:25, chez le moineau :: 1:23, chez le pinçon :: 1:27, chez le rougegorge :: 1:32.
Ces tables comparatives ont été dressées sur une vaste échelle par Cuvier, Leuret, pour les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les poissons. M. Leuret, après avoir rapproché tous les élémens connus du problème, arriva au résultat suivant :
Chez les poissons, le rapport de l’encéphale est au corps
T. CII
:: 1: 5668. Chez les reptiles :: 1 :1321.Chez les oiseaux :: 1:212. Chez les mammifères :: 1 :186. Donc, incontestablement, l’encéphale augmente de volume à mesure que l’on monte dans la série animale. Cependant on aurait tort d’inférer de là que dans une même classe les individus ont le cerveau d’autant plus développé qu'ils sont plus intelligens, ou vice versä. Les faits donnent un démenti formel à cette assertion. En effet dans la classe des mammifères, la table des proportions donne au rat, à la souris, au lapin, à la taupe, au hérisson, l'avantage sur le renard, le chien et l'éléphant.
Donc on ne saurait logiquement comparer entre elles les intelligences de deux ou plusieurs animaux, par la seule inspection du volume de la masse encéphalique.
Le rapport général observé ne justifie que des observations générales à cet égard, bien plus applicables à des classes d’individus qu’à des individus entre eux.
Tous ces inconvéniens ont été puissamment sentis par des hommes d’un haut mérite. On a tourné les regards vers d’autres points comparables. Ainsi, le corps subissant de fortes variations et d'augmentation et de diminution, auxquelles le cerveau ne participe pas, on a cherché deux termes moins variables ou moins sujets à varier par des influences aussi accidentelles. On prit le cervelet pour second terme.
Cuvier et Leuret ont dressé des tableaux à cet égard, mais il est à observer que ces tableaux ont fourni des résultats tout aussi peu édifians. L'homme est à côté du bœuf et au-dessous d’un singe.
Il en est autrement de la comparaison du cerveau avec la moelle allongée. Il résulte des travaux d’Ebel, de Sæmmering, que cette proportion est plus à l’avantage du cerveau dans l’homme que dans les autres animaux, et qu'elle est un très bon indicateur de la perfection de l'intelligence ; c’est le meilleur indice de cette prédominance que l'organe de la réflexion conserve sur ceux des sens extérieurs.
Il est évident, toutefois, que là pas plus qu'ailleurs, il n’y a de caractères absolus,.
Corps calleux.
Les poissons, les reptiles et les oiseaux sont dépourvus de corps calleux. C’est là un nouveau rapport commun entre ces animaux et les jeunes fœtus. Haller, Vicq-d’Azyr, Cuvier, Tiedemann, l’ont tour à tour signalé.
Quand on écarte les hémisphères du cerveau, dans les reptiles et les oiseaux, on reconnaît qu’ils sont tout à fait séparés l’un de l’autre en-dessus, et qu’ils ne sont unis en dessous que par les deux commissures, antérieure et postérieure, ainsi que par la glande pituitaire. On rencontre le corps calleux dans le cerveau de tous les mammifères; mais dans les rongeurs et les chéiroptères, dont le cerveau proprement dit est très surbaissé et peu prolongé en arrière, ce corps est très étroit et court comme dans le fœtus de six mois.
Il est infiniment plus grand, plus long, dans les carnassiers, les ruminans et les solipèdes, dont les hémisphères sont plus vastes et plus étendus en arrière que ceux des animaux précédens. Chez tous ces mammifères, rien n’est plus facile que de démontrer les fibres médullaires qui se répandent en rayonnant dans les hémisphères, se recourbent de dehors en dedans, et s'unissent pour produire le corps calleux. Cette préparation s'exécute surtout sans aucune difficulté dans les rongeurs, qui
ont les hémisphères très surbaissés. Si l’on prend le cerveau d’un lièvre, d’un lapin ou d’un castor, après l'avoir fait macérer pendant quelque temps dans l'alcool, et qu'avec le manche d’un scalpel on enlève la couche extrêmement mince des hémisphères qui recouvre les fibres transversales du corps calleux, on aperçoit aussitôt ces fibres dirigées de dedans en dehors, et qui se continuent avec celles des pédoncules cérébraux.
Chez l’écureuil et le lapin, en particulier, il y a au corps calleux deux couches évidentes, l’une qui remonte vers les circonvolutions, l’autre qui descend dans le corps strié et la couche optique. Willis avait déjà parfaitement démontré les fibres médullaires transversales du corps calleux dans le cerveau de la brebis.
l'entricules latéraux.
Les ventricules latéraux n'existent pas chez la plupart des poissons. Meckel et Arsaky ont trouvé chez quelques espèces de squales une cavité correspondant aux deux ventricules latéraux réunis du cerveau de l’homme, et prolongée dans les nerfs olfictifs. Carus a fait la même observation dans les squales.
On n’en trouve aucune trace, dit Tiedemann, dans le cerveau des poissons osseux, qui sont privés des hémisphères membraniformes. Les premiers animaux chez lesquels on les rencontre, dit-il, sont les raies et les squales, où on les voit dans la masse antérieure du cerveau, d’où ils se prolongent dans l’intérieur des nerfs olfactifs.
Chez les reptiles et les oiseaux, ils sont très amples, proportionnellement à l'épaisseur de leurs parois, comme dans le fœtus de trois mois; mais leur intérieur n’est point encore divisé en cornes. Chez les reptiles, quand on incise les lobes cérébraux, on les trouve creux, et la surface interne parsemée de vaisseaux sanguins. Les parois des cavités ventriculaires sont minces, excepté vers la partie externe et inférieure, où elles présentent de petits renflemens ganglionnaires analogues aux corps striés. Cela s’observe dans la grenouille et dans la salamandre. Chez les tortues ils se prolongent dans le renflement des nerfs olfactifs, comme nous l’avons vu pour certains poissons. Carus dit qu'ils sont très distendus dans l’iguane et le crocodile.
Chez les oiseaux, les ventricules ont une grande ampleur;
d’ailleurs très rapprochés de la superficie. On trouve dans leur intérieur un gros ganglion, l’analogue du corps strié de l’homme.
. Chez les mammifères ils sont moins larges comparativement à l'épaisseur de leurs parois ; on y découvre la corne antérieure et la corne descendante. La première se continue dans les carnassiers, les rongeurs, les ruminans, les solipèdes et les pachydermes, comme dans le fœtus avec les renflemens des nerfs optiques, désignés sous le nom d’éminences mamillaires.
D’après Cuvier, c’est dans les quadrumanes qu'on aperçoit, avec les lobes postérieurs du cerveau, les cornes postérieures des ventricules latéraux, qui se développent aussi les dernières dans le cerveau du fœtus. Cependant Carus dit que l’on rencontre déjà les cornes postérieures chez le phoque et le dauphin. Les ventricules latéraux se forment donc postérieurement au canal de la moelle épinière, au troisième et au quatrième ventricule, dans le fœtus humain, aussi bien que dans les animaux.
Ils sont le produit du renversement des hémisphères membraneux en dedans et en arrière. Ce renversement fait que la
pie-mère cérébrale se replie sur elle-même, d’où résulte le plexus choroïde qu’on rencontre dans tous les ventricules.
Éminences mamillaires.
Sœmmering, Vicq-d’Azyr, ont remarqué qu’il existe deux éminences mamillaires dans les carnassiers, dans le chien, le renard, le chat, la loutre. Mais dans les ruminans, tels que le bœuf, le cerf, la biche, la brebis et la chèvre, et dans le cochon, l'écureuil, ces éminences ne forment qu’une seule masse, très volumineuse comme dans les premiers temps de la vie du fœtus humain. Chez les oiseaux elles constituent une petite masse” simple. Elles n'existent pas bien distinctement dans les reptiles. Tiedemann se demande si les tubercules très volumineux qu’on voit auprès de la glande pituitaire des poissons, que Haller appelait protubérances inférieures des nerfs olfactifs, que Vicqd'Azyr et Arsaky ont considérés comme les éminences mamillaires, leur correspondent réellement où non; l'hypothèse d’Arsaky et Vicq-d’Azyr parait la plus vraisemblable , d’après la forme et la situation de ces tubercules.
Voûte et cloison transparente.
On ne trouve pas davantage de voûte ni de cloison transparente proprement dites, dans les poissons, les reptiles et les oiseaux, que dans l'embryon de deux ou trois mois. Tiedemann dit avoir observé dans un caret une partie analogue à la voûte du fœtus de la fin du troisième mois, c’est-à-dire qu'un petit faisceau de fibres médullaires, né des couches optiques, se portait un peu de haut en bas, se réfléchissait ensuite derrière la commissure antérieure, et s'élevait enfin en rayonnant sous la forme d’une membrane mince, qui s’unissait avec celle des hémisphères, recourbée sur elle-même de dehors en dedans. Cet état de chose, semblable à ce qu’on observe dans le premier âge du fœtus, est encore plus marqué dans le cerveau des oiseaux. De chaque couche optique descend un faisceau de fibres médullaires, qui s’infléchit derrière la glande pituitaire et produit ainsi les éminences mamillaires. Ge faisceau s’élève ensuite le long de la commissure antérieure, et répand, en rayonnant, ses fibres dans la paroi interne des hémisphères, où elles s’unissent à celles qui proviennent des pédoncules cérébraux. Cette paroi interne rayonnée des hémisphères, que Haller, Vicq-d’Azyr, Cuvier, ont décrite, a quelque analogie avec les piliers de la voûte qui, dans le fœtus, ne se sont pas encore unis. ensemble, à la fin du troisième mois, pour former la voûte elle-même.
Dans les mammifères, on trouve toujours la voûte, la cloison transparente et le ventricule de la cloison. Mais l’étendue de ces parties est en raison directe du prolongement postérieur des hémisphères cérébraux. Aussi sont-elles très petites chez les rongeurs, dont le cerveau ne couvre même pas les tubercules quadrijumeaux. Dans tous ces animaux, on peut soulever et renverser d’avant en arrière les hémisphères. La voüte et ses parties sont infiniment plus grandes et plus longues dans le cerveau des carnassiers, des ruminans et des solipèdes, chez lesquels les hémisphères s'étendent bien davantage en arrière que chez les rongeurs. Voilà pourquoi la voûte de ces derniers, et les diverses parties qu’elle comprend, rappellent ce qu'on voit dans le cerveau du fœtus de six mois; tandis que dans les carnassiers, les ruminans et les solipèdes, elles ressemblent davantage à ce qu’on observe dans le fœtus de sept à huit mois. Au
reste, la voûte n'offre aucune différence chez tous ces animaux quant à la manière dont elle se forme; c’est toujours un faisceau médullaire qui descend des couches optiques dans les éminences mamillaires, s’y recourbe de bas en haut, se redresse derrière la commissure antérieure, s'incline ensuite en arrière, s’unit à son correspondant du côté opposé, envoie à la face inférieure du corps calleux une lamelle médullaire rayonnée qui produit la cloison transparente, s’écarte enfin de son congénère à la partie postérieure, et s’enfonce dans l’hémisphère où il va donner naissance à la corne d’Ammon.
Corne d'Ammon. Comme c’est une des dernières parties qui se développent dans le cerveau du fœtus, de même aussi on ne la voit paraître que fort tard dans la série des animaux, car c’est seulement chez les mammifères qu’on commence à l’apercevoir d’après Tiedemann. Aucun des cerveaux de poissons, de reptiles et d'oiseaux qu'il a examinés ne lui a offert d’organe qui puisse être comparé à la corne d’Ammon. Dans les mammifères, il l’a toujours dù considérer comme un pli que la substance cérébrale forme dans la corne descendante du ventricule latéral, et qu’accompagne le pilier postérieur de la voëte, constituant l'espèce de bordure connue sous le nom de corps frangé.
On voit, en dessous, une fosse profonde dans laquelle pénètre la pie-mère. Lorsqu'on étudie la corne d’Ammon sous le rapport de la substance qui la constitue, on reconnaît que sa partie renflée et saillante, dans la corne du ventricule, est composée, comme dans le cerveau de l’adulte, de substance médullaire dans l’intérieur de laquelle on aperçoit de la substance grise, et qui est tapissée extérieurement par la pie-mére. De là résulte qu'on découvre, en coupant longitudinalement cette protubérance, les couches alternativement blanches et grises. La corne d’Ammon est évidemment plus volumineuse, proportionnellement à la masse du cerveau proprement dit, dans les mammifères que dans l’homme, ainsi que Vicq-d’Azyr, Sæmmering, Wenzel, l'ont très bien indiqué. Ce fait dépend de ce que les hémisphères cérébraux des animaux sont moins volumineux que ceux de l’homme. De tout ceci ilrésulterait que la corne d’Ammon est, chez tous les animaux où on la rencontre, un repli des hémisphères.
L’éminence unciforme n'existe dans aucun animal, au dire de Tiedemann. Les mammifères, moins les quadrumanes, sont compris dans cette règle. En effet, les mammifères, et & fortiori les autres animaux, sont privés de lobes postérieurs du cerveau et de la corne postérieure du ventricule latéral. Les singes ont, il est vrai, ce lobe et cette corne, mais il n’est pas démontré encore qu'ils aient un ergot de Morand.
Glande pituitaire.
Willis admet que cette glande existe chez tous les vertébrés. Il en conclut très légitimement qu’elle doit avoir une influence très importante sur les fonctions de l’encéphale.
Le même anatomiste fait observer que cet organe n’a point un volume proportionnel à celui du cerveau ou du corps entier. Chez l’agneau, par exemple, la glande pituitaire est plus volumineuse que chez l’homme.
Chez les poissons cet organe a un volume énorme, proportionnellement à celui du cerveau ; il est conique comme dans les squales et les raies, ou arrondi et pédiculé comme dans la plupart des poissons osseux, entre autres le saluh, le brochet, la carpe, le boulereau noir. Tiedemann ne l’a jamais vu creux.
Dans les reptiles et les oiseaux, il représente une éminence pyramidale et creuse.
Il offre aussi les deux mêmes caractères dans les mammifères, chez lesquels on lui trouve un volume beaucoup plus considérable que chez l’homme adulte.
Déjà nous avons vu que chez le cheval, le bœuf, etc., il est creusé d’un canal fort apparent.
Chez les poissons, au contraire, il ne semble jamais être creusé.
Enfin la grande disproportion entre le volume de la glande pituitaire des animaux et leur cerveau établit une dernière analogie entre la glande pituitaire des animaux et celle du fœtus humain.
Anatomie anormale du cerveau.
Nous avons vu , en étudiant deux séries parallèles , celle du développement fœtal et celle de l'échelle zoologique, comment le cerveau, de l’état rudimentaire, arrive à son plus haut degré de développement chez l’homme adulte ou même l'enfant.
Il serait maintenant intéressant de voir naître des hommes offrant, avec l’invariabilité du plan général de leur organisation cérébrale, toutes les variétés d’anomalie que nous pouvons concevoir dans un appareil aussi complexe.
Les tératologues, et M. TI. Geoffroi Saint-Hilaire en particulier, ont longuement traité des anomalies de l’encéphale. Mais ce grand naturaliste a lui-même senti les immenses lacunes qui restent à combler. Il suffira d’énoncer les points principaux de sa classification pour reconnaitre avec lui tout ce qu'il reste à faire dans cette vaste branche de l’anatomie cérébrale.
La première famille des anomalies cérébrales porte le nom d’exencéphaliens. Elle est caractérisée par un cerveau mal conformé, plus ou moins incomplet, et placé, au moins en partie, hors de la cavité crânienne, elle-même trés imparfaite.
Les exencéphaliens, à quelque genre qu'ils appartiennent, ont encore leur encéphale ; le plus souvent même ils présentent le volume ordinaire, et, sauf quelques modifications, la conformation normale, mais se montrant sous la forme d'une tumeur placée en avant, en arrière, au-dessus ou au-dessous de la tête.
Ces positions sont déterminées par le siége de la lésion crànienne. Tantôt les os sont séparés, tantôt non développés, d’où la mise à nu du cerveau.
La structure et le volume de l’encéphale, dans la plupart des cas, s’éloignent peu de l’état régulier ; les circonvolutions même sont bien formées, ce qui indique un degré très élevé de développement, et la moelle épinière existe normale. Mais il est aussi des cas où les deux moitiés de l’encéphale sont irrégulières en volume et différentes de forme, où les circonvolutions sont très peu marquées, où apparaissent des anomalies plus ou moins graves. Enfin la moelle épinière elle-même disparaît, ou n’existe que très rudimentaire.
Tous ces individus ont une naissance prématurée, et une mort très prompte (J. Geoffroi Saint-Hilaire). :
Mais on cite le cas d’un individu pareil qui, né en Russie, aurait atteint l’âge adulte, tout en jouissant de toutes ses facultés intellectuelles. M. Edwards, qui a été aux renseignemens sur ce cas si extraordinaire, est resté dans le doute le plus complet sur son authenticité.
Entre les exencéphaliens caractérisés par la position extérieure et la déformation de leur encéphale, et les anencéphaliens
chez lesquels l’encéphale a tout à fait disparu, il existe un degré intermédiaire : l'existence de quelques vestiges d’encéphale.
Tel est le cas des pseudencéphaliens , dont les conditions organiques éminemment remarquables ne sauraient être complétement prévues avant l'observation.
Cette famille se compose d'individus qui n’ont plus, à proprement parler, d’encéphale ; car la matière nerveuse essentiellement caractéristique de l’encéphale a plus ou moins disparu ; mais l’encéphale se trouve représenté par une partie dont la nature a longtemps échappé aux observateurs. La base du crâne porte et montre à l'extérieur, au défaut de la vouüte qui manque presque entièrement, une tumeur d’un rouge foncé, quelquefois plus volumineuse qu’un cerveau normal, plus souvent beaucoup moindre, recouverte seulement par une membrane transparente, comparable à l’arachnoïde. Cette tumeur se compose ordinairement de plusieurs lobes dans lesquels on trouve quelquefois de petits amas de sérosité qui, par leur position et leur forme, simulent souvent les hémisphères cérébraux. La structure de la tumeur anormale est d’ailleurs essentiellement différente de celle du cerveau. Elle est composée d’un lacis de petits vaisseaux gorgés de sang, et c’est tout au plus si l’on peut, dans quelques cas, découvrir par un examen attentif quelques parcelles de substance nerveuse, dispersée plus où moins irréguliérement dans la masse vasculaire.
Cette tumeur, par conséquent essentiellement sanguine, se continue en arrière et en bas avec l’extrémité supérieure de la portion spinale de la pie-mère, et semble résulter d’une hypertrophie de cette membrane et des petits vaisseaux de l’encéphale.
Lorsque la moelle épiniére existe, la pie-mère spinale, d’abord considérablement épaissie, est beaucoup plus rouge que dans l'état régulier, reprend bientôt ses caractères normaux, en même temps que l’état de la moelle épinière, dont l'extrémité supérieure est plus ou moins atrophiée, se rapproche de la structure et du volume ordinaires.
Dans le dernier degré de cette anomalie, le crâne, ouvert dans toute sa largeur en haut et en arrière, présente à sa base une tumeur vasculaire. Le canal rachidien est, comme le crâne, largement ouvert, et la fissure se prolonge jusqu’à la partie inférieure du dos, ou même, et le plus souvent, jusque dans la région lombaire. Les lames des vertèbres sont disjointes, très écartées, renversées latéralement et étalées horizontalement. La moelle épinière a disparu comme l’encéphale, et le plus souvent n’est même pas comme lui remplacée par une tumeur sanguine.
La dégénérescence des organes encéphaliques qui caractérise essentiellement les pseudencéphaliens, n'offre point des conditions aussi variées que le simple déplacement de l’encéphale.
11 suit de là que les genres qui composent ces deux familles tératologiques, sont plus nombreux pour la première que pour la seconde. Si au lieu de compter les genres, on compte le nombre de cas offerts par les deux familles, c’est la seconde qui l'emporte de beaucoup.
Chez l’homme surtout, les pseudencéphales sont très communs. L'étude de la structure de la tumeur vasculaire offre autant de difficultés que d'intérêt. On s’en convaincra en voyant les auteurs décrire tous cette structure d’une manière fort imparfaite.
Ragger a comparé le tissu de la tumeur au tissu du foie, Bartholin à celui du rein de l’homme, Denys à du sang coagulé, Haller à un amas de ganglions lymphatiques, Sandifort à une tumeur fongueuse.
En examinant avec soin ces tumeurs, on y distingue trois sortes de parties : des vaisseaux qui forment la portion constante et principale de la tumeur, des amas de sérosité dont l'existence est assez ordinaire, et quelques vestiges de matière encéphalique.
Les vaisseaux qui composent la plus grande partie, et quelquefois la totalité, de la tumeur, sont remarquables par l’abondance du sang dont ils sont gorgés. L'ensemble de la tumeur est toujours, à sa surface comme dans l’intérieur de son tissu, d’un rouge foncé semblable à celui d’un caillot récemment formé, et la moindre déchirure de la membrane mince et transparente qui la recouvre, laisse échapper du sang. À l’intérieur, outre un lacis de vaisseaux très ténus et peu distincts qui se présentent, quand on les incise, sous la forme d’un tissu spongieux criblé de petits trous, on aperçoit quelques branches vasculaires, ce sont les unes, des artères qui s’ouvrent dans les carotides et les vertébrales, les autres, des veines communiquant avec des sinus, et tous les petits vaisseaux sont des ramuscules de ces branches. Au centre de la tumeur existe une petite cavité le plus souvent, dans laquelle on trouve du sang épanché, et de plus chez quelques sujets, ceux surtout dont la tumeur est volumineuse, des amas de sérosité limpide ou colorée par son mélange avec un peu de sang.
Ces petits amas d’eau sont renfermés dans des vésicules, que l’on a comparées à des kystes hydatiques.
Dans tous les cas, l'écoulement de la sérosité et du sang épanché a lieu quand on ouvre les vésicules. La tumeur, qui, dans son état naturel, est gonflée, dure au toucher et saillante, perd alors sa forme primitive, s’amollit, s’affaisse et se réduit à un petit volume.
L'existence de quelques parties médullaires dans la tumeur est plus rare que la présence d’un peu de sérosité. Les vestiges de l'encéphale sont ordinairement disposés irrégulièrement dans la masse vasculaire. Lorsqu'il existe en même temps des amas de sérosité, les parties médullaires sont quelquefois contenues dans les mêmes cellules que ceux-ci. Là détermination précise de ces rudimens de l'encéphale est presque entièrement impossible, tant ils sont informes.
Geoffroi Saint-Hilaire et M. Serres, guidés par le principe des connexions, ont pu retrouver la glande pituitaire dans l’un des cas, et l’on ne peut douter qu’un renflement, qui quelquefois existe au sommet de la moelle épinière, ne corresponde à la moelle allongée. MM. I. Geoffroi Saint-Hilaire et Martin Saint- Ange l'ont trouvée dans un cas. Elle était, disent-ils, divisée en deux lobes peu distincts, composés uniquement de matière grise, et étroitement unis au tissu rouge qui les enveloppait et les cachait au dehors.
Dans un second cas, ces naturalistes ont vu la moelle allongée presque dans l’état normal.
L'existence de ces vestiges de l’encéphale, malgré leur état si imparfait, démontre que la tumeur crânienne est non un organe anormal substitué à l’encéphale et aux méninges, mais bien ces parties elles-mêmes, dont les caractères ont disparu par une transformation presque complète. Cette détermination de la tumeur vasculaire est confirmée par sa situation, ses connexions avec les os du crâne, et de plus par ses rapports avec les troncs vasculaires encéphaliques et sa continuité avec la moelle épi-
. nière et les méninges spinales. On voit, en effet, les carotides
ét les vertébrales pénétrer dans la-tumeur. Tous les nerfs cérébraux se portent pareillement sur la tumeur, comme sur un véritable encéphale. De même encore, dans les genres où existe
plChir ut ù ni iicé j—pundiisi SÉbÉNSÉS ||) LEÉSS SSS LLS
la moelle épinière, celle-ci recevant, comme dans l’état normal, les nerfs cervicaux et le spinal, vient, avec l’arachnoïde et la piemère, s’insérer sous la tumeur, et se continue avec elle; fait d’un intérêt capital.
La moelle épinière est quelquefois modifiée dans toute son étendue. Rouant l’a vue dans un cas comme desséchée et si grêle que le canal vertébral , exploré d’abord par une sonde, parut vide.
Dans le cas vu par Ragger, elle sembla n'être que du sang coagulé; dans plusieurs cas consignés dans des recueils scientifiques, le tissu de la moelle était semblable à celui de la tumeur crânienne.
Mais le plus souvent la moelle épinière offre des conditions presque normales, ou ne s’en écarte que par une faible diminution de volume, quelquefois par une légère injection de ses enveloppes ; c’est au niveau des cervicales supérieures et moyennes qu’elle commence à être modifiée par de graves anomalies. Elle offre deux sortes de changemens qui, à mesure qu’on se rapproche davantage du cerveau, la rendent de plus en plus semblable à la tumeur sanguine de l’encéphale.
La pie-mére s'épaissit, s’injecte fortement ; en même temps la moelle elle-même devient de plus en plus gréle et frappée d’atrophie, jusqu’à ce qu’enfin la matière nerveuse, ayant complétement disparu, il ne reste plus que l'enveloppe.
Alors celle-ci offre des parois très épaisses, rouges, creusées d’une cavité très grèle ; elle se continue supérieurement avec la tumeur de l’encéphale, qui n’est évidemment qu’un épanouissement de la moelle épinière ainsi transformée.
C’est en suivant cette métamorphose de la moelle épinière en une masse vasculaire, que l’on peut se faire une idée exacte de la tumeur crânienne des monstres pseudencéphaliens.
Cette tumeur est à l’encéphale normal ce qu'est le sommet transformé de la moelle épinière à la portion restée normale.
Elle résulte, par conséquent, de l’atrophie de la matière nerveuse et de l’hypertrophie excessive de la pie-mère et des vaisseaux intra-crâniens ; agglomérés en une masse considérable, sorte d’encéphale uniquement vasculaire, au lieu de se trouver dispersés à la surface et dans l’intérieur de divers organes cérébraux et cérébelleux. Peut-on expliquer les conditions de cet encéphale par une déformation ou parun simple défaut de formation? Le cerveau et le cervelet ont-ils été détruits ou n’ont-ils jamais existé? Les méninges, elles-mêmes, se continuent sur la tumeur dont elles constituent l’enveloppe.
Ainsi s'expliquent les connexions de la tumeur crânienne, si parfaitement semblables à celles de l’encéphale, mais aussi sa configuration extérieure et sa division très superficielle en lobes qui offrent souvent des rapports marqués avec les hémisphères cérébraux et le cervelet, surtout lorsqu'ils ne sont pas modifiés par la présence de sérosité dans leur intérieur.
Ce qu’il y a de remarquable dans la pseudencéphalie, c’est de voir que les ouvertures les plus considérables du crâne ne doivent jamais être attribuées qu’à des développemens incomplets. On y retrouve la trace, le rudiment de chacun des os quientrent dans la constitution du crâne normal.
Au niveau de la solution de continuité du crâne, très régulièrement circulaire et assez bien représentée par la ligne qui, sur un crâne normal, sépare la base de la voûte cränienne ; à ce niveau, la peau du front, de la partie supérieure des paupières, de la tempe, de la nuque, s'arrête et, après s'être un peu enfoncée, adhère au cercle osseux.
HS EELS
Dans un récent travail , publié (Soc. Biol. 1851 ), nous trouvons une anatomie assez précise d’un cas de pseudencéphalie qui représente assez bien un type général de cette espèce.
L'auteur de ce travail fait d’abord observer combien, au premier aspect, on esttenté de voir deux hémisphéres dans cette tumeur. Mais outre la grande scissure longitudinale, il en est de transversales qui rappellent immédiatement leslobulesantérieurs, moyens et postérieurs.
Un examen rigoureux de la tumeur montre l'absence de la dure-mère, au niveau du point où cessent les os. L’arachnoïde, au contraire, couvre assez généralement la tumeur. La pie-mère forme cette masse d'apparence molle, spongieuse et sanguine. On peut voir la transition de la pie-mère normale à cet état spécial, quand on la poursuit sur celles des parties de l’axe cérébro-spinal qui sont restées intactes.
Dans la tumeur, on peut isoler la pie-mère et rendre ainsi manifeste, qu’à elle seule doit être attribué cet aspect déjà signalé de la tumeur.
Mais au-dessous, ajoute l’auteur, on trouve trois poches sphériques bien isolables , bien distinctes, dans toute leur étendue, l’antérieure très considérable, celle du milieu beaucoup plus petite. En ouvrant ces poches, on les trouve formées d’une couche ferme, peu épaisse, blanchâtre et nerveuse à l’intérieur, et limitant une sorte de kyste plein de sérosité sanguinolente.
Devant cette dissection, peut-on encore admettre l'existence d’hémisphères cérébraux? Non; les parties que l’on compare aux lobules antérieurs et postérieurs , sont une illusion, c’est la pie-mére seule, et il n’existe rien dans ces poches nerveuses qui représente les portions basilaires de l’encéphale.
Mais l’auteur se demande ingénieusement si l’on peut méconnaître dans ces poches les cellules cérébrales, premier rudiment de tout l’encéphale chez l'embryon. Sauf le volume, c’est ainsi que se présentent ces cellules lors de leur formation, pleines de liquide et déposant de la substance nerveuse à Ja face interne de leur paroi; de la sorte, l’arrêt de développement serait à la fois la cause vraie de l’état anormal, du contenant et du contenu.
En cherchant le nerf optique à son origine, dans la deuxième cellule cérébrale, on l’a trouvé grêle, offrant sous son névrilème un tube nerveux mince, rempli de sérosité.
Tous les nerfs naissant du bulbe qui dans ce cas était intègre, étaient eux-mêmes intacts.
La cinquième paire était intacte, ce qui,suivant l’auteur, prouve que son origine vraie est dans le bulbe et non dans les pédoncules cérébelleux moyens.
La rétine avait tout son développement, malgré cet état du nerf optique. Ne trouve-t-on pas dans ce nouveau fait une des innombrables preuves de l’indépendance d’origine des diverses parties du corps, et la négation formelle de cette transformation des élémens embryonnaires des organes d’adulte ?
Anencéphalie.
Nous avons vu des déplacemens de l’encéphale, puis son atrophie presque complète. Les anencéphaliens présentent un état plus anormal de la tête, caractérisé par l'absence complète de l’encéphale.
Loin de rencontrer ici des organes d’une structure nouvelle, nous voyons une absence de l’axe cérébro-spinal, et une déformation du canal osseux.
Le nombre des vertèbres affectées de fissure n’est pas le même
chez tous les individus; au premier degré la fissure s’arrête aux dernières cervicales.
Si d’une part, le fait de lJ’amyélie complique fréquemment le spina bifida, il existe dans la science quelquesfaits où l’on a constaté la présence dela moelle. Billard a observé un fœtusanencéphale avec spina bifida et persistance de la moelle épinière ; mais dans ce cas, la moelle consistant en deux petits filets blancs, assez solides, contigus l’un à l’autre, et présentant dans leur ensemble le volume d’une plume de corbeau. En haut, ces filets se confondaient avec une substance pulpeuse, sanguinolente , contenue dans une poche à la base du crâne. Les nerfs rachidiens, n'ayant pas toutefois l’apparence normale, naissaient des parties latérales de chacun de ces filets. Comme on en peut juger d’après les observations des auteurs, il existait dans certains Cas, à la place du cerveau , une poche de nature indéterminée. Cependant, les cas d’anencéphalie complète sont plus fréquens que les pseudencéphales, et la poche caractéristique de ces derniers a le plus souvent manqué. Ce qu'il y à de remarquable dans ces cas, c’est l'existence de mouvemens des membres malgré l'absence de toute communication de leurs nerfs avec la moelle épinière.
Un premier fait frappant, c'est la production exclusive, ou presque exclusive de cette monstruosité dans l'espèce humaine.
Les grossesses terminées par la naissance des monstres pseudencéphaliens sont toujours troublées par des accidens subits, surtout par des chutes ou par des violences extérieures, et le plus souvent elles se prolongent jusqu’au huitième mois.
A leur naissance, les monstres anencéphales, plus souvent femelles que mâles, présentent un état d'embonpoint plus qu'ordinaire, et il est de toute évidence que, comme les pseudencéphaliens, ils ont joui d’une santé parfaite jusqu’à leur sortie de l’utérus. Cependant la plupart d’entre eux naissent déjà sans vie, ou ne survivent à l'accouchement que de quelques minutes, ou tout au plus quelques heures.
On a contesté la possibilité de la vie chez ces monstres, privés de la totalité ou d’une grande partie de l’axe cérébro-spinal : mais les doutes ont été levés par des faits authentiques (Geoff. St-Hil.).
Vincent Portal vit un anencéphale vivre un quart d'heure dans de fortes convulsions. Un anencéphale de Fauvel donna des signes de sensibilité pendant le baptême. L’anencéphale de J.-J. Sue exécuta quelques mouvemens et mourut au bout de sept heures ; celui de Malacarne au bout de douze; celui de Méry au bout de vingt-et-une heures. En 1812, un anencéphale naquit entre les mains de M. Serres et vécut trois jours.
Pendant toute la grossesse, la monstruosité, comme on peut en juger à présent, n’exerce aucune influence fàcheuse sur les conditions générales, et les ancéphales vivent robustes et pleins de santé: à leur naissance, transportés tout à coup dans un monde extérieur, qui n’est pas en harmonie avec les données de leur organisation, obligés de respirer l’air atmosphérique par des poumons que n’anime pas l’action des centres nerveux, ils languissent et ne tardent pas à périr. Semblable à un poisson vigoureux qui, enlevé du sein des eaux, périt au milieu d’un air vivifiant pour nous, funeste pour lui, comparable aussi, et avec plus de justesse, à un embryon né longtemps avant terme, un anencéphale est nécessairement condamné à une mort plus ou moins prompte, non pas que son organisation soit par elle-même vicieuse , impropre à l’accomplissement des fonctions vitales, mais parce que, coordonnée avec les conditions de la vie intra-utérine, elle ne l'est plus avec celles de cette seconde vie libre et indépendante, à laquelle les autres êtres sont appelés par des combinaisons plus favorables, et
par une complication plus grande de leurs appareils organiques.
Ainsi, dans l’impuissance elle-même où les anencéphales sont de survivre aux premiers jours de leur naissance , il n’est rien qui accuse en eux un défaut réel de régularité et d’harmonie; rien qui échappe aux lois ordinaires de la vie et de la mort des êtres organisés. Si ces doctrines anciennes qui, pour expliquer la non viabilité de ces monstres et de tant d’autres, tendaient à représenter la nature comme une mère attentive à repousser de son sein des êtres nés contre son vœu sices vieilles idées, si long-temps seule philosophie de la science, méritent d’être conservées dans nos souvenirs, c’estseulement, dit I. Geoffroi St-Hilaire, parce qu’elles appartiennent à la longue histoire des erreurs de l'esprit humain.
En commençant le chapitre des anomalies, nous avons fait pressentir qu’il restait d’importantes lacunes à combler. En effet, nous n’avons touché jusqu'ici que les degrés extrêmes des anomalies. C’est de l’encéphale en masse qu’il a été question constamment. Cependant comme les anomalies sont tellement nombreuses, que les tératologues comptent presque autant d’individus anormaux que de personnes normalement constituées, il est difficile d'admettre qu’il ne se produit pas autant de degrés qu'il y a d’élémens constitutifs dans l’appareil cérébral. La science n’a consigné jusqu'ici qu’un petit nombre de ces anomalies, mais la doctrine des localisations devrait trouver dans ces faits la plus éclatante consécration. Leur petit nombre n'infirme ni ne confirme rien quant à la question générale. Mais l'absence d’un organe devrait incontestablement, d’après cette doctrine , amener une perturbation dans la fonction.
Ici, il faut distinguer plusieurs cas. 1° Celui d’un fœtus qui naît avec une lésion partielle par suite du vice primitif du germe. 2° Celui d’un fœtus avec anomalie par défaut ou par excès, par suite d’une maladie intra-utérine. 3° Enfin, celui d’un cerveau anormal chez un individu adulte, mort d’une affection quelconque. Suivant chacun de ces cas, la doctrine des localisations natives aura d’autres argumens à invoquer et d’autres objections à combattre.
Abandonnant ce terrain qui nous entrainerait hors de notre cadre, nous allons signaler les anomalies signalées jusqu’à ce jour ; nous les trouverons rapportées dans l'anatomie pathologique du cerveau qui les a revendiqués pour la plupart.
Reil, Meckel, Wenzel, Focry, ont vu les cas d’absence du corps calleux, sans qu'il en résultât aucun préjudice pour l'entretien de la vie.
Le premier de ces anatomistes rapporte le fait d’une femme âgée d’environ trente ans, ayant toujours joui d’une bonne santé jusqu'alors, et qui, quoique idiote, était cependant capable de remplir les petites commissions dont les habitans du village la chargeaient pour la ville voisine; cette femme tomba tout à coup et expira sur-le-champ, foudroyée par une attaque d’apoplexie. À l'ouverture du corps, on trouva une légère collection de sérosité dans l'intérieur des ventricules latéraux. Mais ce qui frappa le plus, ce fut de voir le corps calleux manquer entièrement sur toute la longueur de la ligne médiane. Aussi les couches optiques paraissaient à nu, et les hémisphères n'étaient unis ensemble que par la commissure de cescouches, les pédoncules cérébraux etles tubercules bigéminés. En avant, manquaient le genou du corps calleux et le septum lucidum qui s’y trouve logé. Les lobes antérieurs du cerveau étaient, par leur face interne, complétement séparés jusqu’à la commissure des couches optiques et à la commissure antérieure, le point de leur face interne, où le genou et
a pd nn - ei ie nd de ‘0 mn! a ol dite a tt SE EE —
le bec du corps calleux auraient dû pénétrer , était couvert de circonvolutions comme le reste de leur surface. La voûte à trois piliers naissait, comme à ordinaire, des couches optiques, formait les éminences mamillaires, remontait de là derrière la commissure antérieure, et se prolongeait ensuite comme à l’ordinaire.