‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 50 sur 407 · FONCTIONS DU CERVEAU · texte numérisé non relu

FONCTIONS DU CERVEAU

Lobes cérébraux.

Lesiége de la sensibilité et desmouvemens, des sensations et des facultés intellectuelles, a donné lieu à une série de suppositions et de systèmes dont l’expérimentation physiologique et l’observation pathologique pouvaient seules avoir raison.

Les fluides, pendant long-temps, avaient été dotés du privilége de présider à l’accomplissement de toutes ces fonctions. Les nerfs n’en étaient que les dispensateurs. Puis les membranes du cerveau dépossédèrent les fluides, et à elles seules on rapporta tous les phénomènes. D'abord, dit M. Serres, on supposa que les enveloppes étaient le siége de la sensibilité; que les nerfs sensibles y prenaient leurs racines, et que les moteurs tiraient les leurs de la masse cérébrale. Riolan concentra sur l’arachnoide toutes les propriétés que l’on avait attribuées aux membranes en général et à la masse nerveuse ; il attribua ces facultés diverses à l’arachnoïde externe et à celle qui tapisse les ventricules. Baglivi préféra douer la dure-mère des fonctions que Riolan avait placées dans l’arachnoïde.

Le fluide nerveux, à cette époque, venait de déshériter les esprits animaux. Pour le faire circuler à son tour, il fallait un organe moteur contractile : la dure-mère, en comprimant le cerveau, en exprimait les fluides qui circulaient de la sorte. La dure-mère resta spécialement le foyer de la sensibilité.

Malpighi, en admettant que les lobes cérébraux étaient une masse sécrétante, avait fait rejeter les idées de Willis.

Boœrhaave , supposant la matiere médullaire de l’encéphale composée de vaisseaux, place l’action nerveuse au point de contact de ces vaisseaux, avec les artères provenant de la pie-mèére et de la substance corticale. — Reil , à son tour, distingua dans le nerf l’enveloppe et la pulpe : l’enveloppe était un étui formé par la pie-mère; la pulpe était un prolongement de la pulpe cérébrale; l’enveloppe avait la puissance motrice, la pulpe devint l'organe de la sensibilité.

Arnemann crut fournir un appui à cette doctrine, en montrant qu'après la cicatrisation des nerfs, le mouvement seul était rétabli, et que le sentimentétait aboli. Et comme, d’autre part, il pensait que dans la cicatrisation des nerfs, l'enveloppe seule le régénérait, il crut avoir trouvé la preuve matérielle de sa doctrine. Vicq-d’Azyr et Bichat, en isolant le névrilème de la pulpe, lirritèrent et ne trouvèrent rien de ce que Reiïl avait avancé.

Enfin, Willis et l'École de Haller rendirent à l’axe cérébrospinal l’important rôle qui lui est dévolu.

Aussitôt on se préoccupa de trouver dans l'encéphale un point qui régit les autres. Descartes , et d’autres après lui, donnèrent cette prérogative à la glande pinéale ; Willis, Pourfour-du-Petit, à la couche optique; Duncan, au septum lucidum ; Lancisi Lapey-

“ronie, au corps calleux; Hoffmann, Lorry, à la moelle allongée; Sœmmering, aux parois du 4° ventricule.

Les fonctions de l’encéphale sont réparties dans toute la moelle etaucune ne les régit toutes : chaque partie ÿ concourt à sa façon.

Il s’agit de déterminer la part que chacune y prend (Serres).

Boœærhaave avait déjà avancé que chaque nerf doit avoir sa portion de pulpe cérébrale propre.

Il y avait autant de centres d’action que d’origines distinctes des nerfs. Willis, parlant de l'existence des circonvolutions chez les mammifères seuls, et de leur grand développement chez l’homme, en fit le réservoir des idées.

La substance corticale fut douée de la faculté de reproduire les idées (mémoire); le corps calleux, de celle de les féconder (imagination). Les corps striés et la couche optique placés entre ces deux parties furent le sersorium commune et l'organe des mouvemens volontaires. C’est alors que Gall et Spurzheim localisèrent d’une manière très spécifique les fonctions du cerveau. Ils cherchèrent à démontrer que les saillies extérieures du crâne répètent exactement les saillies des circonvolutions, et que les goûts, les penchans, l'aptitude de l'esprit et ses diverses applications, se trouvent trahis, de cette manière, par les accidens de surface de la voûte du crâne.

La localisation des faits fondamentaux de mouvement et de sensibilité, après avoir fixé l'attention sur les enveloppes, conduisit Willis à placer le siége de la sensibilité dans le cervelet.

Les lobes cérébraux complétement insensibles leur parurent présider aux mouvemens volontaires.

Enfin, Lorry plaça le siége de la sensibilité et le centre des mouvemens dans la moelle allongée.

Quand plus tard on eut découvert le rôle des lobes cérébelleux dans le mouvement, l'influence en fut exagérée, peut-être, comme l'avait été celle des lobes cérébraux.

La différence caractéristique des deux substances constitutives du cerveau n'attira pas moins l'attention des anatomistes. La substance grise seule fut douée de la sensibilité pour les uns, et le centre du mouvement pour les autres; la matière blanche, par réciprocité, devenait le centre du miouvement pour les uns, dela sensibilité pour les autres.

Les animaux qui n’ont dans leur moelle que la substance blanche, donnent des signes non équivoques de douleur, si on vient à irriter cette substance. Voilà une preuve sans réplique (Serres).

De ce qu’un organe se montre sensible, moteur, en peut-on conclure que c’est là son attribut unique, ou bien que lui seul a cette propriété? Là est l'erreur.

M. Serres fait observer que dans les cas pathologiques comme dans les expériences, le cervelet est plus sensible que les lobes cérébraux. La sensibilité est donc répandue dans toute la masse, quoiqu'il soit, dit-il, bien établi qu’elle est plus développée dans la moelle allongée.

Si, ajoute cet auteur, on avait réfléchi aux faits énoncés par Willis, aux faits pathologiques, dans lesquels la lésion des lobes cérébraux était suivie de paralysie, on n'aurait pas exclu ces organes de l'influence motrice.

Pour savoir la part qui leur vient réellement, M. Serres a recours à l'observation pathologique et à l’expérimentation. D’abord , ce physiologiste fait cette remarque générale, à savoir, que dans les altérations de la moelle allongée et de la protubérance, les extrémités supérieures et inférieures sont également frappées d’immobilité; les extrémités supérieures semblent plus sous la dépendance des lobes cérébraux, les inférieures sous celle des lobes cérébelleux, de même les radiations des corps striés agissent plus directement sur les membres inférieurs, les couches optiques sur les membres supérieurs.

M. Serres, en incisant le lobe antérieur gauche d’un chien de

taille moyenne, à quelques lignes au-dessus du niveau de la partie antérieure du ventricule latéral, vit que la pulpe droite postérieure fléchissait seule : la même section sur le lobe droit amena la paralysie du côté gauche; en marchant sur ses pattes dedevant, l’animal trainait celles de derrière. Done, avec la lésion des radiations antérieures des corps striés, les pattes postérieures étaient seules paralysées.

Si on enlève à un jeune chat la partie antérieure des deux lobes cérébraux, à une ligne en avant du grand ventricule, l’animal fléchit les jambes de derrière et se traîne sur celles de devant. Placé sur le dos, maintenu dans cette position, il agite les pattes de devant, celles de derrière restant immobiles. Les radiations de la couche optique restent intactes, celles du corps strié étant enlevées.

Le lobe cérébral droit étant mis à découvert sur un gros chien, on incisa sa partie postérieure au niveau de la partie moyenne de la couche optique, c’est-à-dire de la bandelette, la patte antérieure gauche cessa de se mouvoir; en prolongeant l'incision sur l'hémisphère gauche et au même niveau, l'animal fléchit sur le train antérieur ; voulant marcher, l'animal tomba sur les pattes de devant, et à l’aide des pattes de derrière restées très agiles, il décrivait des cercles dont le centre correspondait à l’axe immobile du train antérieur. Les radiations moyennes et antérieures avaient seules été divisées.

Sur un autre chien, M. Serres pratiqua une très petite ouverture sur la partie moyenne et postérieure du coronal; en plongeant dans le lobe postérieur gauche un bistourieffilé, ilse manifesta des convulsions légères dans la patte droite de devant; retirant ensuite le bistouri, il introduisit, à l’aide d’un petit tube de verre, quelques gouttes d’acide nitrique dans la profondeur du lobe incisé, les convulsions redoublerent. Ainsi, dans ce cas où la lésion du lobe postérieur fut nettement isolée dans sa couche optique, l'extrémité antérieure est seule lésée dans ses fonctions.

Rolando raconte qu’un cochon sur lequel on avait coupé, avec un instrument tranchant, les fibres qui se rendent des couches optiques aux corps striés, ne pouvait plus remuer les jambes de devant. Il est facile de déduire de ces faits, que les radiations de la couche optique influencent plus spécialement les membres antérieurs et ceux du corps strié les membres postérieurs.

La partie moyenne ou la fonction de ces deux ordres de radiations, influence tout à la fois et instantanément les deux membres. C’est là un fait constant chez les mammifères.

Il n’en est pas de même chez les oiseaux; M. Serres n’est pas parvenu à léser isolément les pattes et les ailes en agissant sur la partie antérieure ou postérieure des lobes cérébraux; chez ces êtres, de même que chez les reptiles, l'influence des lobes cérébraux sur les mouvemens est beaucoup moins marquée. Cependant il paraît que, chez les oiseaux, les ailes sont plus affaiblies que les pattes par l’ablation des lobes cérébraux.

Ainsi, dans la classe des vertébrés supérieurs, les hémisphères ont une influence directe surles mouvemens; la division de leurs fibres produit la paralysie, leur irritation détermine les convulsions. Les convulsions sont limitées, de même que les paralysies, suivant que l’on étend ou restreint l’irritation.

Les paralysies sont croisées, de même que les convulsions. Jamais un hémisphère n’agit sur deux côtés à la fois. Cependant on a avancé qu'il y avait des paralysies directes; de plus, on a dit qu’une même lésion pouvait donner lieu à des paralysies croisées et à des convulsions directes; enfin, on a pensé que le même hémisphère pouvait paralyser la jambe d’un côté, le bras

de l’autre; on expliquait ainsi les paralysies en diagonale. M. Serres pense que l’action des corps calleux n’est pas fixée; cependant son absence, ainsi que celle de la voûte à trois piliers, feraient croire qu'ils ne jouent qu’un rôle très restreint, au moins chez les animaux qui ont des mouvemens très étendus.

Les hémisphères cérébraux sont-ils les organes immédiats des sens ? Bœrhaave, nous l’avons vu plus haut, avait posé en principe, que l’action de chaque nerfexistait à son point d’insertion, à l’axe cérébro-spinal ; on place le siége de l’odorat aux environs du champ olfactif, et celui dela vision dans la couche optique.

Le sens du goût et celui de l’ouie résidaient vers les cordons inférieurs de la moelle allongée, et le toucher, sens le plus général, était disséminé dans la masse des hémisphères.

Sanserotte croyait avoir établi, par ses expériences sur les animaux, que l’odorat avait son siége dans le champ olfactif, parce qu'il abolissait ce sens par la section de cette partie; Lover l’avait vu détruit chez l’homme par une tumeur qui comprimait les branches d'insertion du nerf olfactif; M. Serres crut avoir observé que dans des altérations à l’origine olfactive , la fonction étaitabolie dans la narine correspondante à lalésion. Mais Béclard, en montrant la dégénérescence cancéreuse du champ olfactif avec persistance de l’olfaction, ébranla les convictions.

Coïter, Valsalva, etc. ont constaté la perte de ce sens à la suite de l’altération ou de l’ablation des lobes cérébraux. Mais, il reste à préciser quelle partie des lobes est spécialement chargée de cette fonction.

Dans les altérations de la périphérie des lobes, à quelque profondeur qu’elles pénètrent , la vue reste intacte. Il en est de même du corps strié. La masse de la couche optique paraît, à M. Serres, être le foyer de ce sens chez l’homme ; mais elle n’y concourt pas en entier. La surface supérieure de celle-ci peut se détruire en entier, sans que la vision en soit altérée; cette destruction peut se faire, soit d’un seul, soit des deux côtés, avec conservation de la vue. Quand on pénètre dans la profondeur, la vue n’est détruite que lorsque la désorganisation pénètre au niveau du point de départ de la commissure molle. Cette commissure est, pour M. Serres, la limite de ce sens. Si les corps genouillés d'un côté sont détruits, la vue est perdue du côté opposé; l’altération d’un seul ne fait que l’affaiblir.

Quelquefois les malades voient les objets doubles; quelquefois ils voient les objets doubles d’un côté et simples de l’autre: alors la vision est singulièrement troublée.Quelquefois, l'œil quivoyait double voit simple, et celui qui voyait simple voit double. Dans quelques cas de ce genre, M. Serres a rencontré des altérations du tubercule optique et des pédoncules cérébraux. Cette action n'est établie que chez les mammifères et les oiseaux. Chez les reptiles et les poissons , les lobes cérébraux sont complétement étrangers à l’exercice de ce sens.

Quant à la part que prennent les lobes cérébraux dans les manifestations intellectuelles, voici ce que l’éminent physiologiste a observé :

Tantôt il y a perversion de l'intelligence par la lésion d’un seul hémisphère cérébral, tantôt cette lésion unilobaire est sans effet sur les facultés intellectuelles.

C’est particulièrement dans des cas de lésion cérébrale très limités que cette intégrité a été observée. Pour s’en rendre compte, | on a imaginé qu'un hémisphère suppléait à l’autre, ou mieux encore, qu'on ne pensait que par un seul hémisphère, comme on ne voyait que d’un œil, qu’on n’entendait que d’une oreille.

L'action simultanée des deux hémisphères semble mieux prou-

vée;dans les cas où la perversion de l'intelligence est perçue par le malade même. Tel est celui où un seul hémisphère étant profondément affecté, le malade comprend les questions qu’on lui adresse, médite sa réponse, et lorsqu'il veut l’exprimer, parle tout différemment qu’il n’a pensé, profère des mots, des phrases et des réponses qu'il n'avait pas l'intention de proférer.

Le malade, qui s'aperçoit de cette incohérence, s’interrompt, se reprend , recommence, et ne parvient Jamais à exprimer sa pensée. Tels sont encore les cas d’altération unilobaire, dans lesquels les malades ne peuvent proférer qu’une seule phrase, toujours la même. Il y a là une association de mots qui parait irrésistible.

L’altération profonde des deux lobes cérébraux trouble l’intelligence, et la trouble en en paralysant la manifestation.

Il y a impression, mais ni perception, ni sensation.

Tandis qu'Esquirol prétend que les lésions matérielles font défaut dans les aliénations mentales, MM. Falret et Georget soutiennent une opinion opposée.

M. Flourens a entrepris une série d'expériences sur les fonctions des lobes cérébraux, qui ont jeté un grand jour sur cette question.

En enlevant le lobe cérébral droit sur un pigeon, l’animal ne voyait plus de l’œil opposé à ce lobe. D'abord il y eut faiblesse dans toutes les parties situées à gauche. Cette faiblesse, du côté opposé au lobe retranché est du reste, quant à sa durée et à son intensité, un phénomène fort variable. Cette faiblesse ne tarde pas à disparaître.

En enlevant les deux lobes à la fois sur un autre pigeon, on remarquait une faiblesse assez générale, mais la faculté locomotrice n’était modifiée en rien; seulement l'animal privé de vue, ne se mouvait jamais seul. L’iris, dans toutes ces expériences, avait conservé sa contractilité.

Placé sur le dos, l’animal se relevait; si on lui mettait de l’eau dans le bec il l’avalait, et paraissait de plus très irritable. Jamais il ne donnait signe de volonté.

L’ablation d’un seul lobe cérébral n’eut d’autre résultat que l'abolition de la vue du côté opposé.

Sauf un peu de faiblesse, l'animal marchait, volait comme auparavant. L’ablation de l’autre lobe était suivie de la disparition de tout mouvement spontané. L'animal, sous l'influence d’une excitation, exécutait des mouvemens, mais sans bouger de place.

Ces expériences, répétées un grand nombre de fois, ont montré que les lobes cérébraux ne sont le siége, ni du principe immédiat des mouvemens musculaires, ni du principe qui coordonne ces mouvemens en marche, saut, vol ou station. Mais elles démontrent qu'ils sont le siége exclusif de la volition et des perceptions.

En effet, lacontraction de l'iris sous l'influence d’uneirritation des nerfs optiques, etc., se maintient, mais l’animal ne voit plus, donc il ne perçoit plus et ne veut plus. La vision réside, par conséquent, essentiellement dans le phénomène de la perception.

Toutes les parties conspirent tellement dans un but commun, que l’ablation d’un organe à usages déterminés influe sur la puissance des autres. |

M. Flourens enleva les deux lobes cérébraux à la fois sur une poule jeune et vigoureuse : privée de ses deux lobes, elle vécut dix mois avec une apparence de bonne santé.

Immédiatement après l'opération elle perdit la vue; la vieanimale fut modifiée en ce sens, que la bète n'offrait plus que des mouvemens automatiques. Les irritations, les stimulations produisirent une réaction chaque fois. Jetée en l’air, elle volait ; elle

T, III

se tenait debout sans difficulté. Mais peu après l’ablation des hémisphères, elle tomba dans un sommeil qui s’est maintenu d’une manière assez constante sous forme de somnolence. Tous les organes des sens avaient persisté, mais toute perception était interrompue ; la vie végétative était en pleine activité, mais la préhension des alimens était abolie avec le tact, le goût, l’odorat, la vue, l’ouie. Les instincts étaient si bien perdus qu’elle ne mangeait plus d’elle-même, à quelque jeûne qu’on la soumit. Les fonctions de génération étaient abolies, par conséquent, l’instinct de la reproduction aussi bien que celui de la conservation.

Les pigeons auxquels on enlevait les seuls tubercules quadrijumeaux vécurent parfaitement, le sens du tact sembla se développer pour réparer la vue, au point de compenser ce que la perte de ce sens avait enlevé.

En enlevant sur une poule le lobe cérébral droit, la vue fut perdue soudain du côté opposé, puis enlevant le tubercule gauche, la vue fut perdue à droite.

Cette poule vécut deux mois, dans une activité médiocre, mais avec persistance de l'intelligence.

Cette disparition de l'intelligence consécutive à l’ablation des lobes, cette abolition des sens par l’anéantissement de toute perception, laisse irrésolue cette question, à savoir, dans quelle me sure chaque partie des lobes concourt à l’accomplissement de ces actes.

M. Flourens enleva successivement des couches du cerveau jusqu’au noyau central: la vue s’affaiblissait peu à peu; au moment où elle se perdit, toutes les facultés intellectuelles et perceptives furent perdues à la fois.

On peut retrancher, soit par devant, soit par derricre, soit par en haut, soit par côté, une portion assez étendue des lobes cérébraux, sans que leurs fonctions soient anéanties.

Une portion assez restreinte de ces lobes suffit donc à l’exercice de leurs fonctions. À mesure que ce retranchement s'opère, toutes les fonctions s’affaiblissent et s'éteignent graduellement; et, passé certaines limites, elles sont tout à fait éteintes. Les lobes cérébraux concourent donc par tout leur ensemble à l'exercice plein et entier de leurs fonctions.

Dés qu’une perception est perdue, toutes le sont ; dès qu’une faculté disparaît, toutes disparaissent. 11 n’y à donc point de siéges divers, ni pour les diverses facultés, ni pour les diverses perceptions.

Les divers organes des sens n’en ont pas moins chacun une origine distincte dans la masse cérébrale.

Le centre d’action de la rétine et de l’iris se trouve dans les tubercules quadrijumeaux. Le sens du goût, de l’odorat, de l'ouïe, tirent, comme la vue, leur origine particulière du renflement particulier qui donne naissance à leurs nerfs.

Un fait bien autrement remarquable, est la possibilité, pour un animal, de recouvrer ses fonctions après les avoir perdues dans certaines circonstances.

Si on enlève les lobes jusqu’au noyau central et que l’on s’arrête, au bout de 24 heures les lobes sont tuméfiés. La tuméfaction de ces lobes est suivie peu à peu du rétablissement intégral de toutes les fonctions.

De tous les faits observés sur les effets directs et croisés , on peut conclure , que le retranchement d’un seul lobe cérébral, cérébelieux, ou d’un tubercule bijumeau, produit constamment une faiblesse plus marquée dans le côté du corps opposé au lobe, etc. La moelle allongée et spinale a un effet direct : outre la paralysie, elle produit des convulsions que ne produisent

pas les lobes cérébraux et cérébelleux, ni les tubercules bijumeaux.

D'après tous les faits énumérés jusqu'ici, on a pu voir que M. Serres, avec Haller, croit à la sensibilité de la substance cérébrale. Haller était cependant dans le doute sur la sensibilité de la substance corticale. Mais quant à la substance médullaire, son opinion était bien arrêtée.

Quand on relit ces expériences, on voit, à n’en pas douter, qu'il ya eu des signes de sensibilité en lésant le cerveau en masse, par conséquent, des parties étrangères aux lobes. Lorry avait répété un grand nombre d’expériences, dans le but de vérifier l’insensibilité du cerveau , proclamée par Aristote et Galien , et les liqueurs aussi bien que l'instrument tranchant donnèrent un resultat négatif. M. Serres pense, comme on l’a vu, qu’en plongeant un instrument dans la profondeur des lobes, les signes de la sensibilité seront toujours manifestes, et que la circonstance spéciale dans laquelle les expérimentateurs se sont placés, a seule pu les induire en erreur. Les oiseaux, d’après cet auteur, ont les lobes beaucoup moins sensibles que les mammifères. Si donc on expérimente sur les premiers, on ne peut rien en inférer pour les seconds. Mais il est bon de remarquer que Lorry, et M. Flourens surtout, ont répété leurs expériences sur les animaux de toutes les classes, et que leurs conclusions s'appuient sur des preuves suffisantes.

Les lésions traumatiques de la tête sant accompagnées de douleurs, vives souvent. Mais dans les cas de maladie, une sensibilité anormale se développe, et peut-être, à l’aide d’un retentissement sympathique, par réflexion. Ce fait est d’ailleurs très complexe, et on peut faire toutes réserves à son égard. On connaît le fait remarquable de Dupuytren, plongeant un bistouri dans la profondeur du cerveau, dont un flot purulent s’échappa, tandis que le malade ne ressentit aucune douleur.

Lorry, en irritant les lobes et le corps calleux, n’obtint jamais de convulsions. La moelle allongée seule, d’après ces expériences, a la propriété d'en déterminer.

Haller et Zinn ont évidemment lésé la moelle allongée, car les expériences de M. Flourens, citées plus haut, prouvent bien que les convulsionsappartiennent au bulbe.

La perception , avons-nous dit, disparaît avec l’ablation des lobes cérébraux. Les sens n’existent donc plus ; mais les sens, en tant qu'organes spéciaux, ne peuvent être confondus avec la sensibilité générale. MM. Calmeil, Bouillaud , Gerdy, ont vu la sensibilité persister. M. Flourens, dont les expériences ont été si catégoriques, a vu qu'en retranchant toutes les parties cérébrales, à l'exception de la moelle allongée, l'animal respirait, et s’agitait quand on le pinçait; et comme il criait, le phénomène réflexe conduit, dans cecas, à cette idée déjà connue, que le cri lui-même est indépendant de la volonté dans des circonstances données.

C'est donc seulement la perception des sensations qui est perdue. M. Gerdy, repoussant cette idée, pense que, dans ces cas, la perception a lieu néanmoins, mais à l’aide du mésocéphale.

D’autres observateurs ont vu des animaux privés des lobes, marcher sans excitation, agiter leurs plumes, les aiguiser, cacher la patte qu'on pinçait, détourner la tête quand on piquait la conjonctive, résister à des efforts, etc., etc. M. Bouillaud n'hésite pas à admettre que chez ces êtres il y avait néanmoins perception.

L'intervention active, l'impulsion spontanée, l'analyse raisonnée de ces perceptions, voilà ce qui semble le plus lésé.

M. Flourens pense que la vue est très complétement abolie

par l’ablation des lobes cérébraux, malgré le maintien-de la contractilité de l'iris.

M. Magendie, après avoir admis que l'animal devenait insensible à la lumière, par l’ablation des lobes cérébraux, parle d’un canard que cetteablation n’empêcha pas deseconduire danstoutes

les directions. La contractilité pupillaire est un fait certain. Tou-

tes ses actions pourraient parfaitement se ranger dans l’ordre des phénomènes réflexes. L'animal n’élabore point les perceptions, la mémoire perdue le prive du souvenir des perceptions antérieures.

M. Flourens a montré l’abolition de l’ouie simultanée avec l'abolition de tous les sens. M. Magendie pense, au contraire, que tous les sens peuvent se conserver, et conclut de là que leur siége n’est pas dans les lobes cérébraux. M. Jonget a observé que les lobes cérébraux étant enlevés sur des pigeons, ces animaux ont encore perçu des sons. Voici les circonstances qui lui ont fourni cette observation : l’animal étant placé sur une planche, libre, on produisait une violente détonation d'arme à feu, et l’animal tendait le cou, redressait la tête. La sensibilité générale avait été vivement incommodée; l'animal avait perçu le son et fait un mouvement. Un sourd, ébranlé par une voiture qui fait trembler le pavé, se retourne et cherche, il n’a pas entendu la voiture, il l’a sentie.

C’est précisément un défaut d'interprétation de ce genre qui à fait admettre à M. Magendie la persistance de l’odorat. Les agens employés par l’expérimentateur n’agissaient pas sur l’odorat, ils agissaient sur la sensibilité générale, et les signes manifestés par l'animal exprimaient une sensation désagréable, comme une piqüre, etc. L'intégrité des couches auxquelles adhèrent les bulbes olfactifs, n’ont pas empêché l’animal d’être privé de ce sens

Quant au goût, M. Flourens n’est pas moins en opposition avec M. Magendie ; ce dernier prétend l'avoir vu persister. Mais si les agens à l’aide desquels est faite l'expérience sont de la nature des caustiques , etc., l'animal peut très bien ressentir leur action, en vertu des principes que nous avons invoqués Jusqu'ici.

M. Bouillaud ne pense pas que l’on puisse ou doive confondre le siége des sensations spéciales avec celui des facultés intellectuelles en général.

L'influence des lobes cérébraux sur les mouvemens est très remarquable. Chez les individus les plus simples, dans l'échelle animale, leur influence paraît nulle. À mesure que les fonctions se multiplient, la solidarité augmente, et en s’élevant aux animaux les plus compliqués, on voit la motilité abolie sous l’influence de cette ablation, même sous l'influence de leur lésion.

Desmoulins a vu, chez des reptiles et des poissons privés de lobes cérébraux, toute la spontanéité gardée, ainsi que l’'intégrité de tous les mouvemens. M. Flourens a vu la perte de ces fonctions chez des oiseaux privés de lobes. Mais Desmoulins, Gall, MM. Bouillaud , Gerdy, ont vu une série de mouvemens spontanés, que M. Flourens lui-même ne conteste pas, et ces mouvemens ne s'expliquent qu'en admettant, avec MM. Bouillaud et Gerdy, la conservation de la faculté de vouloir et de percevoir, en même temps que la diminution de l’activité.

MM. Foville et Pinel-Grandchamp ont émis l’opinion, que la substance blanche des hémisphères est affectée aux mouvemens volontaires, à l’exclusion de la matière grise des circonvolutions. M. Calmeil a fait des observations contraires. Dans les paralysies des aliénés, la substance corticale lui a paru altérée.

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M. Parchappe prétend que de toutes les lésions, la plus constante dans les paralysies générales, c’est le ramollissement de la couche corticale. De nombreuses observations invoquées par cet auteur , à l’appui de son observation, méritent de fixer l’attention.

On a voulu localiser cette influence du cerveau suivant les muscles qu’elle anime. Il y aurait ainsi, d’après Saucerotte, une influence spéciale des lobes postérieurs sur les membres thoraciques, opinion acceptée par M. Serres ; les membres pelviens seraient sous l'influence des lobes antérieurs. La corne d’Ammon et le lobe moyen seraient le siége spécial du principe des mouvemens de la langue.

M. Bouillaud, frappé des nombreux cas de lésion musculaire isolée, s’est demandé si ce fait ne se rattachait pas à l’existence de plusieurs autres moteurs ou conducteurs. C’est là la pensée de Gall, pour l'explication des phénomènes nombreux que manifeste l'intelligence. Nous avons exprimé cette même idée, en la présentant comme une 7rultiplication des foyers d'incitation. Ainsi, tous les organes chargés d’exécuter des mouvemens volontaires sous l’empire du cerveau, ont dans le cerveau un centre spécial.

Les organes des mouvemens de la parole doivent aussi avoir dans le cerveau un centre spécial. Cet organe, législateur de la parole, réside dans les lobules antérieurs du cerveau, suivant M. Bouillaud. Il faudra donc que dans les cas où les lobules antérieurs du cerveau seront altérés, la parole soit plus ou moins dérangée, et réciproquement ; il faudra, de plus, que la parole subsiste lorsque l'affection occupera des points du cerveau, autres que les lobules indiqués. Voici ce que pense M. Andral de cette localisation : sur trente-sept cas observés par nous ou par d’autres, dit M. Andral, cas relatifs à des hémorrhagies ou à d’autres lésions, dans lesquels l’altération résidait, dans un des lobules antérieurs ou dans tous les deux, la parole à été abolie vingt et une fois, et conservée seize fois. D’un autre côté, ajoute-t-il, nous avons rassemblé quatorze cas où il y avait abolition de la parole, sans aucune altération dans les lobules antérieurs. De ces quatorze cas, sept étaient relatifs à des maladies des lobules moyens, et sept autres à des maladies des lobules postérieurs. La perte de la parole n’est donc pas le résultat nécessaire de la lésion des lobules antérieurs, contrairement à l'opinion de M. Bouillaud, et, en outre, elle peut avoir lieu dans des cas où l'anatomie ne montre dans ces lobules aucune altération.

Déjà nous avons, à plusieurs reprises, fait observer combien une expérience diffère d’une observation pathologique ; combien il y a de différence entre une lésion subite et une altération qui désorganise lentement les lésions. Aussi, M. Bouillaud a-t-il triomphé de plusieurs argumens qu’on invoquait contre lui.

Jusqu'ici le rôle des lobes cérébraux dans la locomotion, la sensibilité générale, les sensibilités spéciales, a été étudié. En parlant de la perception des sensations, de leur comparaison, de leur élaboration, nous avons touché à la vie intellectuelle.

Les physiologistes sont-ils unanimes pour localiser dans le cerveau l’ensemble des fonctions supérieures ?

De nombreuses questions sont soulevées quand on aborde cette partie de la physiologie.

On doit se demander d’abord si le cerveau est ou n’est pas le point de départ de tous les phénomènes dont il est le siége? Puis une autre question aussi importante, est de savoir s’il y a une fonction principale dominant toutes les autres, ou bien si

toutes les fonctions sont coordonnées ensemble, tout en conservant une indépendance propre?

Si les fonctions sont indépendantes, sont-elles toutes de même ordre? En est-il de primitives et de secondaires? Ce sont là de magnifiques problèmes, que la psychologie seule résout à l’aide du principe immatériel; mais pour cela elle se met en dehors de la méthode positive, expérimentale, qui seule pourra fournir des données suffisantes pour l’éclaircissement de ces grandes questions.

Le premier point fondamental accepté, c’est le rapport entre les manifestations intellectuelles etle développement des circonvolutions cérébrales. Desmoulins a cru observer une proportion, un rapport, constants. M. Leuret, tout en signalant des faits sortant de la règle, n’a pu détruire cette vérité, que la présence ou l'absence des circonvolutions cérébrales a une étroite liaison avec le développement de l'intelligence. Jamais le cerveau des animaux inférieurs n’offre de circonvolutions, tandis qu'on en trouve toujours dans celui des animaux, surtout de l’homme, de tous le plus intelligent. On conçoit dès lors comment les anatomistes et les physiologistes, frappés des inégalités d’étendue que l’on observe dans ces circonvolutions chez différens individus , ont cherché à établir des relations entre le volume des circonvolutions et la portée de l'intelligence.

Si on tient compte de la profondeur des anfractuosités autant que de la saillie des replis, il y a sans doute quelques données à rechercher, dans une question même purement quantitative. Un fait encore très digne d'attention, c’est l’inégale épaisseur de la couche corticale du cerveau. Or, Willis, Vieussens, et plus récemment M. Foville, ont placé le siége des fonctions intellectuelles dans cette substance corticale. Pour les deux premiers auteurs, la substance blanche ne fait que transmettre la force nerveuse produite par la substance grise. Eh bien ! deux cerveaux de volume égal peuvent offrir une quantité différente de substance corticale, soit parce que la profondeur des anfractuosités n’est pas la même, soit parce que, avec une égale étendue, la couche corticale est plus épaisse.

Selon M. Foville, l'exemple suivant est concluant : chez les idiots, les circonvolutions petites et atrophiées, quelquefois absentes, sont recouvertes d’une faible couche de substance corticale. À part cette lésion, les autres parties du cerveau sont normalement conformées.

L'expérience de M. Flourens, consistant dans l’ablation des lobes cérébraux, est digne d'attention. Les lésions fonctionnelles ne se manifestent que lors de la lésion du noyau médullaire. Il s’agit, il est vrai, surtout des oiseaux. Et comme d’ailleurs, l’ablation complète ne détruit pas certains actes instinctifs, on en peut conclure, que même si le fait était bien établi pour les lobes cérébraux, il ne le serait pas pour la substance corticale, et enfin que, s’il l’était même sans réserve chez les oiseaux, la multiplicité fonctionnelle du cerveau humain laisserait encore bien des points indécis.

Des observations sont consignées dans la science, quitendent à prouver que l'intelligence est compatible avec l'existence d’un seul lobe cérébral. D'autre part, des individus nés avec une atrophie du centre cérébral d’un côté, ont passé leur vie avec une épilepsie, une hémiplégie, et du reste une parfaite intégrité de l'intelligence. La seule particularité que présentaient les fonctions du cerveau se rattachait à une diminution dans la durée

de l'attention.

En parlant de la différence des expériences d’avec les cas pa

thologiques, nous n’avons pas insisté sur un ordre de faits très remarquables : ce sont les lésions cérébrales profondes, survenues chez l’homme par suite d’accidens, et qui n’ont jamais retenti sur l'intelligence, presque toujours sur la locomotion.

L'importance des circonvolutions antérieures, relativement à l’exercice des facultés intellectuelles, se trouverait pleinement justifiée, si on ne consultait que certains faits pathologiques.

Ainsi, dans le livre de M. Cruveilhier, on trouve signalés plusieurs cas d’enfans et d'adultes idiots, privés des circonvolutions et même des lobes antérieurs du cerveau.

Dans ces cas, le plus souvent, le-cräne était très bien conformé à l'extérieur. On a observé des lésions partielles de la motilité, mais quelquefois assez graves, coïncidant avec cette altération cérébrale. Un point reste indécis, c'est celui de savoir si des lésions du même genre, dans les circonvolutions postérieures, n'auraient pas la même influence. Ce qui est vrai pour les circonvolutions l’est également pour les lobes.

Ce qui vientcontre-carrer tous les raisonnemens, toutes les radiations, c’est l'exemple d'individus idiots avec intégrité des lobules antérieurs ou moyens.

Ainsi, absence de lobes avec idiotie; idiotie sans absence de circonvolutions et des lobes, voilà des faits acquis à la science.

Voici des faits dans lesquels les facultés intellectuelles ont été conservées malgré l’altération des lobules antérieurs du cerveau, et qu'il faut rapprocher de ceux déjà mentionnés, lors des lésions artificielles de cet organe. Ce sont des sujets ayant une intelligence intacte, offrant des affections, en apparence indépendantes de la lésion cérébrale. L’autopsie montra chez eux, les lobes antérieurs du cerveau très notablement altérés par des tumeurs, de la sérosité, etc.

Mentionnons un ordre de faits non moins probant contre les localisations exclusives. I] s’agit de la perturbation des fonctions intellectuelles, avec intégrité des deux lobes antérieurs, par suite de lésions circonscrites dans divers autres points du cerveau.

On peut trouver dans la clinique de M. Andral de nombreux faits de ce genre. M. Lallemand en a consigné également plusieurs.

La pathologie n’autorise pas jusqu’à présent à dire que c’est plutôt telle région des lobes cérébraux que telle autre qui jouisse du privilége d’être le siége exclusif de l’intelligence. Elle n'a rien prouvé relativement aux siéges spéciaux qu’on a prétendu assigner aux diverses facultés intellectuelles.

Ceux qui veulent que les organes de ces facultés soient placés vers les régions antérieures du cerveau, n’admettront sans doute, comme valables, que les premières des observations précédentes, parce qu’elles confirment leur système. Quant au trouble et à la perte de l'intelligence, survenus dans les derniers cas que nous avons mentionnés, ces auteurs n'hésiteront pas à l’expliquer, en disant qu’une lésion cérébrale qui est éloignée des organes spéciaux de l'intelligence peut bien réagir sur ces organes, d’une manière fächeuse, sans qu’il ÿ ait là rien qui contrarie une localisation qu’ils supposent réelle. Ainsi, si l'intelligence a pu être pervertie par une lésion limitée au lobe postérieur ou au lobe moyen, c’est en vertu d’une réaction sympathique sur les lobes antérieurs. On pourrait, il est vrai, leur demander, si le trouble de la raison n’a point accompagné la lésion des lobes antérieurs du cerveau, en vertu d’une réaction sympathique sur les lobes postérieurs ou moyens , puisque des altérations morbides, indifféremment localisées, limitées, ont perverti également les fontions intellectuelles.

Neumann, d’après l'examen du cerveau de cinquante aliénés, avait pensé que l'intelligence résidait dans les circonvolutions occipitales ou les lobes occipitaux. M. Cruveilhier fait même observer à ce propos, que l’atrophie du cerveau des vieillards en démence porte sur les circonvolutions occipitales, beaucoup plus que sur les circonvolutions frontales.

Mais il n’est pas difficile, en compilant les faits, de trouver dans les annales de la science de quoi édifier les doctrines les plus opposées, parce que les faits muets cèdent à la souplesse des interprétations.

Des expériences entreprises sur une vaste échelle devaient fonder la doctrine des localisations.

M. Bouillaud détruisit, sur des poules, des pigeons, des chiens et des lapins, la paroi antérieure des deux hémisphères cérébraux : il a vu ces animaux présenter des signes irrécusables d’un idiotisme profond. Après cette lésion, ils sentent, voient, entendent, odorent, s’effraient facilement, s'impatientent, paraissent étonnés de leur situation, exécutent une foule de mouvemens spontanés, instinctifs, crient, marchent, cherchent à éloigner machinalement les objets qui les irritent; mais ils ne reconnaissent plus les êtres divers qui les environnent; rien dans leurs actes n’annonce une combinaison d'idées; les animaux les plus dociles, les plus intelligens, tels que le chien , ne sont plus caressans, et incapables de rien comprendre à ce qui se passe autour d’eux. L’éducabilité, la mémoire des lieux, des personnes, tout cela est perdu sans retour. Ainsi, selon M. Bouillaud , l’animal dont on a lésé profondément la partie antérieure des hémisphères cérébraux, quoique privé de l'exercice d’un nombre plus ou moins considérable d’actes intellectuels, continue à jouir de ses facultés sensitives, preuve, dit-il, que la sensation et l’intellection ne sont pas la même chose, et qu’elles ont des siéges distincts. Il faudrait prouver de plus que l’ablation des lobes postérieurs ne peut produire le même effet.

D'un autre côté, M. Flourens dit que l’on peut retrancher, soit par devant, soit par derrière, soit par en haut, soit par côté, une portion assez étendue des lobes cérébraux, sans que leurs fonctions soient perdues. Une portion assez restreinte de ces lobes suffit donc à l'exercice de leurs fonctions. Mais si la déperdition de substance devient plus considérable, dès qu’une perception devient émpossible, toutes le deviennent en même temps. Il n’y a donc point de siéges divers, ni pour les différentes facultés, ni pour les différentes perceptions. La faculté de percevoir, de juger, de vouloir une chose, réside dans le même lieu que celle d’en percevoir, d’en juger, d’en vouloir une autre; et conséquemment, cette faculté, essentiellement une, réside essentiellement dans un seul organe. Voilà les argumens qu'oppose M. Flourens aux faits de la localisation.

Contre l'opinion de M. Flourens, il est juste d’observer, comme nous l’avons fait à différentes reprises, que l’homme a des fonctions intellectuelles multiples. 11 peut en perdre une ou plusieurs sans que les autres s’en ressentent. Cette solidarité des fonctions est donc difficile à comprendre. Mais, répétons-le, il faut commencer par démontrer des facultés primitives, irréductibles, fondamentales, dont dérivent les autres. Le point capital établi, on verra ce que c’est que cette solidarité; on en saisira les limites, la cause, le mécanisme, et il sera possible d'établir des systèmes basés sur l’observation positive. M. Bouillaud, en expérimentateur consciencieux, ajoute, en terminant son travail, qu’en exposant les résultats de ses propres recherches, il est bien loin de se faire illusion sur leur peu de valeur,

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mais qu'il a pensé que, tels qu'ils sont, ils pourraient donner l'éveil à des expérimentateurs plus habiles, et provoquer des travaux plus précieux.

Ce que ni la pathologie ni la physiologie n'avaient pu établir, on essaya de le démontrer par l’anatomie comparée.

Chez les mammifères, disent les partisans de Gall, les instincts l'emportent d’autant plus sur l'intelligence et les sentimens, que les parties postérieures du crâne et du cerveau sont plus développées relativement aux antérieures, d’où ils concluent que les instincts siégent en arrière et l'intelligence en avant.

Si l’on considere, dit M. Lafargue, que, dans les quadrupèdes, l’encéphale est petit et les màächoires volumineuses, on verra que, pour des raisons d'équilibre faciles à saisir, le crâne doit s’allonger en sens inverse de la face, se rétrécir au front, s’élargir dans la région temporo-pariétale, affecter la forme d’un triangle à base postérieure.

Aussi M. Lafargue a-t-il soutenu : 1° que le crâne a une forme nécessairement en rapport avec l'attitude de l'animal et avec la largeur de la mâchoire inférieure ; 2° que cette forme du crâne et les habitudes morales sont loin d’avoir entre elles une relation nécessaire; ainsi que souvent deux animaux de mœurs identiques diffèrent par le crâne s'ils diffèrent d’attitude; et réciproquement, que deux animaux de caractère opposé se ressemblent par le crâne, si leur attitude est semblable, et si leur mâchoire a une grandeur égale.

La transfiguration du crâne des quadrupèdes est donc la conséquence nécessaire des proportions respectives de la face de l’encéphale. Mais , comme, d’après Cuvier, le rapport des màchoires au cerveau entraine, suivant qu'il est plus fort ou plus faible, la prédominance des penchans grossiers ou celle des facultés supérieures, on peut comprendre la coïncidence sur laquelle Gall a appuyé son opinion, car, si, chez les quadrupèdes, les instincts l’emportent sur les hautes facultés, c’est que les mächoires l'emportent de beaucoup sur les hémisphères ; la largeur du cräne en arrière, son étroitesse en avant, reposent sur la même raison.

Si les instincts siégent en arrière, et les hautes facultés en avant, les carnassiers les plus intelligens doivent se distinguer des autres par la forte proportion des régions coronales et pariétales supérieures ; or, l'observation prouve qu’il n’en est pas ainsi : car, si on compare le tigre et le loup au barbet et au chat, on voit que le rétrécissement du crâne chez les premiers, son ampliation chez les seconds, portent à la fois sur toutes les parties, soit antérieures, soit postérieures. Les màchoires, fortes chez les uns, sont plus faibles chez les autres, et le crâne exprime cette différence, non par la forme de sa cavité qui est la même pour tous, mais par le volume des crêtes élevées à sa surface. L'une de ces crêtes, occipitale, donne attache aux muscles redresseurs de la tête, l’autre, inter-pariétale, aux muscles temporaux; on conçoit que toutes deux doivent être en raison directe du développement et du poids des mâchoires, et en raison inverse des hémisphères. Chez les ruminans qui manquent, pour la plupart, de crête inter-pariétale, vu la faiblesse des temporaux, le développement de la crête occipitale, des sinus frontaux et de leurs dépendances est toujours en raison inverse du cerveau , en raison directe de la face. En s’élevant des carnassiers aux quadrumanes, les crêtes diminuent, en même temps que le volume des mâchoires.

Il résulte de là que, chez tous les carnassiers, quelle que soit. la force respective de leurs instincts et de leur intelligence,

les régions antérieures et postérieures du cerveau ont entre elles le même rapport. Les carnassiers ont les tempes développées : ils sont astucieux, sanguinaires, voleurs ; les ruminans ont les tempes peu développées : ils sont timides, inoffensifs.

Les phrénologistes ont voulu conclure de là que les penchans qui caractérisent le moral des carnassiers siégent dans les régions sus-zygomatiques; mais il est naturel que cette région doive s’accommoder à la forme de la mâchoire inférieure, large chez les carnassiers, étroite chez les ruminans. Cette réflexion isolée infirme faiblement les conclusions de Gall; mais elle aurait plus de poids, s’il était possible de trouver des animaux doux et paisibles dont les tempes soient larges, par cela seul qu’ils possèdent une large mâchoire. Or, selon M. Lafargue, le castor, dont les instincts industriels exigent et supposent une mâchoire large et forte, a des muscles temporaux énergiques, et son crâne est, pour cette raison, conformé comme celui des carnassiers.

D’autre part , chez certains carnassiers, éminemment féroces, la tête représente un cône allongé, sensiblement rétréci au-dessus des apophyses zygomatiques , large et enflé vers la partie postérieure des pariétaux : tels sont le furet, l’hermine, la belette,

Si la forme du crâne dérive du rapport de volume de la face et du cerveau, il faut que cette forme soit en corrélation avec l'attitude, et qu’elle en suive les variations. La forme du crâne des furets , des belettes, des taupes , s'explique par le mode de station de ces animaux, dont les membres sont très courts, et qui marchent presque en rampant. Si, avec une pareille attitude, ils avaient eu le crâne court et globuleux, et si la plus grande masse de leur cerveau eût été concentrée vers les apophyses zygomatiques , les organes des sens et l'extrémité du museau se seraient nécessairement dirigés vers le sol. I fallait donc, pour les raisons mécaniques les plus simples, que le plus grand volume des hémisphères occupät la région pariétale postérieure, et que les régions sus-zygomatiques fussent déprimées. Tous les animaux dont le port est analogue à celui des belettes ont le crâne conformé de la même manière, quelles que soient leurs mœurs : tels sont les souris, les rats, etc.

Toutes ces dispositions en opposition avec les lois phrénologiques s'expliquent, quand on compare les quadrupèdes , les quadrumanes et l’homme, et que l’on examine les conditions anatomiques d’où résulte l'équilibre de la tête dans ces groupes ; on voit une corrélation nécessaire entre le mode destation et le rapport de l’encéphale à la face, entre l’intelligence et l'attitude. Ce sont donc des conditions de mécanique physique qui, bien interprétées, rendraient compte de toutes les relations qu'a cru saisir Gall.

L'attitude humaine comporte la plus petite face et le plus grand cerveau possibles; aussi y at-il, entre la forme du crâne et celle du bassin, une corrélation telle, que la perfection et la solidité de la station bipède se trouvent dans chaque race, en raison directe de la capacité crânienne, en raison inverse des mâchoires. Il suffit de comparer le Caffre à l’Européen pour se convaincre de cette vérité.

On voit aussi, par le rapprochement des races humaines, le crâne se déjeter en arrière, à mesure que les mâchoires ont un plus grand développement. Le Nègre a le front fuyant, l’ensemble du crâne étroit et allongé; l’Européen se trouve dans des conditions opposées, tandis que les Malais, les Mongols, les Américains, tiennent le milieu entre ces deux extrêmes.

Ainsi, s'explique et se réalise cette loi du règne animal, en vertu

de laquelle, le crâne et le cerveau sont répartis, de manière à balancer le poids de la face. La forme du crâne exprime donc le rapport du volume des mâchoires et du cerveau : elle peut indiquer l'énergie relative des instincts et des hautes facultés. Mais on se tromperait si, se plaçant au point de vue des localisations, on croyait toujours rencontrer la prédominance des tempes chez les peuples qui se font remarquer par leurs instincts de pillage et de voracité; et au contraire, la proéminence plus grande du front chez les nations les plus intelligentes. Qu'on considère la tête de l’Européen, du Hottentot, de l’Indien du nord, peuples qui sont loin d’avoir les mêmes mœurs et le même degré d’intelligence, on trouvera que le rapport des tempes au front est exactement le même.

Ces races ne différent entre elles que par la proportion de la face au cerveau, proportion qui, tout en déterminant la forme du crâne, explique la prépondérance des instincts chez les uns, de l'intelligence chez les autres.

Aux liaisons nécessaires des formes du crâne avec certaines conditions de statique, soit partielles, soit générales, voici ce que l’on peut objecter :

L’attitude des animaux est à leur moral comme le geste est à la pensée; le mode de mastication est subordonné aux penchants nutritifs, soit carnassiers , soit herbivores , comme l'instrument l'est à la volonté. De même, les formes du cerveau , qui déterminent les penchans, subordonnent à leurs inflexibles nécessités et l'attitude générale et la puissance de la mâchoire inférieure.

M. Lafargue répond: Certaines formes du crâne et du cerveau coïncident toujours et nécessairement, avec certains modes de station et de mastication; mais, si l’on assigne à la première de ces circonstances le rôle de fait primordial , en réduisant l’autre au rôle de fait secondaire, on peut dire que toutes les deux, également nécessaires l’une à l’autre, concourent au même titre, à l'harmonie de l’ensemble.

Gall, comme on sait, faisait résider l'organe du meurtre dans les circonvolutions moyennes, latérales et inférieures du cerveau; M. Lélut a fait aussi des recherches sur ce point. Gall avait dit que le plus grand développement de cet organe, dans les oiseaux et les mammifères carnassiers, donne au cerveau et au crâne de ces animaux, une largeur proportionnelle plus grande que celle du cerveau et du crâne des oiseaux et des mammifères frugivores. Or, voici ce que M. Lélut, appuyé sur les travaux de M. Serres, de Tiedemann, etc., a établi en opposition avec le célèbre phrénologiste :

1° Les oiseaux frugivores et les oiseaux carnassiers insectivores ont, comparativement les uns aux autres, le cerveau et le crâne d’égale largeur, proportionnellement à leur longueur.

2° Les oiseaux de proie ou oiseaux rapaces ont le cerveau, et surtout le crâne, plus large que celui des oiseaux des deux classes précédentes.

Mais cela tient, selon lui, à ce que, chez ces animaux, le développement en largeur des hémisphères cérébraux a suivi l'élargissement cränien, qui lui-même est déterminé, chez ces oiseaux, par le développement considérable de l’oreille interne et de ses cavités annexes, et par celui de leur globe oculaire.

3° Les faits de comparaison isolés entre le cerveau et le crâne de ces oiseaux frugivores et ceux de ces oiseaux carnassiers donnent le même résultat que les rapports déduits des moyennes, sur la proportion de la largeur à la longueur des hémisphères cérébraux et du crâne; c’est-à-dire, qu’ils mon-

trent que tel ou tel oiseau frugivore a une plus grande largeur cérébrale ou crânienne proportionnelle, que tel ou tel oiseau insectivore, et même que tel ou tel oiseau rapace.

4 Les mammifères carnassiers n'ont pas le cerveau plus large, proportionnellement à leur longueur, que ceux des mammifères frugivores. Ce serait même le contraire qui aurait lieu.

5 Les comparaisons isolées du cerveau et du crâne de tel mammifère carnassier, au cerveau et au crâne de tel mammifére frugivore donnent, dans le plus grand nombre des cas, le

méme résultat.

Glande pinéale. — Couches optiques.

Les fonctions de la glande pinéale sont encore à l'état d'hypothèses.

Avant Galien, la glande pinéale paraissait destinée aux fonctions de portier, comme le pylore de l’estomac. Elle ne laissait passer du ventricule moyen dans le ventricule du cervelet que la quantité convenable d'esprit vital. Cette idée, réfutée par Galien , fut reproduite par M. Magendie, sous une forme plus physique. C’est pour lui un tampon destiné à ouvrir ou à fermer l’aqueduc de Sylvius. Galien a envisagé le conarium comme accomplissant des fonctions sécrétoires , opinion que M. Cruveilhier appuie, en considérant surtout sa cavité et les hydropisies dont elle est le siége.

Pour Willis, la glande pinéale est destinée à absorber la sérosité, transsudant à travers les vaisseaux des plexus choroiïdes.

Ambroise Paré emprunte à Galien l’idée que le processus vermiformis remplit les fonctions que d’autres avaient attribuées au conarium, en le destinant à fermer l’aqueduc de Sylvius, comme un portier.

Enfin, Descartes en fit la source des esprits. Ils coulent de la glande pinéale dans la concavité du cerveau. C’est une source abondante d’où les parties du sang les plus petites et les plus agitées coulent en même temps de tous côtés. Il faut peu de chose pour la déterminer à s'incliner ou se pencher plus ou moins, de manière à diriger les esprits vers tel point plutôt que vers tel autre. De là, à l’exagération qui place l'âme sur la glande et dirige avec des rênes les impulsions du cerveau , il n’y avait qu'un pas.

Les couches optiques, nous l’avons dit en traitant des tubercules quadrijumeaux, n'ont pas d'influence directe et immédiate sur la fonction visuelle. Si dans les épanchemens siégeant dans ces couches on a observé quelques faits d’immobilité et de dilatation pupillaire, cela tient à ce que les nerfs optiques eux-mêmes étaient intéressés dans ces lésions. — Leur influence croisée sur les mouvemens ne saurait être mise en doute.

Les couches optiques jouent un grand rôle dans les actes de la locomotion ; ce rôle est nettement accusé par les expériences relatives à leur ablation. Quand on enlève les deux hémisphères cérébraux, les corps striés, sur un lapin, la station et la progression sont encore possibles, mais à peine supprime-t-on la couche optique, droite par exemple, que l'animal tombe à gauche. Cependant les auteurs ont émis des avis différens sur l'étendue de cette influence. Saucerotte, le premier, fait observer que, indépendamment du croisement transversal des fibres cérébrales, il existe un croisement antéro-postérieur, de façon que l’origine des nerfs destinés au mouvement des extrémités

supérieures est dans la partie postérieure du cerveau, et réciproquement dans l’antérieure pour les extrémités inférieures.

M. Serres a lésé sur des chiens les couches optiques et leurs radiations, et il survenait de la paralysie des extrémités antérieures. MM. Foville et Serres citent à l'appui, des observations pathologiques. Cependant des faits nombreux tendent à prouver que la soustraction des corps striés ne lèse en rien le train postérieur ni le train antérieur: dès lors que l’expérimentation et l'observation pathologique refusent également leur appui à la doctrine citée, il faut l’abandonner.

Que voyons-nous en effet: M. Andral a interrogé 75 cas de cette lésion exactement circonscrite; 40 fois il y avait hémiplégie, due 21 fois à la lésion des corps striés et 19 fois à la lésion des couches optiques.

Sur ces soixante-quinze cas, il y en eut 23 dans lesquels la paralysie, bornée au membre thoracique, coïncidait avec une lésion du corps strié; 10 avec lésion de la couche optique; 2 avec lésion du lobe moyen.

De cette comparaison des faits, résulte, que la prétendue localisation croisée d’avant en arrière, des moteurs supérieurs et inférieurs, n’est point démontrée.

On peut piquer, dilacérer chez un animal vivant les couches optiques, il ne se manifeste ni douleur ni contraction dans les muscles volontaires.

M. Lafargue et M. Flourens, en enlevant la couche optique, ont observé un mouvement de manége, comme à la suite de la lésion partielle de l’un des pédoncules. Mais l'effet croisé que l’on observe chez les vertébrés supérieurs n’a point lieu chez les inférieurs ; tandis que chez ces animaux, l'animal lésé tourne du côté correspondant. Schiff pense que le sens du mouvement de manége varie suivant la partie de la couche optique détruite. La destruction des trois quarts antérieurs de cet organe, chez les lapins, détermine le mouvement vers le côté lesé, et celle de son quart postérieur vers le côté opposé à la lésion, c'est-à-dire , comme après la section des pédoncules cérébelleux. Nous avons insisté sur les recherches de M. Bernard, touchant cette intéressante question, alors que nous avons fait la physiologie de ces organes.

Pour comprendre l'influence directe des trois quarts antérieurs des couches optiques sur les mouvemens, Schiff admet, au niveau de l’espace perforé moyen, un entrecroisement fibrilleux qui nentraliserait celui des pyramides. Le mouvement de manége résulte pour lui, de la paralysie des adducteurs d’un côté, et des abducteurs de l’autre. De plus, il n’admet pas même l’affaissement des extrémités postérieures après l’ablation des couches optiques. Les extrémités antérieures , au contraire, deviennent impropres à la station. Cette inaptitude n’est pas complète cependant, Valentin admet que la stimulation directe des couches optiques agit sur le cœur. Budge, Schiff etle précédent auteur admet tent en outre que la contraction de l'estomac et des intestins succède régulièrement à la stimulation des couches optiques.

Corps striés.

En parlant des opinions diverses qu'ont émises les anciens sur le cerveau, nous avons signalé la théorie de Willis, qui faisait des corps striés le siége du sensorium commune, à cause de l’origine voisine des nerfs des sensations spéciales.

Dans le désir d'appuyer cette opinion, il dit avoir remarqué le. ramollissement de ces nerfs à leur origine cérébrale, dans

les cas d’anesthésie et de paralysies anciennes. Dans les jeunes animaux manquant de vue, et qui sont génés dans leurs fonctions sensoriales et locomotrices , les corps striés sont à peine formés.

Bien des efforts furent tentés pour démontrer cette opinion. On dut néanmoins l’abandonner, quand Saucerotte crut à son tour avoir découvert leurs vrais usages.

Déjà, en parlant des couches optiques, nous avons signalé les expériences sur lesquelles on fonde l'opinion que les corps striés influencent les membres pelviens. En même temps nous avons cité des faits qui ne viennentnullement à l'appui de cette opinion.

En traitant du cervelet, nous avons mentionné l’opinion de M. Magendie sur la relation qu’il croit exister entre le cervelet et les couches optiques. D’après lui , il existe chez les mammifères et chez l'homme une force intérieure qui les pousse à marcher en avant; une autre qui les porte à reculer; la première réside dans le cervelet; la seconde dans les corps striés. Dans l’état sain, ces deux forces sont dirigées par la volonté et se contrebalancent mutuellement. Si l’on enlève l’un ou l’autre des deux organes, l’antagoniste demeuré sain obtient tout son effet; d’où la propulsion après l’ablation des corps striés, et la rétrocession après l’ablation du cervelet.

Il faut pour que cet effet soit complet que l’on enlève, après la substance grise, la substance blanche des corps striés. Si l’on n’enlève qu’un corps strié, il reste encore maître de ses mouvemens et les dirige en divers sens, s’arrête quand il lui plait; mais immédiatement après la section du second corps strié, l’animal se précipite en avant, comme poussé par un pouvoir irrésistible. MM. Longet, Schiff, Lafargue, contredisent ces résultats. D’après ce dernier, voici les effets : les ablations occasionnaient une profonde stupeur; et quand, à force d’excitations, on parvenait à faire marcher les lapins mutilés, leur progression était lente parce qu’ils étaient aveugles. Dans tous ces cas, pas de propulsion rapide, malgré la destruction des corps striés. La section des nerfs optiques paraît toujours avoir lieu en même temps; d’où la cécité. Cette cécité subite rend l'animal pusillanime. Or, M. Lafargue pensequel’ondoitattribuer la propulsion à la frayeur augmentée de l'excitation, Pour que ma présomption se changeñt en certitude, ajoute-t-il, il fallait, au moyen d’une mutilation quelconque, troubler, effrayerprofondément un lapin vigoureux, en le privant de la vue, en conservant ses mouvemens; il fallait que malgré l'intégrité des corps striés, il présentät, âvec toutes ces circonstances, le mouvement de propulsion.

Or, deux fois, une mutilation des hémisphères, qui avait entraîné la cécité, a donné lieu à ce mouvement; la blessure des tubercules quadrijumeaux a donné lieu deux fois à une fuite rapide. M. Lafargue affirme que l’on a pris pour l'effet d’une impulsion spéciale la fuite pure et simple d’un animal aveugle. Schiff pense, et avec raison, que la cécité ne doit point être invoquée directement à cette occasion. Cependant, faut-il avec lui, attribuer cet effet à la lésion des lobes cérébraux, lésion qui paralyse l’action modératrice de la volonté? — Ils ne sont, d’autre part, nullement en rapport avec l’olfaction , comme le croyait Chaussier.

Corps calleux, voûte à trois piliers et cloison transparente.

Lapeyronie avait fait des corps calleux le siége de l'âme; Descartes la logeait dans la glande pinéale, disions-nous; Willis, dans le corps strié.

Saucerotte raconte, qu'ayant porté doucement et perpendiculairement un scalpel vers le corpscalleux, qu’il incisa légèrement d’avant en arrière, l'animal tomba dans la léthargie; il fut insensible à toute opération.

Chez des lapins, de jeunes chiens, les lésions artificielles n’ont pas paru donner lieu à un trouble notable des actes volontaires. Certains animaux ne peuvent supporter l'opération à cause de l’hémorrhagie qu’elle entraine à sa suite. À part cette circonstance, ni la locomotion ni la sensibilité ne sont abolies.

Lorry dit : Niles irritations du cerveau, ni celles du corps calleux lui-même, ne produisent de convulsions. On peut l'emporter même impunément; la seule partie, entre celles qui sont contenues dans le cerveau , qui ait paru, uniformément et universellement exciter des convulsions, c’est la moelle allongée. MM. Flourens , Magendie, Serres, sont unanimes sur ce point. Valentin a de plus observé que la stimulation directe du corps calleux donne lieu à des contractions cardiaques.

Treviranus pense que le corps calleux, ainsi que les autres commissures, est le lien nécessaire entre les deux lobes cérébraux, pour qu’il y ait unité fonctionnelle. Quelque manière de voir que l’on ait sur les fonctions cérébrales , on ne peut se dispenser de remarquer que les oiseaux, par exemple, sont dépourvus de corps calleux.

Des vices de conformation très notables, l’absence même du corps calleux a été observée, sans grand préjudice pour les fonctions.

Choppart a donc avancé à tort que le défaut d'intelligence, ou la perte de raison, résultait de l'affection du corps calleux. La lésion ou l’anomalie, isolées du corps calleux, ont été observées rarement. Il est donc difficile de dire ce qui revenait au corps calleux. S'il est vrai que l'absence du corps calleux s’est accompagnéed’une intelligence faible, lecontrairea été observé également.

Galien assigne à la voüte des usages tout mécaniques: sa forme arquée la rend propre à remplir l’usage des voûtes dans les édifices : Usus sane illius fornicati corporis nullus alius est putandus, quam fornicam in ædificüs ; quemadmodum enim fornices , ad incumbentia onera sustinenda sunt quavis alia figura aptiores, ita et hoc corpus partem cerebri omnem incumbentem citra molestiam sustinet. Galien n’a pas maintenu cette opinion, et il pense, d’après un autre passage, que le cerveau est suspendu dans les replis de la dure-mère, sans que les piliers de la voûte aient à intervenir.

Il semblerait plus logique d'admettre avec d’autres physiologistes, que la voûte est une commissure antéro-postérieure, destinée à établir une sorte de consensus entre les lobes d’un même hémisphère, et à les mettre en état de synergie. Si plausible que soit cette opinion, aucun fait ne la justifiant, elle n’est qu’une hypothèse. Il paraîtrait que des expériences tentées dans la direction de cette découverte n’ont fourni aucun résultat. Ainsi, la section de cette partie de l’encéphale n’a produit ni douleur ni contraction.

Dans le domaine de la pathologie il n’y a guère à glaner. Les lésions de la voûte étaient rarement isolées; dès lors, il devint fort difficile de faire la part juste qui revient à la voûte. Dans un cas de lésion isolée de la voûte, les symptômes dominans ont été une vive céphalalgie, le délire, l’incohérence dans les idées. Il est difficile, au premier abord, de concilier ces symptômes avec ceux observés dans les vivisections. Mais nous avons fait remarquer ailleurs combien il existe de différence entre une

vivisection et une lésion pathologique.

l’entricules du cerveau.

L’odorat s’exerçait, suivant Galien, par le passage des molécules odorantes, à travers la lame criblée dans les ventricules. 11 leur attribuait, en outre, la fonction d'élaborer l’esprit animal. Galien et Vésale, qui partageaient cette opinion, furent vivement combattus par Willis, qui voyait dans les ventricules le simple réceptacle de la sérosité.

On peut ajouter à cet usage celui d'offrir une large surface d'expansion aux vaisseaux sanguins qui parcourent la séreuse. La circulation eût été très pénible dans un organe solide et dense uniformément. Par l'existence de ces cavités, l’abord en est devenu plus aisé.

Certes, on ne songe plus à soutenir l’étrange hypothèse de Galien sur la circulation de l’air dans le cerveau. C’est cependant bien vers lui que convergent les impressions sensoriales. C’est lui qui les élabore pour en faire des notions. A quelle partie de l’encéphale ce travail est-il dévolu ? Quel en est le mécanisme intime ?

Quant au fluide vivant, son origine ne saurait être mise en question, avant que le sens du mot soit suffisamment précisé. De plus, les auteurs modernes pensent que cet influx nerveux doit être attribué, soit à la substance blanche, soit à la substance grise. On peut d’ailleurs irriter la surface des ventricules, comme aussi le corps calleux, sans provoquer de douleur, etc.

Broussais pense que les ventricules sont tapissés par la substance nerveuse du sentiment, qui est, selon lui, la continuation de la substance des cordons postérieurs. Cette opinion , Broussais la fonde, dit-il, sur l'observation patho-

logique.

Corne d’Armmon.

Tréviranus a fait des conjectures assez invraisemblables sur les usages de la corne d’Ammon. La relation intime de cette circonvolution avec les nerfs olfactifs et le corps strié, le corps calleux et la voûte, chez les mammifères, lui semble digne de remarque. Moins que les autres parties du cerveau, ajoute-t-il, elle a des connexions avec la moelle allongée et la sphère de la vie négative; plus que les autres elle paraît avoir des rapports avec le nerf olfactif correspondant. Son volume n’est en rapport direct qu'avec le volume de ceux-ci, et la substance médullaire de son extrémité inférieure se confond avec le noyau médullaire duquel naissent les racines externes de cette paire nerveuse. La corne d’Ammon coopére donc vraisemblablement à une fonction supérieure de la vie intellectuelle: l’olfaction qui a tant d'action sur les réminiscences, la relation de ses organes avec les cornes d'Ammon, ne permet-elle pas d’y entrevoir le siége de la mémoire ?

Sur l'espèce humaine, ces connexions sont difficiles à démontrer, sinon impossibles. D'autre part, M. Cruveilhier fait observer que l'animal qui a la corne la plus développée, le lièvre, est celui auquel on accorde le moins de mémoire.

M. Foville, d’après des observations spéciales , a cru devoir attribuer à ces organes une influence sur la langue.

Glande pituitaire et infundibulum.

Galien et Vésale ont pris cette glande pour une éponge,

destinée à absorber la pituite ou les humeurs du cerveau, transmises par l’infundibulum, et qui, trop pleine, les laisse bientôt s’écouler à l'extérieur. Pour une seconde classe de physiologistes, elle est un organe sécréteur; pour une troisième, elle participe à la fois à ces deux usages ou fonctions.

Galien fait servir l’infundibulum et le corps pituitaire à excréter une partie de la pituite du cerveau, et à la faire écouler à travers les porosités de la selle turcique. D’après lui, le liquide exhalé des ventricules latéraux est transmis dans les fosses nasales, à travers la lame criblée de l’ethmoïde, par l'entremise des processus olfactifs, tandis que celui qui provient des ventricules cérébelleux et moyen, suit l’infundibulum et le corps pituitaire pour arriver au palais, à travers le tissu poreux du corps du sphénoïde.

Vésale n’acceptait point l'opinion de Galien sur le trajet de la pituite, et il la faisait arriver par tous les trous de la base du crâne. |

Diemerbrock pense que la glande pituitaire sécrète un liquide qui, par le moyen de l’infundibulum, sépanche dans le troisième ventricule, de là dans les ventricules latéraux, d’où il parvient dans les fosses nasales, à l’aide des nerfs olfactifs. Meckel pense également que l’entonnoir sert

T. II

peut-être à transmettre dans les ventricules cérébraux un fluide sécrété par l’hypophyse.

Willis admit aussi que la glande pituitaire pourrait être chargée de l’excrétion des. humeurs cérébrales, IL diffère avec les précédens auteurs, sur la direction que suivraient ces humeurs. La glande pituitaire communiquerait directement avec les sinus veineux qui l'entourent, et, d’après Vieussens, la Ilymphe cérébrale serait versée d’abord dans ces sinus, puis dans la veine jugulaire, la veine-cave supérieure , et enfin, dans les cavités droites du cœur.

Muray, Petit et bien d’autres anatomistes subirent l'influence des idées de ce temps, et poursuivirent les canaux qui devaient conduire au dehors la pituite cérébrale.

Pour dire vrai, on ne sait rien de positif sur les usages de ces organes, ni sur la nature, le but, l'élimination de l’humeur pituitaire.

Tiedemann, se plaçant en dehors de toutes les opinions reçues, a comparé cet organe à un ganglion du grand sympathique ; ce serait de plus le centre du mouvement associé des deux iris. Il en est de cette opinion comme des autres: ni l’expérimentation ni l’observation ne la justifient.

SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE

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