EN PARTICULIER
présentant sur leur trajet un grand nombre de ganglions, communiquant de haut en bas et latéralement avec les nerfs rachidiens, et se distribuant spécialement aux organes splanchniques dans lesquels ‘ils forment des plexus et des réseaux excessivement riches.
Ce système de nerfs avait été appelé par Bichat, système nerveux de la vie organique, par opposition à la dénomination de système de la vie animale, appliquée à l’ensemble des nerfs encéphalo-rachidiens, qui se distribuent plus spécialement aux organes des sens et de locomotion volontaire, tandis que le système du grand sympathique influence plus particulièrement les fonctions de la nutrition.
Nomenclature. Tes nerfs qui naissent de l’encéphale et qui sortent par les trous que présente la base du crâne, ont été dénommés quelquefois suivant les organes dans lesquels ils se distribuent ; ainsi, on donne le nom d’Aypoglosse à un nerf de la langue; le nom de nerf optique, acoustique, olfactif aux nerfs de la vision, de l’ouie et de l’olfaction, etc. Mais le plus ordinairement on désigne les nerfs crâniens par des dénominations numériques qui indiquent leur succession d’origine à l’encéphale, ou l’ordre suivant lequel ils sortent par les trous de la base du crâne. Et comme chaque nerf crânien est double, le même nom s'applique aux nerfs du côté droit et à celui du côté gauche, qui, par leur ensemble, constituent ce qu’on appelle une paire de nerfs.
Galien comptait sept paires de nerfs crâniens qui comprennent tous les nerfs cérébraux admis aujourd’hui, sauf les nerfs pathétiques et oculo-moteurs externes. Galien, qui considérait le nerf olfactif comme destiné à excréter la pituite, ne le comptait pas dans sa classification; aussi la première paire de nerfs, suivant lui, est constituée par les nerfs optiques; la deuxième paire par les nerfs oculo-moteurs communs; la troisième paire par le trifacial; la quatrième paire par les nerfs palatins; la cinquième paire par les nerfs faciaux et acoustiques ; la sixième paire par les nerfs pneumo-gastrique, glosso-pharyngien et spinal ; la septième paire par le nerf grand hypoglosse.
Willis admet dans sa classification dix paires de nerfs, établies d’après l’ordre de succession des orifices fibreux de la dure-mère, dans lesquels ils s'engagent, pour sortir de la cavité du crâne.
En examinant successivement les nerfs qui entrent dans ces orifices fibreux, on trouve :
1° Les trous de la lame criblée, au travers desquels sortent les divisions des nerfs olfactifs. (Première paire.)
2° Le trou optique, qui laisse passer le nerf du même nom. (Deuxième paire.)
3° Un orifice circulaire, placé en dehors des apophyses clinoïdes postérieures, et donnant passage au nerf moteur oculaire commun. (Troisième paire.)
4° Un autre orifice plus petit et placé plus en dehors laisse passer le nerf pathétique. (Quatrième paire.)
5° Une ouverture beaucoup plus grande et ovalaire, par laquelle passe le nerf trijjumeau. (Cinquième paire.)
6° Un petit orifice situé plus en arrière et au-dessous des précédens, et destiné au nerf moteur oculaire externe. (Sixième paire.)
7° Le conduit auditif interne, par où sortent le nerf facial et le nerf acoustique. (Septième paire.)
8° Le trou déchiré postérieur, par lequel passent successivement, et d’avant en arrière, les nerfs glosso-pharyngien, pneumo-gastrique et spinal ou accessoire de Willis. (Huitième paire.)
9° Le trou condyloïdien antérieur, qui livre passage au nerf grand hypoglosse. (Neuvième paire.)
10° Un orifice de la dure-mère, situé entre l’occipital et l’atlas, par lequel sort le nerf sous-occipital. (Dixième paire.) .
Cette classification admet donc dix paires nerveuses qui se
DES NEREFS CRANIENS EN GÉNÉRAL.
trouvent indiquées par l’ordre de sortie successive des nerfs qui traversent la dure-mère.
La nomenclature de Willis fut admise par Vieussens et par beaucoup d’autres anatomistes; mais vers la fin du xvin* siècle, Soœmmering et Vicq-d’Azyr y apportèrent des modifications en supprimant le nerf sous-occipital qu'ils rangérent, à l’exemple de Haller, parmi les nerfs spinaux ; ils dédoublèrent encore la septième paire de Willis en deux nerfs, et la huitième en trois autres nerfs. D'où il résultait que dans cette classification, ainsi modifiée, il fallait compter douze paires de nerfs, savoir :
NéTISTOlACIIS ER INÉTISRO DITES ee A 7 Nerfs moteurs oculaires communs. . 9. »
1° paire.
INeris pathétiques. Men ne … 4 »
INETÉMENNNMENTS. ME + . , … D Nerfs moteurs oculaires externes . . 6° »
NORTON ee 2 + ne Fe se à (#7 de D NDS TAUCIUISE CT NS Nerfs glosso-pharyngiens 0 2 Nerfs pneumo-gastriques. . . . . 10° »
Nerfs spinaux ou accessoires de Willis. 11° » Nerfs grands hypoglosses . . , . 12° »
Bichat, le premier, voulut classer les nerfs cérébraux, non d’après leurs sorties par les trous de la base du crâne, mais d’après leur lieu d’origine dans l’encéphale; il divisa donc les nerfs encéphaliques en trois classes :
1° Les nerfs cérébraux proprement dits, au nombre de deux : l'optique et l’olfactif.
2° Les nerfs de la protubérance, au nombre de six, savoir: le moteur oculaire commun, le pathétique, le trijumeau, le moteur oculaire externe, le facial et l’auditif.
3° Les nerfs du bulbe rachidien, au nombre de quatre, qui sont: le glosso-pharyngien, le pneumo-gastrique, le spinal ou accessoire de Willis, et l'hypoglosse.
Cette classification n’a pas prévalu parce qu’elle indiquait seulement les origines apparentes des nerfs, mais non leur origine réelle dans le centre nerveux; c’est ainsi que le nerf optique, qui est désigné comme un nerf naissant du cerveau, a cependant des origines jusque dans l’isthme de l’encéphale. De même beaucoup de nerfs que Bichat fait naître de la protubérance ont une autre provenance. Le nerf moteur oculaire, par exemple, nait des pédoncules cérébraux, le pathétique du faisceau latéral oblique de l’isthme ou ruban de Reil, etc.
Toutes les classifications précédentes des nerfs sont, comme on le voit, exclusivement anatomiques, c’est-à-dire basées, soit sur leur mode d’origine à l’encéphale, soit sur leur ordre de sortie par les trous de la base du crâne, soit enfin sur leur mode de terminaison dans les organes.
Charles Bell le premier a tenté d'établir une classification physiologique, c’est-à-dire qui fût fondée sur les fonctions des nerfs. Il divisa les nerfs cräniens en quatre catégories :
1° Les nerfs de sensations spéciales. (Nerfs de l’olfaction, de a vue et de l'ouïe.)
2° Les nerfs de sensibilité générale, savoir : la portion ganglionnaire du nerf trijumeau.
3° Les nerfs de mouvemens volontaires, qui sont : les nerfs moteur oculaire commun, moteur oculaire externe et hypoglosse.
4° Les nerfs de mouvemens respiratoires : les nerfs pathétique,
facial , glosso-phryngien , pneumo-gastrique et accessoire de Willis.
Charles Bell pensait en outre, que chacune de ces catégories de nerfs tirait ses propriétés spéciales des points déterminés, où ils prenaient naissance, dans le centre nerveux, et il admettait que les nerfs de sensibilité générale avaient leur origine sur les prolongemens de faisceaux posterieurs de la moelle , que les nerfs de mouvemens volontaires provenaient des prolongemens des faisceaux antérieurs, et que les nerfs de #2ouvemens respiratoires où involontaires, étaient en rapport avec les faisceaux latéraux de la moelle qui, suivant le physiologiste anglais constiltuaient ce qu'il nommait les faisceaux ‘respiratoires de la moelle épinière. Enfin, les nerfs de sensibilité spéciale n'avaient de connexion avec aucun des faisceaux de la moelle, maïs naissaient directement du cerveau.
Cette classification n’a pas été généralement admise, quoique cette distinction physiologique des nerfs cérébraux füt vraie sous certains rapports. Aujourd’hui, par exemple, on a complétement abandonné la distinction des nerfs de mouvement, en volontaires et respiratoires:
M. Foville a proposé une classification fondée sur les mêmes principes. Cet anatomiste a essayé de démontrer que, parmi les nerfs cräniens, tous ceux qui sont affectés à la sensibilité générale ou spéciale naissent sur les prolongemens des faisceaux postérieurs de la moelle épinière, tandis que ceux qui sont affectés aux mouvemens prennent naissance sur les prolongemens de ses cordons antérieurs.
Pour certains nerfs cräniens, il est possible de donner la démonstration de la proposition précédente; en effet, il paraît incontestable que les nerfs moteur oculaire commun, moteur oculaire externe, facial, spinal ou accessoire de Willis, naissént du cordon antéro-latéral de la moelle épinière, et que les nerfs trijumeau (portion ganglionnaire), auditif, glosso-phryngien, naissent de son faisceau postérieur. Mais, pour les nerfs olfactif et optique, il est beaucoup plus douteux qu'il en soit ainsi.
Paletta, suivant toujours le même principe de classfication physiologique, subdivisa le nerf trijumeau en deux nerfs, l’un de sensibilité, comprenant la portion ganglionnaire qui naît sur les prolongemens des faisceaux postérieurs de la moelle, l’autre de mouvement, qu’il appelle nerf masticateur, et qui provient des prolongemens des faisceaux antérieurs de la moelle.
J. Müller divise les nerfs encéphaliques ou crâniens d’après le même principe physiologique, de la manière suivante :
1° Nerfs purement sensitifs ou des sens supérieurs, qui sont: l'olfactif, l’optique et l’acoustique.
2° Les nerfs mixtes à racines doubles, qui sont: le trijumeau, le glosso-pharyngien, le pneumo-gastrique avec l'accessoire de Willis, et chez plusieurs mammifères l’hypoglosse.
3° Des nerfs principalement moteurs à une seule racine, savoir : le moteur oculaire commun, le moteur oculaire externe, le pathétique et le facial.
Valentin et M. Longet ont reproduit une classification également physiologique. Ils admettent trois classes de nerfs:
1° Nerfs de sensation spéciale: l’olfactif, l’auditif et l'optique.
2° Nerfs de sensibilité générale, savoir : la portion ganglionnaire du trijumeau , le glosso-pharyngien et le pneumo-gastrique; les deux premiers pouvant, en outre, servir à des sensations spéciales établissent une transition entre les nerfs de sensibilité générale et les nerfs précédens.
206 SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE
3° Les nerfs qui président à la fois aux mouvemens volontaires et respiratoires, savoir: le moteur oculaire commun, le pathétique, le masticateur (portion non ganglionnaire du trijumeau), le moteur oculaire externe, le facial, le spinal, le grand hypoglosse.
Cette classification est, comme on le voit, assez analogue aux précédentes ; cependant elle diffère de celle de J. Müller, en ce que Valentin et M. Longet ne reconnaissent pas des nerfs originairement mixtes. Nous verrons plus tard, à propos de l’histoire anatomique et physiologique de chaque nerf crânien en particulier, jusqu’à quel point une opinion aussi exclusive peut être soutenue.
Malgré toutes les tentatives d'amélioration qui ont été successivement apportées aux classifications desnerfs encéphaliques, ilest difficile d’en trouver une qui soit complétement irréprochable ; leur comparaison même est très difficile à établir, parce qu’elles n’ont pas été faites au même point de vue. Sans aucun doute, une classification qui indiquerait les propriétés physiologiques de chaque nerf, en même temps que ses distributions anatomiques, serait préférable à toutes les autres; mais la plupart des nomenclatures physiologiques que nous avons indiquées ayant été établies d’après des connaissances, sur certains points, incomplètes et contestables, il en est résulté que les distinctions entre les nerfs représentent la théorie de chacun des auteurs, bien plutôt qu’une classification que tout le monde puisse admettre sans discussion.
Les nomenclatures anatomiques qui sont basées sur des données beaucoup plus fixes, ne présentent pas ces inconvéniens; aussi ont-elles prévalu sur toutes les autres, et aujourd’hui encore, les anatomistes français se servent généralement de la classification de Willis avec cette seule modification qu’on supprime des nerfs crâniens le nerf sous-occipital, pour le rendre aux nerfs rachidiens ; de sorte que le nombre des paires de nerfs encéphaliques se réduit à neuf au lieu de dix.
C’est donc cette classification que nous suivrons dans la description des nerfs.