‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 53 sur 407 · NERFS OLFACTIFS · texte numérisé non relu

NERFS OLFACTIFS

Il est très peu de nerfs sur lesquels l'opinion des anaiomistes ait autant varié, et sur les fonctions duquel l’étude soit entourée d'autant de difficultés.

Galien, à l'exemple d'Hippocrate et d’Aristote, ne considérait pas les nerfs olfactifs comme destinés à percevoir les odeurs, il attribuait cette faculté au cerveau lui-même. Aussi il ne faisait pas entrer les nerfs olfactifs dans sa classification des nerfs.

Mondini, à qui on rapporte le premier ouvrage sur l'anatomie humaine (1315), signala les nerfs olfactifs chez l’homme, de la manière suivante: « Levez, » dit-il, « le cerveau légèrement pour ne point rompre quelque nerf, et en commençant par la partie antérieure, aussitôt apparaissent deux caroncüles semblables au sommet des mamelons. Leur substance paraît semblable à celle du cerveau ; elles naissent de la substance médullaire; elles sont couvertes d’une mince membrane, appelée pie-mere, et sont assez fragiles. Elles ne s'étendent pas hors du crâne, mais restent dans la concavité de l’os coronaire; là elles reçoivent les vapeurs odorantes à travers les trous des narines, et les conduisent jusqu’au ventricule antérieur du cerveau. »

Magnus Hundt représenta le premier, mais grossièrement, les nerfs olfactifs, sous le nom de caroncules de Mondini.

Béranger de Carpi décrivit d’une maniere plus satisfaisante les nerfs olfactifs chez l'homme, et signala le premier les différences que ces nerfs présentent dans les animaux ; toutefois il ne dit rien sur leurs fonctions.

Ensuite, les nerfs olfactifs furent successivement décrits par Vésale, Charles Estienne, Columbo , Fallope, Gaspard Bauhin, Vidus Vidius, Jean Riolan, etc.

Dans toutes ces descriptions successives, depuis Mondini jusqu'à nos jours, il s’est trouvé des anatomistes tels que Th. Athellini, Massa, Valverda, Piccolomini qui, comme Galien, ont refusé aux nerfs olfactifs les propriétés des cordons nerveux , et ne les ont pas, conséquemment, fait rentrer dans la classification des nerfs.

De plus d’autres anatomistes, tels que Piccolomini, les ont décrits après les nerfs optiques. C’est Willis qui les classa définitivement dans la première paire des nerfs crâniens.

Enfin , d’autres auteurs, tels que T. Plattner , Bauhin, Grasseck, Knobloch, Vidius, Riolan, Schenkius, Diemerbrock, Mery Slevogt, ont prétendu que ces nerfs n'étaient pas les organes de l’olfaction; et nous verrons plus tard que cette opinion est encore soutenue aujourd’hui.

Dans l'espèce humaine, le nerf olfactif ou nerf de la première paire, siége à la partie antérieure et inférieure du cerveau, et s'étend depuis l’angle de la scissure de Sylvius où il prend naissance, jusque dans les fosses ethmoïdales où il se renfle en un ganglion mou et grisâtre; par sa partie inférieure il donne naissance à un très grand nombre de nerfs qui pénètrent, par les trous de la lame criblée, dans la partie supérieure des fosses nasales et se terminent dans la membrane muqueuse.

Les nerfs olfactifs peuvent donc être considérés comme composés de deux portions, l’une intra-crânienne, et l’autre extracrânienne.

La portion intra-crânienne est composée de deux substances, l’une grise et l’autre blanche, complétement dépourvues de névrilème.

La portion extra-cränienne ou intra-nasale est constituée par des filets nerveux, accompagnés par une gaine névrilématique se continuant avec la dure-mère qui tapisse la lame criblée de l’ethmoiïde.

Origine des nerfs olfactfs.

Chez l’homme, les nerfs olfactifs naissent de la partie inférieure du cerveau par trois racines distinctes. On les distingue en racines blanches qui sont au nombre de deux, l’une interne, l’autre externe ; plus une seule racine grise qui est médiane.

La racine blanche éxterne ou longue est la plus facile à apercevoir, elle part de la lèvre postérieure de la scissure de Sylvius et se dirige d’abord presque transversalement en dedans, puis obliquement en dedans et en avant, en décrivant ainsi une courbure assez régulière, dont la concavité regarde en dehors; sa longueur est de 12 à 15 millimètres.

Les anatomistes ne sont point d’accord sur l’origine réelle de cette racine. Willis, Vieussens, Duverney, Winslow, Vicqd’Azyr, etc. la font provenir du corps strié, tandis que d’autres anatomistes, tels que Sœmmering, contestent cette origine, en faisant remarquer qu’il n'existe aucun rapport de développement entre le corps strié et les nerfs olfactifs.

Treviranus indique l’origine de la racine externe du nerf olfactif dans la corne. d’Ammon , et Meckel, à la commissure antérieure du cerveau, tandis que Riedley la regarde alors, comme une dépendance du corps calleux.

M. Foville fait provenir cette racine d’une partie des cordons postérieurs de la moelle qui, après avoir traversé le cervelet et être parvenue aux tubercules quadrijumeaux,fournirait en dehors un faisceau destiné à la production des nerfs optiques et olfactifs.

Vicq-d’Azyr a décrit et fait représenter une seconde racine externe du nerf olfactif ; ce qui élèverait à trois le nombre des racines blanches. Mais cette racine supplémentaire parait être une anomalie, elle n’est pas généralement décrite par les anatomistes.

La racine blanche interne du nerf olfactif est moins longue que la précédente, mais offre une plus grande largeur; elle est obliquement dirigée en avant et en dehors, dans une longueur de 5 à 7 millimètres. Elle est recouverte par une couche très mince de substance grise, dans une grande partie de son étendue.

L'origine de cette racine blanche a lieu dans la partie la plus reculée de la circonvolution qui forme l’angle interne du lobe frontal du cerveau, et elle ne se trouve d’abord séparée de la racine grise des nerfs optiques et de la commissure cérébrale antérieure, que par l’épaisseur du pédoncule du corps calleux.

Quelques anatomistes pensent que cette racine interne provient réellement de la commissure cérébrale, qui jouerait , relativement aux nerfs olfactifs, le même rôle que le chiasma pour les nerfs optiques. M. Sappey n’admet pas cette origine, et pense, au contraire, que la racine interne du nerf olfactif prend naissance dans l'épaisseur de la substance grise cérébrale.

La racine grise, pour être étudiée convenablement, doit être examinée après que le nerf olfactif a été détaché et renversé en arriére; c’est en effet, de l’extrémité postérieure du sillon qu’occupe le nerf olfactif, que l’on voit la racine médiane ou grise s'élever sous la forme d’une pyramide à base triangulaire. Par son sommet, cette racine converge vers le point de rencontre des deux racines blanches, à la partie supérieure desquelles elle s'applique, en les accompagnant jusqu'au bulbe ethmoïdal.

Tronc ou pédicule des nerfs olfactifs.

Le pédicule des nerfs olfactifs est composé, ainsi que nous l'avons dit, par la réunion des trois racines de ces nerfs. Ce pédicule qui caractérise, en quelque sorte, les nerfs olfactifs de l’homme, présente une forme prismatique et triangulaire. Il se trouve placé dans une anfractuosité longitudinale du cerveau, qu’on nomme le sillon des nerfs olfactifs, de telle sorte que, de ses trois faces, l’une est tournée en haut et en dedans, l’autre en haut et en dehors, et la troisième, tournée en bas et divisée en deux moitiés parallèles, par un léger sillon longitudinal. Les troncs des nerfs olfactifs sont dirigés obliquement en avant et en dedans, de manière qu’en s’avançant, ils se rapprochent de plus en plus, et bientôt ne se trouvent plus séparés que par l’apophyse crista galli.

Par sa partie supérieure, le tronc des nerfs olfactifs se trouve en rapport directement avec le cerveau , et par sa partie inférieure, il est recouvert par le feuillet viscéral de l’arachnoiïde.

Le tronc du nerf olfactif est composé par les substances ner-

T. III

veuses blanche et grise. Vu par sa partie inférieure, on n’aperçoit que la substance blanche, parce que la grise constitue l'angle supérieur du nerf qui se trouve caché dans l’anfractuosité cérébrale. La substance blanche constitue à peu près les deux tiers du volume du nerf.

On a décrit un canal dans le tronc des nerfs olfactifs, mais depuis Vésale, qui a nié son existence, tous les anatomistes s'accordent à reconnaitre que chez l’homme adulte les troncs des nerfs olfactifs sont constamment pleins.

Ganglions ou bulbes olfactifs.

Arrivé sur les côtés de l’apophyse crista galli, chacun des nerfs olfactifs se renfle et devient plus volumineux.

Ce renflement, appelé bulbe olfactif ou ethmoïdal, est long de 9 à 13 millimètres, large de 4 à 6 millimètres. Il est plus renflé du côté de son bord interne et de sa face inférieure, et il se termine par une extrémité arrondie. Sa face inférieure est moins convexe vers son bord externe, et la supérieure, qui parfois est un peu concave, présente dans son milieu un faible sillon, qui s'étend en avant jusqu’à l'extrémité arrondie.

Le bulbe olfactif est en rapport par sa face inférieure avec la lame criblée de l’ethmoïde, par sa partie interne avec l’apophyse crista galli et la grande faux du cerveau qui s’y insère.

Ce renflement des nerfs olfactifs est d’une couleur grise rougeâtre ; cela provient de ce que les fibres médullaires du nerf olfactif forment un très grand nombre de petits plexus, laissant entre eux des mailles remplies de substance grise. On trouve de plus une certaine quantité de substance grise, qui parait être accumulée en plus grande quantité au côté interne de la face inférieure de ces renflemens nerveux.

Rameaux des nerfs olfactifs.

C’est de la face inférieure des bulbes olfactifs que se détachent les branches terminales de ces nerfs. Elles sont au nombre de 15 à 18 de chaque côté, et après avoir traversé les trous de la lame criblée, elles se terminent dans la membrane muqueuse pituitaire.

Les rameaux du nerf olfactif qui se détachent sous des angles divers, se trouvent enveloppés par des prolongemens vaginiformes de la dure-mère, au moment où ils traversent la lame criblée de l’ethmoïde pour descendre dans la cavité nasale,

Arrivés dans la membrane muqueuse, les filets nerveux se placent entre son feuillet interne et son feuillet externe, et se distinguent en deux groupes principaux, l’un interne, l’autre externe.

Les branches internes des nerfs olfactifs, au nombre de 12, 14 où 16 (Valentin), descendent perpendiculairement sur le côté de la cloison des fosses nasales, formant au-dessous de la muqueuse des plexus rhomboïdaux à mailles larges. Vers eur extré mité inférieure, les rameaux nerveux dont les antérieurs sont un peu plus longs, deviennent plus fins et forment des mailles plus serrées. Arrivés vers le quart supérieur de la cloison des fosses nasales, les filets nerveux se terminent en paraissant s’anastomoser en avant, surtout avec les filets du rameau naso-ciliaire de la cinquième paire.

Les branches externes, en nombre variable, sont générale-

ment plus gréles que celles du côté interne. Elles forment également des plexus rhomboïdaux, qui offrent toutefois des mailles plus petites. Ces branches externes fournissent à la membrane muqueuse de la portion supérieure et moyenne du cornet moyen jusqu'à son bord inférieur, mais elles ne paraissent pas aller jusqu’au cornet inférieur. On a décrit des anastomoses entre ces branches et les nerfs nasaux postérieurs, supérieurs et inférieurs de la seconde branche de la cinquième paire, mais tous les anatomistes ne sont pas d’accord sur la réalité de ces anastomoses.

En comparant ce qui se rapporte à l’anatomie des parties intra-crânienne et extra-cränienne des nerfs olfactifs, on voit que ces nerfs dans l’intérieur du crâne, offrent une grande mollesse qui les caractérise.

Ces nerfs différent encore des autres, en ce que les globules de substance grise qui sont déposés entre leurs fibres, pendant leur trajet dans le crâne, sont analogues à ceux de la substance grise du cerveau et de la moelle épinière , et non à ceux du système nerveux périphérique. 1l en résulte que depuis leur origine jusqu’à l'extrémité antérieure de leur bulbe, les nerfs olfactifs ressemblent beaucoup plus à une partie du cerveau qu’à un nerf ordinaire.

Les nerfs olfactifs diffèrent encore des nerfs périphériques par la nature de leur ganglion, qui ne ressemble en rien à celui de la cinquième paire, du nerf pneumo-gastrique et du glossopharyngien.

La mollesse très grande de leurs fibres primitives forme encore un caractère des nerfs olfactifs, qui les distingue des autres nerfs vertébraux ou sensoriels, dont les fibres primitives sont beaucoup plus solides.

De cette grande mollesse dépend, suivant Valentin, la facilité avec laquelle le nerf s’altère après la mort, chez les

cadavres.

Différences du nerf olfactif suivant les âges.

Dans son développement, le nerf olfactif provient de la partie antérieure de la vésicule cérébrale, ou autrement dit, d’une vésicule antérieure qui s’en détache. Bientôt cette vésicule se partage en deux parties latérales, qui, plus tard, représenteront les bulbes olfactifs et les stries du même nom.

A l’état embryonaire, le nerf olfactif est creux et sa cavité est tapissée par une lame très fine d’épithélium vibratil. Le nerf est alors très volumineux, et il conserve ce volume disproportionnel jusqu’à la naissance, où on l’observe encore très bien.

Après la naissance, le nerf olfactif garde encore pendant quelque temps une grosseur, relativement plus considérable que celle des autres nerfs cérébraux. Chez l’enfant de six mois, on remarque encore un excès de dimension dans la strie olfactive, aux dépens de laquelle était produit l’excès de volume du nerf.

MM. Cruveilhier et Sappey, contre l’opinion de Sæmmering, de Tiedemann, de Valentin, etc., soutiennent qu’à aucune époque de la vie intra-utérine, le nerf olfactif de l’homme ne présente de cavité dans son intérieur. C'est donc un point qui nécessite de nouvelles études pour être décidé.

Anomalies des nerfs olfactifs.

Dans les diverses formes de monstruosités encéphaliques, on rencontre soit l'absence des nerfs, soit des anomalies dans leurs

SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE

origines correspondant aux déformations que présente l’encéphale. Mais parmi ces nerfs, le nerf olfactif constitue une sorte d'exception en ce qu’on a rencontré son absence un assez grand nombre de fois, sans aucune autre déformation ni anomalie du centre encéphalique. Les auteurs anciens ont cité quelques cas d’absence des nerfs olfactifs. M. Pressat a décrit avec soin le cerveau d’un homme qui offrait un cas semblable. On en trouve sept à huit consignés dans les Bulletins de la Société anatorique, et nous avons fait représenter un cerveau chez lequel il y a absence complète des nerfs olfactifs, dont l'observation appartient à M. CI. Bernard.

En recourant à cette figure, on voit que les nerfs olfactifs manquent d’une manière complète ; on ne trouve aucun

vestige de leur origine, et cependant le cerveau ne présente

aucun vice de conformation réel, et tous les autres nerfs prennent naissance d’une manière tout à fait normale avec leur volume ordinaire. Peut-être seulement pourrait-on remarquer que la face inférieure des lobes antérieurs du cerveau offre une étendue un peu plus considérable qu’à l’état normal; mais si cette particularité existe, elle est loin de constituer un vice de conformation réel.

La lame criblée de l’ethmoïde, lorsqu'on l’examine à l’état frais et recouverte de la dure-mère, ne présente pas les trous par lesquels s’engagent ordinairement les rameaux des nerfs olfactifs. Lorsqu'on a enlevé la dure-mère, on trouve la lame criblée de l’ethmoiïde complétement obstruée et ne présentant que quelques pertuis vasculaires d’une très grande finesse. Toutefois sur les côtés de l’apophyse crista galli, on voit très nettement le filet ethmoïdal du rameau nasal de la branche ophtalmique de Willis, qui pénètre dans le crâne et sort par la lame criblée, pour aller se distribuer dans le nez, comme à l'état normal.

On n’a pas signalé d’autres anomalies des nerfs olfactifs, et la persistance de canaux qui existeraient dans les pédicules de ces nerfs ne paraissent pas s'appuyer sur des observations suffisamment authentiques.

Anatomie comparée des nerfs olfactifs.

Parmi tous les nerfs crâniens, les nerfs olfactifs sont ceux qui présentent les plus grandes différences de volume chez l’homme et les animaux.

Chez les poissons, les nerfs olfactifs ou ganglions olfactifs présentent un volume si considérable que certains anatomistes ont pu les prendre pour le cerveau lui-même; chez les poissons cartilagineux surtout, ces ganglions olfactifs présentent une cavité dans leur intérieur.

Chez ces animaux, les organes d’olfaction sont donc constitués par des véritables nerfs olfactifs, c’est-à-dire par des filets qui se distribuent aux narines, et de plus par des pédoncules qui établissent la communication entre les ganglions olfactifs et les lobes du cerveau.

Chez les poissons, les nerfs olfactifs tirent leur origine des hémisphères du cerveau par des faisceaux plus ou moins nombreux.

Chez les cyclostomes, les esturgeons et beaucoup de poissons osseux, chacun de ces nerfs présente, au moment de sa sortie du cerveau, un renflement nommé tubercule olfactif. Quelquefois il existe deux renflemens, l’un situé derrière l’autre, et dans ce cas les nerfs présentent un volume considérable.

Toutefois on remarque que le nombre des branches nerveuses qui naissent du nerf olfactif, surpassent toujours en volume le nerf lui-même.

Chez les reptiles, l’origine des nerfs olfactifs est très analogue à ce qui existe chez les animaux vertébrés supérieurs. Ils présentent généralement un nerf volumineux, qui naît toujours des lobes des hémisphères cérébraux.

Chez les batraciens et les chéloniens, le nerf olfactif présente un bulbe sur son trajet, qui est séparé des lobes cérébraux par un étranglement, ou qui se trouve confondu avec eux.

Chez les Sauriens et les crocodiles, le bulbe olfactif est allongé et creux, et se trouve situé immédiatement en arrière de la cavité olfactive.

Dans les oiseaux, le nerf olfactif prend son origine à la base des hémisphères cérébraux, et s'applique à la face inférieure du bulbe olfactif. Ce nerf arrive par un canal creusé dans le crâne, d’abord à la partie supérieure et interne de l'orbite, et ensuite dans la cavité nasale. Il se distribue à la muqueuse de la cloison et du cornet supérieur.

Les mammifères sont les animaux chez lesquels le nerf olfactif présente le plus grand nombre de variétés ; il manque complétement chez quelques dauphins. Chez la plupart des autres mammifères, les nerfs présentent un renflement considérable, creux dans son intérieur et communiquant avec les ventricules cérébraux.

Les singes supérieurs, les phoques et quelques cétacés font exception, en ce que leurs nerfs n’offrent pas de renflement olfactif et ressemblent à ceux de l’homme (Siebold).

Fonctions du nerf olfactif.

Les nerfs olfactifs ont été généralement considérés de tout temps comme étant les organes de lolfaction, à cause de leur distribution dans les cavités olfactives. Toutefois, Galien, et après lui quelques auteurs anciens, n’ont pas regardé ces nerfs comme destinés à l’olfaction.

Aujourd’hui un grand nombre d’observations pathologiques ont été réunies, et beaucoup d’expériences physiologiques ont été faites dans le but de démontrer si ces nerfs sont réellement destinés au sens de l’olfaction, et s’ils ne partagent pas cette fonction avec la cinquième paire, qui se distribue également dans les fosses nasales.

M. Pressat a rassemblé dans sa thèse, publiée en 1837, un grand nombre d'observations pathologiques, tendantes à démontrer que l’absence de l’odorat coïncide avec la destruction ou l'absence des nerfs olfactifs. Parmi les observations pathologiques rapportées, il en est dans lesquelles il s’agit de tumeurs qui comprimaient les nerfs olfactifs et qui avaient ainsi détruit le sens de l’odorat. Ces observations ne sont point suffisamment probantes, parce qu’elles manquent de détails nécessaires, et parce que dans beaucoup d’entre elles, la tumeur placée au voisinage de la selle turcique devait nécessairement comprimer à la fois les nerfs olfactifs et la cinquième paire.

Quant au cas d'absence du nerf olfactif qui fait le sujet principal de la thèse de M. Pressat, il ne donne pas non plus une démonstration directe de la spécialité des nerfs olfactifs pour le sens de l’olfaction. En effet, M. Pressat a vécu un certain temps avec un malade qui était affecté d’une absence complète des nerfs olfactifs, sans s’apercevoir qu’il manquait du sens de l’odorat, et ce n’est qu’après la mort, après avoir con-

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staté par l’autopsie, la non-existence des nerfs olfactifs, qu'il fit des recherches auprès des parens de son malade, pour savoir si on avait reconnu pendant la vie, chez lui, l’absence du sens d’olfaction. Les renseignemens très vagues qui furent fournis à M. Pressat lui parurent cependant suffisans pour admettre que le malade avait été privé du sens olfactif pendant la vie.

Il paraîtra sans doute étonnant qu’une absence complète des nerfs olfactifs n’ait pas été diagnostiquée pendant la vie. Cependant, c’est le cas ordinaire, et sur douze ou quatorze exemples bien constatés dans la science, pas un seul n’a été diagnostiqué pendant la vie. Les faits ont été recueillis après la mort, dans les amphithéâtres de dissection, sur des cadavres sur lesquels on n’avait eu aucun renseignement antérieur.

C’est dans des circonstances analogues qu’a été observé le cas rapporté par M. Bernard. Il s’agit d’une femme morte dans les salles de l’Hôtel-Dieu, de phthisie tuberculeuse, et dont M. Bernard, qui avait observé la malade, comme interne, fit l’autopsie. En soulevant le cerveau, on s’aperçut que les nerfs olfactifs étaient complétement absens , ainsi que nous l'avons figuré, et cependant, de toutes les personnes qui avaient vu cette femme depuis quelque temps à l’hôpital , aucune ne s'était aperçue qu'il lui manquât le sens d’olfaction. Elle s'était même plainte plusieurs fois de la mauvaise odeur qu'exhalait sa transpiration, plusieurs fois aussi elle avait refusé son potage ou des alimens qui, disait-elle, avaient une odeur de fumée.

M. Bernard fit des recherches auprès des personnes qui connaissaient la malade, pour s’enquérir des remarques qu'ils avaient pu faire sur l’état de son sens d’olfaction.

Tous répondirent qu'ils n'avaient rien remarqué de spécial ; et même, son propriétaire dit que la malade avait demandé à changer de chambre, à cause du voisinage des lieux d’aisances.

Un homme qui avait vécu dans son intimité certifia qu’elle avait une aversion prononcée pour l’odeur de la pipe et qu’elle aimait, au contraire, beaucoup les fleurs, etc.

Ainsi, les résultats obtenus dans cette observation, par M. Bernard, conduiraient donc à des conclusions opposées à celles de M. Pressat. Cependant on doit reconnaître que ces deux observations ne peuvent, ni l’une ni l’autre, résoudre la question d’une manière positive en ce qu’on est obligé de s’en rapporter à des indications venant de personnes étrangères à la science, au lieu d'observations directes pendant la vie, faites par un médecin.

Toutefois il est bien digne de remarque, que le nerf olfactif soit certainement le seul, parmi les nerfs des sens, qui puisse ainsi manquer d’une manière complète, sans entraîner des troubles faciles à diagnostiquer pendant la vie.

La physiologie expérimentale a essayé de résoudre la question. M. Magendie a détruit complétement les nerfs olfactifs sur des chiens ; après quoi il a constaté que les animaux n'’avaient pas perdu complétement l’odorat, d’où il conclut, que c'est le nerf de la cinquième paire qui préside spécialement à cette fonction.

La plupart des physiologistes ont repoussé cette opinion et ont reproché à M. Magendie d’avoir confondu la sensibilité spéciale qui réside dans le nerf olfactif avec la sensibilité tactile générale qui réside dans la cinquième paire.

Il est positif qu'après la destruction des nerfs olfactifs, les animaux ont encore la perception de quelques odeurs, ainsi que la perception tactile.

210 SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE

Si dans ses expériences, M. Magendie a employé des substances odorantes et irritantes, il n’a pas confondu leur mode d'action comme on le lui a reproché, et il est certain que l'odeur du fromage, par exemple, n’est point une impression tactile. M. Magendie a constaté que les chiens pouvaient encore la percevoir après la soustraction des nerfs olfactifs.

Ce serait donc, dans ce cas, la cinquième paire destinée à la sensation du tact, qui aurait aussi la propriété de percevoir certaines odeurs. Il n’y aurait, du reste, rien de surprenant dans un fait semblable, puisque nous voyons déjà le même nerf de la cinquième paire servir dans la langue à une fonction tactile et sensorielle pour le goût. Dans les deux cas, dans la cavité nasale comme dans la cavité buccale, le sens s'exerce sur une membrane muqueuse et sous l'influence du même nerf, ce qui permet jusqu’à un certain point, de comprendre l’espèce de relation ou de dépendance qui existe entre les sens de gustation et d’olfaction.

11 nous paraît donc évident que le nerf de la cinquième paire joue un rôle important dans la sensation olfactive proprement dite; nous ne voulons pas nier pour cela que le nerf olfactif n’ait une part dans l’accomplissement de cette fonction, seulement nous disons qu’elle n’est pas encore rigoureusement déterminée.

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