‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 54 sur 407 · DEUXIÈME PAIRE DE NERFS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PAIRE DE NERFS

Nerfs optiques.

Les nerfs optiques, destinés à la sensation spéciale de la vision, sont remarquables par l’étendue de leur origine et par l'espèce de décussation ou d’entre-croisement qu'ils présentent entre eux avant leur terminaison dans l'œil.

Origine des nerfs optiques.

Les nerfs optiques naissent par trois racines qui sont comme celles de la première paire de nerfs, désignées sous les noms de racines blanches, qui sont au nombre de deux, et d’une racine grise.

Les racines blanches se distinguent encore en interne et externe. La racine blanche interne provient des tubercules quadrijumeaux postérieurs, sous la forme d’un cordon court et assez volumineux, dirigé d’abord obliquement en bas et en avant vers le corps genouillé interne. Alors cette racine s’étale et s’élargit par l'addition de fibres nouvelles, et bientôt après s'être portée en bas et en avant, elle se réunit et se confond avec la racine externe.

La racine blanche externe est plus volumineuse que la précédente. Elle provient des tubercules quadrijumeaux antérieurs, par un faisceau peu apparent qui contourne l'extrémité postérieure de la couche optique, ainsi que le corps genouillé interne. Cette racine se porte ensuite vers le corps genouillé externe, au niveau duquel elle devient beaucoup plus grosse et présente un aspect rubané. Bientôt cette racine s’unit à la précédente pour constituer un faisceau aplati qu’on nomme la bandelette optique.

Cette bandelette se porte obliquement en bas, en avant et en dedans, parallèlement à la grande fente cérébrale, et vient s'unir sur la ligne médiane avec celle du côté opposé pour constituer le chiasma des nerfs optiques, après avoir décrit une

courbe qui embrasse dans sa concavité le pédoncule cérébral correspondant.

La racine grise du nerf optique qui a été signalée par Vicqd’Azyr sous le nom de lame grise de la jonction des nerfs optiques est située au-devant et au-dessus du chiasma des nerfs optiques. Cette racine grise, qui a été surtout parfaitement décrite par M. Foville, est une dépendance de la masse grise qui revêt la face interne des couches optiques. M. Sappey a décrit avec beaucoup de détails cette origine du nerf optique. Lorsque , dit-il, on soulève le chiasma des nerfs optiques , les deux racines grises réunies se présentent sous l'aspect d’une lame quadrilatére qui répond, par son bord supérieur, au bec du corps calleux ainsi qu’au quadrilatère perforé, et, par son bord inférieur, aux nerfs optiques. Cette lame, appelée susoptique ou plancher antérieur du troisième ventricule, se dirige obliquement de haut en bas et d’arriere en avant, en offrant sur la ligne médiane une demi-transparence à travers laquelle on aperçoit la cavité du troisième ventricule. Elle est donc composée de deux couches superposées, savoir :

1° D'une couche antérieure fibro-vasculaire qui dépend de la pie-mère.

»° D'une couche postérieure formée de substance grise.

Les nerfs optiques prennent donc naissance en partie des couches optiques et en partie des tubercules quadrijumeaux, après quoi ils se réunissent dans une commissure qui leur est

commune.

Du chiasma des nerfs optiques.

Le chiasma des nerfs optiques sert pour ainsi dire de limite entre la portion cérébrale et la portion oculaire des nerfs optiques. On ne cite pas d'exemple, chez l’homme, d’absence du chiasma des nerfs optiques.

Ce chiasma est en rapport avec la lame sus-optique qui le recouvre et avec la tige et le corps pituitaires au-dessus duquel il se trouve.

Au niveau du chiasma il y a une espèce de fusion ou d’entrecroisement des nerfs optiques, de telle sorte qu'il est impossible de les suivre distinctement au premier abord.

Les auteurs ont varié pendant longtemps d'opinion sur la manière dont ces nerfs se comportent au niveau du chiasma. Pourfour du Petit, Soemmering, etc., croyaient que les nerfs optiques s’entre-croisaient d’une manière complète. Galien, Vésale, Santorini, A. Monro, Vicq-d’Azyr pensaient qu’au lieu de s’entre-croiser, les nerfs ne faisaient simplement que s’accoler ou s’adosser. La plupart des auteurs modernes n’admettent pas ces opinions exclusives et considèrent l’entrecroisement comme partiel , de telle manière que les fibres les plus internes d’un nerf optique passent dans le nerf optique du côté opposé, tandis que les fibres externes restent accolées au même tronc nerveux dans toute son étendue.

Cette dernière opinion, qui est la plus généralement adoptée, se démontre directement à l’aide des dissections sur des pièces convenablement macérées. On constate alors qu'il y a dans chaque nerf optique des fibres directes et des fibres entrecroisées ; mais, en outre, on distingue encore sur le bord postérieur du chiasma des fibres en arcades dont les extrémités répondent latéralement aux tubercules quadrijumeaux. Sur le bord antérieur du chiasma des fibres en arcades existent aussi, mais tournées en sens contraire.

Arnold, qui a décrit ces fibres, appelle les antérieures /tbr«æ arcuatcæ orbitales, et les postérieures fibre arcualtæ cerebrales.

Au moyen de la section des nerfs optiques chez les animaux, au-devant du chiasma et au moyen d’observations pathologiques, on arrive également, comme nous le verrons plus loin, à démontrer qu’il y a un entre-croisement partiel.

Rapports et trajet des nerfs optiques depuis leur chiasma Jusqu'à l'œil.

Jusqu'au niveau de leur chiasma les nerfs optiques sont rubanés , le chiasma lui-même présente encore cet aspect aplati. Ce n’est qu’au delà que les nerfs optiques prennent une forme arrondie qu’ils conservent jusqu’à leur terminaison.

En arrière du chiasma nous avons vu les nerfs optiques être en rapport avec la couche optique et le pédoncule cérébral.

Au-devant du chiasma les nerfs correspondent à la gouttière optique et au trou optique dans lequel ils s'engagent avec l’artère ophthalmique située à leur côté inférieur et interne.

Dès qu’ils sont parvenus dans l'orbite, ils se trouvent en rapport avec l'insertion des quatre muscles droits de l'œil et ils reçoivent de la pie-mère une gaine résistante. Cette membrane est un prolongement de la lame fibreuse étalée sur les racines grises et de celle qui couvre le corps cendré. Les nerfs optiques reçoivent encore une seconde enveloppe du feuillet viscéral de l’arachnoïde qui les accompagne dans le trou optique, jusqu’au niveau de l'insertion des muscles droits, où il forme un cul-de-sac en se réfléchissant pour venir se continuer avec le feuillet pariétal.

A ce niveau, la dure-mère forme un canal fibreux qui se confond avec le périoste, s'applique sur le nerf optique qu’elle accompagne ensuite jusqu’à la sclérotique pour se confondre avec elle. Ÿ

Dans son trajet dans la cavité orbitaire, le tronc du nerf optique est en rapport avec la masse cellulo-adipeuse qui le sépare des muscles droits, et dans lequel rampent les principaux filets nerveux destinés au globe oculaire. À sa partie supérieure, le nerf optique est croisé par le rameau nasal de la branche ophthalmique de Willis. Par son côté externe, il est en rapport avec le ganglion ophthalmique et avec les nerfs ciliaires qui en partent et qui constituent quelquefois pour lui une véritable gaine.

En résumé, depuis leur origine jusqu’à leur terminaison, les nerfs optiques suivent trois directions différentes :

1° Une direction curviligne et convergente jusqu’au chiasma ;

2° Une direction droite et divergente depuis le chiasma jusqu’au fond de la cavité orbitaire;

3° Une direction droite et presque parallèle dans l’orbite.

Relativement à leur structure, les nerfs optiques sont formés par des fibres médullaires dans la portion qui précède le chiasma, au niveau duquel la pie-mère leur fournit une gaine résistante, qui se prolonge jusqu’à leur entrée dans le globe de l’œil, et enfin à leur sortie du trou optique, ils reçoivent de la dure-mère une seconde enveloppe fibreuse.

Terminaison des nerfs optiques.

Les nerfs optiques parvenus au globe de l’œil pénètrent par T-III.

sa partie postérieure, inférieure et interne. Ils traversent successivement la sclérotique et la choroïde, et s’épanouissent dans une membrane hémisphérique à concavité tournée en avant qu’on appelle rétine. Cette membrane nerveuse, qu'on a considérée comme une expansion du nerf optique et qui, d’après Henle et Kælliker, serait composée en outre d’élémens nerveux spéciaux, sera décrite plus tard à l’occasion de l’appareil de la vision, et dans le tome VIII à propos de l’anatomie microscopique.

Nous signalerons seulement ici certaines particularités de la terminaison des nerfs optiques.

On constate qu’à son entrée dans le globe oculaire, chaque nerf optique y pénètre par une sorte de lame criblée, formée par la sclérotique et en présentant un étranglement très notable. Une fois que les filets nerveux sont parvenus dans la cavité de l'œil, ils se réunissent de nouveau sous la forme d’une petite saillie mamelonnée, du pourtour de laquelle partent en rayonnant les fibres radiées nombreuses qui constituent la rétine.

Développement des nerfs optiques.

Dès les premiers temps de la vie embryonaire, on peut suivre le développement de l'œil, cet organe provient du plancher de la première cellule cérébrale et de la partie de cette cellule qui ensuite appartient plus particulièrement au cerveau intermédiaire, c’est-à-dire aux couches optiques. La partie antérieure de cette espèce de cône formera plus tard l’œil et sa partie postérieure le nerf optique.

Dans le commencement de son apparition le nerf optique est creux, peu à peu il se remplit de matière nerveuse et le canal disparaît par l'accumulation de substance qui se fait plus spécialement en bas et en dehors, sous la forme de stries rubanées.

Le volume du nerfoptique chez le fœtus est relativement considérable, etson insertion sur le globe oculaire se fait beaucoup plus latéralement que chez l’adulte.

Après la naissance , le nerf optique ne subit pas de changement notable dans sa texture, seulement son volume devient un peu moins considérable d’une manière relative, et son insertion au globe oculaire devient un peu plus médiane et inférieure.

Anomalies des nerfs optiques.

Les anomalies des nerfs optiques sont relatives au mode de leur entre-croisement , soit que cet entre-croisement n'ait pas lieu, ou soit qu’il ait été modifié par la perte de l'un des deux yeux.

Vésale, Valverda et Loesel ont cité des cas d'absence du chiasma et de non-réunion des nerfs optiques sur la ligne médiane. Aucun observateur moderne ne signale un semblable fait, et il est difficile de savoir, dans les cas cités plus haut, s’il ne s’agit pas simplement d’une déchirure accidentelle du chiasma des nerfs optiques.

Les cas d’atrophie des nerfs optiques se remarquent toutes les fois que l’organe visuel cesse de fonctionner. L’atrophie a lieu dans le nerf qui correspond à l’œil manquant, eton peut observer beaucoup de variétés à cet égard. Tantôt l’atrophie du nerf optique se propage en arrière du chiasma et du même côté, tantôt elle se propage également en arrière du chiasma, mais

212 SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE

du côté opposé. On a observé un troisième cas qui consiste dans une atrophie d’un seul nerf au-devant du chiasma et des deux nerfs en arrière et quelquefois cette atrophie se propageait jusqu’au corps genouillé où aux tubercules quadrijumeaux eux-mêmes ; enfin un dernier mode d’atrophie qui a été observé est celui qui a lieu seulement dans la partie des nerfs optiques située au-devant du chiasma.

Toutes ces variétés d’atrophie des nerfs optiques peuvent facilement s'expliquer par l’entre-croisement partiel de ces nerfs, ainsi que nous l’avons décrit plus haut, et si la lésion porte partiellement sur les fibres directes ou sur des fibres entre-croisées, on comprendra que l’atrophie du nerf devra se manifester de manière différente. Si au contraire la lésion porte sur la totalité du tronc nerveux, qui se compose lui-même de fibres directes et de fibres entre-croisées, l’atrophie des fibres croisées se manifestera alors du côté opposé, en arrière du chiasma, et du même côté en avant du chiasma, tandis que l’atrophie des fibres directes se montrera toujours du même côté, soit en avant ou en arrière du chiasma. Or, d’après les observations de Meckel et de M. Cruveilhier, ces derniers cas sont les plus nombreux.

De tout ce qui vient d’être dit, il résulte que le mode d’atrophie des nerfs optiques donne une confirmation à l’anatomie normale, relativement au mélange des fibres des nerfs au niveau de leur commissure.

Anatomie comparée du nerf optique.

Les nerfs optiques présentent, chez les animaux vertébrés, un grand nombre de variétés intéressantes, principalement relatives à leur entre-croisement.

Poissons. Dans ces animaux, le nerf optique présente un volume généralement considérable, si ce n’est toutefois les mixynoïdes qui font exception et n’ont qu'un nerf optique rudimentaire. Les lobes optiques donnent naissance aux nerfs du méme nom qui paraissent recevoir en même temps des fibres provenant du cerveau.

Relativement à leur connexion, on remarque que chez les bdellostomes les deux nerfs n’ont aucune espèce de connexion et ne s’entre-croisent pas, tandis que chez les petromyzons, les plagiostomes et les esturgeons ils sont réunis par une commissure. Dans les poissons osseux, les deux nerfs optiques sont réunis à leur origine par une commissure, et plus tard ils s’entre-croisent d’une manière complète sans présenter toutefois aucun échange de fibres, de sorte que le nerf gauche passe tont entier dans l'œil droit et vice versé. Le plus ordinairement les deux nerfs en se croisant passent l’un au-dessus de l’autre, plus rarement l’un des deux nerfs passe par un écartement de fibres en forme de boutonnière de l’autre nerf.

Relativement à sa structure, le nerf optique présente une sorte de membrane plissée chez les plagiostomes, les esturgeons et les poissons osseux. Il sort du crâne par une ouverture ou trou optique qui se trouve à sa partie antérieure.

Reptiles. Dans ces animaux, le nerf optique prend son origine aux couches optiques et à la face inférieure des tubercules quadrijumeaux.

Il existe généralement un véritable chiasma ou entre-croisement des nerfs optiques chez ces animaux, ce qui les différencie des poissons. Chez un grand nombre de reptiles écailleux

les tractus optiques se réunissent par une commissure partielle, avant de former leur chiasma. Dans le chiasma lui-même la portion interne des nerfs s’entre-croise sous forme de lamelle, et ensuite chaque nerf optique pénètre dans le bulbe de l'œil, un peu en dehors de son axe.

Chez un grand nombre de reptiles sauriens, il existe un prolongement du nerf optique connu sous le nom de peigne, qui, du point d'entrée du nerf s'enfonce dans le corps vitré. Ce peigne, qui est cunéiforme, vasculaire et recouvert de pigment noir, pénètre jusqu’à la partie inférieure de la capsule du cristallin et est l’analogue de l’organe du même genre existant chez les oiseaux, mais il s’en distingue par le petit nombre de ses plis, qui manquent souvent même entièrement. Ce peigne n'est qu’à l’état rudimentaire chez les crocodiles et les autres reptiles ne le possèdent pas.

Fonctions des nerfs optiques.

Le nerf optique est le nerf de la vision, c'est un fait qui est tellement évident et qui est démontré par un si grand nombre de preuves de toutes espèces qu’il est inutile d’y insister; nous indiquerons seulement ici les propriétés spéciales du nerf optique et son influence sur les mouvemens de la pupille.

M. Magendie est le premier qui ait constaté l’insensibilité du nerf optique: on peut en effet pincer, tirailler et brûler ce nerf sans que l’animal manifeste aucun signe de douleur. La rétine se trouve exactement douée des mêmes propriétés d'insensibilité aux irritations mécaniques.

Mais si l’animal n’éprouve aucune sensation douloureuse lorsqu'on agit mécaniquement sur son nerf optique, il ressent cependant une sensation d’une autre nature analogue à la perception visuelle, ainsi que le démontre la contraction de la pupille, qui s’opère en un instant.

En effet, Herbert Mayow a observé qu'après avoir divisé le nerf optique sur un animal, si l’on vient à irriter le bout central du nerf, on voit aussitôt, sous l’influence de cette excitation, la pupille se resserrer du même côté pour se dilater ensuite et se resserrer de nouveau si on recommence la même excitation. Mais on a observé, depuis Herbert Mayow, que le pincement du bout central du nerf optique détermine un resserrement de la pupille des deux côtés. Ce qui s'explique parfaitement à l’aide du chiasma, qui permet à la sensation produite sur un seul nerf de se propager à l’origine des deux nerfs optiques et de revenir ensuite à la pupille sous la forme de mouvement reflexe dans les deux yeux à la fois.

On peut produire cet effet double sur les pupilles en pinçant le nerf optique entre le chiasma et l’œil, tandis que cet effet n’a lieu que sur l'œil du même côté quand on vient à pincer le

nerf en arrière du chiasma.

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