NERF SPINAL OU ACCESSOIRE DE WILLIS
Origine et trajet intra-rachidien.
Galien n’avait sur le spinal que des connaissances fort incomplètes, et il considérait ce nerf comme un rameau du pneumo-gastrique. (Sixième paire de Galien.)
Willis, le premier, le décrivit comme un nerf particulier , auquel il reconnut une origine et une distribution distinctes de celle du pneumo-gastrique.
Le nerf spinal naît par des origines très étendues sur la moelle épinière cervicale, et remonte par un trajet récurrent, bizarre, dans le crâne, pour sortir ensuite conjointement avec le vague, par le trou déchiré postérieur. Ces dispositions anatomiques exceptionnelles ont de tout temps attiré l'attention des auteurs.
Willis a parfaitement indiqué la manière dont il prend naissance sur les côtés de la moelle épinière cervicale.
Le nerf spinal (accessoire) naït, dit cet auteur, sur les côtés de la moelle et commence vers la sixième ou septième vertébre cervicale, par une origine très déliée; puis il remonte vers le crâne, en augmentant considérablement de volume par l’adjonction successive de nouvelles fibres originaires, jusqu’à ce que tous ces filets, nés de la moelle épinière, constituent dans le canal vertébral, par leur réunion, un tronc nerveux, blanc et arrondi, qui se dirige ensuite vers le trou déchiré postérieur.
Il est nécessaire de nous arrêter un instant sur la description du spinal, donnée par Willis, parce que bien qu’elle soit très exacte, elle n’a pas été comprise et a été mal appréciée par les auteurs modernes. Il résulte en effet très clairement, de sa description anatomique et des figures qui laccompagnent, que Willis comprend comme origine du spinal, seulement les filets nés de la moelle épinière et se réunissant au niveau ou très peu au-dessus de la première paire cervicale, dans le canal vertébral en un tronc nerveux commun, tandis que tous les filets originaires nés de la moelle allongée, au-dessus de la première paire cervicale, et qui ne s’accollent au spinal que dans le trou déchiré postérieur sont regardés par Willis, comme appartenant au nerf pneumo-gastrique.
Scarpa, dont la description a été suivie par les modernes, a donné au nerf spinal une définition originaire toute différente de celle de Willis, en ce qu’il a compris dans les origines du spinal, les filets nerveux provenant de la moelle allongée que Willis rapportait au pneumo-gastrique.
Il faut donc être bien fixé sur ce point, que les origines du spinal, d’après Willis, ne sont constituées que par desfilets nés de la moelle épinière cervicale, tandis que Scarpa y joint en plus les filamens nés de la moelle allongée et placés au-dessous des origines du pneumo-gastrique, dont ils ne sont séparés que par un petit intervalle, dans lequel passe habituellement une petite artère cérébelleuse postérieure.
Cette remarque, qui n’avait été faite par aucun anatomiste avant M. Bernard, découle directement de la lecture attentive
des auteurs et d’un grand nombre de dissections minutieuses. Elle servira de point de départ à la critique que nous allons
faire des opinions de Willis, de Scarpa et des modernes, sur le nerf spinal.
Si en effet on examine la distribution du spinal indiquée par Willis, en donnant à ce nerf la même délimitation originelle que lui, on trouve sa description parfaitement claire et très exacte. En suivant le faisceau qui résulte de la réunion de tous les filets originaires du spinal provenant de la moelle épinière cervicale, et qui constitue le nerf accessoire tel que le délimite Willis, on voit, qu'arrivé dans le trou déchiré postérieur, ce tronc nerveux, peut très facilement, sur des pièces convenablement préparées, être décollé et séparé des nerfs voisins. On constate ensuite qu'il se continue directement avec la branche externe du spinal, qui se distribue dans les muscles sterno-mastoïdien et trapèze. De sorte que l'accessoire décrit par Willis ne concourt par rien à la formation de la branche anastomotique interne ; il ne fournit donc rien au pneumo-gastrique ; au contraire, il en reçoit une anastomose qui est profondément et postérieurement située.
Ainsi, Willis est conséquent à sa description, quand il dit que l'accessoire qui remonte dans le crâne n’apporte rien au vague, mais qu’il vient, au contraire, lui emprunter un ou plusieurs filets, pour aller ensuite se distribuer dans les muscles du cou. De plus, cette description est parfaitement exacte, en ce qu’elle établit déjà clairement ce que Bendz a trouvé dans ces derniers temps, savoir: que les filets du spinal nés de la moelle épiniere, vont plus spécialement constituer la branche externe de ce nerf.
Scarpa, ayant donné au nerf spinal, non-seulement les mêmes origines que Willis, mais y ayant adjoint de plus le petit faisceau de filets nés de la moelle allongée, a dû nécessairement donner une description toute différente, de l’anastomose entre le spinal et le pneumo-gastrique. En effet, quand on poursuit jusque dans le trou déchiré postérieur ces origines émanées de la moelle allongée, on constate évidemment qu’elles s'unissent au tronc du spinal et semblent se confondre avec lui, en s’enveloppant dans une gaîne celluleuse commune. Mais sur des pièces macérées et convenablement préparées, on démontre, en divisant cette gaine, qu'il n’y a là qu’un simple accolement et que ces mêmes filamens bulbaires réunis se détachent plus bas en un ou plusieurs filets, pour constituer la branche anastomotique du spinal. Ceci prouve que les anastomoses que Scarpa a décrites sous le nom de branche anastomotique interne du spinal, proviennent uniquement des filets originaires supérieurs du spinal et naissent de la moelle allongée. Et comme d’autre part, nous avons démontré que Willis ne rangeait pas parmi les organes du spinal, les filets nés de la moelle allongée, au-dessus de la première paire cervicale, il est facile de comprendre qne cet auteur n’ait pas pu décrire la branche anastomotique interne. C’est pour n’avoir pas fait toutes ces remarques, que Bischoff accuse à tort Willis d’ignorance en anatomie, et lui reproche de ne pas avoir vu que l’accessoire envoie un rameau anastomotique dans le vague. « Analisantem erat anatomiæ scientia non mirum est Willisium, non perspexisse quod sit accessorium inter el vagum vera ralio, » etc.
En résumé, lorsqu'on admet, ainsi que le font les anatomistes modernes, la délimitation originelle du nerf spinal, telle que l'a donnée Scarpa, il faut savoir que les origines du spinal doivent étre distinguées, en celles qui naissent de la moelle épinière pour aller constituer la branche externe du spinal, et en celles qui prennent origine de la moelle allongée pour aller former la branche anastomotique interne.
3242 NERFS CRANIENS.
Toutefois, Scarpa a complétement ignoré cette disposition, il a décrit le spinal comme un tronc nerveux dont les fibres, sans distinction d’origine, se séparent en deux portions, et il admet que la partie anastomotique provient indifféremment de toutes les origines médullaires, puisqu'il suppose, comme nous l’avons dit plus bas, que cette anastomose est destinée à apporter au pneumo-gastrique l'influence de toute la moelle cervicale. Bischoff n’a pas fait non plus cette distinction, bien que ses expériences eussent dû l’y conduire. M. Longet qui a reproduit la doctrine de Bischoff est tombé dans la même erreur, et a décrit l’anastomose interne, comme provenant de toute portion dela moelle épinière où s’insère le spinal.
Seulement cet auteur, raisonnant sur cette disposition anatomique inexacte, veut lui trouver une cause finale, et il ajoute que c’est une prévision admirable de la nature d’avoir ainsi assuré les fonctions si importantes de la branche interne du spinal, en la faisant naître dans une étendue très considérable de la moelle épinière.
Relativement aux anastomoses que le spinal contracte, soit dans le canal rachidien, soit à son passage dans le trou déchiré postérieur, soit à la sortie du crâne, on trouve une grande divergence d'opinions parmi les anatomistes.
Avant son entrée dans le trou déchiré postérieur, le spinal forme un nerf successivement croissant de bas en haut, depuis la cinquième paire cervicale environ, qui limite ses origines inférieures. Le tronc du spinal, alors placé sur les côtés de la moelle épinière, semble être collé sur un faisceau latéral. Mais en soulevant ce nerf avec des pinces, on voit que ses radicules se portent obliquement en arrière et viennent s’implanter en se bifurquant et quelquefois en se trifurquant, immédiatement au devant des filets radiculaires des racines postérieures. Vers la partie supérieure du cou, les filets d’origine du spinal sont plus longs et le tronc du nerf placé tout à fait latéralement à la moelle épinière, appuie sur la face postérieure du ligament dentelé. À mesure que l’on descend, les origines du spinal deviennent de plus en plus courtes et font conséquemment que le tronc du nerf se rapproche davantage des faisceaux postérieurs de la moelle, si bien que dans la partie inférieure du cou, il est placé très en arrière et très près des racines postérieures rachidiennes.
Quoi qu'il en soit, les filets originaires du spinal naissent tous par des origines bifurquées ou trifurquées, sur la partie la plus reculée des faisceaux latéraux, par conséquent, immédiatement à côté des racines postérieures et bien en arrière des racines antérieures,
Le tronc spinal contracte, dans son trajet intra-rachidien, quelques anastomoses avec les racines postérieures. Dans toutes les pièces que M. Bernard a disséquées, les connexions lui ont paru constantes et plus marquées avec les racines postérieures de la première paire cervicale, ainsi que l'avait déja observé Bischoff. 11 ne lui a pas semblé que ce fussent là de véritables anastomoses, c’est-à-dire un échange de filets nerveux entre le spinal et les racines postérieures. Souvent il arrive en effet, que quelques filets de la racine postérieure de la premiere paire cervicale s'unissent au tronc du spinal, mais il est toujours facile de les isoler, et de constater qu’il n’y a là qu’un simple accolement.
Quelques anatomistes, et Mayer en particulier, ont décrit un de ces accolemens des petits corps ganglionnaires sur le tronc du spinal. M. Bernard a cherché souvent ces corps ganglion-
naires, sans succès. Il a seulement vu quelquefois le petit ganglion de la racine postérieure de la première paire cervicale, adhérer au tronc du spinal, dont on pouvait très bien le séparer sur des pièces un peu macérées. À part cela, il n’a jamais vu de ganglion appartenant à l'accessoire de Willis.
Après avoir franchi la première paire cervicale, toutes les origines que le nerf spinal a tirées de la moelle épinière forment un tronc isolé, et c’est ce tronc nerveux seul, qui constituait pour Willis le spinal tout entier, ainsi que nous l'avons dit ailleurs. Cette portion du spinal monte vers le trou déchiré postérieur en s’infléchissant un peu en dehors, et elle reçoit, chemin faisant, un certain nombre de filets, nés de la moelle allongée, qui s’y accolent pour aller constituer plus tard la branche anastomotique interne.
Willis considérait ces filets comme appartenant au pneumogastrique; c’est Scarpa qui les a rangés dans les origines du spinal.
Il paraît au premier abord assez difficile de séparer nettement les filets du spinal émanés de la moelle allongée, de ceux du vague lui-même, qui naissent absolument sur la même ligne. Cependant ces filets, qui sont au nombre de trois ou quatre, ont des origines bifurquées ou trifurquées, ce qui n’a pas lieu pour les origines du vague, dont ils sont, du reste, souvent séparés par le passage de l’artère cérébelleuse postérieure. Les trois ou quatre filets originaires, nés de la moelle allongée, s’unissent quelquefois au spinal par le canal vertébral, mais c’est plus ordinairement à l’entrée du trou déchiré postérieur, et ils se placent en avant et au-dessus de la portion formée par les origines provenant de la moelle cervicale, à laquelle ils ne font que s’accoler pour aller former ensuite la branche anastomotique interne du spinal.
Le spinal étant ainsi constitué par deux portions originairement distinctes, pénètre dans le trou déchiré, en arrière et un peu au-dessous du pneumo-gastrique. Chacune des deux portions originaires du spinal peut être suivie isolément dans son trajet dans le trou déchiré postérieur. Le tronc qui est le résultat de toutes les origines médullaires du spinal, et que M. Bernard appelle grande racine médulluire, se place tout à fait en arrière dans le trou déchiré postérieur, et sur des pièces macérées convenablement on peut toujours les décoller avec la plus grande facilité, et suivre sa continuité entière avec la branche externe du spinal. M. Bernard a toujours constaté, ainsi que l’admettait Willis, que cette grande racine du spinal reçoit un filet anastomotique du pneumo-gastrique lorsqu'elle est près de sortir du trou déchiré postérieur. Le faisceau qui provient de l'assemblage des filets radiculaires du spinal, insérés sur la moelle allongée, et que nous appellerons courte racine bulbaire, est d’abord accolé par du tissu cellulaire, à la partie antérieure de la grande racine, avec laquelle elle chemine pendant quelque temps, comme étant dans un névrilème commun. Mais bientôt, en suivant avec soin cette courte racine, on constate qu’elle se sépare du tronc du spinal par un, deux, où quelquefois plusieurs filets qui se jettent dans le pneumo-gastrique.
Scarpa et les modernes qui ont suivi sa description n’avaient pas su, ainsi que M. Bernard l’a établi, que la grande racine médullaire née de la moelle épinière, va constituer la branche musculaire externe du spinal, tandis que la courte racine bulbaire, née du bulbe rachidien, va se jeter dans le vague, et constituer la branche anastomotique interne. Scarpa considérait, en effet, que le tronc du spinal arrivé dans le trou déchiré posté-