HUITIÈME PAIRE DE NERFS
(1° Glosso-pharyngien, 2° nerf pneumo-gastrique, 3° nerf spinal ou accessoire de Willis.)
4° NERF GLOSSO-PHARYNGIEN.
Il constitue la première portion de la huitième paire de Willis, et il se distribue ainsi que son nom l'indique, à la langue et au pharynx auxquels il donne le sentiment et le
mouvement.
Origine.
Le glosso-pharyngien prend naissance sur les côtés de la moelle allongée, entre l’acoustique et le pneumo-gastrique ; il émerge des pédoncules cérébelleux inférieurs, à deux millimetres en arrière des olives, et sur la même ligne, suivant laquelle prennent insertion les racines rachidiennes postérieures. Il présente cinq ou six filets originaires qui souvent se groupent
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NERF GLOSSO-PHAR YNGIEN. 233
en deux faisceaux, et qu’on ne peut pas poursuivre au delà de leur origine apparente. Le tronc du nerf ainsi constitué se dirige vers le trou déchiré postérieur, est situé au-dessous de l’arachnoïde, et se porte horizontalement en avant et en dehors en pénétrant par sa partie antérieure.
Rapports, distribution et anastomoses.
Dans le trou déchiré postérieur , le glosso-pharyngien est placé dans un canal particulier, au devant du pneumo-gastrique et du spinal dont le sépare une lamelle, moitié osseuse, moitié membraneuse.
Dès qu’il en sort, il se trouve en rapport en dedans avec la veine jugulaire et l’artère carotide interne ; bientôt il contourne cette dernière pour se placer sur son côté antérieur, puis il se dirige entre le stylo-pharyngien et le stylo-glosse, sur les parties latérales du muscle constricteur du pharynx; il se porte d’arrière en avant du côté de la langue.
Dans ce trajet, le glosso-pharyngien présente un ganglion et un grand nombre d’anastomoses avec les nerfs voisins.
Ganglion pétreux du glosso-pharyngien ou ganglion d’Andersh.
Il se présente sur le tronc du nerf sous la forme d’une masse gris-rougeûtre, longue de 2 à 3 millimètres et placée en avant et en dedans du trou déchiré, en arrière de l’orifice d’entrée du canal carotidien.
Valentin décrit un autre ganglion sous le nom de ganglion d’Éhrenritter, situé plus haut que le précédent, et ayant été considéré comme l’analogue d’un ganglion rachidien. Toutefois, Valentin ajoute que souvent les deux ganglions du glosso-pharyngien sont confondus, et que ce n’est que chez certains sujets où on les voit bien distincts.
Nerf de Jacobson. Ce filet naît de la partie antérieure et externe du ganglion d’Andersh, et s'engage aussitôt dans un petit canal osseux du rocher, qui vients’ouvrir après un trajet de 6 à 8 millimètres, dans la caisse du tympan, immédiatement au-dessous du promontoire. Il se place alors dans une gouttière creusée sur cet os, et se partage en six filets, dont deux se dirigent en arrière, deux en avant et deux en haut.
Les deux filets postérieurs très ténus se distribuent dans la muqueuse tympanique, autour de la fenêtre ronde et de la fenêtre ovale.
Les filets antérieurs dont le premier est quelquefois double, vont, celui-ci directement en avant, dans le canal carotidien, pour s’anastomoser avec un filet du ganglion cervical supérieur ; l’autre se porte obliquement en avant et en haut, vers la muqueuse de la trompe d’Eustache dans laquelle il se distribue.
Les filets supérieurs sont distingués, par leur position, en interne et en externe, Le premier, après avoir traversé la face supérieure du rocher, s’accole au grand nerf pétreux superficiel et se rend avec lui au ganglion sphéno-palatin ; le second s’unit au petit pétreux superficiel, à deux millimètres de son origine, et se dirige avec lui vers le ganglion otique.
Les anastomoses du glosso-pharyngien sont nombreuses, elles ont lieu avec le pneumo-gastrique, le grand sympathique et le facial.
1° Avec le pneumo -gastrique, cette anastomose s'effectue à
l’aide d’un filet ordinairement très fin, qui se porte du ganglion d’Andersh au ganglion du pneumo-gastrique. Elle manque fréquemment.
2° Avec le grand sympathique. Outre les filets du rameau Jacobson dont nous avons précédemment parlé, il existe encore un petit filet très grêle qui provient de la partie inférieure du ganglion d’Andersh, ou un peu plus bas du tronc même du glosso-pharyngien, et il se dirige ensuite verticalement en bas, pour se jeter dans le rameau carotidien du ganglion cervical supérieur.
3° Avec le facial. Cette anastomose transversalement dirigée, passe au devant de la veine jugulaire interne, et se dirige du facial au glosso-pharyngien, dans lequel elle se termine ordinairement un peu au-dessous du ganglion d’Andersh. M. Sappey regarde ce filet comme exceptionnel et comme existant rarement.
Les rameaux de terminaison du glosso-pharyngien sont des rameaux carotidiens, pharyngiens et tonsillaires; un rameau pour les muscles digastrique et stylo-hyoïdien; un rameau pour le stylo-glosse, et enfin des rameaux linguaux.
1° Rameaux carotidiens. Is sont dirigés verticalement en bas vers la bifurcation de la carotide primitive, et sont au nombre de deux ou trois; ils constituent le plexus inter-carotidien, et communiquent avec un rameau venu du pneumo-gastrique et plusieurs filets provenant du ganglion cervical supérieur. Dans ce plexus on remarque un certain nombre de petits renflemens ganglionnaires.
2° Rameaux pharyngiens. Variables en nombre, ils occupent les côtés du pharynx et s’anastomosent avec d’autres rameaux provenant des nerfs pneumo-gastrique, spinal et grand sympathique. Ce sont eux qui, par leur intrication, constituent le plexus pharyngien d’où émanent ensuite deux espèces de filets, les uns musculaires, sont destinés aux trois muscles constricteurs du pharynx, les autres sont destinés à la membrane muqueuse du même organe.
3° Rameaux tonsillaires. Dirigés vers l’amygdale et plusieurs fois anastomosés entre eux, ils forment le plexus tonsillaire d’où partent des filets pour les amygdales et la membrane muqueuse qui couvre leur face interne, les piliers et la base du voile du palais. MM. Debrou et Sappey pensent que quelquesuns de ces nerfs vont animer les muscles glosso-pharyngostaphylin; nous verrons plus tard ce que les expériences physiologiques ont appris à cet égard.
4° Rameau des muscles digastrique et stylo-hyoïdien. Émané du glosso-pharyngien, un peu au-dessous du trou déchiré, il contourne en arrière le muscle stylo-pharyngien, lui fournit des nerfs et se place ensuite en dehors du stylo-hyoïdien, auquel il donne un ramuscule, et vient enfin se terminer dans le ventre postérieur du muscle digastrique.
Dans son trajet, ce rameau décrit une courbure et s’anastomose à son extrémité, avec des filets du facial qui se distribuent également au muscle digastrique.
5° Rameau qui s'unit au filet du muscle stylo-glosse. Après sa
231 NERFS CRANIENS.
naissance, au-dessus du muscle stylo-pharyngien, ce nerf s’y engage bientôt et le traverse sans lui fournir de rameaux ;ils’unit alors à un filet du facial qui se porte à la base de la langue.
De ces deux nerfs réunis en résulte un autre qui se dirige sur les parties latérale et postérieure de la langue, où il s’anastomose avec d’autres branches terminales du glosso-pharyngien.
6° Branches terminales ou linguales. Après avoir fourni tous les rameaux précédemment décrits, le nerf glosso-pharyngien a perdu à peu près la moitié de son volume. Il pénètre alors dans l'épaisseur de la base de la langue où il se divise en deux ou trois branches principales, qui se ramifient en devenant de plus en plus superficielles. Toutes ces branches, fréquemment anastomosées entre elles, constituent un véritable plexus lingual.
Dans la langue, ces rameaux de terminaison se distribuent, les uns dans les glandules, les autres plus spécialement aux papilles calyciformes situées en arrière du V lingual. On a pu cependant suivre les divisions du glosso-pharyngien, jusqu’à la partie moyenne dans la langue, et le voir s’anastomoser avec un filet du lingual de la cinquième paire. Au niveau du foramen cæcum les branches terminales d’un côté, s’anastomosent avec celles du côté opposé, et elles forment une espèce de plexus circulaire, ainsi nommé par Valentin.
Anatomie comparée du glosso-pharyngien.
Poissons. 1] manque comme nerf distinct chez les cyclostomes, mais il paraît exister sans exception dans tous les autres poissons.
Il prend naissance sur les côtés de la moelle allongée, au devant du nerf pneumo-gastrique, avec les racines duquel il se confond très souvent. Traversant ensuite les parties internes de l'organe auditif, il sort du crâne par un trou particulier qui existe dans l'os occipital latéral chez les poissons osseux. Il parvient dans la cavité branchiale, et présente alors sur son trajet un ganglion, à la formation duquel ne concourent pas toutes ses fibres originaires. Il se divise ensuite en deux branches dont l’intérieure, destinée à la muqueuse de la voûte palatine, envoie chez les poissons osseux, des filets à la branchie accessoire, et dont l’autre, beaucoup plus forte et nommée nerf branchial, se distribue au premier arc branchial, en se terminant dans la langue.
C’est le glosso-pharyngien qui, chez les cyprins, fournit des filets à cet organe érectile qu’on a appelé organe du goût.
Reptiles. 11 naît des côtés de la moelle allongée, au voisinage des nerfs acoustique et pneumo-gastrique. Il s’anastomose avec le sympathique, le pneumo-gastrique et l’hypo-glosse. Chez le plus grand nombre des reptiles écailleux, il possède seulement deux branches principales; l’une va au pharynx, dans le voisinage de la glotte et au larynx, en formant une espèce de nerf laryngé supérieur; l’autre s’anastomose avec le nerf hypoglosse et se perd dans la substance de la langue. Chez les crocodiles, comme chez les oiseaux, le glosso-pharyngien reçoitune branche anastomotique du pneumo-gastrique, qui forme ensuite un rameau descendant entre la trachée-artére et l’œsophage jusqu’à l'ouverture supérieure du thorax. Chemin faisant, ce filet se ramifie dans le larynx, l’œsophage, la traché-eartère, et se termine par des filets grêles, dans le plexus pulmonaire du pneumo-gastrique (Siebold et Stannius).
Oiseaux. Né des colonnes moyennes de la moelle allongée par une double série de racines, souvent confondues à celle du pneumo-gastrique, le glosso-pharyngien sort du crâne, ordinairement par un trou particulier de l’occipital latéral. Il offre un ganglion intra-crânien, qui se confond souvent avec celui du pneumo-gastrique, mais plus bas, en dehors du crâne, il présente de nouveau un renflement ganglionnaire. Au niveau de ce dernier il reçoit son anastomose aver le nerf vague qui, ainsi que nous l'avons dit pour les crocodiles, fournit des branches linguales, pharyngiennes, œsophagiennes et laryngées. Une autre branche terminale se rend à la langue, en passant entre les muscles de la mâchoire inférieure et de l’os hyoïde, en s’anastomosant avec des filets du facial et de l’hypo-glosse. Dans les oiseaux à langue très développée, cette branche arrive jusque dans la pointe del’organe, en envoyant de nombreux filets dans la peau qui la couvre.
Mammifères. Semblable à celui de l’homme, le glosso-pharyngien ne diffère, chez quelques mammifères, que par quelques particularités relatives à son origine. Ainsi, Mayer a trouvé chez le bœuf deux filets radiculaires, qui de l’intérieur de la duremère se renflent en deux ganglions.
Fonctions du nerf glosso-pharyngien.
Le glosso-pharyngien est un nerf mixte qui préside aux mouvemens, à la sensibilité tactile et gustative. Il donne le mouvement au pharynx par ses branches terminales, et préside, par d’autres branches collatérales, à la sensibilité des membranes muqueuses tympanique, pharyngienne, tonsillaire et palatine. Enfin il donne la sensibilité gustative au tiers postérieur de la membrane muqueuse de la langue.
Lorsqu'on pince ou qu’on excite le tronc du nerf glosso-pharyngien on le trouve doué d’une sensibilité vive, mais de plus, il se manifeste des mouvemens dans le pharynx. Ces propriétés qui sont celles d’un nerf mixte, s’observent également, d’après Müller, Bischoff, Bernard, etc., lorsque l'excitation est portée sur la portion intra-crânienne du nerf; tandis que Valentin, M. Longet, pensent que le glosso-pharyngien est exclusivement sensitif à son origine, et que ses fibres motrices résultent de ces anastomoses ultérieures.
La paralysie de ce nerf amène de la difficulté dans la déglutition, en même temps que l’abolition du goût dans la partie postérieure dela langue. La sensation gustative est donc perçue par des nerfs différens dans les portions antérieures et postérieures de la langue. Dans le premier cas, elle est transmise par le nerf de la cinquième paire, et dans le second, par les rameaux du glosso-pharyngien.
On a observé queles saveurs acides affectent plus spécialement les filets du nerf lingual, et les saveurs amères celles du nerf du glosso-pharyngien. MM. Admirault et Cazalis ont rendu ce fait évident en donnant à des chiens des soupes acidulées ou rendues amères par la coloquinte, après leur avoir coupé préalablement, soit le nerf lingual, soit le glosso-pharyngien. Lorsque les deux nerfs étaient intacts, les animaux ne voulaient manger ni la soupe amère, ni la soupe acide; si on coupait les nerfs linguaux de la cinquième paire, ils mangeaient la soupe acide, mais refusaient toujours la soupe amère. Si au contraire, les glosso-pharyngiens seuls avaient été réséqués, le phénomène inverse s’observait, c’est-à-dire que les animaux mangeaient la soupe amère et refusaient celle qui était acidulée.
Chez l’homme, cette même spécialisation gustative existe d’après les expériences de M. Vernière. En outre, M. Bernard a observé qu’en faisant passer un courant galvanique dans la pointe ou la base de la langue, on fait naître, dans le premier cas, une sensation piquante acidule, et dans le second, une sensation d’amertume quelquefois très développée.
HUITIÈME PAIRE DE NERFS. (DEUXIÈME PORTION.) NERF PNEUMO-GASTRIQUE OU VAGUE.
Le pneumo-gastrique encore appelé sympathique moyen, est un des nerfs les plus importans du corps, tant à cause de l’étendue de sa distribution, qu’à cause de la nature des fonctions des organes dans lesquels il se rend.
Il s'étend en effet depuis la moelle allongée jusque dans l’abdomen, et il donne successivement des rameaux, dans le cou: au pharynx, à l’œsophage, au larynx, à la trachée artère; dans le thorax : au cœur, aux poumons; dans le ventre : à l’estomac au duodénum, au foie, etc. Dans tout ce trajet, le nerf pneumo-gastrique contracte des anastomoses très nombreuses, soit avec le grand sympathique, soit avec d’autres nerfs cérébro-rachidiens, et il forme un grand nombre de plexus nerveux au voisinage des organes dans lesquels il se répand.
Origine.
Les nerfs vagues naissent des parties latérales de la moelle allongée, immédiatement en arrière du glosso-pharyngien et audessus du nerf spinal ou accessoire de Willis. Sa séparation d’avec ce dernier nerf n’a pas toujours été comprise de la même manière, et nous verrons plus tard, à propos du spinal, que d’anciens anatomistes ont considéré comme appartenant au pneumo-gastrique, un certain nombre de filets originaires que l’on regarde aujourd’hui comme appartenant au nerf accessoire de Willis.
Les filets d’origine du pneumo-gastrique émergent de la moelle allongée entre le faisceau latéral ou intermédiaire et le corps restiforme, par conséquent, sur la même ligne que les racines postérieures rachidiennes. Au nombre de huit à dix, ces racines forment bientôt un faisceau aplati qui se porte en dehors transversalement, du côté du trou déchiré postérieur.
A partir de ce point, le tronc du pneumo-gastrique se constitue, s’infléchit et forme un coude à angle droit, pour se diriger en bas vers le cou.
Rapports et trajet.
On peut considérer au pneumo-gastrique une portion crànienne, une portion cervicale, une portion thoracique et abdominale.
La portion crânienne est constituée par les origines mêmes du pneumo-gastrique qui gagnent le trou déchiré postérieur, au milieu des racines du glosso-pharyngien et accessoire de Willis, qui tous sont alors contenus dans une gaine commune, formée par le feuillet viscéral de l’arachnoïde; et de plus, par la portion située dans le trou déchiré postérieur. Cette dernière est en arrière du glosso-pharyngien, dont la sépare une lamelle fibreuse en avant de l’accessoire de Willis, avec lequel elle esten contact immédiat.
Au moment où le tronc du vague s’infléchit en bas, pour
T; ITT,
s'engager dans le trou déchiré postérieur, il présente un ganglion appelé ganglion supérieur où jugulaire du pneumo-gastrique.
Dans le cou, le tronc du vague est appuyé sur la colonne vertébrale, dont le séparent les muscles prévertébraux. Il est en rapport avec la veine jugulaire interne et les artères carotide interne et carotide primitive. Il est contenu dans une gaine commune qui l’unit à ces derniers vaisseaux et le sépare du grand sympathique, placé en arrière et en dehors.
Dans le thorax, le pneumo-gastrique droit se place entre l’artère sous-clavière et le tronc veineux brachio-céphalique correspondant; tandis que celui du côté gauche, situé d’abord entre les artères carotides primitive et sous-clavière, se place plus bas entre la crosse de l’aorte et la bronche gauche. Les deux nerfs se confondent ensuite en partie pour former le plexus pulmonaire, et leurs rameaux descendent ensuite vers l’abdomen, en accompagnant les côtés de l’œsophage.
Dans le ventre, les deux pneumo-gastriques se placent: celui du côté droit en arrière, entre le cardia et les piliers du diaphragme, puis entre le plexus solaire et l’épiploon gastro-hépatique; celui du côté gauche, situé en avant, s’épanouit sur la face antérieure de l'estomac, en un très grand nombre de rameaux.
Rameaux, anastomoses et ganglions du preumo-gastrique.
1° Dans la région crénienne. Le pneumo-gastrique présente dans cette région le ganglion jugulaire, et des anastomoses avec les nerfs facial, glosso-pharyngien et spinal.
Le ganglion jugulaire existe sur le tronc du nerf, peu après que celui-ci a traversé l’ouverture de la dure-mère; quelquefois méme il est visible dans l’intérieur du crâne. Ce ganglion a une forme arrondie, oblongue et légèrement aplatie, il est placé sur la convexité du coude formé par le pneumo-gastrique; les filets les plus supérieurs du nerf seulement se confondent avec lui, tandis que les autres passent au-dessous sans contribuer à sa formation. C’est de ce ganglion supérieur que naît le filet auriculaire d’Arnold, et de plus un petit filet anastomotique qui se rend au ganglion du glosso-pharyngien.
Le rameau auriculaire d’Arnold, destiné à s’anastomoser avec le facial, se dirige dans l'épaisseur de l’apophyse mastoïde, vient croiser la direction du nerf facial, et se divise ordinairement en trois filets, dont deux se terminent dans la peau de la paroi supérieure du conduit auditif externe et le troisième dans la membrane du tympan.
L'anastomose avec le nerf spinal a lieu dans le trou déchiré postérieur lui-même, les anatomistes ne l’ont pas toujours interprété de la même manière. Nous verrons en effet que, pour Willis, c'était le pneumo-gastrique qui fournissait une anastomose au spinal, tandis que pour Scarpa et les modernes, c’est au contraire le spinal qui envoie un rameau anastomotique appelé branche interne dans le tronc du pneumo-gastrique.
2° Dans la portion cervicale. Dans cette région, le pneumogastrique présente son ganglion inférieur ou cervical. Il contracte des anastomoses avec l’hypoglosse, le grand sympathique et les paires rachidiennes cervicales. Enfin il fournit les rameaux pharyngien, laryngé supérieur et laryngé inférieur.
Le ganglion énférieur où cervical du vague, encore appelé pleæus gangliforme, se présente chez l’homme comme un renflement allongé, fusiforme, rougeâtre, d’une longueur de deux à quatre centimètres. Il est situé au devant et en dedans du ganglion cervical supérieur du grand sympathique, et en arrière du glosso-pharyngien et de l'artère carotide interne. La plus grande partie des fibres du pneumo-gastrique passe dans ce ganglion, tandis qu'un plus petit nombre de filamens blancs se placent à sa surface et ne paraissent lui être que simplement accolés.
Chez l'homme, ce ganglion n’est pas nettement délimité, tandis que chez les animaux, il offre tout à fait l’aspect d’un ganglion inter-vertébral rachidien. Du reste, nous reviendrons plus tard, à propos de l’accessoire de Willis, sur la signification réelle des ganglions du pneumo-gastrique, parce qu'on a voulu comparer ces deux nerfs comme étant confondus à Ja maniere des deux racines d’une paire rachidienne.
L'anastomose du pneumor-gastrique avec le grand hypoglosse a lieu au moment où ce nerf contourne et croise le plexus gangliforme du pneumo-gastrique. Elle s'effectue au moyen de deux ou trois filets qui se portent d’un nerf à l’autre. La question de savoir si c’est le pneumo-gastrique qui fournit à l'hypoglosse, ou si c’est ce dernier qui fournit au pneumo-gastrique n’est pas résolue.
MM. Valentin, Longet, etc. admettent la première hypothèse et M. Bernard considère la seconde comme plus probable.
Le grand sympathique s'anastomose dans la région cervicale, ‘avec le pneumo-gastrique, au moyen deson ganglion supérieur ‘et de filets émanés du cordon de communication avec le ganglion cervical inférieur. Ces filets d’anastomoses sont nombreux et offrent des directions variées. Ceux qui proviennent du ganglion cervical supérieur lui-même, sont généralement plus nombreux et plus courts; et il arrive quelquefois que le tronc du nerf vague est comme soudé à la partie antérieure du ganglion ‘supérieur du sympathique.
La première paire rachidienne cervicale forme avec la seconde une arcade d’où émane une anastomose qui se porte dans le ganglion cervical du pneumo-gastrique. Cette anastomose qui n'est pas constante chez l’homme paraît être, d’après M. Bernard, une dépendance de la racine postérieure de la première paire cervicale, parce qu’elle manque chez des singes où la première paire cervicale ne présente pas de racine postérieure.
Rameau pharyngien du pneumo-gastrique. Il se sépare du tronc du vague à la partie supérieure et externe du plexus ganpgliforme de ce nerf, immédiatement au-dessous de son anastomose avec l'accessoire de Willis. Aussi il est facile de constater que ce rameau pharyngien provient à la fois des fibres du pneumo-gastrique et des fibres du spinal. Il est placé en dehors de la carotide interne, et fournit en ce point plusieurs filets au plexus inter-carotidien, après quoi il se dirige obliquement en bas, en avant et en dedans sur les côtés du pharynx. Il concourt par un certain nombre de ses divisions terminales, à la formation du plexus pharyngien dont les branches mixtes se distribuent aux muscles et à la membrane muqueuse du pharynx.
Nerf laryngé supérieur. Né de la partie inférieure et interne du plexus gangliforme du vague, ce nerf reçoit directement
NERFS CRANIENS
quelques fibres d’anastomoses de la branche interne du spinal. 11 se dirige ensuite sur les côtés du pharynx, et chemin faisant, il fournit un rameau appelé nerf laryngé externe qui se termine d’une manière différente, du tronc principal.
En effet, les branches terminales du laryngé supérieur se portent horizontalement et parallèlement à la grande corne de l’os hyoïde, vers la membrane thyro hyoïdienne qu’elles traversent à sa partie moyenne. Arrivées dans l'épaisseur du repli arythéno-épiglottique, elles se divisent en filets antérieurs destinés à l’épiglotte, à la muqueuse de la base de la langue, en filets moyens qui s’épuisent dans l’épaisseur des replis arythéno-épiglottiques et dans la membrane muqueuse qui tapisse l’ouverture supérieure du larynx, ainsi que dans celle qui revêt les cordes vocales supérieures; en filets postérieurs se dirigeant dans la membrane muqueuse qui couvre la partie postérieure du larynx. Un certain nombre de ces filets traverse le muscle arythénoïdien, pour en ressortir et aller à la muqueuse laryngée. Toutefois un certain nombre reste dans l'épaisseur du muscle lui-même. Ce sont ces filets qui fournissent un petit rameau descendant entre le muscle crico-arythénoïdien latéral et le cartilage thyroïde, et allant s’anastomoser avec un rameaul ascendant du laryngé inférieur.
Le rameau laryngé externe se détache du nerf laryngé, ordinairement en dedans de la carotide interne, puisil descend entre le corps thyroïde et le constricteur inférieur du pharynx pour se porter vers le muscle crico-thyroïdien auquel il donne plusieurs filets. Chemin faisant il donne des nerfs au constricteur inférieur du pharynx et concourt quelquefois à la formation du plexus laryngé de Haller. Enfin, il se termine en se distribuant dans la membrane muqueuse qui tapisse le ventricule du larynx.
Nerf laryngé inférieur ou récurrent. Ce nerf ne présente pas exactement la même origine à droite et à gauche. Du côté gauche il naît du pneumo-gastrique au niveau de la crosse de l'aorte, se dirige en haut, en formant une courbure dont la concavité supérieure embrasse la crosse aortique. Il vient ensuite se placer sur les côtés de la trachée, dans un sillon formé par son adossement avec l’œsophage,.
Du côté droit, le récurrent prend naissance au devant de l'origine de l’artère sous-claviére, il se dirige ensuite en haut, en formant une courbure dont la concavité supérieure embrasse l'artère sous-clavière ; puis il vient se placer sur les côtés de l’œsophage et de la trachée, comme celui du côté opposé.
Il résulte de cette différence d’origine que le nerf récurrent gauche est un peu plus long que celui du côté droit, le prenier est également un peu plus volumineux. On comprend que leurs rapports doivent différer, mais seulement dans la partie inférieure, tandis que leur terminaison est semblable.
Les filets de terminaison des nerfs laryngés inférieurs sont: des filets cardiaques variables dans leur volume, s’anastomosant entre eux, naissant de la partie la plus inférieure de ces nerfs, et allant concourir à la formation du plexus cardiaque.
Des filets œsophagiens nés plus haut queles précédens, et destinés aux tuniques musculaire et muqueuse de l’œsophage. Des Gilets trachéens pénétrant, pour la plupart, dans la partie postérieure membraneuse de la trachée, et destinés à la muqueuse de cette partie, des filets pharyngiens se détachant au nombre d’un ou de deux du nerf récurrent, et allant se perdre
dans le constricteur inférieur; un filet anastomotique avec le laryngé supérieur; enfin des filets laryngiens au nombre de quatre, destinés aux muscles crico-arythénoïdien postérieur, arythénoïdien, crico-arythénoïdien latéral etthyro-arythénoïdien. Ces derniers filets pénètrent dans les muscles du larynx généralement par leur face profonde.
3° Dans le thorax. Le nerf pneumo-gastrique contracte des anastomoses très multipliées avec le grand sympathique. et il fournit des rameaux qu’on peut diviser : en cardiaques, pulmonaires ou bronchiques et en œsophagiens.
Rameaux cardiaques. s sont très nombreux et très irréguliers pour leur volume, pour leur origine et pour leur nombre. Ceux qui proviennent du pneumo-gastrique s’anastomosent avec ceux qui émanent du grand sympathique, mais de plus, le plexus cardiaque est formé par des filets provenant à la fois de la région cervicale et thoracique du pneumo-gastrique.
Les rameaux cardiaques de la région cervicale sont ordinairement au nombre de trois, se détachent à des hauteurs différentes du tronc du nerf vague, se portent en bas et pénètrent dans la poitrine pour arriver bientôt au plexus cardiaque. Les filets cardiaques thoraciques du pneumo-gastrique naissent audessous de l’origine des nerfs récurrens, s'engagent entre la trachée et la crosse aortique, puis se jettent dans le plexus cardiaque. Ces derniers sont, par conséquent, beaucoup plus longs que les premiers.
Rameaux pulmonaires ou bronchiques. On les distingue en rameaux pulmonaires antérieurs et en rameaux pulmonaires postérieurs. Les premiers naissent un peu au-dessus de la bifurcation de la trachée et se rendent à sa partie antérieure; les autres, qui sont plus nombreux, prennent naissance en arrière de l’origine des bronches.
Les filets pulmonaires antérieurs se dirigent en bas, en dedans et en avant; ils donnent plusieurs ramuscules à la trachée qu’ils croisent; ils s’anastomosent entre eux ou avec ceux du côté opposé pour constituer cequ'on appelle le plexus pulmonaire antérieur. De là ils s'appliquent sur les divisions bronchiques qu’ils accompagnent dans toute leur étendue.
Les filets pulmonaires postérieurs sont en grand nombre, ils s’'anastomosent fréquemment avec les rameaux du grand sympathique et avec ceux du côté opposé. De toutes ces intrications anastomotiques résultent deux plexus latéraux appelés l’un, le plexus pulmonaire postérieur droit, et l’autre, le plexus pulmonaire postérieur gauche.
C’est de ces plexus que partent des filets de plusieurs ordres, savoir: 1° des filets trachéens destinés à la partie inférieure et postérieure de la trachée; 2° des filets æsophagiens pour les tuniques musculaires et muqueuses de la partie moyenne de l’œsophage; 3° des filets péricardiques destinés aux parties postérieures et supérieures du péricarde; 4° des filets bronchiques en plus grand nombre que les précédens, et se distribuant aux divisions bronchiques qui les accompagnent jusqu’à leur terminaison.
Quant à ce qui concerne la manière dont ces ramifications se terminent dans le poumon, M. Sappey a fait sur ce point des recherches d’où il conclut, 1° que ces filets bronchiques suivent jusqu’à leur terminaison les divisions de l'arbre aériphère, qu'ils ne s’en écartent en aucun point, et qu'ils pénè-
trent avec elles dans les lobules qui leur correspondent; 2° que les filets partis du plexus pulmonaire antérieur et ceux beaucoup plus nombreux, fournis par le plexus pulmonaire postérieur conservent dans toute l’étendue de leur trajet, leur disposition plexiforme ; 3° que leurs ramifications sont exclusivement destinées à la membrane muqueuse respiratoire et n’ont avec les vaisseaux sanguins, d’autres connexions que celles qu’elles affectent avec les capillaires artériels et veineux.
Rameaux œsophagiens. Dans le thorax, l’œsophage reçoit des divisions qui proviennent des rameaux pulmonaires, puis un peu plus bas, au-dessous de la racine des poumons, les pneumo-gastriques s'appliquent sur l’œsophage, s’anastomosent entre eux autour de lui pour constituer ce qu’on appelle le plexus œsophagien. Ce plexus fournit des filets aux tuniques musculaire et muqueuse du tiers inférieur de l’œsophage.
4° Dans l'abdomen. C’est là où se terminent les pneumogastriques; et cette terminaison est différente pour le nerf droit et gauche.
Le pneumo-gastrique gauche arrivé au devant du cardia s’épanouit en divergeant en un grand nombre de rameaux à la surface de l'estomac. Les uns se dirigent vers le grand cul-de-sac de l'estomac, les autres vers la petite courbure, et parmi ces derniers, il en est qui se réfléchissent pour se porter de bas en haut dans le foie, dans l’épiploon gastro-hépatique.
Le pneumo-gastrique droit arrivé en arrière du cardia donne des ramifications à la faceinférieuredel’estomac, et se perd ensuite dans le plexus solaire en formant une arcade à concavité supérieure, vers l’extrémité interne du ganglion semi-lunaire.
Valentin décrit un plexus gastrique antérieur et supérieur qui est ‘situé immédiatement au-dessous de la petite courbure et sur la face antérieure de l’estomac. Il signale un autre plexus de la petite courbure, étendu du pylore au cardia et situé sur le trajet d’un nerf principal, appelé nerf coronaire de la petite courbure. Enfin, suivant le même anatomiste, il existe encore un plexus gastrique postérieur et supérieur, situé du côté de la portion pylorique de l'estomac, et constitué surtout par la branche externe du nerf pneumo-gastrique droit, s’anastomosant avec des filets du plexus de la petite courbure.
Nous reviendrons d’ailleurs, sur la terminaison du pneumogastrique dans l'abdomen, à propos du grand sympathique.
Résumé général de la distribution du pneumo-gastrique.
Relativement à sa distribution, le pneumo-gastrique donne ses filets successivement de hauten bas au conduit auditif externe et à l’oreille interne, au pharynx, au larynx, à la trachée-artère et aux poumons, au cœur et aux gros vaisseaux, à l’œsophage et à l'estomac, et enfin après avoir passé dans le plexns cœliaque se distribue encore à l’estomac, au foie, à la rate, etc.
Les nerfs pour l'oreille proviennent du rameau auriculaire d’Arnold.
Ceux pour l’appareil de la voix sont: le laryngé supérieur, le laryngé inférieur.
Pour l'appareil de la respiration on trouve les nerfs pulmonaires antérieurs et postérieurs.
Pour le cœur, les rameaux cardiaques supérieurs, moyens et inférieurs forment par leur réunion, le plexus cardiaque.
Les filets fournis à l’appareil de la digestion sont le rameau
288 NERFS CRANIENS.
pharyngien, les rameaux œsophagiens, et de plus les rameaux envoyés à l'estomac, au foie et au plexus solaire, etc.
Les deux pneumo-gastriques s’anastomosent très fréquemment entreeux sur la ligne médiane,et de plus, ilss’anastomosentencore avec le trijumeau, le facial, le glosso-pharyngien, l’accessoire de Willis, l’hypo-glosse et les nerfs cervicaux supérieurs. De plus, ils ont des communications très multipliées avec le grand sympathique.
Relativement à ses origines, le nerf pneumo-gastrique peut être considéré comme constitué par des racines motrices, des racines sensitives et des racines organiques ou sympathiques. Plusieurs de ces origines peuvent être regardées comme lui étant fournies dans différens points de son trajet dans le cou, dans le thorax ou dans l’abdomen.
Anatomie comparée.
Poissons. Ce nerf est très considérable chez tous les poissons -et il prend naissance sur les côtés de la moelle allongée, en arrière du nerf acoustique et à côté du cervelet et du quatrième ventricule. Souvent on remarque à cette origine, un renflement ou lobe appelé lobe du nerf pneumo-gastrique.
Il se distribue constamment à l’appareil branchial, au pharynx, à l’œsophage, à l'estomac et au cœur. De plus, il envoie des rameaux à la vessie natatoire lorsqu'elle existe.
Reptiles. Né sur les côtés de la moelle allongée, en même temps que le glosso-pharyngien, le pneumo-gastrique, chez les reptiles nus, offre un ganglion spécial. 11 fournit ses filets à la langue, au canal intestinal, aux poumons et au cœur. Chez les chéloniens il est plus volumineux que chez les reptiles écailleux, et il descend le long du cou, dans la cavité thoracique, en fournissant des filets à l’œsophage, au canal intestinal et au cœur.
Oiseaux. Chez ces animaux, les racines du pneumo-gastrique qui sont nombreuses, proviennent également de la partie latérale de la moelle allongée; un ganglion visible dans le crâne existe sur son trajet et il sort par le trou jugulaire, descend sur le côté externe du cou, fournit le nerf récurrent et se ramifie dans le larynx inférieur et ses muscles, ainsi que dans l’œsophage. Dans le thorax il donne des filets aux poumons, au cœur, à l’œsophage et à l'estomac.
Mammifères. I1se comporte à peu près comme chez l’homme et il paraît seulement caractérisé, chez ces animaux, par la présence constante de deux ganglions sur son trajet.
Fonctions du preumo-gastrique.
Il est peu de nerfs dont les fonctions soient aussi variées et aussi importantes que celle du pneumo-gastrique. Il distribue en effet le mouvement et le sentiment aux organes de la respiration, de la circulation et de la digestion. Toutefois, bien que dans le larynx il paraisse destiné aux mouvemens volontaires de la voix, on doit, d’après M. CI. Bernard, le considérer comme spécialement affecté aux mouvemens involontaires, et empruntant des fibres au spinal toutes les fois qu’il doit accomplir quelque acte soumis à la volonté. A propos de la physiologie du nerf accessoire de Willis, nous reviendrons sur cette opinion. Pour le moment, nous examinerons les filets mixtes
du pneumo-gastrique et leur influence sur les fonctions des différens organes auxquels ils se distribuent.
1° Znfluence du pneumo-gastrique sur le larynx. Deux nerfs, le laryngé supérieur et le laryngé inférieur, sont destinés à cet organe. Les observations pathologiques, de même que les expériences sur les animaux vivans, s'accordent pour établir que le laryngé supérieur donne surtout la sensibilité au larynx, et que le laryngé inférieur lui fournit ses mouvemens.
La paralysie ou la section du nerf laryngé supérieur amène immédiatement une insensibilité complète de l’ouverture supérieure du larynx, en même temps que de la raucité dans la voix. Le premier phénomène s'explique par la distribution du nerf dans la muqueuse laryngienne, et le second par un filet que ce nerf fournit au muscle crico-thyroïdien.
Ce muscle, par sa contraction, est destiné à faire basculer en quelque sorte le cartilage thyroïde sur le cartilage cricoïde, et à opérer par cela une tension des cordes vocales. Après sa paralysie, cette tension n'ayant plus lieu, les cris aigus sont impossibles et la voix prend un timbre rauque.
À part ces phénomènes, la section du nerf laryngé supérieur n’amène pas d’autres accidens, la respiration n’est pas gênée et les animaux peuvent vivre avec cette lésion. Toutefois l’insensibilité de l’ouverture supérieure du larynx peut permettre l’entrée de substances étrangères dans le larynx pendant la déglutition.
La paralysie du nerf laryngé inférieur amène dans le larynx des désordres plus profonds et qui tiennent spécialement à la cessation des mouvemens de cet organe. La voix est complétement abolie par suite de la paralysie de tous les muscles du larynx, excepté du crico-thyroïdien, mais la sensibilité de l'organe n’a subi aucune atteinte.
Chez les animaux adultes, la respiration peut encore continuer à s'effectuer après la section des laryngés inférieurs, seulement le nombre de respirations est devenu plus accéléré. Chez les animaux jeunes, la section des laryngés entraîne avec l'abolition de la voix une suffocation qui devient immédiatement mortelle si on ne pratique pas la trachéotomie. On a donné plusieurs explications de cette différence des phénomènes observés chez les animaux, suivant qu'ils sont jeunes ou adultes.
Legallois le premier signalait la suffocation par suite de la section du laryngé inférieur chez les jeunes animaux, et il l’explique en disant que la glotte était devenue trop étroite pour laisser entrer une quantité d'air suffisante à la respiration, M. Magendie explique le phénomène en admettant un antagonisme entre les deux nerfs laryngés. Suivant lui, le laryngé supérieur animait les muscles constricteurs du larynx (crico-thyroidien et arythénoïdien) , et le laryngé inférieur les muscles dilatateurs. Dès lors, dans la paralysie du premier de ces nerfs, il n’y avait pas de suffocation, parce que les muscles dilatateurs du larynx restaient intacts, tandis que dans la paralysie du second nerf l’occlusion du larynx était produite par la persistance d'action des muscles constricteurs qui n’étaient plus contrebalancés par l’action des dilatateurs. Cette théorie ne s’accorde pas complétement avec l'anatomie, car on a démontré depuis que le muscle arythénoïdien est animé par le laryngé inférieur. M. Longet explique l’absence de la suffocation chez les animaux adultes par la résistance plus grande chez eux de la base des cartilages arythénoïdes qui, ne pouvant pas se rapprocher complétement après la paralysie du larynx, laissent entre eux un
intervalle par lequel l’air peut encore pénétrer dans les poumons.
Chez les jeunes animaux, cette disposition n’ayant pas lieu, les lèvres de la glotte, qui sont molles dans toute leur étendue, s'appliquent l’une contre l’autre au moment de l'inspiration à la manière de deux soupapes accolées empêchant complétement l'entrée de l’air. La suffocation se produit alors par un mécanisme tout à fait analogue à celui qui a lieu dans l’œdème de la glotte, c’est-à-dire que la sortie de l’air des voies respiratoires peut s'effectuer, mais que son entrée est impossible.
Chez l’homme les mêmes phénomènes différentiels s’observent suivant l’âge. Des observations pathologiques en grand nombre ont démontré que la section des laryngés inférieurs ou leur compression par des tumeurs, amènent la perte de la voix sans suffocation dans l’âge adulte, tandis que chez les jeunes enfants la suffocation existe constamment.
La vie est donc compatible, jusqu’à un certain point, avec la paralysie seule des deux nerfs laryngés inférieurs : il y a seulement une plus grande fréquence dans la respiration. On explique ce dernier phénomène par le rétrécissement survenu dans la capacité du larynx qui ne permet pas l'entrée d’une colonne d’air suffisante ; mais, ainsi que l’a fait observer M. Bernard, le rétrécissement pur et simple du larynx amène un phénomène inverse , c’est-à-dire des inspirations plus prolongées et moins fréquentes; il faut donc chercher une autre explication à ce fait.
2° Actions des preumo gastriques sur les poumons. Les conséquences de la section des pneumo-gastriques sur les poumons peuvent être différentes, suivant qu’elle a porté sur un seul nerf ou sur les deux à la fois et suivant le lieu où cette section a été pratiquée.
La section d’un seul pneumo-gastrique dans la région moyenne du cou n'entraine pas la mort en général. La voix est modifiée dans son timbre, les respirations ont un peu diminué de fréquence; mais bientôt la plaie du cou s'étant cicatrisée, tous les phénomènes sont rentrés dans l’état normal par le rétablissement des fonctions du nerf. Ce qui le prouve, c’est qu'on peut alors couper impunément le pneumo-gastrique du côté opposé. Le microscope, du reste, a démontré qu'il y a régénération du nerf entre les deux bouts coupés, et il faut cinq à six semaines environ pour que ce résultat se produise.
Les troubles qu’on observe dans le poumon après la section d’un seul pneumo-gastrique ne se remarquent, en général, que sur le poumon correspondant. Ainsi, de ce côté, il y a une diminution dans la force avec laquelle l’air est expiré. M. CI. Bernard a signalé depuis long-temps que l'air s'échappe avec moins de force par la narine correspondante. M. Holland a fait des observations analogues. M. Magendie a déjà autrefois signalé une altération du tissu du poumon dans le côté de la section du pneumo-gastrique.
Lorsque les deux pneumo-gastriques ont été coupés simultanément, le nombre des respirations se trouve immédiatement diminué d’une manière considérable. Un chien, par exemple, qui à l’état normal offre 24 respirations par minute n’en a plus que quinze à seize immédiatement après la section de ces nerfs, et ce nombre diminue de plus en plus jusqu’à la mort, qui arrive généralement le troisième jour après l'opération.
Chez les mammifères, le tissu du poumon éprouve alors une altération profonde caractérisée par des épanchemens sanguins
T. Il.
nombreux, en même temps qu'il existe un emphysème intervésiculaire très manifeste, surtout sur le bord tranchant des poumons. On a donné un très grand nombre d'explications à ce sujet. Legalloisadmettait que les mucosités bronchiques ne pouvant plus être expulsées, séjournaient dans les vésicules du poumon, empêchaient le contact de l’air et du sang, et amenaient l’asphyxie lente avec stase du sang dans les vaisseaux du poumon, qui était la cause constante de la mort. Cette explication a long-temps été généralement partagée par les physiologistes qui lui ont succédé. On pensait seulement qu'il y avait encore des désordres de nutrition qui arrivaient dans le tissu du poumon, à la suite de la section des nerfs pneumo-gastriques, comme il en survient à la face à la suite de la section de la cinquième paire. M. Longet exprime à peu près l'opinion de Legallois; mais il explique l’emphysème qu’on observe, en supposant que l’acide carbonique contenu dans les vésicules du poumon y séjourne à cause de sa plus grande densité, distend et rompt ces vésicules paralysées qui sont devenues impropres à l’expulser.
M. Traube pense que la lésion des poumons est toujours consécutive à l’introduction de substances étrangères dans les voies respiratoires, soit des mucosités buccale et pharyngienne, soit des liquides reflués de l’estomac par l’œsophage; et il assure avoir empêché cette altération des poumons en opérant la trachéotomie et en faisant au-dessus de l'ouverture une ligaturepour empêcher le passage des matières étrangères dans la trachée. Nous verrons plus tard que si ces résultats se sont montrés, c’est qu'ils ont été observés sur des animaux d'’âges différens; car les précautions indiquées plus haut n’empèchent aucunement l’engouement pulmonaire sur de jeunes animaux.
M. Ludwig explique les épanchemens sanguins dans le poumon par des désordres de la circulation, qui amènent un excès de pression dans le sang de l’artère pulmonaire.
M. Bernard donne un tout autre mécanisme pour expliquer les lésions du poumon après la section des nerfs pneumo-gastriques. IL a observé en effet que les inspirations sont beaucoup plus larges après la section des nerfs, de telle sorte qu’un lapin, par exemple, qui à chaque inspiration fait entrer 25 C. C. d’air dans ses poumons, en inspire 32 C. C. après l'opération. Cette particularité est due à l’excès de dilatation des parois thoraciques que le poumon est nécessairement forcé de suivre, parce qu'il ne peut pas se faire de vide entre la plèvre et cet organe. D'où il résulte que le tissu du poumon est distendu d’une ma nière plus énergique dans ces circonstances. Sous ces influences, le tissu du poumon rupture constamment quand il est délicat, comme cela a lieu chez les lapins ou les chiens particulièrement dans le jeune âge. Cette rupture amène immédiatement un emphysème inter-vésiculaire et une lésion des vaisseaux capillaires qui produit à son tour des épanchemens de sang dans le parenchyme pulmonaire. La respiration, alors troublée, s'effectue d’autant plus mal, que les désordres signalés précédemment sont plus considérables, et la mort par asphyxie en est infailliblement la conséquence. Mais si l’animal est adulte, son tissu pulmonaire plus solide résiste; l’emphysème intervésiculaire se produit plus difficilement, et il peut arriver que l’épanchement de sang n’ait pas lieu. On voit alors survenir un autre emphysème qui a son siége dans le tissu cellulaire du médiastin postérieur, et qui dépend de ce que l’airs’insinue par la plaie du cou jusque dans le thorax au moment des inspirations exagérées, pour remplir le vide qui tente à se produire entre
les deux poumons entrainés latéralement par la dilatation des
côtes. D’après ce mécanisme, on peut comprendre pourquoi la lésion des poumons arrive surtout chez les jeunes animaux mammifères, et pourquoi elle ne survient jamais chez les oiseaux, par exemple, où le mécanisme respiratoire est tout à fait différent.
Enfin, puisque dans certains cas la mort peut arriver sans les lésions des poumons, nous devrons donc en chercher la cause ailleurs.
3° Actions des preumo-gastriques sur l'æsophage. Tous les auteurs ont remarqué qu'après la section des nerfs vagues , la déglutition est considérablement génée. Toutefois, elle ne parait pas impossible, car l’animal peut encore faire entrer un certain nombre de bols alimentaires qui se poussent les uns à la suite des autres par suite des contractions du pharynx qui persistent encore. Mais bientôt l’animal ne peut plus rien avaler, son œæsophage est rempli jusqu’au niveau du larynx, et le contact des matières alimentaires arrivées à l’orifice de la glotte détermine des efforts de vomissemens, après quoi l’animal recommence à manger jusqu’à ce que le même phénomène se reproduise de nouveau.
On voit par cette expérience que la section des pneumo-gastriques n’a pas aboli la sensation de la faim, puisque les animaux mangent jusqu’à ce que les alimens arrivent à la partie supérieure de l’œsophage. Tous les expérimentateurs avaient conclu de cette dernière circonstance, que les animaux perdent le sentiment de la satiété par la section des nerfs vagues, c’est-à-dire qu'ils n’ont plus la sensation que leur faim est satisfaite, et qu’ils mangent outre mesure, jusqu'à ce que l’œsophage lui-même se remplisse. M. Bernard a montré que ce phénomène devait avoir une toute autre explication, et que loin de remplir leur estomac à l'excès, les animaux ne pouvaient pas y faire pénétrer des alimens. En effet, en répétant cette expérience sur un animal préalablement muni d’une fistule à l'estomac, M. Bernard a vu qu'aucune parcelle alimentaire solide ne pénétrait jusque dans cet organe, mais s’accumulait seulement dans l’œsophage, qui bientôt, se trouvant rempli, donnait lieu au phénomène de régurgitation signalé plus haut. Donc, si la déglutition est, jusqu’à un certain point, possible après la section des pneumogastriques dans la région moyenne du cou, l'introduction des matières alimentaires solides dans l’estomac ne peut pas avoir lieu. M. Bernard s’est assuré que cet empêchement a pour cause une sorte de resserrement spasmodique qui persiste dans la partie inférieure de l’œsophage, précisément dans ce point où M. Magendie d’abord, et Müller ensuite, ont signalé une sorte de mouvement rhythmique dirigé, tantôt de haut en bas, tantôt de bas en haut. Toutefois, le lendemain de la section des pneumo-gastriques, le relâchement est survenu dans cette partie inférieure de l'estomac, et alors, les alimens, poussés de proche en proche, peuvent parvenir jusque dans l’estomac.
4° Action du pneumo-gastrique sur l'estomac. Les expérimentateurs varient beaucoup d'opinion relativement à l’influence que les pneumo-gastriques exercent sur la digestion stomacale ; les uns pensent qu’elle est tout à fait abolie, d’autres qu’elle est seulement ralentie, et enfin il en est qui croient qu'elle n’est pas sensiblement modifiée. Ces divergences d’opinions tiennent à ce qu’elles ont pour base des expériences qui ne sont pas comparables, parce que les auteurs n’ont pas toujours étudié la digestibilité de la même substance alimentaire,
NERFS CRANIENS.
ou bien ne se sont pas mis au même point de vue pour caractériser les phénomènes de la digestion stomacale. Sans entrer dans cette discussion purement physiologique, nous indiquerons quels sont les phénomènes qui se passent dans l’estomac au moment où on opère la section des nerfs, et tels qu'a pu les observer M. Bernard, sur des chiens portant de larges fistules stomacales.
Au moment où la membrane muqueuse de l'estomac est excitée par le contact des alimens, elle devient rouge, turgide et comme érectile, la circulation devient très active, et à ce momentlà, suinte de toute part une rosée comme la sueur à la surface de la peau, qui bientôt se rassemble en gouttelettes et s’accumule dans l'estomac en se mélangeant avec les alimens. Ce liquide ainsi sécrété est le suc gastrique qui a une action digestive plus spéciale sur les matières azotées.
Or, M. Bernard a observé que si on coupe dans la région moyenne du cou les deux nerfs vagues, tous les phénomènes de sécrétion du suc gastrique s’arrêtent à l'instant; la membrane muqueuse devient pâle, comme exsangue, le suc gastrique est remplacé par la formation d’un liquide visceux et de réaction alcaline. Si alors on introduit de la viande dans l’estomac, elle n’est plus digérée et se putrifie au bout d’un certain temps.
Les matières féculeuses subissent une fermentation lactique qui donne lieu à une réaction acide qu'il ne faut pas confondre avec la formation d’une nouvelle quantité de suc gastrique.
Il résulterait donc de ces expériences, que la sécrétion du suc gastrique et par suite, la digestion stomacale, se trouvent arrétées au moment de la section des nerfs vagues, mais on comprend que si on opérait cette section après qu'une certaine quantité de liquide gastrique a déjà été produite, une digestion partielle pourrait cependant avoir lieu.
Tout ce qui vient d’être dit doit se rapporter seulement aux cas de section des nerfs vagues dans la région moyenne du cou, car M. Bernard a remarqué que si l’on coupe les nerfs dans la poitrine, au-dessous du poumon et sur les côtés de l’œsophage, la digestion stomacale ne parait pas sensiblement troublée, ce qui semblerait indiquer que la sécrétion du suc gastrique se fait sous l'influence d’une action réflexe encore indéterminée.
Les nerfs vagues exercent encore une influence sur les mouvemens de l’estomac qui sont considérablement troublés après leur section, et qui ne se rétablissent définitivement que si les animaux vivent assez long-temps, pour que les nerfs coupés viennent à se régénérer.
Quant à la question de savoir si l'absorption de l'estomac se trouve abolie ou modifiée d’une manière quelconque, elle a été diversement résolue; et ces faits purement physioloques, sur lesquels repose cette discussion, ne sauraient trouver place ici.
5° Zffet de la section du pneumo-gastrique sur les fonctions du foie. Les fonctions du foie connues jusqu'alors sont: la sécrétion de la bile et celle du sucre. On n’a pas encore indiqué les modifications que la première de ces sécrétions subit sous l'influence de la section des pneumo-gastriques. Relativement à la seconde, M. Bernard a établi qu'elle est complétement supprimée par la section du nerf vague dans la région moyenne du cou, tandis qu’elle persiste après leur distribution dans la poitrine, au-dessous des poumons. Le mécanisme de l'abolition de cette sécrétion de sucre se rattache du reste à l'étude des actions réflexes du système nerveux dans les sécré-