‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 68 sur 407 · SPINAL · texte numérisé non relu

SPINAL

termine. Chemin faisant, la branche externe du spinal donne des branches au sterno-cleido-mastoïdien, et forme au niveau de ce muscle une sorte de plexus auquel concourent des rameaux

venant des paires cervicales et en particulier de la troisième. Les

anastomoses ont une disposition en anses très marquée. Après avoir franchi le sterno-mastoïdien, le spinal affaibli reçoit encore des filets de communication des deuxième et troisième paires cervicales. A la face profonde du trapèze, il reçoit deux branches des troisième , quatrième et cinquième paires cervicales. C’est à tort qu’on a dit que chez l’homme le spinal se rendait dans d’autres muscles que le sterno-mastoïdien et le trapèze.

Résumé de la description du spinal chez l'homme.

1° Le nerfspinal ou accessoire de Willis, étudié chez l'homme, est composé par une série de filamens nerveux, à origines superficielles et bifurquées, qui s’implantent sur la ligne de séparation des cordons postérieurs et latéraux de la moelle.

2° Ces filets d’origine du spinal commencent en haut, sur les côtés de la moelle allongée, au-dessous du nerf vague et descendent inférieurement jusqu’au niveau de la racine postérieure de la cinquième paire cervicale environ.

3° Le nerf spinal doit être divisé en deux portions: 1° Za petite racine bulbaire, qui naît de la moelle allongée au-dessus de la première paire cervicale, et qui est destinée à former la branche interne du spinal, dite anastomotique du vague; 2° la grande racine médullaire, qui prend naissance sur la moelle épinière cervicale, et est destinée à former la branche externe du spinal.

4° L’anastomose entre le spinal et le pneumo-gastrique dans le trou déchiré postérieur n’est pas constituée uniquement par les anastomoses de la branche interne qui se jettent dans le tronc du vague, mais il y a aussi un ou plusieurs filets plus antérieurement situés, qui proviennent du pneumo-gastrique et vont se jeter dans la branche externe du spinal; de sorte qu’en réalité il y a un échange de filets entre le spinal et le pneumo-gastrique.

5° Le nerf spinal doit être considéré comme un nerf essentiellement moteur. La branche interne se jette dans le vague et s'associe, de plus, au glosso-pharyngien et au grand sympathique par l'intermédiaire du plexus pharyngien, tandis que la branche externe va s’associer avec le plexus cervical.

Comparaison du pneumo-gastrique et du spinal avec les racines d'un nerf rachidien.

Nous avons déjà vu que Galien confondait le nerf spinal avec le pneumo-gastrique. Ce fut Willis qui, le premier, le décrivit comme un nerf anatomiquement et physiologiquement distinct. Plus tard, Goeres et Scarpa comparèrent les deux nerfs pneumogastrique et spinal réunis à une paire rachidienne dont le pneumo-gastrique représenterait la racine postérieure et le spinal la racine antérieure. Cette idée a surtout été développée et introduite dans la science par Bischoff. Cet auteur, dans un travail remarquable, s'appuyant d’une part sur l'anatomie humaine et comparée, et d’autre part sur l’expérimentation physiologique directe, avança cette proposition absolue : que le pneumo-gastrique (nerf sensitif) et le spinal (nerf moteur) ont des origines distinctes et setrouvent entre eux dans le même rapport anato-

mique et physiologique que les deux racines d’une paire rachi- 6a

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dienne. « Nervus accessorius Willisii est nervus motorius atque eamdem habet rationem ad nervum vagum qui sensibilitati solo modo præest quam antica radix nervi spinalis ad posticam. »

M. Bernard, s’appuyant également sur l'anatomie et l'expérimentation physiologique, a développé une opinion opposée et soutient que le spinal, nerf distinct du pneumo-gastrique ne peut pas être considéré comme sa racine motrice. Voici les raisons sur lesquelles il appuie son argumentation anatomique.

Les principaux arguments apportés par Bischoff et par les autres auteurs qui ont soutenu cette comparaison anatomique se résument en disant :

1° Que le nerf spinal, comme une racine rachidienne antérieure, naît du faisceau antéro-latéral de la moelle ;

2° Que ce nerf, comme une racine rachidienne antérieure, est toujours dépourvu de ganglion sur son trajet ;

3° Que le spinal, en s’anastomosant dans le trou déchiré postérieur, par sa branche interne, avec le pneumo gastrique audessous du ganglion jugulaire, se comporte, à l'égard de ce nerf, de la même manière que le fait une racine rachidienne antérieure, quand elle s’unit à sa racine postérieure correspondante dans le trou de conjugaison, après son ganglion inter-vertébral ;

4° Enfin on ajoute que la distribution de la branche externe du spinal dans les muscles sterno-mastoïdien et trapèze établit pleinement sa nature motrice.

Tout le monde admet, en effet, et cela est incontestable, que le spinal possède les caractères anatomiques d’un nerf moteur. Ce qui n'empêche pas, ainsi qu’il sera facile à démontrer, que les rapprochemens précédens qui tendraient à faire considérer ce nerf comme la racine antérieure du pneumo-gastrique, ne soient complétement inexacts et forcés.

D'abord le mode d’origine du spinal n’est pas le même que celui d’une racine antérieure. Ce nerf prend naissance dans une étendue très considérable de la moelle épinière, tandis que chaque racine rachidienne naît d’un point très limité. Ensuite au lieu de s’insérer, comme les racines antérieures, dans le sillon de séparation du faisceau antérieur et du faisceau latéral, les filets originaires du spinal émergent d’une partie de la moelle beaucoup plus reculée et très près du faisceau postérieur.

Sous le rapport de ses variations de volume chez les animaux, le spinal ne se montre pas, comme une racine rachidienne antérieure, d'autant plus volumineux que les organes musculaires auxquels il se distribue prennent un plus grand développement. :

Ainsi le spinal n’augmente pas chez les animaux dont les organes pharyngo-gastriques acquièrent un volume considérable.

Chez le bœuf, où il y a quatre estomacs très musculeux et des mouvemens spéciaux de rumination, le spinal n’est pas plus gros que chez le cheval, où il y a un estomac simple, très petit, dans lequel les alimens séjournent pendant très peu de temps.

Mais le rapprochement le plus erroné qu’on a voulu établir entre le spinal et une racine antérieure, c'est d’avoir comparé son anastomose avec le pneumo-gastrique dans le trou déchiré postérieur, à l’union qui s'établit entre les racines rachidiennes antérieure et postérieure, dans le trou de conjugaison.

En effet, les deux racines rachidiennes, un peu au delà du ganglion intervertébral, qui appartient à la racine postérieure, se joignent et se réunissent de telle maniere, qu'il y a une décussation intime entre leurs filets. Cetteintrication, qui était entière, se montre comme une fusion complète des deux racines en un

nerf mixte; de telle sorte qu'il devient impossible de distinguer si un rameau, né au delà de cette union, provient de la racine antérieure, plutôt que de la racine postérieure.

Pour le spinal, au contraire, c'est une simple jonction partielle de sa branche interne avec le tronc du pneumo-gastrique. Bischoff, partageant l'erreur de Scarpa, de Goeres, etc., pensait que cette branche anastomotique interne résultait indistinctement de filets émanés de toute l’étendue des origines du nerf spinal. Mais les dissections de Bendz, de Spence, ainsi que celles de M. Bernard, prouvent clairement que le rameau anastomotique qui se jette dans le tronc du pneumo-gastrique, provient uniquement des trois ou quatre filamens originaires, les plus élevés du spinal, qui naissent de la moelle allongée, tandis que toutes les origines situées au-dessous, et s’insérant sur la moelle cervicale, composent la branche externe du spinal, qui reste complétement étrangère à l’anastomose du spinal et du pneumo-gastrique.

Mais la comparaison, même ainsi restreinte, est encore fautive. En effet, si nous supposons que la branche interne du spinal seul joue le rôle d’une racine antérieure à l’égarddu pneumo-gastrique, elle devait se confondre avec lui, comme le fait une racine antérieure avec sa racine postérieure correspondante.

Or, au lieu d’une fusion complète, il existe un simple accolement, et on constate clairement, par la dissection la plus facile, que parmi les filets de cette anastomose interne du spinal, il en est qui se continuent directement avec la branche pharyngienne du vague, tandis que, à l'égard des rameaux qui naissent après l'union des racines rachidiennes, ainsi que nous l’avons déjà dit, le scalpel le plus habile ne pourrait les débrouiller, tant la fusion des deux nerfs a été intime. Spence, qui a soutenu cette opinion, que la branche interne du spinal représentait seule la racine antérieure du vague, n’a pas admis la fusion des deux nerfs, car il compare très ingénieusement cette anastomose à la petite racine motrice de la cinquième paire.

Une objection grave doit encore être faite, à la manière dont on a considéré l’anastomose du spinal, dans ses rapports avec le ganglion du pneumo-gastrique. On voit, en effet, que chaque racine rachidienne antérieure s’unit à la racine postérieure, un peu au delà du ganglion inter-vertébral de cette dernière. La plupart des auteurs regardant le ganglion jugulaire du pneumogastrique qu’on voit exister sur son trajet, au moment où il pénètre dans le trou déchiré postérieur, comme l’analogue du ganglion inter-vertébral d’une racine postérieure, ont cru trouver là un argument en faveur de leur doctrine, en disant que le spinal s’unit au pneumo-gastrique, au-dessous de ce ganglion. Mais il fallaitprou ver, d’abord, que ce ganglion du pneumo-gastrique était l’analogue du ganglion inter-vertébral d’une racine rachidienne postérieure. Or, il est facile de démontrer que le seul ganglion qui pourrait être rapproché de celui des racines postérieures est celui qui existe sur le trajet du pneumo-gastrique, au-dessous de l’anastomose du spinal. Ce ganglion est très visible et nettement délimité chez certains animaux, tels que le chat et le lapin, tandis que chez l’homme il est représenté par une sorte d’intumescence ganglionnaire diffuse du tronc du pneumo- gastrique, à laquelle on donne le nom de plexus gangliforme, et qui avait été décrit déjà parfaitement par Scarpa. De sorte que l’anastomose du spinal diffère encore de celle d’une racine antérieure, en ce qu’elle se jette dans le pneumo-gastrique, réellement au-dessus du ganglion qui est l’analogue de celui d’une racine postérieure.

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