NERF SPINAL
En résumé, à cause de toutes les différences précédemment signalées, M. Bernard conclut: « qu’au point de vue anatomique, les nerfs pneumo gastrique et spinal ne sont pas dans les mêmes rapports que les deux racines d’une paire rachidienne, et que le rapprochement qu’on a voulu établir entre eux à cet égard, est
complétement fautif. »
Anatomie comparée.
Chez les poissons, qui sont complétement dépourvus de voix,
le nerf spinal n'existe pas.
Reptiles. Chez ces animaux, l'accessoire de Willis prend naissance entre les racines antérieures et postérieures des premiers nerfs cervicaux. Chez les chéloniens, ces origines descendent jusqu’au niveau du quatrième nerf cervical. Il remonte en recevant successivement des filets de la moelle allongée, et il sort du crâne par le trou déchiré postérieur, en se confondant plus où
moins avec le pneumo-gastrique.
Oiseaux. Chez eux, le nerf spinal se confond entièrement avec le pneumo-gastrique. M. Bernard a démontré que dans ces animaux, comme dans les reptiles, le nerf est réduit à la seule branche interne, et que la branche externe qui se distribue aux muscles sterno-mastoïdien et trapèze n'existe pas. Ceci explique pourquoi les origines de la moelle épiniére se prolongent beaucoup moins que dans les mammiféres.
Mammifères. Ce nerf existe chez tous les mammifères, ses racines s'étendent quelquefois jusqu’au septième nerf cervical.
On doit distinguer, ainsi que l’a fait voir M. Bernard, deux branches originaires du spinal, l’une provenant de la moelle épinière cervicale, et qui est spécialement destinée à former la branche externe, l’autre provenant du bulbe où la moelle allongée est spécialement destinée à former la branche interne qui se confond avec le pneumo-gastrique.
Chez le plus grand nombre des mammifères, la branche bulbaire du spinal se confond avec le pneumo-gastrique, cependant il paraitrait que cela n’est pas un fait général, car, Vrolic dit que, chez le chimpanzé, la branche interne du nerf spinal ne se réunit pas au vague, et va directement au larynx, tandis que la branche externe de ce nerf, chez le même animal, se distribue au sterno mastoïdien et au trapèze, mais presque exclusivement
à ce dernier muscle.
Fonctions du nerf spinal.
Au point de vue physiologique, comme au point de vue anatomique, le nerf spinal ne peut pas être considéré comme la racine motrice du pneumo-gastrique. M. Bernard, en effet, a démontré qu’en arrachant complétement l’accessoire de Willis, les animaux peuvent survivre long-temps, et pour ainsi dire, indéfiniment, ce qui prouve que les fonctions motrices du vague n’ont pas été détruites; ce qui aurait dû cependant avoir lieu nécessairement, si le spinal avait été la source unique des mouvemens pour ce nerf,
Le spinal a donc des fonctions distinctes et indépendantes de celles du vague.
Les propriétés du nerf spinal sont celles des nerfs moteurs en général, c’est-à-dire que l'excitation galvanique de son tronc
produit des contractions dans les muscles auxquels il se distri bue. D'autre part, il possède la sensibilité récurrente qui lui vient des racines postérieures des trois premières paires cervicales et non du pneumo-gastrique. Ce dernier fait démontre encore que le vague ne joue pas, par rapport au spinal, le rôle d’une racine postérieure.
Relativement à ses fonctions, le nerf spinal est spécialement destiné à l'organe de la voix, et on peut le désigner très bien sous le nom de zerf vocal. Après son extirpation, on constate aussitôt chez l'animal, une aphonie complète, une certaine gêne de la déglutition, la brièveté de l'expiration quand l'animal veut crier, les soufflemens dans les grands mouvemens, ou les efforts, et parfois un peu d’irrégularité dans la démarche, Tous ces phénomènes ne sont visibles que chez l’animal en mouvement; lorsqu'il est en repos ils disparaissent, et on constate alors que toutes les fonctions organiques qui sont sous l'influence du pneumo-gastrique, savoir : la respiration, la digestion et la circulation, s’accomplissent avec une grande régularité.
L'ensemble des phénomènes qui caractérisent la paralysie des nerfs spinaux se distingue par une foule de points, de la paralysie qui suit la section des deux nerfs vagues. On pourra mieux saisir cette différence dans le tableau comparatif suivant :
Phenomènes propres à la paralysie des deux nerfs syinaux.
1° La voix est abolie.
2° La respiration n’est pas troublée; le nombre des respirations n’est pas changé.
3° Le nombre des battemens du cœur el des pulsations artérielles reste le même.
4° La digestion stomacale n’est pas dérangée, et les sécrétions gaslriques s’accomplissent bien.
5° La survie des animaux est indéfinie.
Phénomènes propres à la paralysie des deux nerfs vagues.
1° La voix est abolie.
20 La respiration est modifiée, et le nombre des inspirations est conslamment diminué,
3° Les battemens du cœur sont considérablement accélérés, et le nombre des pulsations artérielles est considérablement augmenté.
4 La digestion stomacale est profondément troublée, ainsi que les sécrélions gastriques.
5° La mort des animaux arrive généralement au plus tard après
trois ou quatre jours.
Il résulte de la comparaison précédente qu’il n’y a qu’un seul caractère qui soit commun à la paralysie des spinaux et à celle des pneumo-gastriques, c’est l’aphonie, ou l’abolition de la voix.
En analysant chacun des phénomènes qui suivent l’extirpation des nerfs spinaux. M. Bernard les rapporte tous aux troubles de l'appareil vocal et de l'appareil respiratoire, en tant qu'il sert à la phonation. Car il admet que le larynx et le thorax sont, en quelque sorte, des organes doubles qui tantôt servent à la respiration, tantôt sont utilisés à la phonation. Dans le premier cas, ils agissent sous l'influence du pneumo-gastrique; dans le second sous celle des nerfs spinaux.
Voici, du reste, comment M. Bernard résume les fonctions du spinal, dans leurs rapports avec celles du pneumo-gastrique :
Tous les troubles remarquables qui accompagnent la section des nerfs spinaux, se concentrent uniquement sur la partie mo trice ou dynamique de l'appareil respiratoire (mouvemens laryn giens, mouvemens thoraciques). Il importe de se rappeler que les agens respirateurs (larynx, thorax) peuvent, à raison des deux ordres de nerfs moteurs qui les animent, se trouver chez un animal sain dans deux états fonctionnels bien distincts.
Tantôt, comme cela, soit chez un animal qui reste en repos ou qui est plongé dans le sommeil, une seule fonction organique s’accomplit, c'est larespiration. Le larynx béant livre à l'air
un passage facile dansles poumons, le thorax se dilate et se resserre alternativement; enfin, l'inspiration et l'expiration, à peu près égales, s’exercent involontairement , d’après un rythme régulier que rien ne vient troubler: tels sont les phénomènes de la respiration simple. ù
Dans un autre état qui accompagne seulement la veille, et qui est appelé état respiratoire complexe par opposition au précédent, il se manifeste d’autres phénomènes , qui bien que se produisant toujours au moyen des agens respirateurs, sont cependant en dehors du but de la respiration : telles sont la phonation, Ja déglutition, etc.
Les agens respirateurs (larynx, thorax) ont donc un double but fonctionnel, et il serait vrai de dire que, dans le premier état de respiration simple, ces organes appartiennent exclusivement à la vie intérieure ou organique, tandis que, dans le second état de respiration complexe, ils intervertissent provisoirement leurfonction respiratoire, pour s’approprier à d’autres actes de la vie intérieure. Or, il ne faut pas oublier que c’est uniquement à ces organes que le nerfspinal va distribuer ses rameaux et porter son influence.
Dans l’état de repos, quand la respiration simple s’effectue, les nerfs spinaux n’ont aucun rôle à remplir; car lorsqu'ils sont extirpés et que les animaux restent calmes, ou qu’ils dorment, -on ne voit pas le moindre trouble dans leurs fonctions, et il serait tout à fait impossible de dire alors, s’ils ont des spinaux, ou s'ils n’en ont pas.
Mais quand l’état opposé au repos arrive et lorsque l’animal privé de ses spinaux veut accomplir les différentes fonctions qui établissent des rapports entre lui et le monde extérieur, il se trouve arrêté dans tous les actes qui, pour s’opérer, réclament des modifications particulières dans les agens respirateurs. La volonté de l’animal se manifeste pourtant toujours, mais elle n’a plus de prise sur sa respiration, pour l’arrêter, la modifier à son gré, et produire la phonation, l'effort, etc.
Le larynx et le thorax ne sont plus avertis, en quelque sorte, des actes de la vie extérieure qui se passe autour d’eux ou dans eux, ces organes, demeurés agens de la respiration simple , continuent perpétuellement, malgré l’animal, à exécuter cette fonction etils ne peuvent plus en remplir d’autres. Quand l’animal croit former un cri, il respire; quand il veut avaler, il respire en même temps; quand il cherche à faire un effort, il respire encore plus vite.
Ainsi les agens actifs de la respiration (muscles qui agissent sur le larynx, muscles qui agissent sur le thorax) reçoivent donc deux ordres d'influence nerveuse motrice. Dans l’état de respiration simple, V'influence du spinal sur eux est nulle; ce nerf n’excite des mouvemens qu’en vue des actes de la vie extérieure, et c’est lui qui préside à tous les changemens qui surviennent dans la mobilité du larynx et du thorax, lors de la respiration complexe, tels que l'effort, la voix. Aussi, sous ce rapport, le nerf spinal doit-il être considéré comme le nerf vocal par excellence.