‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 97 sur 407 · DE LA LANGUE · texte numérisé non relu

DE LA LANGUE

Sept nerfs on plexus nerveux d’origine différente se distribuent, de l’un et de l’autre côté, dans chacune des moitiés de

la langue.

1° Le grand nerf hypoglosse ;

2° La branche linguale du trijumeau ;

3° Toute la portion linguale du glosso-pharyngien ;

4° Un rameau, dit la corde du tympan, aujourd’hui généra-

lement considéré comme étant dégagé du facial, et qui s’adjoint au lingual ;

5° Un autre rameau, également né du facial, au-dessous du

précédent, et qui s’adjoint au glosso-pharyngien.

6° Un vaisseau émané de la branche laryngée supérieure du

pneumo-gastrique.

7° Enfin, un plexus nerveux ganglionnaire, né du plexus caro-

tidien, et qui accompagne l’artère linguale et ses divisions dans toute l'étendue de la langue.

Dans cet exposé sommaire où, pour être court, je ne vais faire qu'indiquer, et non décrire les nerfs de la langue, j'élaguerai tous les détails anciennement connus, pour ne signaler que des faits nouveaux ; seulement, pour offrir un ensemble complet aux faits d'observation qui résultent de mes recherches avec mon préparateur, M. Ludovic Hirschfeld, j'ajouterai ceux qui sont dus à d’autres anatomistes, en ayant soin de rendre à chacun ce qui lui appartient. Il est bien entendu aussi, que pour chaque nerf, quel que soit son mode de distribution au-dessus de la langue, nous n'avons à nous occuper que de sa portion proprement linguale.

La langue, comme tous les organes médians de l’appareil nerveux cérébro-spinal, se compose, suivant sa largeur, de l’adossement longitudinal de deux moitiés symétriques, c'est-à-dire exactement semblables, ou offrant de chaque côté la répétition uniforme des mêmes parties. Au contraire, suivant sa longueur, la langue se divise en deux autres moitiés, postérieure et antérieure, encore analogues entre elles, mais inégales dans leur volume, leur configuration et leur composition organique et un peu différentes par leurs fonctions. Et comme l'identité anatomique et physiologique des deux moitiés latérales de la langue n’est que l'expression de celles de leurs appareils nerveux, formés par les nerfs congénères des mêmes paires ; de même les différences anatomiques et physiologiques des deux moitiés, postérieure et antérieure, ne sont aussi que la traduction de celles de leurs appareils nerveux, formés en partie par les mêmes nerfs et en partie par des nerfs différens.

A la portion postérieure ou pharyngienne de la langue, y compris les deux éminences obliques du Vlingual, se distribuent des deux côtés, 1° une portion du nerf hypoglosse, uni à quelques filets du lingual ; 2° la branche postéro-interne et quelques filets de la branche antéro-externe du glosso-pharyngien; 3° en partie le filet dégagé du facial dans l’aqueduc de Fallope, et qui s’unit au glosso-pharyngien: 4° le fort rameau émané de la branche laryngée supérieure du pneumo-gastrique ; 5° l’autre filet dégagé du rameau tonsillaire du pneumo-gastrique; 6° les petits plexus ganglionnaires qui accompagnent les rameaux basiques de l'artère linguale. De tous ces nerfs, l’hypoglosse avec ses filets anastomotiques du lingual est le seul qui appartienne à la masse musculaire, indivisible dans toute l'étendue de la langue. Tous les autres nerfs se’rendent dans la portion pharyngienne de la membrane tégumentaire.

A la portion antérieure buccale ou palatine de la langue, en avant du V lingual, se distribuent des deux côtés, 1° la portion restante du nerf hypoglosse; ‘2° la branche linguale du triju-

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meau ; 3° le rameau du facial, dit la corde du tympan, uni chez l’homme au nerf lingual, mais qui paraît s’en isoler facilement chez quelques animaux; 4° la branche dorsale antéro-interne du glosso-pharyngien, et le rameau sous-lingual du même nerf ; 5° ajoutons-y et même pour la plus grande partie, le rameau du facial que nous savons être uni à la branche antéro - externe du glosso-pharyngien; 6° enfin les plexus ganglionnaires de l'artère faciale.

Voyons pour quelle part chacun de ces nerfs, d’usages si variés, entre dans la structure de la langue. Pour en offrir logiquement l'exposition anatomique, nous allons les suivre dans l’ordre de leur décroissance, suivant les masses proportionnelles de tissus quelconques auxquelles ils se distribuent.

A ce point de vue à la fois anatomique et physiologique, les nerfs de la langue se divisent en deux groupes : au premier groupe appartiennent l’Aypoglosse et le lingual, d’après nos recherches si fréquemment unies, à la surface et dans l'épaisseur des muscles linguaux, par les myriades d’anastomoses de leurs filets et de leurs nervures, qu’ils semblent appartenir en commun à toute la masse de la langue, dans ses organes moteurs et sensitifs, quoique pour une part proportionnelle trés différente, suivant la fonction spéciale, motrice ou sensitive, de chacun d'eux. Sous ce rapport, il n’est donc pas moins intéressant de les considérer d'ensemble, comme nous allons le faire, que séparément, comme on l’a toujours fait jusqu’à présent. Dans le deuxième groupe se rangent tous les autres nerfs dont la distribution se borne à la membrane tégumentaire de la langue.

En premier lieu vient l’ypoglosse, le grand nerf musculaire de la langue. C’est exclusivement le nerf moteur de cet organe; car c’est le seul de ce genre qui se distribue à ses muscles ; et non-seulement il leur suffit à tous, y compris les extrinsèques, mais c’est lui aussi qui anime, au-dessus de la langue, deux de ces groupes moteurs auxiliaires, les muscles sus et sous-hyoïdiens. On a cru longtemps que les filets terminaux de l’hypoglosse venaient se ramifier dans les papilles de la dorsale de la langue. Cette opinion, émise par Vieussens, et successivement adoptée par Cheselden, Boerhaare, et récemment, parmi nous, par M. Ribes, avait néanmoins été rejetée par tous les anatomistes. M. Huguier, qui a fait des recherches sur ce point, aurait vu les filets de l’hypoglosse former des arcades successives, et de plus en plus petites, analogues à celles que forment les artères mésentériques, et aurait toujours trouvé que les plus fins qu'il a pu suivre allaient se terminer à des filets musculaires, et jamais à la muqueuse buccale. Littéralement, et en ne tenant compte que des filets émis directement par l’hypoglosse, ce résultat de simple observation à l'œil nu est exact, mais incomplet. 11 est bien vrai que, même avec l’aide de microscope, tous les nervules, si abondans, fournis par les filets propres de l’hypoglosse ou par leurs arcades anastomotiques, se rendent exclusivement aux fibres des divers muscles. Mais quelle est la nature de ces filets, et n’appartiennent-ils donc qu'à l’hypoglosse ? C’est bien ainsi qu’on les comprend en physiologie ; mais l’anatomie montre que c’est une erreur. Préalablement à sa distribution ultime en nervules, l’hypoglosse, à la base de la langue, se dissémine en plusieurs plexus, dont les filets s’anastomosent en très-grand nombre avec ceux du lingual et des plexus artériels ganglionnaires. Et comme ces anastomoses se reproduisent à tous les plans dans l'épaisseur de la langue, les nervules terminaux de l’hypoglosse, sans rien perdre de leur qualité mo-

trice, empruntent néanmoins, de cette double adjonction, une nouvelle et triple signification.

Tout le monde connaît le beau plexus que forment, par leurs anastomoses, sur la face externe du muscle hypoglosse, les deux nerfs hypoglosse et lingual. J’ai examiné au microscope ces arcades anastomotiques à double origine, et j'y ai reconnu deux faits essentiels: 1° leur jonction par des filets ganglionnaires émanés du plexus de l’artère linguale; 2° l'émission, aux dépens de ces mêmes arcades, de nombreux nervules qui vont se distribüer, en pinceaux rayonnés, dans les fibres musculaires, et, au delà, dans la membrane tégumentaire. Evidemment chargés de trois sortes d’influences nerveuses, les uns cérébro-spinales ou de physique vivante, motrices par l’hypoglosse et sensorielles par le lingual ; les autres chimiques ou nutritives par les nerfs splanchniques vasculaires.

Mais le plexus triple du muscle hyoglosse, n’est pas le seul qui s'offre dans la langue. Il en existe deux autres, formés aussi par les nerfs hypoglosse et lingual : l’un très considérable dans les muscles génio glosses, et l’autre à l'extrémité du stylo-glosse, sur leurs entre-croisemens à la face inférieure de la langue. Et, si l’on y ajoute un quatrième plexus que nous avons trouvé aussi dans la portion intrinsèque du muscle stylo-glosse, formé aussi par le nerf hypoglosse, mais anastomosé ici avec le glosso-pharyngien, et un cinquième plexus, constitué dans le glosso-phylin par le glosso-pharyngien et le pneumo-gastrique, on reconnaîtra qu’il existe autant de plexus bien visibles que de muscles intrinsèques.

Disons toutefois, que cette vue serait encore trop restreinte, car elle ne s’appliquerait qu'aux plexus apercevables à l'œil nu. En fait, il en existe partout, à tous les plans des divers muscles de la langue, il ne s’agit que de les chercher avec attention. Il n’est aucun point des muscles intrinsèques, où ils né se révèlent sous le microscope; cette observation s'accorde avec une observation déjà faite par Remak, que la disposition plexiforme est commune à tous les nerfs de la masse musculaire de la langue.

Le lingual, par l'étendue de sa surface de distribution, se présente après l’hypoglosse. Mais quoique à une grande distance de ce dernier, pour la masse de tissus dans laquelle il se répand, il est néanmoins plus volumineux. C’est, comme on le sait, le caractère des nerfs sensitifs, d’être toujours plus gros que les nerfs moteurs, pour une moindre surface d’épanouissement.

On sait que, parvenu à la face inférieure de la langue, le nerf lingual se divise en deux séries, externe et interne, de rameaux fasciculés, en forme de pinceau, et composés chacun de six, huit, ou dix filets divergens. C’est aux dépens des rameaux internes qu'ont lieu les anastomoses du lingual avec l’hypoglosse formant le grand plexus des muscles génio-glosses et celui desstylo-glosses, sous la pointe de la langue. Voyons donc en quoi consistent la disposition et les rapports des deux principaux nerfs de l’appareil lingual.

Le plexus des muscles génio-glosses, qui domine l'appareil nerveux de la plus grande partie de la langue, est remarquable par l'extrême abondance de ses filets anastomotiques et sa vaste étendue. M. Valentin, s’il n’a pas poursuivi ce fait, l’a du moins entrevu, car il dit, à propos du lingual: « Ses ramifications « grosses et petites, forment entre elles des plexus nombreux «et très élégans, et en produisent également de non moins

« nombreux, mais plus délicats, avec les ramuscules du grand « hypoglosse » (Æncycl. anat., t. 1v, p. 380). D’un autre côté, M. Cruveilhier a reconnu que quelques filets de l’hypoglosse s’anastomosent avec ceux du lingual, tandis que plusieurs autres accompagnent l'artère linguale (Ænatomie descriptive, t. 1v, p- 714).

Ces faits étant établis, voici du reste en quoi consiste le vaste plexus des muscles génio-glosses. Il se compose de trois parties : 1° au centre, dans le sillon intermédiaire des muscles génioglosse ou lingual inférieur, se trouve l'artère linguale, environnée par son plexus nerveux splanchnique; 2° en dedans est le nerf hypoglosse, d’un aspect très remarquable; ce nerf, divisé en un grand nombre de filets, cesse de faire un tronc et, dans une longueur de quatre à cinq centimètres, s’éparpille en un réseau plexiforme, composé de huit à dix filets principaux, anastomosés entre eux et réunis par de nombreux filamens à courtes distances, qui environnent de leurs entrelacemens annulaires les faisceaux du génio-glosse; 3° en dehors, plongent les rameaux internes du lingual, également réunis par des filets anastomotiques, mais d’un aspect moins plexiforme que l’hypoglosse.

C'est aux dépens de ces trois plexus, marchant parallèlement à la face inférieure de la langue, qu'il s’en forme un triple, et commun aux trois espèces de nerfs. On y remarque, en effet, quatre sortes d’anastomoses : 1° de l’hypoglosse et du lingual, lun avec l’autre, dans l’intermédiaire du plexus splanchnique ; 2° des deux mêmes nerfs, par des filets qui s’anastomosent sur l'artère, avec son plexus; 3° du plexus artériel splanchnique, isolément uni de chaque côté, d’une part avec l’hypoglosse, et de l’autre avec le lingual. De ces anastomoses si varices, les plus remarquables sont celles des deux nerfs entre eux, car elles ont lieu au-dessus comme au-dessous de l’artère, et comme elles se répétent profondément par nervules très fins, sous le microscope, leur nombre paraït très considérable, car elles formentun réseau microscopique en filet, embrassant dans ses mailles les fibres des génio-glosses. Sur le plan moyen, ces deux vastes plexus s’anastomosent d’un côté à l’autre, et en avant, ils se continuent avec le plexus des stylo-glosses. J'ai fait dessiner à un faible grossissement de deux demi-diamètres les plexus triples des génio-glosses; mais pour ne pas faire confusion, on n’a tenu compte que des anastomoses principales, le réseau microscopique que forment toutes les autres étant si nombreux, qu’il masquerait tout si on le copiait au complet. Au reste, cette disposition caractéristique des deux grands nerfs, qui s’observe également dans toute la masse musculaire, déjà facile à reconnaître dans la langue de l’homme, acquiert encore bien plus d’évidence dans la langue des grands animaux, le bœuf et le cheval, où les principales anastomoses se font par de longs rameaux d’un volume considérable, demi à un millimètre de diamètre.

Si l’on a bien compris la disposition du plexus triple des génio-glosses, on voit que les anastomoses n'ayant lieu que par des filamens et des nervules très fins, n’interrompent pas la continuité des filets des deux grands nerfs visibles à l’œil nu. C’est ce qui explique comment le mode de mixtion de ces deux nerfs n'a pas appelé plus généralement l'attention des anatomistes. En suivant ces filets à la surface de la langue, ils continuent de s’y produire dans leur double caractère d’union et d'isolement ; c'est-à-dire qu’en même temps qu’on les voit s’'anastomoser, les nerfs de chaque sorte affectent la distribution qui est propre à

chacun d’eux. Les nervules de l’'hypoglosse se résolvent en ner- TD, "TIT.

vules musculaires, et ceux du lingual gagnent la membrane tégumentaire.

J’omettrai à dessein de parler desautres plexus secondaires qui n’offriraient qu’une répétition de faits analogues à ceux que je viens de consigner plus haut.

En somme, on voit que les deux nerfs hyoglosse et lingual semblent appartenir en commun, comme je l’ai dit, à presque toute la masse de la langue. La différence entre ces deux nerfs, mais elle est capitale, c’est que ce n’est qu’une faible portion des nervules de l'hypoglosse, mélangés avec ceux du lingual, que l’on peut supposer se rendre à la membrane tégumentaire de la portion buccale de la langue, tandis que presque toute la masse des nervules de l’hypoglosse se jette dans les fibres musculaires. Et en sens contraire, ce n’est qu’une faible portion des nervules du lingual, qui paraissent animer, avec les filets de l’hypoglosse, les muscles de la langue, tandis que la grande masse du lingual se distribue dans la membrane tégumentaire. Enfin, partout à l’union de ces deux nerfs, s’ajoute celle des nervules splanchniques. Évidemment on ne peut s'empêcher de reconnaître une alliance physiologique de fonctions, dans cette triple coordination anatomique, qui nous montre la sensibilité tactile venant se mêler pour une part, dans les muscles, à la force motrice; et celle-ci venant ajouter un principe de mouvement à la surface sensitive, en même temps que toutes deux se révèlent sous la puissance nutritive ganglionnaire.

Après l’hypoglosse et le lingual, tous les autres nerfs de la langue se distinguent par la petite masse organique à laquelle ils se distribuent, étant exclusivement destinés à la membrane tégumentaire. Leurs rapports étant moins complexes, je ne vais faire que les indiquer.

Le glosso-pharyngien est le plus considérable et le plus important de ces nerfs. Les usages de la portion linguale ayant été le sujet d’un grand nombre d’expériences physiologiques, je ne sais pourquoi son anatomie n’avait pas été faite avec plus de soin. Scarpa avait signalé son anastomose avec le lingual, près de son entrée dans la langue. M. Valentin le divise en deux rameaux, externe et interne, anastomosés tous deux, à leurs extrémités, avec des filets du lingual. Du rameau externe part un filet qui suit la face inférieure de la langue jusqu’à sa pointe. Le rameau interne, le plus gros, se répand dans la base de la langue, jusqu'au trou borgne, et forme autour de celui-ci un petit plexus coronaire. Un troisième rameau, intermédiaire entre les deux autres, ne va pas plus loin que l’éminence du V lingual,

Il est remarquable que dans aucune des descriptions de la portion linguale du glosso-pharyngien, il n’est fait mention de son mode de distribution à aucune sorte de papilles. Arnold est plus explicite, du moins l’un de ses dessins montre-t-il l’arrivée des filets du glosso-pharyngien aux papilles caliciformes (Tab. anat., fasc. 2, tab. x, fig. 13).

D’après nos recherches, la portion linguale du glosso-pharyngien s’est montrée constamment formée de deux branches principales, séparées l’une de l’autre bien au-dessus de la langue. L'interne, la plus forte, est celle à laquelle se borne ordinairement la description du nerf en entier. Je la nomme postéro-interne, parce que son épanouissement se borne à la portion pharyngienne de la langue. C’est elle qui se distribue principalement aux glandules et aux papilles mamillaires de cette région de la langue, et exclusivement, par des pinceaux de filets nerveux, aux grandes papilles caliciformes. La branche externe est

celle qui offre le plus de nouveauté. Je la nomme antéro-externe, parce que, contrairement à l’assertion des auteurs qui la font cesser en regard du trou borgne, ellese prolongesur la portion buccale antérieure de la langue, où on la suit à l'œil nu jusqu’à son quart antérieur, et au microscope jusqu’auprès de sa pointe. En arrière, cette branche forme un plexus d’anastomoses avec la précédente, et fournit de même des nervules aux papilles mamillaires et aux glandules linguales. C'est d’elle que naît le fort ramuscule décrit par M. Valentin, et qui est destiné à la membrane tégumentaire de la face inférieure de la langue. Sa branche dorsale antérieure de continuation longe, à un centimêtre de distance, le bord de la langue. En raison de son trajet parallèle aux lignes principales des papilles fongiformes et de son épanouissement vers la pointe de la langue où ces papilles abondent, on serait tenté de croire qu’elle leur est plus spécialement destinée, comme sa branche congénère postéro-interne l’est aux papilles caliciformes. Nous verrons, dans la dernière partie de ce mémoire, comment l’interposition de la membrane papillaire m'empêche de pouvoir préciser anatomiquement cette opinion d’une manière plus affirmative.

Les deux rameaux que le nerf facial fournit à la membrane tégumentaire de la langue, y parviennent d'une manière très différente.

Au delà du ganglion sous-maxillaire, le filet du facial, dit la corde du tympan, fait partie du nerf lingual. Chez l'homme, le plus ordinairement on ne peut le séparer de ce nerf avec lequel il se confond ; mais dans les cas mêmes où il s’en distingue, je ne sache pas qu'aucun anatomiste soit parvenu à l’isoler du tronc de ce nerf, sans solution de continuité; mais chez les animaux, le cheval, le mouton, le porc, d’après les recherches ré. centes de M. Demarquay, la corde du tympan se sépare facilement du facial. Elle forme alors un rameau qui se dirige en haut, vers la face dorsale de la langue. M. Demarquay, qui l’a poursuivie sur le pore, est le premier qui ait constaté sa distribution terminale dans la membrane tégumentaire de la langue.

La corde du tympan est celui des nerfs de la langue qui laisse le plus d'incertitude sur sa fonction spéciale, vu les résultats contradictoires qu’elle a fournis, par les vivisections, à des physiologistes très habiles. Ainsi, MM. C. Bernard et Guarini, d’ac cord avec l'opinion régnante, qui fait procéder la corde du tympan du nerf facial, dans l'aqueduc de Fallope, y voient une branche motrice de ce nerf ajoutée au nerf sensitif lingual. Mais voici, au contraire, que MM. Biffi et Morganti n’y reconnaissent qu’unrameau de sensibilité tactile, opinion nouvelle qui posetraiten doute la véritable origine de ce nerf au facial, que d'autres recherches actuelles semblent déjà tendre à remettre en question. Quoi qu’il puisse en être de la réalité de l’une ou l’autre de ces deux opinions inverses, l'anatomie n’a rien à y débattre, et ne pourrait fournir de nouvelle lumière que par une détermination précise de l’origine réelle de la corde du tympan. Pour cette science, en effet, d’un côté le lingual, nerf sensitif, n’a pas besoin de s’adjoindre, en la même qualité, la corde tympanique qui n’ajouterait à ses fonctions qu’autant qu’elle proviendrait d’une autre région de trijumeau, comme dans l’ancienne opinion de H. Cloquet ; et d’un autre côté, le même nerf lingual, pour s’adjoindre une force motrice qu'il semble déjà tenir si abondamment de l’hypoglosse, n'aurait besoin d’un rameau du facial que pour être mise en rapport avec tout le

système musculaire de la face.

L'autre rameau du facial, découvert successivement par

DES SENS

MM. Richet, Ludovic, Hirschfeld, et Gros, à l'insu les uns des autres, offre une origine et une destination plus précises. Né du facial, dans l’aqueduc de Fallope, au-dessus du point d’émission de la corde du tympan, il s’adjoint à la branche antéro-externe du glosso-pharyngien, avec laquelle il forme un plexus de filets anastomotiques autour et dans l'épaisseur du muscle stylo-pharyngien. Intimement uni au delà avec le glosso-pharyngien, il se distribue, en commun avec ce nerf, dans la membrane tégumentaire de la langue, et semble bien avoir pour usage de lui fournir une branche motrice dégagée du facial.

Le dernier des nerfs propres à la membrane tégumentaire linguale est le fort rameau émané du pneumo-gastrique. Ce rameau, signalé d’abord par MM. Cruveilhier et Richet, se dégage de la branche laryngée supérieure, s’insinue de chaque côté, sous la membrane tégumentaire de la base de la langue, en dedans de la branche postéro-interne du glosso-pharyngien, et s’y distribue en rayonnant jusqu’auprès du V lingual.

Enfin, ajoutons à tous ces nerfs les plexus artériels splanchniques, émanés des plexus intercarotidiens, et qui accompagnent les artères linguales dans toutes leurs divisions. N'ayant point à décrire ces plexus, il nous suffit, en ce qui les concerne, de constater les myriades d’anastomoses microscopiques qu'ils forment sur tous les points avec les différens nerfs de la langue, aux influences desquels ils viennent joindre celles de l'appareil nerveux splanchnique.

Il nous resterait à faire voir comment les nerfs de la langue se conduisent dans la membrane papillaire, où tous viennent se confondre, moins un seul, l'hypoglosse, qui néanmoins y communique. Ce sera l’objet de la deuxième partie de ce mémoire.

. En résumé, la langue, de tous nos organes est, après l'œil, celui qui absorbe le plus grand volume de nerfs, et elle est de tous, celui où se montrent le plus clairementle plus grand nombre d’influences nerveuses de toute sorte, quelles que soient, du reste, les spécialités de fonctions, encore incertaines, de plusieurs d’entre eux.

La langue reçoit pour chacune de ses moitiés :

1° Deux, ou peut-étre trois nerfs moteurs. (a) L’un très considérable eu égard au volume de l'organe, l’Aypoglosse, nerf moteur par lui-même, mais, en outre, remarquable àraison des influences diverses, auxquelles on peut souçonner qu'il participe par ses nombreuses anastomoses, au-dessus de la langue, avec tant d'autres nerfs de tout genre, moteurs, sensitifs et ganglionnaires. — (b) Un rameau du facial, présumablement moteur et qui s’anastomose avec le glosso-pharygien. — (c) Un autre rameau, la corde du tympan, de fonction douteuse, et présumé moteur par les uns et sensitif par les autres.

2° La langue reçoit une portion des #roës nerfs mixtes Où sensitifs, nés du prolongement céphalique de la moelle : (a) le glossopharyngien, dont elle absorbe la plus grande partie comme nerf de sensation spéciale, tandis que, par l’autre partie, elle se trouve en rapport sensitif avec le pharynx, l’isthme et le voile du palais. — (b) Le lingual, considéré par quelques physiologistes comme nerf gustatif; par d’autres, simplement comme nerf de sensibilité tactile; mais en tout cas, branche considérable du trijumeau, le nerf de sensibilité générale de toute la face. — (c) Un fort rameau du pneumo-gastrique, ce grand nerf mixte, de texture et d'usages si complexes, et qui se distribue dans son cours à tant d'appareils divers, en variant de fonctions dans chacun d’eux.

3 La langue, enfin, eu égard à son volume, est riche en

SENS DE LA VUE

plexus nerveux ganglionnaires, qui accompagnent ses fortes artères.

Dans ce conflit des intrications nerveuses, constatons rigou- ‘ reusement, par l’anatomie, de nombreuses anastomoses, qui mettent dans des rapports mutuels, les unes à l’égard des autres, toutes les parties de la langue: 1° des deux nerfs sensitifs entre eux; 2° de chacun d’eux avec deux nerfs moteurs: le lingual avec l’hypoglosse et la corde du tympan, si tant est que celle-ci soit une branche motrice; le glosso-pharyngien avec le facial par le filet de ’aqueduc de Fallope, ét avec l’hypoglosse par le plexus du muscle stylo-glosse; 3° des nerfs moteurs et sensitifs avec les plexus ganglionnaires, sur toute l’étendue des artères; 4° des trois sortes de nerfs d’un côté à l’autre, de manière à réunir les deux moitiés de la langue en un seul système solidaire.

La langue enfin, outre sa dépendance générale du centre nerveux cérébro-spinal, est en rapport synergique d'actions de toute sorte: 1° avec les puissances motrices de l'appareil hyoglosso-pharyngien, par les nerfs hypoglosses ; 2° avec l'ensemble du pharynx, par les glosso-pharyngiens et les pneumogastriques; 3° avec toute la face, par les facials et les trijumeaux ; 4° avec tous les appareils splanchniques, par les plexus ganglionnaires et par les pneumo-gastriques.

A l'aspect de tant de nerfs d'origines si différentes, partout réunis en plexus communs, dans un si petit organe, et dont la signification si large, au moins dans l’ensemble, devient en outre si complexe, en tenant compte des autres anastomoses des nerfs dans leurs parcours, doit-on s'étonner si la langue possède à la fois, des fonctions si nettes et si variées, des mouvemens si énergiques et en même temps si prompts, des sensations si vives et si délicates, des sympathies si rapides et si nombreuses ? Mais ce qui frappe surtout d’évidence et montre clairement les liens harmoniques de tant de fonctions, c’est l'alliance et la fusion , dans toute l’étendue de la langue, des trois sortes de nerfs, moteurs, sensitifs et splanchniques en plexus triples, partout anastomosés d’un même côté et d’une moitié à l’autre, qui semblent mélanger partout leurs influences. De sorte que, guidé par l’anatomie, le physiologiste, à partir de ces plexus, croit voir les nervules terminaux qui en naissent, amener du même coup sur tous les points, quoique en nombres différens et dans des proportions très variées, diverses sortes d’innervations, les unes doubles, les autres triples et même quadruples, suivant la multiplicité des fonctions de chaque partie.

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