COMPRESSION CONCENTRIQUE
Dans la compression, comme dans l'emploi de toute force physique, on retrouve la théorie du levier : une puissance qui agit par pression, un point d'appui pour la force, et une résistance qui est celle du tissu qu’il s’agit de vaincre, quel que soit l'objet que l’on se propose. Dans les cas les plus nombreux de compression simple, c’est de cette manière que figurent, chacun pour sa part, les trois éléments de la théorie : tels sont tous les genres de compression médiate ou immédiate des chairs ou des vaisseaux appuyant sur les os, Mais dans les circonstances, assez fréquentes en chirurgie, où l’on agit dans des cavités naturelles ou artificielles, la résistance, ou la partie comprimée, se trouve comprise entre deux puissances : tel est, par exemple, le cas où un repli cutané, tel que la lèvre, la marge de l'anus, un lambeau cutané traumatique, renfermant une petite tumeur ou une artère lésée, se trouve saisi entre deux doigts, les mors d’une pince ou tout autre appareil.
La compression concentrique est d’un emploi continuel en chirurgie. 1° Elle entre comme un moyen de réunion dans tous les pansements pour contenir les parties et les pièces d’appareil, et, à un degré plus fort, elle suffit souvent pour arrêter une hémorrhagie, à la surface des plaies, déterminée par de petits vaisseaux. 2° Par elle-même, elle constitue un moyen curatif pour faire dissiper un œdème ou l’empécher de survenir; pour rapprocher les parois des cavités, après la ponction, dans les épanchements; soutenir et accoler les parois affaiblies
“des vaisseaux distendus dans les varices ; empêcher le développement d’un grand nombre de tumeurs, et; en particulier, pour écraser les kistes séreux et faciliter l’absorption du liquide qu'ils contiennent; enfin, elle agit seule, par l'emploi des brayers, dans tous les cas de hernies réductibles, pour empécher la sortie des parties déplacées par les orifices dilatés qui leur donnent issue. 3° Comme moyen auxiliaire, la compression forme l’un des éléments les plus communs d’un grand nombre d'opérations. Elle sert à maintenir les fragments en contact dans les fractures; à suspendre et à ralentir le cours du sang dans le vaisseau principal de la partie sur laquelle on opère; à oblitérer provisoirement, par les doigts d’un aide ou une pince, les orifices des vaisseaux déjà coupés, pour ne point retarder une opération, et en attendant le moment d’en faire la ligature ; à fixer certains organes mobiles, tels que l'œil, la langue; enfin, partout où elle est praticable, à engourdir la sensibilité nerveuse pour diminuer la douleur dans les opérations.
Avantages et inconvéniénts. De quelque manière qu’on l'exerce, la compression continue, en génant l’afflux des liquides, condense les tissus et diminue, à la longue, leur volume. Appliquée dans ces derniers temps, comme système de traitement des tumeurs squirrheuses et cancéreuses et des engorgements lymphatiques des chapelets ganglionnaires du cou, de Vaisselle, de l’aine, elle a réussi quelquefois à en faire obtenir la résorption. A la vérité, dans la plupart des cas, on n’a pu que réduire la tumeur à un noyau d’induration mobile et indolent ; mais alors même la compression, en arrétant d’abord les progrès de la tumeur, puis en l’atrophiant et limitant son volume, a rendu plus efficace une ablation curative. Quant à son application aux tumeurs sanguines, on en a obtenu quelque succès, seule ou combinée à d’autres moyens, dans le traitement des anévrismes; mais pour les fongus et les tumeurs
“érectiles, si on a pu souvent en produire l’affaissement tant que
durait la compression, en général la tumeur reprend son volume et même s'accroît avec plus de rapidité dès qu’on en cesse l’usage. Enfin, ce moyen a de nombreux inconvénients, et ne saurait être employé que sur des tumeurs indolentes et dans l’absence de toute congestion antérieure. Presque toujours, sur le trajet des vaisseaux, son siége le plus habituel, il détermine, par la pression des nerfs, des lymphatiques etdes veines, des douleurs intolérables, et des engorgements lymphatiques et sanguins qui forcent d’en suspendre l’emploi. Dans les cas les plus simples, où la compression de tout un membre, de l'extrémité vers le centre, peut être long-temps prolongée, elle en détermine l’amaigrissement ou même l’atrophie ; les tissus fibreux deviennent plus secs, la fibre musculaire tourne au gras ; de sorte que le membre, raide, flétri et impuissant, de-
vient peu-à-peu incapable de mouvements.
De tout ce qui précède, il résulte que la compression permanente, dangereuse dans la plupart des cas, n’a, en outre, que des effets très-restreints : c’est donc surtout comme agent temporaire que ce moyen trouve son application. Le plus général et le plus utile est, sans contredit, comme moyen sus-
pensif du cours dusang; il trouvera sa place dans l’hémostatique chirurgicale,