‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 11 sur 470 · CONSIDÉRATIONS PHYSIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PHYSIOLOGIQUES

Toutes les enveloppes, quelles qu’elles soient, entrainent, pour les organes qu’elles renferment, des conséquences communes dans les deux états physiologique et pathologique.

En physiologie, comme nous l'avons dit, les enveloppes des organes ont pour effet, par rapport aux autres, de les isoler, les protéger, les soutenir, les préserver de l’action chimique et des mouvements des corps solides et fluides qui les entourent et leur sont étrangers. Par rapport aux organes eux-mêmes, elles les contiennent, les groupent, et, par le fait même de leur isolement et de l’agglomération unitaire de leurs éléments, facilitent l’accomplissement de leurs fonctions spéciales.

A un point de vue aussi général, les enveloppes, quelle que soit la nature de leur tissu, sont perméables ; mais dans un degré très inégal et décroissant, depuis les tissus les plus durs et les plus épais, jusqu'aux plus minces et aux plus diaphanes, La perméabilité des tissus organisés, qui joue un si grand rôle dans leurs actes fonctionnels, aussi bien en pathologie qu’en physiologie, semble, dans l’état actuel des connaissances, une propriété physique due à la porosité et à la vascuralité de leurs parois. M. Dutrochet, dans ses belles expériences sur la perméabilité des tissus membraneux, ayant reconnu qu’un courant s'établit nécessairement au travers d’une membrane qui sépare deux liquides de densité différente, a nommé endosrnose le courant qui a lieu de dehors en dedans, et exosmose, celui qui s'exerce de dedans en dehors. Ces phénomènes sont les mêmes qui étaient connus en physiologie sous les noms d'absorption et d’exhalation ; mais ils ont pris dans la théorie de M. Dutrochet, une signification plus étendue et bien autrement féconde en déductions physiologiques en raison des conditions physicochimiques qui les mettent en jeu. Toutefois, cet habile physiologiste, dans sa théorie, paraissait restreindre ce fait aux corps organisés de texture membraneuse. M. Raspail, en produisant les mêmes phénomènes avec des corps inorganiques poreux, tels que des lames de grès, à prouvé que l’action de l’endosmose et de l’exosmose était un fait purement physique; explicable par l'attraction capillaire appliquée aux corps poreux, c’est-à-dire par l’ébibition, ce qui généralise la théorie, sans toucher néanmoins à l'importance de ses applications physiologiques.

La perméabilité à deux courants inverses des tissus organiques est donc un fait général dans l'organisme ; mais seule-

ment comme nous l'avons fait observer, à des degrés différents, suivant la densité des deux substances en action, d’une part les tissus, et de l’autre les liquides. En théorie, et l’expérience le confirme pleinement, l’endosmose et l’exosmose sont très-rapides dans le tissu cellulaire et dans les cavités séreuses ; elles s’exercent à des degrés intermédiaires pour les tissus de moyenne densité, et se reproduisent encore, quoique d’une manière plus lente, même dans les os à l’état cadavérique. Pour se convaincre de ce dernier résultat, il suffit de mettre un os à macérer dans l’eau pendant quelques jours, après lesquels on trouve des cavités centrales remplies d’un fluide aqueux; un autre fait, bien connu, est celui de la transsudation de la matière grasse intérieure qui s’effectue lentement, mais pendant un laps de temps considérable.

Ainsi les enveloppes organiques, outre leur usage général comme moyen de protection, de support et d’isolement, au point de vue simplement dynamique, doivent, en outre, sans sortir de leurs propriétés physiques, être considérées comme des organes d’imbibition en quelque sorte préparatoires à la fonction générale de la circulation, et, par le seul fait de cette propriété, comme un moyen puissant de transport et de mélange des liquides, toujours et partout en action dans l’exercice des fonctions capillaires au sein des tissus. Comme conséquerice, il est évident que si l’enveloppe organique est bien mécaniquement une cloison d'isolement quant aux organes, aux tissus et à leurs éléments ou aux molécules solides, ainsi qu'aux liquides très-plastiques, par l'effet de l’imbibition qui s’accomplit au travers de son épaisseur, elle devient en physiologie un vaste moyen auxiliaire de communication pour les liquides les moins denses, les vapeurs et les gaz; d’où il résulterait que le corps humain dans son ensemble, comme tant de physiologistes, nos devanciers, l'avaient jugé à vue d’esprit, donnerait l’image d’un crible ou d’un filet, partout perméable, en surface et en profondeur. Ce résultat jadis entrevu d’instinct, à priori, est aujourd’hui prouvé jusqu’à l'évidence à posteriori. Les expériences si exactes de M. Magendie, sur l'absorption des substances liquides et gazeuses ; celles encore plus originales et non moins concluantes que ce grand physiologiste vient de faire l’an dernier, sur les effets de la coagulabilité et de la non-coagulabilité du fluide nutritif, et d’où il résulte que le sang défibriné, ou rendu trop fluide, transsude au travers de ses vaisseaux ; tant de faits certains et invariables dans leurs résultats, en même temps qu'ils élèvent la perméabilité des tissus au rang des vérités physiologiques les mieux démontrées, font entrevoir le rôle important que joue cette propriété dans l’accomplissement normal des fonctions, et dans le mode de formation, les accidents et les divers états des maladies.

Les propriétés physiques, communes à toutes les enveloppes, étant établies, il est utile de jeter un coup d'œil sur leurs fonctions spéciales.

Les aponévroses sont les seules auxquelles on ne connaisse pas d’autres usages que ceux auxquels les dispose leur résistance.

Les os, outre leurs fonctions mécaniques, jouent bien évidemment, par la réunion des cavités dont ils sont creusés, le rôle de diverticulum sanguinis ; de plus, mais cette opinion n'est encore qu'une hypothèse, peut-être s’opére-t-il à leur intérieur une élaboration analogue à celie de l’hématose ?

On ne connaît aucun usage spécial qui appartienne aux enveloppes fbro-celluleuses splanchniques.

Les membranes séreuses et synoviales, toujours humides, pour faciliter les glissements, doivent être considérées comme

des organes perspiratoires ; dans l’état normal, elles exhalent, non un liquide, mais seulement une vapeur ; du moins, les observations faites dans les vivisections rendent cette dernière opinion plus probable. Au contraire, dans l’état pathologique, l’exhalation, plus abondante, y donne lieu à un épanchement liquide.

Les mêmes fonctions appartiennent au {{ssu cellulaire. (a) Au point de vue physiologique, il est le siége de la formation des principes immédiats, de la nutrition et des transformations organiques. Comme aperçu général, le tissu cellulaire semble bien à priori le premier moyen d'isolement des maladies à leur début moléculaire, dans ses aréoles ; mais, vu son extrême ténuité, la communication de ses cellules et sa distribution par masses, comme moyen commun d'union et de remplissage dans les espaces inter-organiques , il devient à posteriori le principal agent de communication ou d’extension, par contiguité, des maladies, en dehors des voies de transmission circulatoire et des incitations sympathiques du système nerveux.

Les »#embranes muqueuses sont à la fois des organes de perspiration, de sécrétion et d'absorption; et des surfaces d'expansion de nerfs doués d’une sensibilité spéciale et qui varie dans chacune d’elles , suivant l’espèce de fonctions qu’elles remplissent.

La peau est douée de fonctions analogues, mais qui s’exercent à peu près uniformément sur toute sa surface. Organe général du toucher, sa fonction cependant est mieux précisée dans la pulpe des doigts.

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