‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 10 sur 470 · MEMBRES · texte numérisé non relu

MEMBRES

MEMBRE THORACIQUE !

Le membre thoracique, au point de vue de l'anatomie chirurgicale d'isolement, présente dans sa totalité des limites non moins bien arrêtées que dans le squelette. 11 se divise en quatre parties : l'épaule, le bras, l’avant-bras et la main.

L'enveloppe générale commune, ou la peau, présente pour ce membre des différences analogues à celles que l’on remarque au tronc; elle est âpre au toucher, dense, épaisse sur la face postérieure, et s’'amincit graduellement du haut en bas et d’arrière en avant ; elle est très mince sur la face interne du bras où elle est aussi plus sensible. Le fascia cellulo-vasculaire sous-cutané offre sa plus grande épaisseur à l’aisselle où sa texture est fibreuse, à larges mailles; dans toute l'étendue du membre il se charge d’une quantité assez abondante de tissu adipeux. A la paume de la main, il adhère assez fortement à l’aponévrose palmaire. A partir des enveloppes aponévrotiques, le membre doit être analysé à part dans chacune de ses fractions.

‘1° Épaule. Intermédiaire entre le tronc et le bras, nous avons déjà vu qu’elle se fondait avec la naissance du cou par la continuité des fibres des muscles qui leur sont communs, le trapèze et l’angulaire. Il en est de même du tronc proprement dit pour les gaines des deux pectoraux et du grand dorsal. Les muscles propres de l'épaule sont contenus dans des gaines ostéo-fibreuses très solides, l’aponévrose extérieure d’enveloppe fixée sur ses bords, aux contours osseux, ayant une grande résistance ; c’est le cas des muscles sus et sousépineux, petit rond et sous-scapulaire, fixés à los par l’autre surface ; les autres muscles n’ont que l’aponévrose extérieure et sont libres par l’autre face : tels sont le deltoide et le grand rond. Intérieurement, les loges musculaires de l'épaule sont liées par la fusion de leurs aponévroses entre elles et avec les muscles de la poitrine et du bras. I] résulte de cet aperçu que l'appareil locomoteur de l'épaule constitue une masse d’une texture serrée, sans communication entre les loges, et où les muscles adhèrent intimement aux os, à l'exception du deltoide, dont la face interne forme une cavité de réception pour l’articulation scapulo-humérale.

2° Bras. L’aponévrose brachiale constitue dans son ensemble un cylindre membraneux sous-cutané, uni supérieurement

! Planches 9, 10.

EAP

dans son contour aux gaines des muscles de l'épaule, et traçant en particulier, par sa fusion avec l'enveloppe du grand pectoral, la seule ligne réelle de démarcation entre la région sous-claviculaire et le creux de l’aisselle. Inférieurement elle s’insère au pourtour de l'articulation huméro-cubitale. Latéralement, en profondeur, elle est fixée sur l’humérus par les deux cloisons inter-musculaires, interne et externe. Sur la face antérieure elle contient les deux loges musculaires des fléchisseurs, le biceps et le brachial antérieur, établissant par leurs tendons la continuation du bras avec l’avant-bras. La face postérieure contient la grande loge ostéo-fibreuse de l’extenseur, le triceps brachial.

3° Avant-bras. L'aponévrose anti-brachiale forme aussi un cylindre décroissant qui par ses extrémités s’insère au pourtour des articulations huméro-cubitale et carpienne. A l’intérieur, les cloisons aponévrotiques verticales et les deux os réunis par le ligament inter-osseux, séparent le cylindre vertical de l'avant-bras en trois grandes divisions renfermant, en avant, le groupe des fléchisseurs et pronateurs, en dehors celui des supinateurs, et, en arrière, celui des extenseurs.

4° Main, La main forme trois divisions principales : 1° le carpe, qui contient en avant, sous le ligament palmaire, la grande coulisse de glissement des tendons fléchisseurs, et, en arrière, dans plusieurs gaines, les coulisses de glissement des extenseurs. Les gaines synoviales établissent surtout la commupication entre l’avant-bras et la paume de la main ; c’est en particulier le cas des kystes hydatiques à double poche ; 2° la portion métacarpienne renferme les gaines des deux groupes de muscles latéraux, formant les éminences thénar et hypothénar. Au milieu, la paume de la main contenue par l’aponévrose palmaire renferme les gaines des tendons fléchisseurs et de leurs annexes, séparées, par l’aponévrose profonde, du plan des muscles inter-osseux et de l’adducteur du pouce, renfermés aussi dans des gaînes spéciales ; 3° les doigts, isolés un à un par l’enveloppe tégumentaire, renferment de chaque côté du squelette les gaines fibreuses des tendons : celle des extenseurs, en arrière, aplatie et adhérente aux os ; et l’antérieure, formant une cavité cylindrique isolée, d’une texture trés serrée. Partout, sur sa face palmaire, la main offre un pannicule adipeux sous-cutané très-abondant, qui fait office de coussinet.

MEMBRE ABDOMINAL ‘

L'enveloppe cutanée du membre abdominal est analogue à celle du membre thoracique. Épaisse dans les trois quarts de sa circonférence, elle est plus mince en dedans, surtout à la cuisse, au voisinage du bassin. Dans les points où s'exerce une forte pression sans mobilité, elle prend une épaisseur et une densité considérables, et se revêt de nombreuses couches épidermiques. (Ex : le talon et le coussinet sous-métatarsien.) Sur les saillies osseuses, qui nécessitent des glissements faciles, elle est âpre, ridée et doublée par une bourse synoviale qui facilite sa mobilité. (Ex : épine iliaque, grand trochanter et genou.) Le fascia cellulo-vasculaire sous-cutané isole la peau de l’aponévrose d’enveloppe, dans toute la hauteur du membre. C’est à la région inguinale, où ce fascia est le plus développé, qu’il a d’abord appelé l'attention comme enveloppe des hernies et qu’il a été décrit sous le nom de fascia superficialis. A partir de l’aponévrose sous-cutanée, le membre abdominal se dis-

1 Planches 5, 7, 8, 11, 12, 18.

tingue dans ses quatre fractions : la portion pelvi-fémorale, la cuisse, la jambe et le pied.

1° Portion pelvi-fémorale. (PI. 5, 7, 8.) Ses limites sont beaucoup mieux déterminées que celles de l’épaule. En épaisseur, elle s’isole net de la cavité abdomino-pelvienne par l'interposition de la cloison osseuse que forment les eaux du bassin. A la superficie, elle se continue seulement par la peau, la démarcation n'étant pas moins tranchée en arrière, par le contour de la ceinture osseuse, et, dans le pli de l’aine, par le dédoublement de l’aponévrose abdominale antérieure.

Les gaines des muscles pelvi-fémoraux rappellent dans leur disposition générale celle des muscles de l'épaule. La double gaine libre du grand fessier, analogue à celle du deltoïde, y revêt les loges fibro-osseuses des petit et moyen fessiers et des rotateurs de la cuisse, solidement maintenus dans leur position.

2° Cuisse, (PI. 7, 8, 11.) La grande aponévrose fémorale, type des membranes fibreuses de contention, s’insère par ses extrémités, en haut, à la ceinture osseuse du bassin et à l’aponévrose abdominale antérieure; en bas, au pourtour de l’articulation fémoro-tibiale, En raison de son épaisseur, du volume et de la force du membre qu’elle renferme, elle est pourvue d’un muscle tenseur propre, le fascia lata, renfermé dans une duplicature, outre le grand fessier supérieur, qui fait également office de tenseur par la bandelette fascia lata. En profondeur, l’aponévrose fémorale se lie à la tige centrale de support, le fémur, par la grande cloison inter-musculaire externe et les aponévroses des adducteurs, de manière à partager verticalement la cuisse en trois groupes principaux, en avant les extenseurs, en arrière les fléchisseurs, et en dedans les adducteurs, les uns et les autres séparés par des gaines secondaires.

3° Jambe. (PI. 12 et 13.) L’aponévrose jambière, composée comme celle de l’avant-bras de plusieurs fragments confondus en une seule membrane, environne circulairement la jambe, et vient s’insérer de chaque côté, en avant, sur le tibia, où elle se méle avec le périoste, qu'elle recouvre néanmoins par une première couche de fibres entre-croisées. Dans la profondeur du membre, le tibia et le péroné, réunis par le ligament interosseux, forment en travers une première cloison verticale qui isole en avant le groupe peu volumineux des muscles fléchisseurs du pied ou extenseurs des orteils. En dehors, deux cloisons verticales, implantées sur le péroné, circonscrivent la loge des péroniers ou élévateurs externes du pied. Ces deux loges, avec le tibia, ne forment encore que le tiers antérieur de l'épaisseur du membre. En arrière, la jambe offre deux groupes musculaires ; le plus superficiel, celui des extenseurs du talon, d’un volume considérable, est formé de deux couches superposées : sous l’aponévrose, et dans la moitié supérieure de la jambe, les loges des jumeaux, et au devant, dans toute la hauteur du membre, celle du soléaire. Le groupe profond, appliqué contre les os et le ligament inter-osseux, séparé du soléaire par une large aponévrose transversale, renferme les loges musculaires des fléchisseurs des orteils et de l’extenseur du bord interne du pied, le jambier postérieur.

4° Pied. (PL. 12 et 13.) Il est constitué en majeure partie par la voûte osseuse du tarse et du métatarse, interposée entre deux couches musculaires. A la face dorsale, une seule loge existe, celle du court extenseur commun; néanmoins, de même qu'à la main, pour ses tendons, il faut considérer comme continuation des loges musculaires de la jambe, la série

des coulisses tendineuses divergentes qui s’épanouissent sur la face dorsale du pied. La couche musculaire sous-plantaire est beaucoup plus complexe. Les aponévroses de contention y sont très résistantes. La grande aponévrose sous-cutanée commune, ou l’aponévrose plantaire, destinée à supporter d’énormes pressions, est la plus forte de toutes celles du corps humain ; fixée sur les os, aux deux extrémités du pied, et sur l'un et l’autre de ses bords, elle a pour auxiliaire dans le plan sous-osseux, le vaste ligament calcanéo-cuboïdien et métatarsien. La couche musculaire ne se compose, à la portion tarsienne, que d’un seul rang de muscles, le court fléchisseur commun, flanqué de l’adducteur et de l’abducteur des orteils extrêmes. À la région métatarsienne, les loges musculaires forment quatre plans, par l'addition des inter-osseux et des muscles propres du gros orteil. Toutes ces loges sont également remarquables par l'épaisseur et la résistance de leurs cloisons aponévrotiques d'isolement.

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