‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 115 sur 470 · COMPRESSION DES ARTÈRES EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

COMPRESSION DES ARTÈRES EN PARTICULIER

Artères de la face et du crâne.

La compression de ces artères s'emploie le plus ordinairement dans des cas d’hémorrhagies traumatiques. Ilest rare

qu'on puisse y avoir recours comme moyen préventif dans les Opérations.

1° Artère temporale. (PL. 19.) Facile à comprimer au-dessus de l’arcade zygomatique et dans toute l’étendue de son trajet ultérieur, les os du crâne formant point d’appui. Si l’une de ses branches est coupée en travers, il suffit d’une pression sur chaque lèvre de la plaie avec une compresse graduée, le tout maintenu par un bandage contentif (PI. 30). Pour le tronc principal, qui monte verticalement à deux ou trois lignes devant l'oreille externe, il convient d’appliquer la pelote mobile fixée par un lacs circulaire. (PI. 19.) Autrefois, pour toute lésion de cette artère, on appliquait le bandage dit #œud d’emballeur, aujourd’hui presque inusité.

> Artères frontale et sous-orbitaire. Ces deux branches de la maxillaire interne sont faciles à comprimer à leur sortie sous la peau par une compresse graduée que fixe un lacs circulaire bouclé. (PI. 18.) La compresse graduée se pose verticalement, pour l’artère sous-orbitaire, au milieu d’une ligne oblique étendue de l’angle externe de l’œil à l'aile du nez du même côté; et, pour la frontale, au-dessus de l’échancrure sourcilière.

3° Artère faciale. Sous-cutanée au tiers externe du bord libre de la mâchoire au-devant du masseter, il suffit de poser le doigt en ce point pour interrompre ses battements; une compresse graduée, maintenue par un lacs circulaire, suffit également pour sa compression permanente. (PI. :8.)

4° Branches cräniennes. En cas de lésion d’une branche cutanée occipitale ou auriculaire, il convient, de même que pour les branches temporales, de comprimer, par deux compresses graduées, au-dessus et au-dessous de la plaie. Le précepte d'interrompre la circulation sur le bout terminal est motivé par le jet de sang en retour que fournissent fréquemment les anastomoses.

Artères du cou.

La compression ne pouvant atteindre les branches artérielles du cou situées entre des parties molles très-mobiles et pourvues seulement de l’unique point d'appui central du rachis, sans gêner ou intercepter les grands canaux de passage aérien et alimentaire, la compression seule du tronc principal peut être motivée.

Artère carotide primitive. La compression du grand tronc artériel dela têteet du cou n'avait même pas été tentée jusqu’à ce jour. Dans les cas où le danger n’est point imminent, soit comme moyen curatif pour atrophier ou empêcher l’accroissement de fongus, d’anévrismes ou de tumeurs érectiles de la tête, soit comme moyen préventif avant de pratiquer une opération, pour éviter des hémorrhagies, déjà un grand nombre de chirurgiens ont tenté la ligature du tronc carotidien, peutêtre dans l’absence d'un moyen efficace pour la compression, que l’on emploie de préférence pour les autres parties du corps dans les cas analogues. Toutefois, la ligature d’un tronc carotidien, dans ces conditions, n’ayant pas réalisé les espérances qu’on en attendait, vu la rapidité du retour de la circulation artérielle dans les tumeurs par les anastomoses avec le tronc de l’autre côté, la compression, ne pouvant avoir plus d’effet que la ligature, ne saurait être efficace qu’autant qu’elle s’exercerait à la fois sur les deux troncs carotidiens. Des ins-

truments ont été imaginés dans cette intention par M. Malapert et par nous. (PI. 18°.) Maisce moyen hardi n’ayant pas encore recu la sanction de l'expérience, il nous semble que, comme pour le trépan, il n’y a qu’un seul cas admissible où l’on pourrait légitimement en tenter l'emploi, le coma apoplectique, lorsque le malade ne donne plus d'espoir, tous les autres moyens thérapeutiques ayant échoué. A la vérité, si un épanchement existe, c’est appliquer, après le mal produit, le remède qui aurait dù le prévenir; mais c’est tout ce que l'on pourrait se permettre d’abord, l'expérience seule, si elle avait eu de bons résultats, pouvant autoriser le chirurgien à agir plus tôt à l'avenir.

Pour appliquer instrument, chaque pelote doit être présentée horizontalement entre le sterno-mastoïdien et la masse médiane laryngo-trachéale, presque directe d’arrière en avant, mais avec une légère inclinaison de dehors en dedans. Enfin, dans cette double compression, en raison de l'extrême danger d'interrompre immédiatement la circulation des deux grands troncs cérébraux, trop imparfaitement suppléés par les artéres basilaires, la pression devrait être ménagée avec lenteur, en se contentant de diminuer l’abord du sang artériel sans l’interrompre entièrement.

Artères du membre thoracique.

1° Artère sous-clavière. Elle est facile à comprimer audessus de la clavicule, après son passage entre les scalènes, dans le point où elle appuie sur la première côte. Pour la compression temporaire, Camper a enseigné de la comprimer avec le pouce. Si l'artère est trop profonde ou l’écartement des scalènes trop étroit, on supplée au pouce trop large par le médius, ou l’on se sert d’une pelote à manche longue et mince. Nous avons figuré ces divers modes de compression dans les ligatures et les autres opérations qui se pratiquent sur le membre thoracique. Mais on ne possédait encore aucun moyen pour la compression permanente comme moyen curatif des anévrismes ; c’est dans ce but que nous avons imaginé un compresseur que nous avons soumis à l’Académie des Sciences. (PL. 19.) Cet instrument, qui s'applique à-la-fois de l’un et l’autre côté, et dont la pelote se prête à toutes les inclinaisons, réunit, sur des sujets de diverses natures, toutes les conditions désirables ; il diminue ou intercepte la circulation à tous les degrés, se maintient fixe une fois posé, et ne cause qu’une gêne trèssupportable.

2° Artère axillaire. Le plan ostéo-fibreux, formé par la seconde et la troisième côte, est le seul point sur lequel cette artère puisse être comprimée. Mais, en raison de l'épaisseur des deux pectoraux, nous avons acquis expérimentalement la certitude que les sujets très maigres sont les seuls chez lesquels on puisse suspendre la circulation par compression, et encore est-il nécessaire, pour y parvenir, que les muscles soient mis dans le relâchement en portant l’épaule dans l’adduction. Chez les sujets fortement musclés, on ne parvient pas à éteindre : complétement les battements de lartère radiale, soit que l’on comprime avec les quatre doigts (PL. 1 8), avec toute la main par la face dorsale des articulations métacarpophalangiennes, ou avec une pelote à manche de forme conique. C'est donc en vain que Dalh a imaginé son compresseur, qui,

1 La planche 13 ne figure qu'un compresseur simple, confectionné par M. Charrière. C'est après l'impression de cette planche que nous avons soumis à l'Institut, concurremment avec cet instrument, un autre compresseur qui est double.

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pour nous, ne remplit dans aucun cas le but pour lequel il a été inventé.

3 Artère humérale. (a) À sa partie supérieure, au-dessous du tendon du grand pectoral, où elle est placée entre le biceps et le coraco-brachial, elle est comprimée assez facilement ou par les quatre doigts ou par un compresseur à vis. (b) Dans le reste de son étendue, où elle est superficielle, dans le sillon intermédiaire du biceps, et du brachial antérieur en dedans à la portion interne du triceps en dehors, la moindre pression par les quatre doigts, le pouce isolément, le garrot ou tout compresseur quelconque, appliqué perpendiculairement à la moyenne de l’espace inter-musculaire, suffit pour aplatir le vaisseau sur la face interne de l’humérus en regard, ou, plus exactement, sur les attaches humérales des muscles. Quant aux nerfs, la compression permanente est peu supportable en haut, où il est inévitable qu'elle appuie sur les nerfs médian, cubital et les deux”cutanés. Déjà, au milieu du bras, les trois derniers nerfs s’écartant par leur direction, et le médian-lui-même, mobile sous la peau, pouvant être un peu déplacé en arrière, les vaisseaux sanguins seront à peu près seuls comprimés. Enfin, quand on peut choisir, il convient mieux d'agir au tiers inférieur du bras, où le tronc du nerf médian s’isole de l'artère en dedans. Toutefois, en comprimant l'artère humérale, il n’est aucun moyen de ne point faire obstacle à la circulation veineuse en retour, la pelote agissant sur les deux veines humérales profondes et la basilique, de sorte que la céphalique est le seul tronc veineux demeuré libre.

4° Arières de l'avant-bras et de la main. La radiale et la cubitale peuvent être comprimées isolément par la pelote libre à lacs bouclé au tiers inférieur du bras, chacune sur l'os dont elle prend le nom. (PI. 20.) La seule précaution à prendre pour que la compression soit efficace, c’est, après avoir mis les muscles dans le relâchement, d’écarter les tendons des supinateurs et du grand palmaire pour la radiale, du cubital antérieur et du fléchisseur sublime pour la cubitale, pour faciliter l'application de la pelote, dont la conicité, facile à augmenter au besoin par une petite compresse graduée, doit être en rapport avec l’étroitesse du sillon inter-tendineux. L’artère radiale, dans sa portion dorsale à la main, se comprime de la même manière. Pour les collatérales des doigts, il est besoin d’urie pression perpendiculaire assez forte sur la phalange en regard.

Arières du membre abdominal.

1° Arière fémorale. (PL. 21.) (a) Sur le pubis. La compression temporaire est très-facile à l’arcade fémorale, où l'artère, peu profonde, appuie sur le pubis, au fond du triangle, qui a pour côtés la masse du psoas iliaque en dehors, celle du premier adducteur et du pectiné en dedans. Le pouce ou une pelote à cachet, présentée presque perpendiculairement au pli de l’aine, mais avec une inclinaison de haut en bas et de dedans en dehors, glissant sur la saillie du psoas iliaque, arrête brusquement les battements de l'artère. La compression permanente, également facile à exercer, est difficile à maintenir en raison de la configuration du membre en arrière. Néanmoins, le compresseur de Petit s'y applique, le lacs passant en arrière sous le pli de la fesse, et les téguments, au besoin, étant garantis de la striction en trois points par des compresses en double, en arrière et sur les côtés. Pour obvier au mouvement de bascule de la pelote, déterminé par la conicité

du membre et l’obliquité de traction du lacs, il faut fixer en haut la pelote par un linge attaché à un bandage de corps. (PL 21.) Nous croyons inutile de parler de quelques compresseurs imaginés dans ces derniers temps, qui, contre l’opinion de leurs auteurs, ne nous paraissent pas applicables en ce point.

(b) Au tiers supérieur ou à la partie moyenne de la cuisse, la compression est facile et efficace avec le compresseur de Dupuytren, dont nous avons donné le mécanisme. (PI. 21.) L'instrument étant ouvert, après avoir posé perpendiculairement la pelote de pression dans la ligne de l'artère au fémur, on abat la charnière qui place en arrière la pelote d’opposition; on n'a plus qu’à tourner la vis, quand on s’est de nouveau assuré que l'appareil est bien posé.

2° Artère poplitée. Cette compression est possible, par la pelote d’un compresseur, dans le creux du jarret, la jambe demi-fléchie; mais comme elle est douloureuse par la pression des nerfs sciatiques poplités, incommode et peu sûre par la situation du membre, elle est complétement inusitée et remplacée avec avantage par la compression de l'artère fémorale.

3° Arières de la jambe et du pied. V’artère tibiale postérieure est accessible en deux points : à l'extrémité inférieure de la jambe, entre le tendon d’Achille et les tendons fléchisseurs au-dessus de la malléole, et, plus bas, entre la malléole et le talon, sous l'arc du calcanéum. Dans les deux cas, elle peut s’opérer avec la pelote libre, rendue plus conique par une compresse graduée, Cette même pelote s'applique également à la compression de l'artère pédieuse. (PI. 21.)

Artères du tronc.

1° Artère iliaque externe. Accessible à travers la paroi musculo-cutanée du bas-ventre, où l’on peut la déprimer contre le rebord d’un grand bassin, la compression ne peut en être faite qu'avec une pelote ou le dos des articulations métacarpophalangiennes, les muscles du bas-ventre étant dans le relàchement. Ce moyen préventif ne peut s'appliquer que pour un temps très-court et en attendant la ligature dans un cas de lésion de l'artère près de l’arcade crurale.

>° Artère aorte. Les muscles étant mis dans le relâchement par la flexion mutuelle du tronc et de la cuisse, l'aorte peut être comprimée, sur la région lombaire, ou par le dos de la main en travers, ou par une large pelote à manche. M. Tréhan, M. Baudeloque, et depuis plusieurs chirurgiens, ont employé avec succès ce moyen pour arrêter des hémorrhagies utérines après l’accouchement. Six à huit minutes de compression suffisent pour permettre la rétraction de l'utérus, qui deviendra l'obstacle naturel à toute hémorrhagie ultérieure. Nous avons représenté ce mode de compression, comme moyen préventif, dans la ligature des artères iliaques, primitive, externe et interne. (PL. 48.) Dans cet objet, nous avons fait confectionner, par M. Charrière, une large pelote rectangulaire à manche, et nous nous sommes assuré, sur plusieurs sujets vivants, de la facilité et de la promptitude avec lesquelles, par une pression très-modérée, on interrompt tout battement dans les artères iliaques externes. Cette pression même peut être maintenue quelques minutes chez un sujet en bonne santé, avant de donner lieu à des signes de pléthore sanguine vers la tête et les extrémités supérieures. Pour bien comprimer du premier

coup, la pelote doit être présentée dans son plus grand diamètre en travers de la ligne blanche, à deux pouces au-dessus de lombilic, un peu inclinée sur son bord inférieur, en bas et à droite, déviation nécessitée au dessus par le bord libre du foie.

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