‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 114 sur 470 · COMPRESSION MÉCANIQUE · texte numérisé non relu

COMPRESSION MÉCANIQUE

4° Garrot. Cet instrument, que nous avons décrit avec la figure qui le représente (PI. 20), agit par le lacs circulaire à la manière d’une ligature en masse. Pour rendre la pression plus directe, la bande ou la pelote, en comprimant plus spécialement dans le sillon vasculaire, oblitére le vaisseau principal, et par la saillie qu'elle forme, empêche la striction des téguments, préservés en outre sur la face opposée du contact des nœuds de torsion par la présence de la plaque. Le garrot offre plusieurs avantages : (a) On peut le composer partout, au besoin, avec les premiers objets que l’on trouve sous la main. (b) Son action compressive, efficace par rapport aux artères, aussi bien les collatérales que le tronc principal, se fait sentir également sur les nerfs dont il engourdit la sensibilité, double motif qui en recommande l'usage chez les sujets affaiblis et très-irritables, où l'on doit éviter le moindre écoulement de sang et de trop vives douleurs.

En opposition, le garrot a plusieurs inconvénients : (a) par l'étendue en surface qu'il exige, de ne pouvoir s'appliquer avec efficacité qu’à la partie moyenne des membres; (b) de s'opposer à la rétraction des muscles dans le cas où l’on opère sur la fraction même du membre où il est appliqué, et par conséquent d'augmenter la probabilité de la saillie de l'os; (c)d’intercepter la circulation des veines comme celle des artères et de faire pleuvoir le sang veineux à la surface de la plaie tant que dure la compression ; (d) mais surtout d’embarrasser la marche de l'opération par les lenteurs qu’il occasionne pour le réappliquer s’il se dérange, et par la précision et la rapidité qu'il exige pour suspendre et rétablir la pression, s’il est besoin de donner un jet de sang; (e) comme conséquence de la pression des nerfs et des veines, de ne pouvoir être maintenu pendant un temps un peu long sans risquer la gangrène, condition qui en restreint l’usage à la durée des opérations.

5° Pelote libre. Telle qu’elle a été introduite récemment dans la pratique, la pelote libre, comprimée par un lacs fixé lui-

même par des ardillons (PL. 18-21), estcommode pour la com-

pression des artères superficielles de médiocre éalibre; au besoin on empêche la striction des parties en éloignant le lacs

de la peau par l'application d’une compresse à plusieurs doubles en sens opposé.

6° Compresseurs.

Sous cette dénomination, nous comprenons tous les instruments de compression applicables à différentes artères, et plus où moins imités dans leur principe du compresseur de J.-L. Petit. Ces instruments, outre celui qui leur sert de modèle, sontles compresseurs de M. Charrière pour toutes les artères, de Dupuytren et de M. Colombat pour l'artère fémorale, et ceux que nous avons nous-même imaginés pour la carotide et la sous-clavière. Dans tous, le principe est le même, le membre étant compris entre deux pelotes, l’une de pression, l’autre d'opposition, réunies par un lacs circulaire et rapprochées par une vis de rappel fixée sur l’une d'elles. (PI. 18-21.)

Procédé d'application. Après avoir reconnu le vaisseau, on applique sur son trajet la pelote surmontée par la vis, et on la maintient fixée d’une main, tandis que de l’autre on dispose le lacs autour du membre, en posant la pelote d'opposition en sens inverse de celle de pression. Sans cesser de comprimer, on engage ou on fait engager par un aide l'extrémité libre du lacs dans la boucle de l’autre extrémité, et on le fixe lorsque la pression par raccourcissement du lien est portée au degré convenable.

Les compresseurs sont d’un usage indispensable en chirurgie; c'est le seul moyen de maintenir une compression permanente pendant un temps considérable, des jours et même des semaines, dans les cas de récidives fréquentes d’hémorrhagies, ou comme moyen curatif des anévrismes, sauf à en graduer, en suspendre ou en modérer l'effet, Ils ont sur le garrot plusieurs avantages : (a) d'occuper peu de place ; (b) de pouvoir être posés ou enlevés avec promptitude; (c) de ne comprimer que sur deux points opposés, et par conséquent de permettre la circulation veineuse en retour et la rétraction des muscles dans les opérations; (d) et enfin, ce qui est très important, de graduer à volonté la pression à tous les degrés par l’action de la vis, sans même déplacer l'instrument.

En opposition à tant d'avantages, ils n’offrent que deux inconvénients : le premier est ce que l’on nomme improprement la contusion des chairs, c’est-à-dire l’oblitération des capillaires par aplatissement prolongé des tissus, dont le résultat est, à la longue, la formation de plaques gangréneuses par obstacle à la circulation ; mais déjà cet effet, inévitable dans toute compression, est limité par ces instruments à la plus petite étendue possible, et n'existe en réalité que dans les cas d'application longtemps continuée. Le second inconvénient consiste dans les mouvements de bascule dus à la longueur de la vis, qui déplacent la pelote de pression ; mais il n'appartient qu'aux compresseurs à lacs, ceux dont les pelotes sont réunies par un arc métailique offrant toute la fixité désirable par la solidarité des deux points d'appui.

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