LUXATION DES DENTS
Cette opération en elle-même n’est que le premier temps de l'extraction et s'opère avec les mêmes instruments. Son objet particulier est de convertir en un corps étranger une dent cariée ou une dent saine dans son tissu, mais depuis longtemps affectée d'une névralgie trés-douloureuse qui a résisté à tous les moyens. On se borne alors à soulever et incliner la dent de manière à rompre au fond de l’alvéole son nerf et ses vaisseaux ; mais on s'arrête aussitôt cet effet produit, et replaçant avec les doigts la racine dans sa position perpendiculaire, si le nerf est actuellement peu douloureux on presse sur la couronne pour enfoncer la racine dans sa position première; si au contraire la douleur est trés-vive dans le moment, il vaut mieux maintenir l’écartement des arcades alvéolaires par l’interposition d’un morceau de liége qui empêche la pression sur la dent luxée, proéminente, et on attend que la douleur soit dissipée, soit quelques heures ou au besoin un ou deux jours pour enfoncer la racine dans son lieu. En tous cas, une fois la dent replacée, sauf à nourrir le malade avec des aliments liquides, il est bon de maintenir l’écartement des mächoires et d'empêcher pendant quelques jours tout mouvement de mastication pour faciliter l’affermissement de l’alvéole et des gencives. Si on le Jugeait convenable, on fixerait aussi pendant le même temps la dent luxée, par une ligature portant sur les dents voisines.
La luxation ne se pratique que sur les dents à racine simple, incisives, canines et petites molaires; les grosses molaires avec leurs racines doubles, triples ou quadruples, n’offrent après la luxation de toutes les racines aucune chance de solidité. L’opération dans tous les cas exige que le ‘sujet soit encore jeune et les gencives saines.’ Pratiquée dans les conditions convenables, elle a réussi à Fauchard, à M. Malgaigne et à nous-même plusieurs fois. La dent devenue corps étranger continue de rester encastrée en son lieu, et: si les dents voisines etles gencives sont saines, après un mois elle est suffisamment affermie pour résister parfaitement à la mastication. Toutefois ce succès n'est que temporaire ; il persiste un plus ou moins grand nombre d'années suivant l’âge du sujet et l’état d’intégrité des arcades dentaires ; mais la dent finit toujours par devenir vacillante et tomber d’elle même, chassée de son alvéole par l’envahissement de l’ossification,
T. VI