EXTRACTION DES DENTS
C'est le dernier moyen à employer pour faire cesser la né vralgie dentaire, et on ne doit y avoir recours que lorsque la douleur est insupportable et que tous les autres moyens ont échoué. En général, certains opérateurs, et aussi les malades, quand ils appartiennent aux classes inférieures de la société, se décident trop légèrement à arracher une dent. Indépendamment de l'effet disgracieux qui résulte de leur absence, on doit toujours se rappeler : 1° que les dents sont des organes d’une fonction trés-importante, préparatoire à l’acte digestif, la mastication; 2° que celles de devant concourent aussi à la netteté de la prononciation; 3° que l’ablation de toute dent, par le vide qu’elle laisse dans le bord alvéolaire, facilite l’ébranlement des dents voisines ; 4° enfin qu'une douleur réitérée, vive et persistante, même d’une dent cariée, motif ordinaire de l'extraction, cède quelquefois à l'emploi des médicaments ou s'évanouit d'elle-même pour un laps de temps considérable, Encore doit-on réprouver davantage ces extractions réitérées et malheureusement si communes de dents saines et prétendues douloureuses, enlevées à tort, et qui ne font qu’exaspérer les souffrances causées par une névralgie de la cinquième paire. Toutes ces considérations doivent rendre très-circonspect dans l’ablation des dents, et font regretter que cette branche de l’art soit si généralement dévolue à une classe de praticiens dont les
connaissances sont loin d'offrir à la société une garantie suffisante,
Instruments *. Les dentistes ont énormément multiplié les instruments de leur profession. Aujourd’hui néanmoins les progrès de l’art, sensibles dans cette branche de la chirurgie comme dans les autres, en ont singulièrement réduit le nombre. En voici l’énumération :
1° Le speculum oris (Fig. 1), de diverses formes, imaginé comme moyen préparatoire pour maintenir l’écartement des mâchoires. Cet instrument est rejeté sans même avoir été usité.
2° Le déchaussorr, petit instrument à lame concave qui sert à détacher le collet de la dent des gencives adhérentes. Les chirurgiens y suppléent généralement par le bistouri droit, garni de linge jusqu’auprès de sa pointe.
3° La clef de Garengeot (Fig. à à 12), dont l'idée originale a été singulièrement tourmentée plutôt que modifiée dans les formes et les rapports du crochet et du panneton, fixes ou mobiles, mais sans aucun avantage réel, l'instrument tréssimple modifié par Garengeot, et auquel il a donné son nom, étant avec raison toujours préféré aux autres.
La clef de Garengeot, essentielle pour l'extraction des dents molaires, représente un levier du premier genre, dont la branche de la puissance, ou la tige, est très-longue par rapport à celle de la résistance, représentée par un crochet de traction articulé avec l'extrémité de la tige formant point d'appui. La tige elle-même est coudée pour ne pas porter sur les dents antérieures. À l’autre bout elle est fixée dans un manche transversal tenu à pleine main. Ainsi composé, cet instrument offre, avec une grande solidité, ‘une puissance énorme dont les effets peuvent se graduer avec lenteur. La clef est garnie
! Planche 26.
118 OPÉRATIONS GÉNERALES.
de trois crochets de rechange, variables de courbure et d’écartement suivant le volume des dents ; on y joint un quatrième crochet en 3 pour l'extraction des dernières molaires,
4° Le tirtoir (Fig. 23, 24, 25) se compose également d’un panneton et d’un crochet, mais coudés lun et l’autre et faisant suite à deux tiges parallèles articulées. Il diffère essentiellement de la clef en ce qu'il n'offre point en lui-même de point d'appui; le chirurgien, s’il éprouve de la résistance étant obligé d'appuyer la main qui opère sur l’autre main. Le tirtoir par son peu de volume et la variété des inclinaisons qu'il permet convient spécialement pour l'extraction des dents antérieures et des racines des autres dents.
5° Le davier (Fig. 13 à 21) est une droite pince ou courbe sur le dos ou sur le plat, de volume variable; le davier dont les mors agissent en travers est préférable à celui où ils se meuvent de haut en bas. Cet instrument sert à enlever des dents vacillantes ou des racines déjà ébranlées.
6° Le levier (Fig. 27 à 30) est une tige d'acier, coudée à son extrémité libre, de forme variée, qui sert à luxer les racines déntaires; le plus usité est l’élévatoire pyramidal.
Extraction des dents grosses molaires. (PL. 24.)
La clef de Garengeot, mais surtout la clef simple, est l’instrument universellement employé. Comme le double contact de l'acier, crochet et panneton, trop dur et inflexible, a souvent pour effet de faire fracturer les racines, il est prudent de garantir la surface plus large du point d'appui, ou du panneton, d’une petite bandelette contournée à plusieurs tours de chaque côté du crochet : cette bandelette, qui fait office de coussinet élastique, rend le contact plus doux, et permet une légère mobilité qui prévient la fracture.
Procépé opéraromRE. Le malade étant assis en position convenable, la bouche largement ouverte, s'assurer d’abord si des deux côtés, et spécialement de celuisur lequel s'applique le crochet, la couronne de la dent offre un point d'appui convenable pour l'instrument. Mais si les gencives débordent trop, au lieu de les contondre par refoulement, faire plutôt une petite incision parallèle à la dent avec le déchaussoir ou la pointe du bistouri droit, Cette précaution étant prise, introduire la clef, le mors écarté par l’interposition de l'indicateur gauche de l’opérateur ; se servir de ce doigt pour appliquer le crochet dans le lieu convenable, et maintenir fixement le crochet et le panneton dans leurs rapports, entre les extrémités de l'indicateur et du pouce faisant l'office de pinces; puis imprimer au manche de l'instrument, empoigné par la main droite, un mouvement de quart de cercle pratiqué avec force, mais avec une lenteur graduée, et qui produit la luxation de la dent. Cet effet opéré, faire glisser sur les gencives les doigts de la main gauche faisant pince, et, en continuant le mouvement de rotation porté Jusqu’au demi-cercle, extraire la dent de son alvéole. L'application du pouce et de l'indicateur gauche, faisant pinces, souvent trop négligée, est cependant fort utile : sur l'instrument, pour empêcher le déplacement du crochet avant la luxation; et sur les gencives, pour les contenir et prévenir la fracture de l’alvéole.. La dent arrachée, les mêmes doigts rapprochent lentement et avec douceur les bords gingivaux, le rétrécissement de leur intervalle devant hâter la cicatrisation.
Les préceptes de détails sont différents suivant que l'on agit sur l’une ou sur l’autre mâchoire.
1° Mächoire inférieure (Pl. 24). L'opérateur est placé en avant; la premiére grosse molaire peut être luxée indifféremment en dedans ou en dehors; mais, pour la seconde, la saillie de la ligne oblique externe et le rétrécissement du sillon intergénio-gingival augmentent la difficulté de la luxation en dehors, tandis que la minceur de l’alvéole et la largeur de Fespace facilitent la luxation en dedans. La même observation s'applique encore à plus forte raison à la dent de sagesse; d'où lon peut établir, en précepte général, de luxer vers le bord interne les trois dents grosses molaires de la mâchoire inféricure. Le seul cas vraiment exceptionnel est celui où, la dent malade étant très-serrée entre les autres, la difficulté d'obtenir un passage fait préférer la luxation vers la grande courbure.
2° Machoire supérieure (PL. 24 et 25). L'opérateur est placé debout, derrière ou à droite du malade, dont il maintient sur sa poitrine la tête fortement renversée en arrière; le point d'appui se prend en dehors, sens dans lequel doit s’opérer la luxation. Aucune difficulté ne se présente pour la première grosse molaire; mais quelquefois, pour la seconde, le rétrécissement de l’espace génio-gingival et le peu de longueur du bord alvéolaire qui rapproche d'autant l'apophyse coronoïde, revêtue du tendon du crotaphyte, et le bord antérieur du masseter, empéchent l'introduction de la tige et du panneton en dehors. 11 faut alors avoir recours au crochet en Z (PI. 25, fig. 3 et 4.) qui permet d'agir, le panneton appuyant sur la première grosse molaire. La même observation s'applique à plus forte raison à la dent de sagesse. Pour celle-ci, l'emploi du crochet en Z est d'autant plus nécessaire que l’espace en dehors, toujours trop étroit, est quelquefois encore diminué, par l'inclinaison de la dent en ce sens, et que le point d'appui ne peut être pris avec sécurité en dedans, vu la déclivité du bord alvéolaire et le rapprochement de l’apophyse ptérigoide, Si cette dent offre peu de prise, on a recours, pour la luxer, à l’élévatoire pyramidal, qui la renverse en arrière et en dedans, sauf à achever son extraction avec le davier.
Extraction des dents petites molaires.
Ces dents assez bien contenues, par les bords alvéolaires, et dont les racines sont coniques et assez courtes, sont, de toutes, celles qui s’extraient avec le plus de facilité. Intermédiaires pour la situation et la conformation entre les grosses molaires et.les incisives, suivant leur volume, le degré de leur fixité et l'étendue de la surface qu’elles présentent, on peut également les enlever soit avec la clef, soit avec le davier ou le tirtoir. Du reste, le procédé opératoire est le même que celui pour lequel on emploie chaque espèce d’instrument.
Extraction des dents canines et incisives. (PI. 24 et 25.)
On les extrait avec le tirtoir quand elles sont très-solides, avec le davier quand elles sont vacillantes : les mors de l'instrument doivent être assez étroits pour ne porter que sur la dent à extraire.
PROGÉDÉS OPÉRATOIRES: 1° Avec le tértorr. Cet instrument convient plus particulièrement pour les dents incisives. Le panneton étant préalablement garni de linge pour empêcher le contact trop dur de l'acier, est présenté sur la face externe de la