UNE
si vraie, que de leur intégrité ou de leurs altérations consécutives, dépendent l’état stationnaire ou l’arrivée de nouveaux épiphénomènes. Effectivement, si par lésion immédiate, ou par la durée de l'affection, l'enveloppe se trouve altérée dans sa texture, elle cesse de faire obstacle, et la maladie se propage de l'extérieur à l’intérieur, ou vice versd ; c’est alors que, forcément, le chirurgien doit pouvoir se transformer en médecin ou le médecin en chirurgien. Pour rendre cette assertion plus sensible par des exemples, supposons une plaie du cuir chevelu, avec fracture de l’os du crâne en regard, accident, à son début, spécialement du ressort de la chirurgie ; après un laps de temps plus ou moins considérable, et quelquefois immédiatement, la rupture des canaux vasculaires de l'os et le décollement ou la déchirure de la dure-mère produisent un épanchement sanguin à la surface de l’hémisphère cérébral, dont le traitement mixte, fondé sur les symptômes, pourra réclamer à la fois les secours de la chirurgie et de la médecine. Mais s’il y a eu des esquilles qui aient lésé la substance du cerveau ou que cet organe ait subi un fort ébranlement, il surviendra une céphalo-méningite qui deviendra la maladie principale, essentiellement du ressort de la médecine. Dans un cas inverse, soit un calcul rénal ou hépatique, donnant lieu, pendant longtemps, à des accidents qui appartiennent à la thérapeutique médicale; par suite du travail morbide, ce calcul se forme un trajet fistuleux, et vient causer un abcès entre les muscles, qui nécessitera, pour sa guérison, l'intervention du chirurgien.
Mais par cela même que les enveloppes ostéo-fibreuses des cavités splanchniques interrompent la communication de l’intérieur avec l'extérieur, elles concentrent mécaniquement les affections morbides des viscères, sans leur offrir d’autre issue à la périphérie que les rentrées tégumentaires. Ainsi, nombre de produits morbides, dans les maladies des organes thoraciques ou abdominaux, se tracent des voies jusqu’à la surface des membranes muqueuses digestive ou pulmonaire, pour être expulsés au dehors. Plus un organe est éloigné de semblables moyens de communication, et moins il offre, à priori, de chances favorables à la terminaison de ses maladies, les divers produits morbides retenus au dedans, outre leur influence plus ou moins délétère, agissant comme une cause incessamment renaissante d’irritation ou de compression.
En partant de ces données, les organes encéphaliques se présentent, dans l’état physiologique, parfaitement protégés par le crdne et sa quadruple enveloppe cutanée, musculaire el fibreuse. Mais s’il survient une congestion, comme il n’existe aucune rentrée tégumentaire qui puisse donner issue aux fluides, la compression, plus funeste ici que sur tout autre organe, en raison de la mollesse et de l'importance du viscère, survient néanmoins inévitablement.
À la face, où l'isolement des maladies par des cloisons osseuses n’est plus si complet, déjà les terminaisons sont, en général, plus heureuses, par la moindre résistance que les produits morbides trouvent à se faire jour sur l’une des deux surfaces cutanée ou muqueuse. Cette assertion est si vraie, que dès que la résistance des enveloppes augmente dans un point, les maladies y revêtent de suite le caractère de l’étranglement ; c'est ce qui rend si graves les affections de l'oreille interne et les brusques congestions du globe oculaire. En raison de la capacité libre des fosses nasales et de la cavité buccale, le même phénomène ne peut s’y produire qu'après un temps considérable, dans certaines maladies chroniques, telles que les polypes et diverses tumeurs fongueuses, lorsqu'elles ont acquis un grand volume : néanmoins, la glossite, pour la bouche, produit très rapidement les mêmes effets.
A la poitrine, la résistance de la cage ostéo-cartilagineuse, augmentée par la couche musculaire et cutanée, isole également les maladies des viscères thoraciques ; toutefois, l’ampliation du thorax, résultant de son élasticité et de l’abaissement du diaphragme, la circonstance d’une rentrée tégumentaire propre à faciliter le dégorgement, et la structure spongieuse des poumons qui leur permet de supporter plus facilement la compression, sont autant de conditions organiques quirendent moins immédiatement funestes les maladies des organes thoraciques.
Pour l'abdomen, en raison de l’extensibilité de ses parois musculaires, les conditions anatomiques sont encore plus heureuses ; aussi, la compression et l’étranglement, qui portent leurs effets sur les organes abdominaux, ont-ils toujours leurs causes dans ces organes eux-mêmes ou ceux qui les environnent, mais ne sont jamais produits par la résistance des parois. On sait à quelle énorme dilatation peut atteindre l’abdomen, dans l’ascite, sans qu'il en résulte autre chose que des troubles fonctionnels assez légers, tandis que le moindre épanchement pleurétique produit une gêne mécanique de la respiration, et que, quelques gouttes d’un liquide épanché dans l’intérieur du crâne, suffisent pour donner lieu aux accidents les plus graves.
La cavité du bassin, formée par une enceinte osseuse assez étroite, semblerait devoir donner lieu à des phénomènes de compresion des viscères qui y sont contenus ; néanmoins, elle échappe à ces effets par trois conditions anatomiques : la texture membraneuse et la mobilité des viscères eux-mêmes, les larges orifices par lesquels ils s'ouvrent au dehors et donnent issue aux corps étrangers, et la libre communication du bassin en haut avec la cavité abdominale, vers laquelle remontent les organes creux dans un état de dilatation exagérée, soit le rectum ou la vessie à l’état de plénitude, soit l'utérus chargé du produit de la conception,
Dans les membres, considérés comme tiges d'isolement, les os, en donnant implantation aux cloisons aponévrotiques et aux tendons funiculaires et membraneux, forment le sommet en cœcum d'autant de polyèdres celluleux, dans lesquels sont renfermés les groupes musculaires. Cette disposition, que l’on observe partout sur les os des membres, donne la théorie des foyers dans les abcès profonds où le pus, en suivant les trajets celluleux intermusculaires, s’assemble, à leur extrémité, dans une cavité en cul-de-sac, circonscrite par l’os central et les insertions fibreuses qui s’y rendent.
Localisation des maladies par les enveloppes membraneuses.
Aponévroses et tissus fibreux. Les effets de l’interposition de l'os, comme moyen d’isolement dans les maladies, sont également applicables aux aponévroses : généralement organes de contention dans l’état physiologique, elles deviennent, en pathologie, des causes d’étranglement. Cet effet est très sensible pour les grandes aponévroses des membres, dans les érysipèles phlegmoneux où le chirurgien ne saurait trop s'empresser de faire cesser la compression par de larges débridements, l'expérience ayant appris que cette congestion n’est pas seulement bornée au tissu vasculaire sus-aponévrotique, mais qu’elle intéresse les enveloppes des muscles, qui, renfermés sous l’aponévrose de contention, sont promptement dénudés par la suppuration. Le même effet d’étranglement se produit dans les congestions des tissus fibreux articulaires ; c’est ce phénomène en particulier qui cause les douleurs atroces du panaris. Des phénomènes analogues se remarquent aux membres dans toute espèce de congestion ou d’épanchement, et dans tous les cas de développement de tumeurs ; toujours
les aponévroses, tant superficielles que profondes, s'opposent à l'extension de maladies, modifient leur forme par la résistance qu'elles offrent, et, lorsque le volume est devenu considérable, donnent lieu à un étranglement.
Pour les cavités splanchniques, les membranes fibreuses des parois sont le moyen d'isolement complétif du squelette ; telles sont : à l'abdomen, les grandes aponévroses d’insertions musculaires; à la poitrine, les aponévroses cervico-thoraciques et intercostales ; au crâne et dans la cavité rachidienne, la dure-mère.
Les membranes fibreuses spéciales des viscères n'opposent
qu'un faible obstacle au développement des maladies de l'or-
gane qu’elles renferment, mais, par leur texture et leur extensibilité, résistent long-temps à l’ulcération ou à la rupture, en séparant l'organe malade des tissus voisins restés intacts. Les plus denses, la dure-mère, le péricarde, la tunique albuginée, peu susceptibles d'extension, en renfermant les produits morbides, sont une cause de compression pour l'organe qu'elles environnent.
Les gaines fibro-celluleuses des vaisseaux et des nerfs, susceptibles d’une grande extensibilité, forment une enveloppe d'isolement dans les épanchements sanguins, et en particulier dans l’anévrisme diffus. Sous ce rapport, la texture physiologique offre, par exception, la disposition la plus heureuse en pathologie, en limitant une infiltration du fluide sanguin qui entrainerait immédiatement les conséquences les plus graves, et en formant un obstacle qui met sur la voie de la guérison. Dans les phlegmons, ainsi que dans nombre d’altérations organiques étrangères aux vaisseaux, leurs gaines d’enveloppe ont pour effet de les protéger et de les isoler des tissus malades. Rien n’est plus commun, en effet, que de rencontrer entre les lobes de tumeurs de diverses natures ou au travers des foyers purulents, des faisceaux vasculaires isolés des tissus malades, et qui n’ont eux-mêmes subi aucune altération.
Les membranes séreuses, en raison des cavités sans issue qu'elles forment, et des produits de leur sécrétion ou des épanchements si communs qui s’y trouvent renfermés, sont, de toutes les enveloppes, celles où ce caractère a été le mieux compris. Malgré leur minceur, il est remarquable à quel point elles résistent à la pression et peuvent se conserver intactes dans le voisinage de tissus altérés ; on sait, en effet, que, dans les abcès profonds des parois du thorax ou de l’abdomen, déjà depuis un certain temps les aponévroses, amollies et perforées, ont permis l'infiltration profonde du pus, que la membrane séreuse en contact est restée saine et fait obstacle à l’extension de la maladie.
Le tissu cellulaire lui-même, en général agent de communication, se présente toutefois, dans certaines circonstances pathologiques, comme un moyen très efficace d'isolement. C’est par la superposition de ses couches que se forment les kystes celluleux ou les enveloppes des corps étrangers qui en permettent impunément le séjour au milieu des tissus, soit que ces corps, étant de nature organisée, se soient développés dans le lieu où ils font tumeur, soit qu’étant de nature inorganique, ils éprouvent un obstacle à se faire jour au dehors.
Les membranes muqueuses, en leur qualité de surfaces tégumentaires, ne forment enveloppe qu'à l'égard des autres tissus qu'elles préservent du contact des corps étrangers contenus dans leurs cavités. Il en est de même de /a peau, enveloppe tégumentaire générale, qui fait office de cohibant à l'égard des agents extérieurs.
Localisation des produits morbides.
Quant aux divers produits non organisables qui sont dépo-