‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 135 sur 470 · EXUTOIRES · texte numérisé non relu

EXUTOIRES

Action instantanée. À. Eau BouicLanre. C’est le moyen le plus efficace et par cela même le plus employé. 1° Procédé ordinaire. Avec une petite compresse pliée en huit ou dix doubles, façonner une masse de linge en forme de tampon, la tremper dans l'eau bouillante, et l'appliquer immédiatement sur le lieu choisi. A cette variété se rapporte le procédé de Hallé, qui, dans un danger imminent, au lieu d’eau, se servit d'huile bouillante. Cette application, extrêmement douloureuse, ne doit durer que quelques secondes : au-delà, elle produirait la cautérisation. Au reste, cette manière d’employer des liquides libres a toujours, par le fait de leur écoulement, l'inconvénient de tracer sur la partie des sillons enflammés qui gènent le malade dans ses mouvements et causent des douleurs inutiles. On doit donc préférer le moyen suivant. 2° Procédé d'Anthony Carlisle. Appliquer sur la partie un linge double mouillé sur lequel on promène un cautère nummulaire chauffé au rouge brun. Ce vésicatoire est, par le fait, le même que celui à l’eau bouillante; maïs il offre le double avantage d’être produit instantanément, sans avoir besoin de plusieurs réapplications, et on peut lui donner rigoureusement la forme et l'étendue convenables. — B, Cnareur sècue. 1° Procédé de Mayor. Faire immerger dans l’eau bouillante une tête de marteau ou toute masse de métal offrant une surface polie, jusqu’à l'imprégner de calorique à cent degrés, et l’appliquer immédiatement sur la peau. Ce moyen nous paraît lent et pourrait être inefficace, le corps comburant n'étant pas chargé d’une quantité suffisante de chaleur. 11 revient à un cautère, et néanmoins on ne peut conseiller l’emploi de ce dernier, de crainte d’un excès de température qui causerait la cautérisation. 2° 4/cool en ignition dans une timbale d'argent. Ce mode très-simple est efficace et d’un effet sûr, offrant, comme le procédé de Carlisle, une température suffisante à un degré permanent. Comme pour ce dernier, il faut prendre garde à un contact trop prolongé. 3° Cautérisation objective. Ce moyen est réservé pour ranimer les fonctions vitales dans les tumeurs blanches, les engorgements 1ymphatiques et les ulcères atoniques. Deux sortes de chaleur produisent cet effet : celle des rayons solaires rassemblés au foyer d’une lentille, moyen inusité; et l'approche d’un corps en ignition, mais mieux d’un cautère fortement chauffé. Ce dernier est le meilleur, en ce que son emploi est facile et toujours à portée. Du reste, comme dans les divers procédés susénoncés, la chaleur doit être présentée assez longtemps pour produire une vive douleur; mais son effet ne doit point dépasser la vésication, auquel cas l'opération deviendrait un véritable moxa.

Action rapide. Le moyen qui répond à cette indication est la pommade ammoniacale de Gondret, dont il a déjà été question en traitant des caustiques. On supplée à cette pommade par l’'ammoniaque elle-même, dont l'effet est presque aussi rapide que celui de l’eau bouillante. Pour cela, on couvre la partie d’un morceau de toile de diachylum, percée à son centre d’un trou de la grandeur de la plaie que l’on veut produire. Trempant ensuite un linge dans l’ammoniaque liquide, après l'avoir exprimé, on l’applique sur la peau à travers le trou du diachylum. On doit surveiller attentivement l’action de l'alcali en raison de sa grande énergie. L'effet produit, on lave la peau, et on panse comme à l'ordinaire. Ce vésicatoire, peu douloureux et d'un effet très-prompt, peut remplacer l'emplâtre de cantharides. L'inconvénient de l’ammoniaque est son odeur suffocante que beaucoup de malades ne peuvent supporter,

Action lente. Les cantharides en poudre sont la substance employée pour déterminer la vésication lente; cette poudre forme la base des emplâtres épispastiques, et sa teinture sert à préparer les taffetas vésicants. — Procédé d'application. L'emplâtre étant étendu en couche mince sur de la peau ou du linge, dans l'étendue convenable, et saupoudré à sa surface libre d’une nouvelle couche de cantharides, on rase la peau et on la frictionne avec un linge imbibé de vinaigre pour y appeler l’afflux du sang, puis on applique l’emplâtre vésicatoire, que l’on a légérement chauffé pour en faciliter l'adhésion. On prévient son décollement en le maintenant par des bandelettes agglutinatives en disposition cruciale, et on recouvre d’une compresse en double assujettie par une bande. Douze heures suffisent pour que la vésication soit produite. Après ce laps de temps, ou lève l'appareil, sous lequel on trouve une vaste phlyctène de l'étendue de l’emplâtre. Si on ne veut produire qu’un vésicatoire volant, on se contente de donner issue à la sérosité, et on panse immédiatement avec un linge sec très-fin. Si, au contraire, le vésicatoire doit suppurer, on coupe circulairement la vésicule épidermique avec des ciseaux, et on la détache dans toute son étendue avec des pinces.

L’emplâtre épispastique est le mode d’application des cantharides le plus usité; néanmoins il n’est pas indispensable. On obtient aussi bien un vésicatoire avec toute pâte inerte saupoudrée de cantharides, ou même toute surface adhérente, soit l’emplâtre de diachylum, ou un linge graissé ou imbibé de vinaigre, sur lequel on étend la poudre en quantité suffisante. Les cantharides ont un grand inconvénient; elles irritent fortement l'appareil génito-urinaire, et déterminent quelquefois la rétention d’urine, la cystite, la satyriasis ou la nymphomanie; elles ont aussi parfois une action irritante sur l’ensemble du système nerveux. Ces accidents, une fois développés, se combattent par les moyens appropriés, et surtout par la cessation de l’usage des cantharides dans les pansements consécutifs, Mais, pour en prévenir l’effet, lors de la formation du vésicatoire, on étend sur la surface la poudre de camphre mélée à celle des cantharides pour en neutraliser l’action. Ce moyen, s’il n’est pas toujours très-efficace, est du moins inoffensif, Enfin, Bosquillon prescrivait de surveiller le vésicatoire après quelques heures, et de l’enlever aussitôt qu’une vive rubéfaction est produite, l'application d’un cataplasme émollient suffisant pour faciliter le soulèvement de la phlyctène.

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