CAUTÈRE
On le forme de trois manières : par cautérisation, par incision et parirritation d’une surface déjà enflammée. On l’emploie dans toutes les circonstances où il convient d’entretenir une irritation très -prolongée : telles sont les phlegmasies chroniques, les paralysies, les névralgies, etc.
Lieux d'élection. On pose le cautère sur presque toutes les fractions du corps, en évitant seulement les saillies osseuses et tendineuses et les parties peu pourvues de tissu cellulaire. Partout le lieu d'élection est le point intermédiaire soit des attaches, soit des bords de plusieurs muscles où il se passe le moins de mouvements. Ainsi, on l’applique à la naissance de la nuque, entre l’écartement du trapèze et du splénius, dans les ophthalmies, les otites ou les céphalalgies rebelles ; dans un espace intercostal, en avant ou en arrière de la partie inférieure de la poitrine, dans les pleurésies ou pneumonies chroniques ;
sur lhypochondre droit, dans les affections du foie; des deux côtés de la colonne vertébrale, dans les cas de rachialgie ou de paraplégie; enfin, aux membres, comme dérivatif continu, dans les cas les plus variés. Pour la cuisse, le lieu d’élection est à sa partie inférieure et interne, un peu au-dessus du genou, sur le vaste interne et en avant des tendons du couturier et du droit interne; pour la jambe, un peu au-dessous du genou, entre le tibia et le bord libre du jumeau interne, derrière les tendons des muscles couturier, droit interne et demitendineux. Mais lorsqu'il n’existe aucune indication nécessaire pour le lieu, le cautère se pose préférablement au bras, le gauche surtout, entre l'insertion inférieure du muscle deltoide en arrière, en avant le bord externe du biceps brachial et l’attache interne qui résulte de la bifurcation du brachial antérieur; ou, de l’autre côté de l'insertion deltoïdienne, entre cette dernière, la portion externe du biceps, et l’attache externe du brachial antérieur.
1° Cautère par la potasse. C’est le mode le plus certain, et par cela même le plus généralement usité. Nous ne reviendrons pas sur le mode de son application, que nous avons donné en traitant des caustiques (page 88).
2° Cautère par incision. Saisir la peau entre le pouce et l’index de la main gauche en formant un pli longitudinal; puis, avec le bistouri tenu de la main droite, inciser l'épaisseur du derme. On place une boulette de charpie entre les lèvres de la petite plaie pour en maintenir l’écartement et produire une irritation. Après quelques jours, la suppuration étant établie, on remplace la eharpie par un pois. Ce procédé est facile et expéditif, mais le cautère qui en résulte tend plus facilement à se cicatriser et suppure moins long-temps que celui produit par la potasse.
3° Cautère succédant à un vésicatoire. Le plus ordinairement on est amené à établir ce cautère sur un point encore excorié d’un vésicatoire que l’on ne peut faire suppurer plus long-temps. On peut aussi établir directement ce cautère sur un petit vésicatoire posé préalablement dans une étendue de quelques lignes. Dès qu’il suppure, on y applique un pois que l’on maintient fixé par des fils qui en traversent l’épaisseur, et dont les bords sont collés à la peau par une bandelette agglutinative. Toutefois, la longueur extrême de ce procédé et la douleur qui en résulte doivent le faire abandonner.