EXUTOIRES
appropriés. L’ulcère qui en résulte n’est plus qu’un cautère, siége d’une suppuration abondante que l’on entretient avec des pois en nombre proportionné à son étendue, ordinairement trois ou quatre, fixés en chapelet par un fil qui les traverse, et dont on maintient les chefs au-dessus de la plaie par une bandelette agglutinative.
Cautérisation superficielle de la peau.
2° Moxa de l'Hôtel-Dieu. C’est le moxa ordinaire, pour lequel on a emprunté de Percy l’idée de tremper préalablement, dans une solution concentrée de nitrate de potasse, le coton cardé, que l’on fait sécher ensuite pour s’en servir. Ainsi pré paré, le moxa une fois allumé brüle tout seul avec activité ; mais il est convenable néanmoins d’en surveiller la combustion, pour la régulariser au besoin. Ses effets sont les mêmes que ceux du moxa ordinaire,
3° Moxa de Percy. Ce chirurgien le composait avec la moelle de la tige du grand tournesol (helianthus annuus), qu’il trempait, comme nous venons de le dire, dans une solution concentrée de nitrate de potasse, et qu’il faisait ensuite sécher avec soin. — 4° Moxa chinois. La substance employée est le duvet que l’on obtient en pilant dans un mortier les feuilles desséchées de l’armoise. M. Sarlandière a fait usage de ces moxas : il les pétrissait en forme de petits cônes qu’il appliquait plusieurs à la fois à des intervalles d’un pouce l'un de l’autre. On mouille de salive les points sur lesquels on veut les appliquer ; on les y fait adhérer par leur base, et, en allumant leur sommet, la combustion se continue ensuite d’elleméme. Ces deux espèces de moxa brülent très-vite, et ne produisent qu'une cautérisation très-superficielle; ils conviennent lorsqu'on ne veut causer qu'une forte vésication, mais d’une manière plus prompte et plus active, sur la sensibilité générale, que celle causée par le simple vésicatoire.— 5° Moxa tempéré de M. Regnault. C’est un petit cylindre de coton peu pressé, de trois à quatre lignes de diamètre sur une hauteur double. Son auteur l’a imaginé pour les cas d’hydrocéphale, et assure en avoir retiré de bons effets, appliqué, plusieurs à la fois, le long des sutures fronto-pariétale et inter-pariétale. Pour en diminuér l’activité, il interpose entre la peau et le moxa un disque de drap humide qui transforme son effet en celui d’un petit vésicatoire à l’eau bouillante.
Enfin, nous ne citons que pour les blâmer les combustions opérées sur la peau, en qualité de moxa, de petits fragments de phosphore, de camphre ou de soufre : l'impossibilité de gouverner leur action fait que, dans certains cas, ils produisent des cautérisations trop profondes, tandis que, dans d’autres, ils sont à peine suivis d’une légère vésication.
séron. (PL 22, fig. 1, 2, 3, 4.)
Cet exutoire consiste dans une plaie à double ouverture que l'on pratique avec l’instrument tranchant à la peau et au travers du tissu cellulaire, et dont on entretient la suppuration au moyen d’une bandelette de linge effilée des deux côtés, qui traverse la solution de continuité.
Lieu d'élection. 1° À la nuque. C’est le lieu le plus ordinaire. On l’applique contre la plupart des affections chroniques qui ont leur siége à la tête : ophthalmie, otite, ozène, céphalalgies habituelles. 2° 4ux parois thoraciques et abdominales, dans les cas de phlegmasies chroniques des viscères qui y sont con-
T. Vi.
tenus. 3° Sur les côtés de la colonne vertébrale affectée de carie. 4° Sur les grandes articulations, siége de tumeurs blanches. 5° Enfin, sur tous les lieux et dans toutes les circonstances où on a coutume d'employer le cautére et le moxa.
Toutefois le séton offre, comme les autres exutoires, ses indications spéciales. La certitude qu'il offre d’agir profondément sur des tissus variés et de provoquer une sécrétion de pus toujours considérable, doit le faire préférer comme dérivatif et évacuatif, pour amener la résolution des engorgements chroniques, suppléer à un écoulement habituel ou le tarir. Comme révulsif, au contraire, le cautère, mais surtout le moxa, lui sont préférables.
Procédé opératoire. 1° Avec le bistouri. Le malade est assis ou couché, en position convenable, suivant le lieu sur lequel doit être posé le séton. Soit, par exemple, à la nuque : le chirurgien, placé derrière et au côté droit du malade assis, pince la peau entre le pouce et les doigts pour en former un pli vertical, à large base, dont il fait tenir la partie supérieure par un aide. Dans ce premier temps, on doit, en faisant rouler entre les doigts les deux plis de peau juxtaposés, s'assurer qu’il n’y a point d'autre partie pincée dans l’anse; puis, le chirurgien traverse la base du pli avec le bistouri, qu’il enfonce jusqu’au talon, en l'inclinant vers l'ouverture de sortie, et le retire en agrandissant l’orifice d'entrée de manière à obtenir deux plaies parallèles d’égale hauteur. Déposant le bistouri, il insinue le stylet aiguillé garni de sa mèche préalablement enduite de cérat, traverse la plaie de part en part, lâche la peau et dégage le stylet. L'opération terminée, on panse avec un plumasseau recouvert d’une compresse en plusieurs doubles, sur laquelle on étend, par une série de replis, la longueur restante de la mèche, et on assujettit le tout par un bandage.
Pour la levée du premier appareil, lorsque la suppuration commence à s'établir, au troisième ou quatrième jour et successivement pour les pansements quotidiens, on enduit de cérat une nouvelle portion de mèche au-devant de l’orifice d'entrée, on tend la bandelette horizontalement de chaque côté entre les doigts, et, par un mouvement de transport de droite à gauche, on en fait glisser horizontalement une nouvelle portion dans la plaie; on coupe au-dehors celle qui vient d’en sortir, et on panse de nouveau.
Après un certain temps, lorsque la longueur de la mèche est épuisée, on en coud une nouvelle à l’extrémité de l’ancienne, que l’on fait glisser de la même manière, et on évite ainsi de se servir de nouveau du stylet aiguillé.
2° Avec l'aiguille à séton. Divers chirurgiens ont imaginé, sous le nom d'aiguille, une lame à deux tranchants, percée à une extrémité d’un œillet porte-mèche, de manière que l’opération se fait en un seul temps. Boyer vantait, à ce sujet, l’aiguille à laquelle il a donné son nom. Ce procédé sans doute est préférable comme plus expéditif; mais la nécessité d’un instrument spécial fait qu'il est peu usité.