MOXA
On appelle de ce nom un cylindre formé d’une matière inflammable, et que l’on fait brüler lentement sur la peau jusqu’au point de la convertir en escharre. Le moxa produit des effets semblables à ceux du cautère et s'emploie dans les mêmes circonstances; ou plutôt le moxa, dès que son effet est produit, n'est plus qu'un cautère, mais seulement qui emprunte de son mode de production un surcroît d'énergie, l'action progressive du feu se faisant sentir jusqu’à une grande profondeur dans les tissus voisins, Il s'ensuit que l’on ne saurait l'appliquer sur uu aussi grand nombre de parties que le cautère. Les lieux que l’on doit éviter sont : 1° les points où, la peau étant très-fine, l'escharre peut s'étendre très-profondément; 2° les saillies osseuses et tendineuses, où l’exfoliation peut être la suite de la cautérisation; 3° enfin, le trajet connu des gros vaisseaux et des nerfs.
Diverses substances peuvent servir à faire des moxas; telles
sont : le coton, la charpie, l’étoupe, le duvet de l’armoise, lagaric de chêne. Le mode de combustion propre à chacune de ces substances constitue des moxas correspondant à des indications différentes, suivant que l’on veut produire un effet plus ou moins énergique et durable, et conséquemment une cautérisation plus ou moins profonde.
Cautérisalion de la peau en entier. On y emploie le coton cardé, que l’on tord de manière à en former un cylindre ou boudin d’un diamètre égal à celui du moxa que l’on veut former, et qui est ordinairement d’un pouce; on l'entoure ensuite d’un linge que l’on coud solidement, et on l’enduit au-dehors d'une forte solution de gomme arabique, qui, lorsqu'elle est sèche, suffit pour en maintenir la solidité. Le cylindre formé, on en coupe un morceau de dix lignes de hauteur, qui constitue le moxa proprement dit.
Application. 1° Moxa ordinaire. Le malade étant couché en situation convenable, étendu sur un lit de manière à présenter en haut la partie sur laquelle on doit opérer, on aplatit d’abord avec soin les deux faces du moxa pour les rendre parallèles, la combustion en étant plus égale ; on allume ensuite une de ses extrémités à la flamme d’une bougie ou au moyen d’un charbon en ignition, et on applique sur la peau l’autre extrémité, Pour maintenir le moxa en contact, M. Larrey se sert d’un instrument particulier (PI. 22, fig. 9), et il entretient la combustion en soufflant avec un chalumeau (Fig. 8). Ces instruments néanmoins ne sont pas nécessaires ; toute verge plate de métal peut servir à fixer le moxa. On y emploie ordinairement les pinces à anneaux, ouvertes et appliquées à plat; et, quant à la combustion, il est plus facile et plus convenable de se servir du soufflet, mù par un aide avec la lenteur et la régularité convenables, et dont on dirige le tube d’une main, tandis que de l’autre on fixe le moxa. Il est nécessaire de régulariser la combustion pour qu’elle s’opère uniformément sur toute la surface, et, au lieu de la hâter, on doit, en commençant, la gouverner le plus lentement possible, la pénétration graduée de la chaleur et l’augmentation presque insensible de son intensité étant une des conditions pour l’énergie de l'effet révulsif que le moxa doit produire. Pendant le premier temps de l'opération, le malade n'éprouve d’abord qu'une chaleur douce et agréable; mais bientôt elle augmente au point de devenir très-douloureuse. La peau rougit à l’entour du moxa ; elle se couvre de gouttelettes de sérosité; on y observe de légères oscillations et de faibles palpitations des muscles sous-jacents. À mesure que la combustion s'achève, la peau se fronce ; elle sèche, jaunit, et forme des rides concentriques à la circonférence du moxa. Dans ce moment, la sensation de brülure est intolérable; le malade, vaincu par la douleur, s’agite, et il devient nécessaire de le contenir. Arrivé à ce point, le principal effet étant produit, on doit se hâter : d'achever la combustion. Au moment où elle finit, on entend une petite explosion, que l’on a attribuée à la rupture de vésicules remplies de sérosité, et qui projette au loin les débris du moxa. L'opération terminée, la douleur s'éteint comme par enchantement ; les téguments autour du point qu'occupait le moxa sont rugueux, secs et raccornis; au centre, il reste une escharre d’un brun d'autant plus foncé que la cautérisation a été plus profonde; parfois même cette escharre est fendillée ; elle intéresse toute l'épaisseur de la peau, et souvent aussi le pannicule adipeux.
Trois semaines où un mois sont nécessaires pour obtenir la chute de l’escharre, que l’on hâte au besoin par les moyens