‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 15 sur 470 · ANATOMIE DE COMMUNICATION INTER-ORGANIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE DE COMMUNICATION INTER-ORGANIQUE

Jusqu'ici, dans l'anatomie d'isolement, nous avons considéré l’organisation sous son aspect le plus vrai, l'anatomie à cet égard étant toujours d’accord avec la physiologie et la pathologie. Le point de vue de communication, au contraire, purement artificiel, n’est strictement exact que par rapport aux fluides les plus aqueux, pour lesquels les tissus représentent des cribles ou des fils de transmission. En ce qui concerne les solides, il n'existe, à l’état normal, que pour les surfaces tégumentaires, partout ailleurs, dans la profondeur des parties, les organes étant toujours isolés les uns des autres. Ainsi, la communication, par des espaces d’une certaine étendue, n'étant généralement que le résultat d’une rupture ou d’un travail morbide, c’est plus particulièrement en pathogénie que cette manière de considérer l’organisme reçoit son application.

D'après ce que nous avons vu plus haut, la nature, en formant les cavités, n’a pu les isoler si parfaitement, que leurs parois n’aient dû être perforées pour le passage des vaisseaux et des nerfs, d’où il résulte que les moyens généraux de liaison des parties de l’organisme sont les deux appareils vasculaire et nerveux, agents communs de la vie qui, à partir des deux centres, le cerveau et le cœur, pénètrent, par leurs divisions, dans la profondeur de tous les organes. Pour la continuité des faisceaux vasculaires, il a fallu des trous et des canaux de passage au travers des parois osseuses et aponévrotiques, et de longs trajets dans les adossements inter-organiques. En vain la nature, comme par un second travail, a-t-elle fermé les orifices par des brides fibreuses, et rempli les trajets par des gaïnes et de fortes adhérences celluleuses, ces moyens auxiliaires de résistance n’ont pu être si solides que, dans beaucoup de cas, ils ne cèdent aux pressions qu’ils ont à supporter : c’est de ce point de vue dynamique, renfermant la théorie étiologique d’un grand nombre de maladies, qui constitue l’anatomie de communication.

Vaisseaux à l'extérieur. Envisagés comme cylindres, par leurs parois, les faisceaux vasculaires se transforment en agents conducteurs des diverses substances gazeuses, liquides ou solides;

mais les effets varieront suivant la densité de chacune d’elles. Pour les gaz et les fluides blancs, la communication est en quelque sorte physiologique, ou, en d’autres termes, s’accorde avec l’état anatomique normal, la transmission des fluides s’opérant sans aucune altération des tissus, par le seul fait de la perméabilité. C’est ainsi que se produit généralement l'infiltration séreuse dans l'œdème et l’anasarque, et l’infiltration aérienne dans l’emphysème. Pour cette dernière, en particulier , il est commun de rencontrer les aréoles du tissu cellulaire déchirées ; mais ce fait, consécutif à une extension exagérée , n’a pas lieu lorsque l’épanchement gazeux est en petite quantité. Dès que la substance qui circule au travers des espaces celluleux prend une certaine densité, les portions séreuses seules sont susceptibles d’être enlevées par transsudation ; les parties solides, au contraire, se déposent, comme nous l'avons dit en traitant de la pathologie d'isolement, et ce n'est que consécutivement, par la destruction du tissu cellulaire, qu’elles peuvent s’épancher ou se déplacer au loin. Tel est le cas des liquides épais ou plastiques, le pus dans les abcès profonds, le sang dans les lésions des vaisseaux, les matières tuberculeuse, encéphaloïde et autres, dans le travail morbide dont elles sont les produits. Ainsi, on conçoit déjà en théorie, que les substances très-perméables, les gaz et les fluides aqueux, traversant avec facilité des tissus intacts, ne trouvent aucun obstacle à leur transmission et puissent donner lieu, en quelques heures, à des infiltrations générales, comme dans l’emphysème et l’anasarque; tandis que les fluides épais, ne pouvant s'étendre que par une destruction plus ou moins lente du tissu cellulaire, exigeront pour leur épanchement un temps beaucoup plus considérable; de plus, se trouvant bornés par les aponévroses et les adhérences fibreuses des gaines vasculaires, ils seront presque toujours circonscrits entre les limites d’une région du corps ou d’une fraction des membres. À l'appui de cette assertion, vient la théorie des abcès froids et par congestion. Pour le sang, en raison de sa plasticité et de la transsudation de sa partie séreuse, l’infiltration tendra à se circonscrire d’elle-même, comme on l’observe

dans l’anévrisme faux primitif. Ce phénomène se produira d'autant plus vite que le fluide sera plus coagulable, et que les vaisseaux lésés, étant d’un plus grand volume, seront environnés d’une gaine épaisse. Ces effets relatifs, souvent trèsremarquables entre des individus différents d’âge, de sexe et de constitution, ne sont pas moins sensibles chez un même individu, entre les deux sangs artériel et veineux.

Mais si, déjà, l’infiltration des liquides épais ne peut s’opérer que par une destruction cellulaire, on conçoit que le transport des corps solides ne puisse avoir lieu que par suite de l’altération des cloisons fibreuses d'isolement, fixées au pourtour des gaines vasculaires, qui, dans l’état normal, contiennent les parties et s’opposent à tout déplacement, Ce cas est effectivement celui des hernies et des corps étrangers. Les viscères, pour donner lieu à une hernie, supposent un effort préalable qui a déterminé la déchirure, l'allongement ou l’éraillement des cloisons fibreuses ; le déplacement alors n’a d’autres limites que l’extensibilité des organes eux-mêmes. Quant aux corps étrangers, le mécanisme est différent : par suite de l’irritation mécanique que provoque leur présence , ils déterminent au-devant d’eux un petit abcès qui leur permet de cheminer ; leur marche même n’est que suspendue par la rencontre d’une cloison fibreuse, peu résistante, qu’ils franchissent bientôt, après en avoir causé l’ulcération. C'est ainsi qu’ils parcourent souvent de longs tra jets dans les espaces celluleux inter-organiques.

Vaisseaux à l'intérieur. Considérés comme aqueducs des fluides en mouvement, les vaisseaux sont, en physiologie, les agents généraux de la nutrition , des sécrétions et de toutes les fonctions spéciales. Les nerfs sont les conducteurs des sensations et des volitions. Sous ce double rapport, les cylindres vasculaires, moyens communs de liaison des éléments de l’organisme, sont beaucoup plus que des agents de communication. En pathologie, les vaisseaux, charriant les divers liquides sains ou altérés dans leur composition, sont les moyens généraux de transmission des maladies qu'ils répandent dans tout l’organisme , lorsque les liquides sont eux-mêmes primitivement affectés, ou lorsqu'ils se trouvent mélangés avec les produits absorbés d’une maladie locale. Dans ces affections, dont les vaisseaux sanguins sont aussi les conducteurs, il convient de leur assimiler les nerfs, dont l'influence matérielle est encore ignorée dans l’état actuel de la science, mais qui, dans les phénomènes auxquels ils donnent lieu, semblent se conduire comme s'ils contenaient un fluide, soit que ce dernier soit mis en mouvement par une sorte de circulation, soit qu'il transmette un ébranlement, ou qu'il serve de conducteur à un agent impondérable.

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