‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 180 sur 470 · CORPS ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS

L'aiguille posée est laissée à demeure dans les tissus pendant un temps plus ou moins considérable. Pour la retirer on comprime la peau à son entrée entre deux doigts de la main gauche, pendant qu’on tire dessus de la main droite.

Telle est dans sa simplicité l'opération de l’acupuncture. Introduite par torsion, en vrille ou à petits coups, l'aiguille s’insinue par écartement entre les tissus sans donner lieu à aucun des accidents des piqüres, et sans qu'il s'écoule une seule goutte de sang. En procédant avec lenteur et ménagement, on arrive ainsi à traverser impunément non seulement la peau et les muscles, mais le tissu mème des viscères à toute profondeur. Quelle que soit au fond l'efficacité réelle du moyen thérapeutique, du moins l'opération en elle-même est inoffensive. Mais en est-il de même du procédé d'introduction d’un seul coup ? Quoiqu'il soit vanté pour sa promptitude par des chirurgiens qui le prétendent également sans danger, nous sommes loin toutefois d’oser en recommander l’emploi ; ne voyant pas comment cette lésion brutale, qui n’est en réalité qu’une piqüre, n’entrainerait pas, produite par l’art, les mêmes accidents que dans les cas où elle est accidentelle.

Quant au nombre des aiguilles, comme dans l'emploi de tous les moyens où l’on ignore ce que l’on fait, chacun agit à peu près à sa guise. Dans les premiers temps on n’a posé qu’une ou deux aiguilles ; peu à peu on en a augmenté le nombre, et c’est ainsi que, pour certains traitements de tumeur les aiguilles s'étant beaucoup multipliées, tel chirurgien a nommé acupuncrure tel procédé, par exemple, celui de M. Lallemand, modifié de la ligature en masse et que nous en avons rapproché nous même comme devant agir par étranglement. Quant au mode d’action de l’acupuncture en elle-même, on a supposé avec quelque vraisémblance qu’elle devait opérer par l'électro-gal-

-vanisme. De cette opinion est née la méthode suivante, dont l’action réelle ne saurait être contestée.

Électro-puncture.

On se sert pour cette opération d’aiguilles dont le manche est surmonté d’un petit anneau. Deux aiguilles étant enfoncées ou mises en place, comme il a été dit précédemment, aux deux extrémités de la partie ou de la région que l’on veut faire traverser par un courant électrique, on y attache les deux fils métalliques correspondant aux deux pôles d’une pile galvanique en action. Pour plus de prudence et de sécurité il est important de graduer les effets du galvanisme et de faire en sorte que le courant n’en soit ni trop faible ni surtout trop énergique. Nous conseillons à ce sujet de se servir de la pile horizontale de petite dimension, bien plus facile à gouverner que la pile verticale de Volta et surtout que la bouteille de Leyde. Remplissant l’auge d’un liquide peu acidulé, on commencerait d’abord par un petit nombre de couples métalliques ; à mesure on est toujours libre d'accroître l’action en ajoutant graduellement d’autres couples, et en augmentant la conductilité du liquide par l'addition de quelques gouttes de l'acide dont on aurait fait usage.

Électricité, magnétisme.

Ce n’est que pour les mentionner que nous citons ces deux modes de traitement empruntés de l’agent mystérieux qui domine tous les phénomènes électro-magnétiques. Il est à regretter que les chirurgiens et les médecins s'occupent si peu d’un moyen dont l’action est si puissante, et que son emploi

soit abandonné à des hommes dont le plus grand nombre, sous prétexte de spécialité, sont à peu près étrangers à la science,

Outre le procédé d’électro-galvanisme décrit ci-dessus, et qui nous parait le plus efficace, l'agent électrique s’emploie encore sous différentes formes : par simple communication avec le conducteur d’une machine électrique, par les pointes, par frictions, etc., le malade étant ou non isolé. Ces différents procédés d’application auraient beson d’être de nouveau expérimentés par des hommes graves, pour que la science füt fixée positivement sur leur valeur thérapeutique.

Quant à la pile galvanique, ses effets sont aujourd’hui mieux appréciés ; le courant régulier auquel elle donne lieu et la facilité d’en proportionner les effets aux résultats que l’on veut produire en rend l’usage commode et inoffensif, Pour la faire agir il suffit, l’appareil étant chargé, d’en offrir les deux pôles aux extrémités de la partie sur laquelle on veut agir. Naguère M. Coster a fait usage de ce procédé avec quelque succès pour un goître enduit de pommade d’iode. 1] croit que le galvanisme a facilité dans ce cas l’absorption et l’effet de l’iode. Enfin pour ce qui concerne l'application des barreaux aimantés ou du magnétisme proprement dit, les médecins ne s’occupant nullement de son emploi, rien de bien authentique n’a été publié à ce sujet depuis le fameux rapport d’Andry et de Thouret, qui lui-même a laissé la science dans une incertitude dont il serait à désirer qu’elle püt sortir par de nouvelles observations plus complètes et plus concluantes.

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