PROCÉDÉS D'EXTRACTION
En précepte général, excepté le cas où le corps à extraire offre suffisamment de prise à l'extérieur pour agir avec aisance et sûreté, il est essentiel d'élargir la plaie dans une étendue suffisante pour permettre l’usage des instruments. En outre, quand le corps étranger, de forme irrégulière, est fiché ou arc-bouté dans les tissus et recouvert ou bridé de manière à ne pouvoir étre extrait en entier sans causer des déchirures, il est utile de débrider avec ménagement, de manière à l’enlever sans causer de dilacération. Enfin si, par la situation et la direction de la plaie, on peut supposer qu’une artère a été lésée, de sorte qu'après l'extraction d’un corps étranger d’un «certain volume il y ait lieu de craindre une hémorrhagie, on doit préalablement faire exercer la compression sur le tronc principal.
Extraction des corps étrangers saillants à l'extérieur. Le
Quand une lame d'acier ou un éclat de bois, facile à saisir au dehors, n’est enfoncé que dans les chairs, on l’extrait avec les doigts ou avec de fortes pinces. Si l’effort doit être considérable, pour empêcher les pinces de glisser on en garnit les mors avec du linge.
Si une tige métallique est enfoncée dans un os, trois cas se présentent. 1° Ou bien elle offre une large prise à l'extérieur ; on la saisit alors avec des tenailles de maréchal et on tire avec force dans la direction de son axe, en faisant fixer et contenir la partie malade par des aides ou, si l’on est seul, en la repous-
sant soi-même avec le genou ou le pied, 2° Ou bien la lame est brisée sur l'os; on la saisit alors avec un tire-fond ana logue à l'instrument dont on se sert pour déboucher les bou-
teilles, et dont la vis de rappel exerce sans secousse une traction très-puissante. 3° Ou enfin la lame n'offre aucune prise ; restent alors deux ressources : soit d'enlever, par une couronne de trépan, la portion d’os qui renferme le corps étranger ; soit, ce qui vaut presque toujours mieux, d'attendre, douze ou quinze jours, que l’inflammation, ayant amolli le tissu, rende l'extraction plus facile.
Extraction des corps autres que les projectiles non saillants à l'extérieur.
Les éclats de bois, les morceaux de verre, de fer ou de tous métaux, les esquilles d'os, etc., doivent être retirés aussitôt que possible par la plaie qu’ils ont faite en entrant, et suivant la direction inverse à celle qu’ils ont suivie. On les saisit avec des pinces à mors plats, graduées suivant leur volume, pinces fines, pinces à anneaux ou pinces à polypes. Si l'accident est ancien et la plaie cicatrisée, on incise en regard du point le plus rapproché en se guidant, pour éviter tout danger, sur les données anatomiques qui concernent la région où l’on agit. Parvenu sur le corps étranger, on débride au besoin et on pratique l’extraction avec les pinces.
Extraction des projectiles.
L'extraction des projectiles, biscaïens, balles, chevrotines, etc., demande beaucoup d'attention. Ordinairement l’espèce du projectile est connue d'avance, mais il est rare qu'il soit seul à extraire. Le plus souvent il a chassé devant lui des portions des vêtements superposés, drap, linge, etc., et souvent aussi son choc a détaché, sur le trajet de la plaie, des esquilles d'os. Ces diverses considérations doivent être présentes à l’esprit du chirurgien pour être certain de tout extraire.
Instruments. L’extraction des corps étrangers ordinaires et celle des projectiles ont fait imaginer de tout temps aux chirurgiens une foule d'instruments, Guy de Chauliac, A. Paré, Fabrice d’Aquapendente, donnent les dessins de tarières ou de pinces en bec de cane, bec de grue, de tire-fonds, de perforatifs. L’Armentarium de Scultet en est rempli. Percy nous a légué ses pinces, son bec-de-cuiller et son tire-fond qu'il a réunis en un seul instrument, le tribulcon. Aujourd’hui on se restreint aux pinces à polypes, à cuillers fenêtrées ; la meilleure est celle de M. Charrière (pl. 19, fig. 3), dont les mors, qui s’écartent parallèlement, permettent d’agir dans des espaces étroits. On y joint le trépan perforatif et à couronne, ou les divers ostéotomes pour dégager les corps étrangers encastrés dans les os.
Règles générales. 1° S'assurer de la position de la balle ou du projectile, quel qu'il soit. S'il fait saillie sous la peau ou que du moins on le sente à peu de distance au toucher, et qu'il y ait trop loin de ce point à son orifice d’entrée, c’est dans ce lieu même où il se présente qu’il convient d’inciser, sauf toutes les précautions que commande la composition anatomique des parties. Si, au contraire, sa position est ignorée, sonder avec soin le trajet de la plaie avec un stylet boutonné, une sonde ou une algalie flexible si le trajet est multiple ou sinueux. Dans le cas où on ne trouve pas le projectile, ne point se rebuter, s'informer de toutes les circonstances de la blessure, et, par le calcul, en tenant compte de la résistance causée par les os ou les tissus fibreux, de la direction variée
ou quelquefois très-bizarre qu'ils ont pu imprimer au projec-
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tile, et des modifications qui auront résulté des mouvements du blessé ou du transport, diriger les recherches dans les divers sens probables suivant lesquels on suppose que s’est opéré le déplacement. Il est rare qu'avec ces précautions on n'arrive pas sur le corps étranger.
2° La partie mise en situation convenable, procéder à l’extraction si l'étendue de la plaie le permet; dans le cas contraire, pratiquer les débridements convenables. Il est souvent utile d’inciser même sur une balle qui s’est logée dans les tissus et s’y trouve comme enchatonnée.
3° Si une balle est fichée dans un os, on a recours à trois procédés : l’extraire avec une tire-fond, l’ébranler avec un levier on la dégager par une tréphine avec l'anneau osseux qui l’environne, et l’extraire avec des pinces. Dans le cas où le corps étranger n’est qu'enclavé entre deux os, comme au métacarpe ou au métatarse, à l’avant-bras ou à la jambe, il suffit de faire basculer ce corps avec une tige métallique, spatule ou autre, pour le dégager et pouvoir ensuite le saisir avec des pinces.
4° Si un corps étranger profondément engagé dans les chairs n'y cause aucune douleur, et que du reste la situation et la composition organique de la région soient telles qu'il y ait du danger à l’extraire, il est préférable de l’abandonner dans son lieu ou au moins d'attendre, pour pratiquer l'opération, à une époque plus éloignée, en se tenant prêt à agir, suivant l’indication, si sa présence donne lieu à des accidents généraux ou à un abcés.
5° Enfin aprés l'extraction d’une balle il faut toujours supposer que d’autres corps étrangers, tels que des fragments de linge ou de vêtements, peuvent avoir été entraînés dans la plaie ; et lors même qu’on en aurait déjà retiré, on doit néanmoins, avant le pansement définitif, s'assurer, par tous les moyens d'exploration, qu'il n’en reste pas encore quelque portion engagée entre les tissus lésés.