‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 185 sur 470 · VI · texte numérisé non relu

VI

peut suffire si la peau est déjà amincie ; autrement on devrait

se servir du bistouri. Nous supposerons que l’on emploie ce dernier instrument,

Procédé ordinaire. Te bistouri tenu comme une plume à écrire, on introduit sa pointe verticalement jusqu’à ce que, par un défaut de résistance bien sensible pour une main exercée, et par l'issue d’une goutte de liquide sur les côtés de la lame, on soit averti qu'elle a pénétré assez profondément. On retire ensuite le bistouri dans la même situation, et en appuyant un peu sur le dos pour empêcher que le tranchant n'’incise davantage. Le pus s'écoule aussitôt, mélangé de stries de sang en quantité proportionnée à la vascularité de la partie. On aide à la sortie du liquide par de légéres pressions. On ne doit pas cependant, sous prétexte d’obtenir une évacuation complète, les continuer assez longtemps pour causer de la douleur. Cette conduite serait à la fois imprudente et inutile : ear il est inévitable qu’il se forme de nouveau pus, auquel la plaie doit donner issue avant la guérison ; et, en outre, cette dernière suppuration doit entrainer au-dehors les débris de tissu cellulaire que, dans la plupart des cas, l’inflammation a séparés de la vie.

Après que le foyer est évacué, nombre de praticiens sont dans l'usage, pour empêcher la cicatrisation trop prompte de la plaie, de la maintenir écartée par l'introduction d’une mèche enduite de cérat ; le liquide, à mesure qu'il est sécrété, s’évacue le long de cette mèche. Cette précaution, dans les abcès simples, n’est guère utile que les deux premiers jours. Plusieurs grands chirurgiens préfèrent même abandonner la plaie à ellemême, sauf, s’il se formait une nouvelle collection, à rouvrir la plaie avec la pointe d’un stylet mousse. Dans tous les cas, lorsque la suppuration commence à être remplacée par un suintement séro-purulent, que la peau reprend sa densité, et que les symptômes inflammatoires diminuent, on doit supprimer tout corps étranger, son effet ne pouvant plus être que de s’opposer à la cicatrisation.

Procédé de Petit de Lyon. Faire la ponction avec une lame chauffée à blanc. Dès que l’ouverture est pratiquée, en retirer la tige métallique et y substituer immédiatement une ventouse à pompe surmontée de sa cloche dont la succion sert à vider complétement la cavité de l’'abcès du pus qu’elle renferme. Petit appliquait aux abcès flegmoneux ce procédé, qui, par l'irritation franche que déterminent le feu et l'impossibilité de l'introduction de l’air, nous semblerait devoir être employé avec avantage pour ouvrir les abcès froids.

2° Ponction des abcès froids et par congestion. La condition principale à remplir dans cette sorte de ponction est d'éviter l'introduction de l'air extérieur dans la cavité du foyer. Quoi qu'ait pu dire John Bell de l'innocuité de ce fluide, l’expérience à appris que, dans certains cas au moins, l’entrée de l'air amène promptement une terminaison funeste, Le bistouri, employé pour cette opération par M. Boyer en France, et en Angleterre par M. Abernethy, est préférable au trocart dont se sert M. Crowther,

Procédé de Boyer (ponction successive). Muni d’un bistouri

à lame longue et affilée, qu’il tient de la main droite, à plat,

en huitième position, le chirurgien, après avoir légèrement

tendu les téguments avec le pouce et le médius de la main

gauche, insinue lentement la pointe du bistouri qu’il dirige

en appuyant doucement sur la face supérieure de la lame avec

l'extrémité du doigt indicateur de la main gauche. La direction donnée à l'instrument doit être telle qu'il pénètre très-obliquement entre les tissus. On le retire aussitôt que l’écoulement du pus indique qu’il est parvenu à la profondeur convenable ; mais on doit, avant de dégager la lame, appuyer légérement du plat de la main gauche sur la tumeur, afin que la sortie du pus suive immédiatement. En continuant ainsi, l’affaissement des parois du foyer s’effectuant au fur et à mesure qu'il s’évacue, le flot du liquide qui s'écoule par la plaie est toujours assez abondant pour qu'aucune bulle d'air ne puisse s’insinuer dans la cavité de l'abcès. Si, comme il survient fréquemment, quelques débris de tissu cellulaire, en s’offrant à l'ouverture, empéchent la sortie du pus, il faut les extraire avec une pince, en continuant de presser derrière pour que le liquide suive aussitôt leur expulsion. On obtient, suivant l'étendue des fistules et du foyer, de quelques onces à une et même deux livres de pus. Il est inutile de comprimer assez pour l’'évacuer en totalité, une nouvelle accumulation de ce liquide étant inévitable : outre que l'expérience a prouvé que cette pratique empéchait les chances ficheuses de l’inflammation des parois du foyer. Dès que la diminution considérable du volume de la tumeur ou l'écoulement moins abondant indiquent que l’on a retiré une quantité de pus suffisante, on en interrompt le cours en fermant la plaie par l’abaissement de sa lèvre supérieure avec le doigt indicateur, et on l'empêche de se rouvrir par l’application d’une bandelette agglutinative. On conçoit qu'avec ces précautions on prévienne l'entrée de l'air dans la cavité du foyer.

Ordinairement, après quelques jours, le foyer se trouvant rempli de nouveau, on est obligé d’avoir recours à une nouvelle ponction. Boyer en a pratiqué de cette manière jusqu'à cinq ou six à des intervalles plus ou moins éloignés. Les parois du foyer revenant sur elles-mêmes à mesure qu’il s’'évacue, le chirurgien de la Charité a pu obtenir ainsi des guérisons dans les mêmes cas où les anciens chirurgiens, qui avaient l’habitude d'ouvrir largement ces abcès, perdaient inévitablement leurs malades.

Ponction et injection. Armé du trocart substitué au bistouri, pénétrer obliquement dans la cavité du foyer ; faire évacuer le liquide contenu par la canule et, dès qu’il commence à tarir, sans cesser d’abord la compression pour ne pas laisser l’air s'introduire, pratiquer par la canule une injection soit émolliente, soit détersive et excitante, suivant l'indication à remplir, puis vider de nouveau le foyer du liquide étranger qu'il renferme soit par la canule, soit par la ventouse à pompe. Ce procédé, convenable pour déterger les parois d’un abcès dont le pus fétide donne des craintes de résorption, est le même que M. Récamier emploie pour évacuer les grands kystes hydatiques.

Ixcsion. Les préceptes sont ici les mêmes que pour l'inci- sion en général, seulement, au point de vue particulier des abcès, il s’y mêle quelques considérations particulières. 1° Inciser d’un seul temps pour abréger la douleur. 2° Pour faciliter l'écoulement du liquide, diriger l’incision de manière à ce que l’une de ses extrémités corresponde à la partie déclive de la plaie. 3° Si l’abcès communique au loin par des fistules, de telle sorte qu’une seule ouverture ne soit pas suffisante pour le déterger, pratiquer dans le lieu le plus favorable une contreouverture, suivant les règles que nous avons tracées pour les incisions en général. 4° S'il y a plusieurs foyers, pratiquer, à divers temps, autant d’incisions qu’il sera nécessaire, mais en

choisissant les points déclives relativement à la situation que doit occuper le malade, afin que le liquide tende à s’écouler de lui-même par le seul fait de la pesanteur. 5° Comme après la ponction, pour achever de déterger, introduire dans la plaie une tente de charpie molle, que l’on enlève avec le premier appareil.

Séron. Faire glisser une mèche entre deux ouvertures à l’aide du stylet aiguillé. Cette méthode est applicable seulement aux trajets fistuleux des abcès froids dont on veut modifier la vitalité en déterminant une inflammation adhésive. Dans cette intention il peut être convenable d’enduire la mèche d’un topique excitant. Ce mode de traitement, jadis très-employé, est aujourd’hui complétement inusité. Néanmoins on peut s’en servir utilement quand des trajets fistuleux tendent à s'organiser en surfaces muqueuses accidentelles, comme tentative dernière pour éviter la {nécessité de les inciser dans toute leur longueur.

CauTÉRISATION. C’est également à la guérison des abcès froids qu'est réservé son emploi; le caustique, dans ce cas, ayant sur l'instrument tranchant l'avantage de provoquer une inflammation désirable en ce qu’elle met sur la voie de l’adhésion. On se sert à cet effet de la potasse caustique ou pierre à cautère, dont on dispose quelques petits morceaux en traînée avec les précautions que nous avons décrites en parlant de la cautérisation en général. Après douze ou vingt-quatre heures on enlève l’emplâtre de diachilon ; s’il est urgent de donner issue au pus, on fend l’escarre pour pénétrer au travers dans le foyer. Dans le cas contraire, on attend que la chute de l’escarre permette au liquide de s’évacuer. Quand un abcès froid a une étendue considérable, il est préférable de commencer à l’évacuer par des ponctions réitérées de manière à diminuer progressivement ses dimensions. Lorsque les parois de l'abcés, resserrées sur elles-mêmes, n’ont plus qu’une médiocre étendue, on ouvre alors le foyer par le moyen du caustique.

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