‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 186 sur 470 · OUVERTURE DES ABCÈS TRÈS—PROFONDS · texte numérisé non relu

OUVERTURE DES ABCÈS TRÈS—PROFONDS

Lorsque la fluctuation obscure indique que l’abcès est séparé de la peau par une grande épaisseur de tissus, la division ou l'écartement des couches qu'il faut traverser nécessite certaines manœuvres ou procédés secondaires.

1° Division ou écartement des tissus, Armé d’un bistouri convexe, diviser plan par plan les parties qui recouvrent le foyer en reconnaissant par le toucher, avant chaque nouvelle incision, la position des divers organes, artères, nerfs, etc., que l'on doit éviter, et la direction suivant laquelle il faut continuer pour arriver au centre de la fluctuation. L’incision n’est indispensable que pour diviser la peau, les aponévroses d’enveloppe, et, dans certains cas, les muscles lorsqu'ils renferment eux-mêmes des aponévroses d'insertion, Partout, au contraire, où il est possible d’atteindre sans l'instrument tranchant, il vaut mieux, en procédant avec lenteur, comme dans les ligatures d’artères, écarter les espaces inter-organiques ou les faisceaux musculaires et s’y frayer un trajet suffisant en déchirant un peu le tissu cellulaire avec le bec de la sonde cannelée, le manche d’une spatule ou d’un scalpel, ou même le doigt quand ce tissu, atteint par l’inflammation, est devenu sécable. Toutefois il faut que le trajet soit à peu près direct, une division

franche vaut mieux qu’un écartement sinueux dont les flexuosités détruiraient le parallélisme et s’opposeraient à l'issue du

liquide.

2° Inflammation des couches intermédiaires. Après l’incision de la peau et de l’aponévrose ou des tissus les plus résistants, s’il y a du danger à aller plus loin on remplit la plaie de charpie et on attend que l’abcès, devenu relativement superficiel, s’ouvre de lui-même par l’inflammation des couches intermédiaires. Au besoin, si ce résultat se faisait attendre, on le provoquerait par une application de potasse dans un point où elle pourrait être sans danger. Dès qu’un trajet se prépare on peut y aider par écartement, comme il a été dit plus haut. Ce procédé a été employé avec succès par M. Graves pour des abcès du foie, et par Dupuytren pour des abcès profonds de la cuisse.

Rien de plus varié, mais aussi rien de plus vague, en chirurgie, que la qualification de tumeur. Cette dénomination pratique assez naturelle, puisqu'elle est tirée du premier aspect des altérations de la forme, peut renfermer arbitrairement les maladies les plus disparates. Dans l’ancienne chirurgie le mot tumeur s’appliquait indistinctement à toute proéminence et à toute augmentation de volume d’une partie quelconque, comme il s’y applique encore aujourd’hui d’une manière générale, à la première vue, et avant que le diagnostic ait établi précisément la nature de la maladie et l’espèce de tissu affecté. Mettant à part les maladies causées par un déplacement de parties (luxations, hernies, déviations), les inflammations celluleuses (flegmons et abcès), et les dilatations de vaisseaux (anévrismes, varices), qui sont traitées dans leur lieu, et restreignant la dénomination de tumeurs aux altérations et aux transformations organiques, il nous reste à circonscrire dans un chapitre spécial les excroissances cornées et cutanées, les kystes et les tumeurs proprement dites, graisseuses, squirreuses, cancéreuses, les fongus hématodes et tumeurs érectiles et les névromes. Mais si, en doctrine chirurgicale, ces affections se particularisent et donnent lieu à des considérations très-différentes quant à leur siége, leur étiologie, leur nature et leur mode de développement; en médecine opératoire, au contraire, elles se généralisent, et la question se simplifie beaucoup : n'ayant plus d’autre objet que de les extraire, les procédés pour y parvenir, communs à toutes, se réduisent relativement à un petit nombre, la compression, le séton, l'excision, l’extirpation, la ligature et la cautérisation. Toutefois, vu l'extrême variété de ces tumeurs et les précautions à prendre dans l'emploi, simple ou combiné, des diverses manœuvres, suivant le volume, le siége, la nature et l’organisation de chacune d'elles, on ne peut, au point de vue opératoire, tracer, en ce qui les concerne, que des règles ou plutôt que des indications très-générales et, par cela même, assez vagues, chaque maladie s’offrant presque toujours, abstraction faite de ses analogues, comme un cas spécial qui exige préalablement une attention sérieuse dans le choix des moyens dont on doit faire usage et, au-delà de toute

prévision, pendant le cours même des opérations, laisse encore une large part à l’imprévu.

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