KYSTES A PRODUITS LIQUIDES
1° Xystes de la peau. Produits par le développement de cryptes de la peau, on les nomme fannes quand ils n’ont encore qu'un petit volume. Ils sont formés d’une enveloppe qui passe par tous les degrés de consistance, depuis le tissu cellulaire jusqu’au tissu fibro-cartilagineux. A l’intérieur ils sont remplis d’un liquide d'aspect variable et ressemblant soit à du miel ou à du suif épaissi (kystes mélicériques et athéromateux), soit à une päte molle grisätre ou à des grumeaux caséeux. On en rencontre sur toutes les parties du corps, mais ils sont surtout communs au cräne.
Extirpation. — Procédé ordinaire. Wnciser la peau avec un
192 OPÉRATIONS GENÉRALES.
bistouri convexe, sans entamer le kyste; le saisir avec les doigts, une pince, ou en tirant sur les chefs d’un fil dont on l'a traversé : le dénuder en déchirant les adhérences celluleuses, et l'enlever en entier.
Procédé de 4. Cooper et Dupurytren (pour les kystes à enveloppes consistantes). Inciser d’un même coup la peau et le kyste; le vider, par pression, de la substance qu'il renferme, détacher ses parois de la peau des deux côtés de l’incision dans une étendue suffisante pour qu’il offre de la prise, le saisir alors entre les doigts de la main droite garnis d’un linge pour faciliter la préhension, puis tirer dessus pour déchirer le tissu cellulaire, en aidant à cette manœuvre par la pression du pouce gauche ou d’un manche de scalpel. La plaie ne saigne pas : on réunit par première intention.
Excision (Procédé de Chopart pour les kystes à large base). Quand le kyste, volumineux et plat, laisserait, en l’extirpant, une plaie d’une grande surface, faire à la partie déclive de la tumeur une large ponction par laquelle on la vide préalablement de la matière qu’elle contient; insinuer alors par l’ouverture pratiquée l'indicateur gauche dans la cavité du kyste, et, sur ce doigt comme conducteur, pratiquer avec le bistouri ou les ciseaux l’excision d’un lambeau elliptique de la peau et de l'enveloppe adhérente du kyste qui en forme le sommet. L'opération terminée, la paroi profonde du kyste forme la surface de la plaie. Exposée à l'air, elle suppure d’abord, puis s’exfolie, se durcit et se transforme en un tissu cutané accidentel qui se resserre peu à peu et finit par former une cicatrice de peu d’étendue.
2° Kystes du tissu cellulaire. Remplis de liquides variés, séreux, muqueux ou purulents, ils sont avec ou sans enveloppes ; c’est-à-dire que les uns étant contenus dans une poche de tissu séreux ou muqueux accidentel, d’autres, au contraire, à peine circonscrits, ne sont environnés que par un tissu cellulaire lâche, formant une couche mince et facile à déchirer. C’est cette considération de l'enveloppe qui détermine le choix du procédé opératoire. Le kyste à parois consistantes doit être extirpé en entier, après l'incision de la peau, par dissection ou déchirure de ses adhérences, comme il a été dit des kystes de la peau. Pour ceux à paroi celluleuse, ils peuvent être considérés, en théorie, comme des abcès froids ct réclament le même traitement : c’est-à-dire de les vider par ponction ou incision, et, pour faciliter l'adhésion des parois, d’y provoquer une inflammation et de les faire suppurer par des injections excitantes, ou en les remplissant de charpie sèche à demeure,
3° Kystes synoviaux. Ce ne sont en fait que des hydropisies des membranes synoviales, analogues à celles des articulations, soit des bourses synoviales cutanées qui existent dans tous les points de frottement des saillies osseuses, soit des synoviales tendineuses. Ces dernières sont connues sous le
nom très-impropre de ganglions.
Kystes synoviaux sous-culanés. Les évacuer par incision, et, si la tumeur est très-volumineuse, exciser un lambeau ellipsoïde de la peau et de la paroi du kyste en regard; enfin provoquer l'inflammation adhésive comme il vient d’être dit ci-dessus.
Kystes tendineux. On les traite par la compression permanente, l’écrasement et l’incision, L’eécrasement, le seul moyen
nouveau qui se présente ici, se pratique avec un corps lisse et plat, soit une pièce de monnaie, une règle, un livre, etc., sur lequel on frappe un coup sec. Sabatier, sur les petits ganglions, se contentait d'appliquer un pouce et comprimait fortement avec l’autre pouce. De quelque manière que l'on procède il s’agit d'obtenir la déchirure du kyste et l'épanchement diffus du liquide dans le tissu cellulaire ambiant, pour en augmenter la surface d'absorption. On y aide pendant quelques jours par la compression, des frictions légères et des applications résolutives.
4° Kystes hydatiques. Les kystes formés par des hydatides peuvent être assimilés, sous le point de vue opératoire, aux kystes séreux, et réclament le même traitement.
Mais il se présente assez fréquemment une autre espèce de kyste dont on doit surtout la connaissance à Dupuytren, et qui, par sa gravité, mérite de fixer l’attention des praticiens. Son siége habituel est à la main, au-devant des tendons fléchisseurs, ou au pied, au-devant des tendons extenseurs des orteils. Dans l’un comme dans l’autre cas ils sont divisés en deux parties et comme étranglés par le ligament annulaire soit du carpe, soit du tarse, et, en comprimant alternativement avec les doigts des deux mains, on fait circuler les corps qu’ils renferment du sac supérieur dans le sac inférieur. En les ouvrant, on les trouve remplis par de petits corps blanchätres, plats, ovoïdes, aériformes, variables de volume, mais de forme constante, et que MM. Bosch et Duméril ont jugés devoir être des hydatides.
Procédé de Dupuytren. 1° Ponction. Cette opération trèssimple consistait à pratiquer, avec le bistouri à plat, une ouverture assez considérable pour vider, par la pression, le double kyste des petits corps blancs et du liquide dans lequel il baigne. Cette ponction n’entraine pas de dangers; elle a réussi à guérir un malade, mais dans plusieurs autres cas la maladie s’est reproduite avec rapidité, C’est pour y obvier que Dupuytren a eu recours au procédé suivant,
2° Ponction suivie de séton. Faire comprimer la tumeur à l’une de ses extrémités, et sur la saillie qu’elle forme en sens opposé pratiquer la ponction; introduire par cette ouverture, dans la cavité du kyste d’un côté, une sonde cannelée que l’on fait glisser sous le ligament annulaire. Dans le demi-kyste opposé, faire basculer l'instrument pour reconnaitre la saillie de son bec sous la peau, et, par une nouvelle ponction dans la cannelure, pratiquer une contre-ouverture : évacuer ensuite le double kyste; et quand il est complétement vidé, insinuer de l’une à l’autre ouverture une mèche à séton qui doit rester à demeure un ou deux jours.
L'intention curative de ce dernier procédé était de provoquer, par la présence du corps étranger, une inflammation adhésive qui prévint le retour de la maladie. Disons cependant que dans la plupart des cas le résultat n’a pas été heureux. L'irritation causée par le séton entraine presque toujours de graves accidents nerveux ; dans plusieurs cas qui se sont passés sous nos yeux il y a eu de nombreux abcès dans les gaines synoviales : enfin un malade a succombé. J’ai vu souvent Dupuytren à la Clinique embarrassé devant des kystes de cette nature, qu'il n’osait plus opérer par le séton. Je ne sais s’il a modifié ultérieurement à ce sujet sa pratique; mais vers 1819-20, préférant courir la chance de récidive, il se contentait de la ponction, qui elle-même n’est pas encore absolument sans danger.
3° Kystes osseux. Ce sont des ostéides en forme de coque, plus ou moins complète, formées par l’ossification de la paroi membraneuse d’un kyste et remplies d’une substance concrète ou pâteuse et demi-fluide. Nombre d'observateurs en ont rencontré sur les parois du crâne, à la face, au pourtour du thorax et sur les membres. M. Tassery en a vu à la main dont il a fait la résection et qui contenaient un kilogramme d’une matière cartilagineuse. M. Lasserve en a opéré deux à la face. Le procédé d'extirpation varie suivant le lieu : l'important est de mettre largement la tumeur à découvert et d’en enlever jusqu’au dernier fragment.