‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 190 sur 470 · TUMEURS GRAISSEUSES · texte numérisé non relu

TUMEURS GRAISSEUSES

Les tumeurs graisseuses, ou lipomes, formées par une hypertrophie locale du tissu adipeux, l’un des plus abondants et des plus généralement répandus, sont par cela même les plus fréquentes de toutes et celles dont le siége est le plus varié. Leur volume n’est pas moins différent ; on peut en juger par leur poids, qui varie de quelques grammes à plusieurs kilogrammes. Au point de vue opératoire on les distingue en superficielles ou sous-cutanées, et profondes ou sous-aponévrotiques. Les lipomes sous-cutanés qui appartiennent à la couche adipeuse la plus épaisse, et qui éprouvent moins de résistance à se développer, sont à la fois les plus communs et les plus considérables. On peut en rencontrer dans toutes les régions du corps, mais, en suivant toujours les conditions de texture, il est évident qu'ils doivent être d’autant plus fréquents et plus volumineux, dans telle région déterminée, que le tissu adipeux y est plus abondant et, par une coïncidence nécessaire, le tissu cellulaire plus lâche et les téguments plus flasques et moins adhérents. Ainsi leur siége le plus habituel est au cou, dans les plis articulaires, sur les parois antérieures et latérales du tronc. Ils sont plus rares mais on en rencontre néanmoins là où la peau est plus épaisse ou plus adhérente, sur la paroi postérieure du tronc, à la nuque, à la face et même sur le contour du crâne. Les lipomes sous-aponévrotiques sont plus communs dans les points où les muscles épais ou nombreux présentent de larges espaces que remplissent les tissus cellulaire et adipeux, c’est-à-dire à l'épaule et à la fesse, dans l'épaisseur de l’avant-bras, de la cuisse et de la jambe.

Deux procédés opératoires sont applicables au lipome, la ligature et l’extirpation.

1° Ligature. Longue, douloureuse, et par cela même inusitée, ce n’est qu'une ressource auprès des malades pusillanimes qui redoutent l'instrument tranchant ; et encore son application n'est-elle raisonnable qu'autant que la tumeur est pédiculée. Pour faciliter la section de la peau, Sabatier conseille d'y aider par une action caustique en trempant le lien qui doit y servir dans l'acide nitrique. Dans les cas où l’on suppose que des vaisseaux considérables se rendent à la tumeur on a proposé de combiner les deux méthodes opératoires en faisant préalablement la section circulaire de la peau, puis la ligature du pédicule : mais si on fait tant que de diviser d’abord avec le bistouri, il nous parait bien préférable de terminer de suite l’ablation sauf à lier ou tordre les vaisseaux.

2° Exttrpalion. (a) Si la tumeur est plate et à large base, la découvrir par une incision en V, en T, ou cruciale, disséquer et relever les lambeaux, isoler et dénuder la tumeur de ses adhérences celluleuses avec les doigts, le manche d’un bistouri ou d’une spatule, et, pour ne pas couper prématurément les vaisseaux, ne se servir du tranchant qu’autant qu’on aurait à

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diviser une bride fibreuse trop dense ; dès que la tumeur est isolée à son contour, la saisir entre les doigts de la main gauche ou avec une érigne et, la soulevant ou l’inclinant en divers sens, la détacher circulairement à sa base jusque sur le pédicule formé par le principal faisceau vasculaire de nutrition, en faire la section et pratiquer, s’il y a lieu, la ligature de ses vaisseaux ou de tous autres assez considérables qui auraient pu être divisés pendant le cours de l'opération.

(b) S€ la tumeur est large et saillante de telle sorte qu'après son ablation les téguments distendus seraient trop abondants pour recouvrir la surface de la plaie, il vaut mieux commencer par en circonscrire d’abord une étendue convenable entre deux incisions semi-elliptiques ; on dissèque alors au travers de cette plaie la tumeur en se servant du bistouri pour détruire les adhérences, qui, dans ce cas, sont ordinairement plus résistantes.

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