‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 196 sur 470 · HYDROPISIES ARTICULAIRES · texte numérisé non relu

HYDROPISIES ARTICULAIRES

Ce n’est qu’après avoir épuisé tous les moyens résolutifs qu’il est permis d’évacuer les collections séreuses ou purulentes qui se forment dans les jointures. Les articulations du genou, du coude et du pied, qui présentent de larges surfaces cartilagineuses, en sont le siége le plus ordinaire, d’après cette observation physiologique : que l’activité de l'absorption est en raison inverse de l'étendue des surfaces articulaires des os.

Procédé opératoire. On peut donner issue au fluide épanché par la ponction avec le trocart ou par l’incision avec le bistouri. Boyer, qui préfère cette dernière, la prescrit de la manière suivante.

Choisir sur un des côtés de l'articulation le point le plus déclive et en même temps le plus saillant, s’il est possible. La peau étant convenablement tendue, plonger le bistouri perpendiculairement et le retirer en agrandissant l'incision, qui, cependant, ne doit jamais avoir une grande étendue. Après l'écoulement du liquide la peau revient sur elle-même et recouvre naturellement l'ouverture de la capsule articulaire. La plaie est pansée avec un plumasseau de charpie enduit de cérat, et l'articulation entourée avec des compresses trempées dans une liqueur résolutive. Mais ordinairement il ne tarde pas à se produire une nouvelle quantité de liquide qu'il s’agit d’évacuer de nouveau. Alors si les bords de l’incision sont seulement agglutinés, on les écarte avec l'extrémité d’une

sonde ; autrement si la cicatrice était fermée, on la rouvrirait avec le bistouri. Cependant si la nature de la lésion articulaire faisait prévoir qu’on dût répéter ces ponctions un certain nombre de fois, il serait préférable de prévenir la réunion de la plaie en y introduisant une bandelette de linge effilé ou une petite mèche de charpie. Souvent, après avoir évacué le liquide de l'articulation, il reste dans les replis de la synoviale des pseudo-membranes ou des amas de pus épaissi qui ne peuvent être dissous et entrainés qu'au moyen d’injections émollientes répétées; c’est alors que les injections à demeure, suivant la méthode de M. Récamier, pourraient être très-efficaces.

Les inflammations violentes, les abcès qui ont suivi quelquefois la pénétration dans les articles, ont fait regarder cette opération comme très-périlleuse par la plupart des chirurgiens. Dans le but de donner une issue permanente aux liquides, Boyer conseille un séton qui traverserait l'articulation, ou une canule qu’on laisserait à demeure; mais la présence de ces corps étrangers est une nouvelle cause d'irritation. M. Malgaigne, contrairement à l'opinion commune, affirme que la ponction des articulations est une opération trés-innocente ; il dit l'avoir pratiquée six fois, dans des cas d’hydarthrose du genou, sans le moindre inconvénient : seulement il la regarde comme insuffisante et comme devant être associée à d’autres moyens pour guérir radicalement la maladie articulaire. Quoi qu’il en soit, si l’on a été assez heureux pour obtenir une guérison sans ankylose, l’articulation néanmoins reste très-raide et ne recouvre jamais sa première souplesse malgré les genouillères ou les autres bandages imaginés à cet effet.

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