‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 20 sur 470 · COU ET TÊTE · texte numérisé non relu

COU ET TÊTE

À partir du plan inférieur cervical, formé par l’aponévrose cervico-thoracique, les gros vaisseaux de l’extrémité céphalique montent verticalement dans le sillon placé entre le sterno-mastoïdien et la cage du larynx. Dans toute la hauteur du cou, les grands troncs vasculaires se trouvant placés entre les aponévroses pharyngienne et pré-vertébrale qui séparent les deux moitiés antérieure et postérieure, la carotide primitive se maintient sans fournir aucune branche, les vaisseaux du cou étant donnés par les sous-clavières dans le triangle omo-claviculaire. Les communications les plus importantes sont celles du canal rachidien par les trous de conjugaison qui donnent passage aux nerfs cervicaux et aux artérioles et veines spinales. Les ramifications secondaires des vaisseaux cervicaux rampent dans les espaces celluleux des muscles. Le sillon des gros vaisseaux céphaliques offre beaucoup d'intérêt en chirurgie; il est le siége des incisions les plus communes pour un grand nombre de cas : tels sont les abcès causés par les engorgements lymphatiques, les anévrismes, la ligature de la carotide ; et, à gauche, l’œsophagotomie. A partir de la division de l'artère carotide dans ses deux troncs facial et crânien, le mode de distribution et le trajet des vaisseaux deviennent plus complexes. L'appareil vasculaire de la tête est remarquable par le nombre immense d’anastomoses entre les vaisseaux artériels et veineux, soit profonds, soit superficiels, communiquant partout les uns avec les autres par les trous, les fentes, les scissures et les sutures dont sont criblées les parois osseuses, de manière à rendre toutes les parties solidaires les unes des autres. Cette observation anatomique est doublement intéressante en pathologie et pour le médecin et pour le chirurgien ; elle explique à la fois la facilité de l’extension des maladies de l'extérieur à l’intérieur, et vice versd, et la rapidité du dégorgement de tout le système capillaire de la tête par d’abondantes émissions sanguines locales sur un point très-vasculaire de la surface. ;

Communications entre les cavités de la face. Le vestibule mem-

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braneux du pharynx est l’aboutissant commun de toutes les cavités de la face qui viennent s’y ouvrir directement ou les unes par les autres. Par sa situation intermédiaire, le pharynx est à la fois l’orifice d'entrée des surfaces tégumentaires digestive et ‘pulmonaire, et la terminaison des surfaces tégumentaires sensoriales. En effet, cette cavité, considérée comme un affluent commun, ouvre inférieurement dans l'estomac par l’æsophage , et dans le poumon par la glotte ; en haut, elle communique avec la bouche par l’isthme du gosier, et avec les fosses nasales par les deux ouvertures postérieures de ces cavités. Par l’intermédiaire des fosses nasales. elle ouvre de nouveau au dehors par les orifices des narines, et communique avec la surface de la conjonctive par le canal nasal; enfin, sur sa paroi postérieure, le pharynx reçoit la terminaison de la trompe d’Eustache, qui établit sa continuité avec l’oreille moyenne.

Mais indépendamment des communications intérieures des cavités de la face, chacune d'elles ouvre à l'extérieur par ses orifices propres ; l'œil par la fente palpébrale, les fosses nasales par les narines , la cavité buccale par l’ouverture labiale , et l'oreille externe par son conduit.

De cet aperçu général, il résulte qu’en physiologie, tous les liquides sécrétés par les membranes muqueuses trouvent une double issue sur l’une et l’autre surface tégumentaire. En pathologie, la même observation s’appliquera aux liquides altérés et aux produits morbides ; mais déjà on conçoit que, par le gonflement de la membrane muqueuse et l'épaississement des fluides, les canaux les plus étroits pourront se trouver accidentellement oblitérés, et donner lieu à des accidents par leur obstruction; c’est le cas du canal nasal et de la trompe d’Eustache. Enfin, les orifices cutanés des cavités de la face formeront , au point de vue de la médecine opératoire, autant de voies naturelles pour introduire des instruments d'exploration, ou même pour pratiquer un grand nombre d'opérations, sans que, dans beaucoup de cas, il soit nécessaire de pratiquer des incisions pour atteindre les parties malades.

En effet, les limites des cavités de face étant nettement déterminées par la nature, tant dans la charpente osseuse que dans les parties molles de revêtement, les maladies et les opérations sont, en général, assez bien circonscrites dans le lieu qui en est le siége. L’enceinte orbitaire, isolant les maladies de l'œil et de ses annexes, la fente palpébrale offre un orifice à travers lequel se pratiquent presque toutes les opérations. L'ouverture des narines suffit pour exercer le tamponnement dans les hémorrhagies des fosses nasales, pour pratiquer le cathétérisme du canal nasal et de la trompe d’Eustache, et même pour extraire ou faire la ligature de la plupart des polypes vésiculaires. Ce n’est que dans les cas de polypes fongueux ou carcinomateux du sinus maxillaire, ou dans ceux d’ostéo-sarcôme qu'il devient nécessaire de pratiquer une plaie extérieure aux dépens des parties de revêtement, qui d’ailleurs sont elles-mêmes envahies par la maladie. L'ouverture buccale, par son étendue considérable et sa dilatabilité, permet de pratiquer, sans lésion extérieure, la plupart des opérations qui ont pour siége la cavité de la bouche : l’avulsion des dents, la résection des épulis et des amygdales, l'extraction des séquestres alvéolaires, la staphyloraphie, les incisions et les cautérisations nécessitées dans une foule de cas, pour les abcès, les tumeurs fongueuses, etc.

Communications de la cavité du crâne. Nous avons vu que le crâne était percé dans tout son contour d’un nombre immense d’orifices vasculaires donnant lieu à des anastomoses multi pliées, en général, comme aquedues, plus favorables que nui-

sibles à l'intégrité des fonctions du cerveau. A sa base, en particulier, il offre, pour le passage des nerfs et des gros vaisseaux, un certain nombre d’orifices qui établissent ses communications avec les cavités de la face et la partie supérieure du cou; mais comme ces orifices, de même que ceux des autres cavités, sont formés par des adhérences fibreuses, il n'arrive presque jamais, en cas de congestion, qu’ils puissent servir de conducteurs pour expulser les produits morbides, la présence de ces derniers causant une compression mortelle, bien avant que les adhérences fibreuses aient pu céder pour donner issue aux fluides. Si l’on interrogeait les faits, peut-être trouverait-on qu’au point de vue de communication des maladies, les orifices du crâne et les vaisseaux, comme conducteurs, sont plutôt funestes qu'utiles, dans ce sens qu’il est bien rare que des fluides, le sang, le pus, ou la substance cérébrale amollie, excepté les cas de fracture avec perte de substance, puissent se faire jour hors de la cavité du crâne, tandis qu'il n’est que trop commun qu’un érysipèle phlegmoneux du cuir chevelu ne transmette à l’intérieur, par la continuité des vaisseaux, sa cause d’irritation et ses produits, ou qu’une congestion qui a son siége dans l'orbite ou dans l'oreille interne , ne se communique au cerveau ou à ses enveloppes par la fente sphénoïdale ou le conduit auditif interne. Quant aux trous et aux canaux de passage des nerfs, on sait qu'ils peuvent donner lieu à des étranglements dans les névralgies, sans que l’art puisse rien faire pour prévenir un effet aussi fâcheux. À sa partie inférieure, le crâne ouvre largement dans le canal rachidien par le trou occipital. Outre le prolongement médullaire auquel cet orifice donne passage , les observations de M. Magendie semblent prouver qu'il existe, dans l’état physiologique , un fluide cérébro-spinal, commun à l’encéphale et à la moëlle épinière, mais dont le mode de production et l’usage ne peuvent encore être que soupçonnés.

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