‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 21 sur 470 · MEMBRES · texte numérisé non relu

MEMBRES

La structure des appendices locomoteurs ou des membres, eu égard à l'anatomie de communication, est des plus simples. Tous deux représentant des sacs cutanés, divisés sous l’enveloppe tégumentaire par compartiments qui logent les groupes musculaires, sont réunis à l’ensemble chacun par un faisceau vasculaire commun, à double courant, artère, veines lymphatiques et nerfs, d’où procèdent les ramifications secondaires qui vont, à divers plans, se distribuer dans les loges organiques.

À la naissance des deux membres, au tronc, chacun des faisceaux vasculaires communs est enveloppé d’une gaine dont l’orifice de passage est fermé circulairement par une adhérence fibreuse ; nous avons déjà vu en quoi consiste orifice crural du membre inférieur, si important sous le rapport des hernies. Pour le membre supérieur, la disposition est analogue, mais moins intéressante, les conditions anatomiques ne pouvant donner lieu aux mêmes accidents. En raison du trajet des gros troncs vasculaires, l’entonnoir fibreux d’adhérence à la gaine se présente en trois points (PL. 6) : 1° à la sortie de la poitrine, par l’aponévrose cervico-thoracique ; 2° au-dessous de la clavicule, par l’aponévrose coraco-claviculaire ; 3° à la naissance du creux axillaire, dans la triple suture de la gaine vasculaire avec l’aponévrose brachiale et le feuillet d’enveloppe du grand pectoral : en sorte que, à partir de la cavité de la poitrine, les gros vaisseaux, avant de parvenir au membre thoracique, parcourent les deux régions sus et sous-claviculaires, isolés par les adhérences de la gaine, dans l’état physiologique, mais pouvant communi-

quer, en pathologie, lorsque ces brides fibreuses ont été détruites par la suppuration.

Indépendamment du trajet principal des gros troncs vasculaires, les deux membres, à leur naissance, communiquentavec le tronc par des ramifications secondaires : tels sont, pour le membre abdominal, les vaisseaux fessiers, ischiatiques et obturateurs (PI. 5), provenant des troncs intérieurs hypogastriques, et dont les orifices de sortie, qui sont le siége d’autant de hernies, donnent également passage aux divers fluides accumulés dans la cavité du bassin, en formant, sous les muscles de la fesse ou de la cuisse, des collections profondes dont le diagnostic est souvent très-difficile à établir; tels sont aussi, pour le membre thoracique, les vaisseaux scapulaires, supérieurs ou inférieurs ; seulement, à ce membre, les vaisseaux étant, par leur origine, extérieurs à la cavité thoracique, n’ont pas les mêmes inconvénients qu'au bassin, et présentent les mêmes avantages pour le rétablissement de la circulation, dans le cas d’oblitération de l'artère principale au-dessous d'eux.

Dans les deux premières fractions des membres, les faisceaux vasculaires sont renfermés dans le sillon interne commun, d’une grande importance en chirurgie, "où ce trajet principal est le siége le plus ordinaire des incisions dans les collections purulentes, les infiltrations sanguines, les plaies et les maladies des vaisseaux, C’est le long du grand faisceau vasculaire commun, considéré extérieurement comme conducteur, aboutissant au point de départ, que fusent les infiltrations des divers liquides, soit que, provenant de la cavité du bassin ou de l’aine, des parois du thorax ou du creux axillaire, elles s’insinuent profondément dans l’épaisseur de la cuisse ou du bras ; soit que la collection liquide, ayant son origine à l’extrémité terminale, la main ou le pied, remonte Le long des divisions vasculaires jusqu’au sillon principal. La même observation s'applique à toutes les maladies dont les vaisseaux eux-mêmes sont le siége, les plaies, les anévrismes, les phlébites, les inflammations lymphatiques, etc. et à celles où les vaisseaux, sans être eux-mêmes malades, transportent, comme aqueducs, des produits morbides ou des liquides avariés.

L'importance des vaisseaux, comme agents conducteurs, par leurs deux surfaces, étant déterminée, il est évident que les observations auxquelles ils ont donné lieu, pour le bras et la cuisse, s'appliquent également, pour les divisions secondaires, aux autres fractions des membres, la jambe et l’avant-bras, le pied et la main. Dans chaque point où les vaisseaux passent d’une fraction de membre à une autre, d’un groupe dans un autre groupe, ils traversent des arcades aponévrotiques, formées par les muscles ou les aponévroses, leurs gaïînes faisant toujours adhérence avec le contour des orifices. Au delà, les divisions des vaisseaux et des nerfs, pour gagner la loge spéciale à laquelle ils appartiennent, sont renfermées dans de petites gaines longitudinales, dans l'épaisseur des aponévroses ou dans les sillons intermusculaires. En combinant ces rapports avec les compartiments tracés par les cloisons osseuses et aponévrotiques, il est facile de se former, pour chaque lieu déterminé, l’image exacte d’une condition anatomique telle que, une congestion étant donnée, par le trajet des sillons vasculaires, la direction, l’épaisseur et l'insertion des aponévroses, on peut prévoir assez rigoureusement la marche que suivront le pus et les divers fluides, le nombre et l’inclinaison des fistules, et, jusqu'à un certain degré, les points où se formeront des foyers, et ceux où il conviendra de pratiquer des contreouvertures.

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