TRÉPANATION DES OS DU TRONC
1° Slernum. Avenzoar, V.-D. Wiell, Juncker, J.-L. Petit ont appliqué le trépan sur le sternum avec succés pour donner issue à des épanchements de pus ou de sang développés dans le médiastin ; aujourd’hui des faits de ce genre ne se rencontrent que très-rarement dans la pratique, et on a restreint la trépanation du sternum presque exclusivement aux cas de carie et de nécrose de cet os ou pour extraire un corps étranger qui serait venu s’y enclaver. Des exemples cités par Marchettis, Lecat, Laval, La Martinière, etc., démontrent les bons résultats de cette opération ; mais alors presque toujours la trépanation doit être combinée avec la résection (voy. Résection du sternum) : du reste le manuel opératoire est soumis aux mêmes règles que la trépanation des os du crâne. La division de quelques branches des artères mammaires est le seul accident qu’on ait à redouter et ordinairement l’ap-
plication de simples styptiques suffit pour arrêter l’hémorrhagie.
2° Côtes. C'est seulement comme historique qu’on doit encore citer la trépanation des côtes. En effet, s’il s’agit de donner issue à un épanchement, l'opération de l’empyème telle qu'on la pratique est incontestablement préférable et plus rationnelle. 1l ne reste donc plus que les cas de carie et de nécrose des côtes ; mais n’est-il pas plus simple alors de recourir au sécateur, à l’ostéotome de M. Heine, ou aux diverses scies à molette (voy. Résection des côtes)!
3° liachis. Proposée par Vigaroux, la trépanation du rachis a été tentée deux fois avec des résultats funestes par M. Cline et ensuite par M. Tyrell; ainsi donc l’expérience est venue condamner cette opération, qui doit être à jamais rejetée du cadre d’une saine chirurgie.
Trépanation des os des membres.
On trouve dans les anciens de nombreux exemples d’application du trépan sur les os des membres pour des indications très-variées, telles que la nécrose, la carie, le spina-ventosa, les abcès du canal médullaire, etc. Mais aujoud’hui la trépanation des os des membres, comme celle des os de la poitrine, se confond presque partout avec les résections, dont la partie instrumentale est maintenant parvenue à un si haut degré de perfection. Depuis l'invention de la scie à chaîne et des différents ostéotomes, ce mode, d'application du trépan s’est beaucoup restreint; l'extraction des séquestres des os longs est la seule indication qui en réclame encore quelquefois
l'emploi (pl. 54, fig. 7).
Les résections sont des amputations fractionnées qui consistent à isoler et à extraire de nos tissus une portion plus ou moins considérable d’un ou de plusieurs os dans le but de conserver les parties restées saines, et d'éviter au malade les grandes mutilations qui résultent de la perte totale d’un membre ou de l’une de ses fractions.
Historique. Conserver en partie les leviers que les os prétent à l'appareil locomoteur, afin d'éviter l’amputation du membre, telle est l’idée qui domine les résections, tel est leur but fondamental. Or, considérées sous ce point de vue, leur histoire ne remonte pas au-delà d’un demi-siècle. Bien que du temps de Galien on eùt pratiqué la section de certains os du tronc, bien que dans le moyen àâge on retrouve, par intervalles, quelques indications fugitives sur de semblables opérations, c’est à une époque encore toute récente, à Chaussier, qu'appartient l'honneur d’avoir réellement institué les résections. Cet auteur, le premier, en fixe les principes et les disüngue des amputations en prouvant, devant l’académie de chirurgie, que « lorsqu'une maladie réside principalement dans la partie supérieure de l’humérus on ne doit dénuder et scier que la portion d’os malade, sans désarticuler le membre et le séparer du corps. » Presque dans le même temps Park, à Liverpool, et Vermandois, en France, soutiennent la même opinion pour l'articulation du genou. Vermandois veut « que, lorsque le fémur est seul affecté, on mette à nu l’articulation et la partie malade, en pratiquant une incision longitudinale sur les parties latérales du genou, afin de faire sortir la tête de los et d’en retrancher ce que la carie aurait rongé. » A cette époque les esprits étaient aiguisés pour ainsi dire et préparés par les discussions, sans cesse débattues et néanmoins toujours renaissantes, sur l'opportunité et sur les avantages réels des amputations. Aussi, à peine ces premiers germes de résection sont-ils introduits dans la science, qu'ils s’y développent avec une rapidité surprenante ; dans tous les pays les chirurgiens prennent part à cette question, qui, comme toujours, trouve ses détracteurs et ses admirateurs. On s'occupe d’abord des résections dans les jointures, et Moreau père les applique de suite à presque toutes les articulations du corps. Plus tard on essaye de retrancher les os dans leur continuité, et on ose même les extirper en totalité dans certains cas. Enfin, depuis le commencement de ce siècle, les faits de résections variées se sont tellement multipliés en France, en Angleterre et en Allemagne, qu'il est aujourd’hui peu de parties de la médecine opératoire aussi riches en matériaux : et s’il y reste
encore quelques points obscurs, ce n’est par pour avoir manqué de faits; mais plutôt pour ne pas les avoir toujours assez distingués et appréciés à leur juste valeur, en voulant les soumettre à des généralisations dont ils ne sont pas susceptibles. En effet, les résections forment un groupe d'opérations qui ont leurs caractères propres. Malgré les travaux nombreux qui ont éclairé cette branche de la médecine opératoire, malgré le perfectionnement et la précision plus grande qu’on apporte tous les jours dans les instruments, les résections ne sont pas susceptibles, par leur nature, de devenir jamais des opérations réglées au même titre par exemple que les amputations ou les ligatures d’artères. Entièrement subordonnées aux conditions anatomico-pathologiques locales, puisque le chirurgien opère sur des tissus malades, le genre d’altération qui en réclame l'emploi en prescrit également le manuel opératoire eten commande les circonstances. Or quoi de plus variable que ces conditions morbides? quoi de plus différent que leur siége, leur étendue, etc.? On ne saurait donc établir sur de pareilles bases aucune règle absolue, aucun principe rigoureux; en un mot, dans les résections il n’y a pas de méthodes opératoires, il n’y a et il ne peut y avoir que des procédés. Toutefois, comme, à part quelques exceptions, on n’opère que sur les organes passifs de la locomotion; ce seul point, commun à toutes les résections et qui les rapproche des opérations réglées, permet d'établir entre elles des distinctions naturelles suivant qu’on intéresse un ou plusieurs os, et qu'on respecte ou qu’on détruit les connexions qui les unissent entre eux.
Ces opérations se résument dans les trois groupes suivants :
1° Résections dans la continuité des os ou hors des articulations ;
2° Résections dans la contiguité ou dans les articulations;
3° Extraction d’un os dans sa totalité ou résection par désarticulation complète,