ANATOMIE TOPOGRAPHIQUE
Après avoir considéré l’anatomie chirurgicale dans son ensemble, eu égard à la coordination des parties composantes et au rôle que chacune d’elles joue dans l’organisme, il convient de soumettre ces dernières à un nouvel examen par rapport aux associations qu’elles forment pour chaque lieu déterminé, ou, en d’autres termes, de tracer, dans un rapide exposé, l'anatomie de régions.
En nous reportant à l'anatomie descriptive, nous avons vu que le squelette, charpente commune de tout le corps animal, en traçait les divisions générales, le tronc et la tête, enveloppes des viscères à l’intérieur, et à l'extérieur s’harmoniant avec les appendices ou membres pour composer en commun l'appareil de la locomotion. Les diverses fractions du corps et des membres étant déterminées par le squelette, dans une sous-division, nous avons pu classer, d’une manière générale, la myologie par régions, les muscles, qui, par leur volume, forment la masse principale de l'enveloppe viscérale périphérique ou de l'appareil locomoteur, offrant, par la distinction de leurs groupes synergiques ou antagonistes, des divisions topographiques fondées sur leurs usages en physiologie. L'accord des muscles avec le squelette, et la délimitation des divers groupes entre eux, ont été complétés par les aponévroses, moyens de séparation et surfaces d'insertion des muscles; et l'isolement de ces derniers et de leurs tendons s’est effectué par leurs gaines synoviales.
Les rapports généraux étant établis entre les organes actifs et passifs de la locomotion, qui donnent aux diverses fractions du corps la résistance et le volume, il ne s’agissait plus que de montrer les liens généraux qui coordonnent les différentes parties d’un même système pour l'exercice des fonctions; ces agents communs sont les vaisseaux et les nerfs logés par faisceaux d’un petit volume dans les polyèdres celluleux ou les adossements des muscles. C’est de la réunion de toutes ces parties, de leurs connexions et de leurs superpositions dans chaque lieu déterminé, que se compose l'anatomie de régions.
Ainsi une région, quelle qu’elle soit, se compose nécessairement de parties hétérogènes, des os, des muscles, des aponévroses, des vaisseaux, des nerfs, le tout recouvert par une fraction de l'enveloppe commune. Pour que la région soit nettement déterminée, il importe que ses délimitations soient bien fixées par des os et des aponévroses, et que les muscles qui en font partie y soient contenus dans leur totalité. Une telle organisation étant donnée, on conçoit que la région aurait une signification nette en anatomie et en physiologie ; mais en est-il beaucoup qui réunissent strictement ces conditions? On n’en compte, au contraire, qu’un très-petit nombre; ce sont celles qui forment les petites cavités de la face, nettement circonscrites par le squelette. Partout ailleurs les délimitations ne sont Jamais si précises qu’elles ne renferment un certain nombre de parties qui n’y entrent que par fractions ou par l’une de leurs extrémités. Il suffit de la moindre attention pour reconnaitre à quel point cette observation s'applique à un grand nombre de muscles et d’aponévroses au tronc et aux membres. Si l’on ajoute que, pour les vaisseaux, aqueducs ou conducteurs, l'anatomie de région ne peut jamais les considérer que par fractions, sans s'occuper de ce qu'ils étaient au dessus et de ce qu'ils deviennent au dessous, on comprendra combien peu
T. VI
est fondée l'assertion des chirurgiens qui, pour rendre plus intéressante l'étude de l'anatomie topographique, lui ont supposé, mal à propos, des avantages là où elle n’offre que des inconvénients, en présentant, contre toute logique, la région chirurgicale comme un petit organisme à part, tandis qu’elle ne se compose en fait que de parties hétérogènes, sans aucun lien fonctionnel, et retranchées arbitrairement de l’organisme pour un but d’application spéciale.
De cet énoncé il résulte que l’étude artificielle du corps par régions, isolant les diverses parties de l’ensemble et forçant à morceler les organes, sans considération de leur étendue, de leur continuité et de leurs usages, n’est, par cela même, ni anatomique ni physiologique. En est-il de même en pathologie? Oui, assurément, dès qu’une maladie est devenue assez grave pour déterminer une réaction de l'organisme, ou quand elle affecte des organes tels que les vaisseaux, qui peuvent immédiatement la transporter au loin. Toutefois, il est évident qu’au début d’une maladie, et tant qu’elle est localisée, son étiologie est mieux comprise au point de vue du lieu qu'elle affecte et des modifications qu'elle entraîne dans la texture et les rapports des parties voisines. Ainsi, une région étant déterminée, l’aine ou l’aisselle, par exemple, la nature des parties composantes suffit déjà pour mettre sur la voie des maladies spéciales qui devront s’y rencontrer : pour les os, les luxations ou les fractures; pour les vaisseaux, les diverses espèces d’anévrismes; pour les muscles, les ganglions lymphatiques et le tissu cellulaire, les abcès, les infiltrations, les kystes, les diverses tumeurs ; chacune de ces maladies se distinguant par des signes propres, et se trouvant modifiée dans ses formes et son extension par la pression des aponévroses, et dans ses complications par le nombre et l’agencement des nerfs.
C’est donc là proprement l'application de l'anatomie topographique à la pathologie. Mais, par extension, c’est dans l'application des moyens empruntés à la thérapeutique chirurgicale, ou dans les opérations, que l'anatomie topographique va se produire dans sa véritable utilité.
C’est surtout en anatomie chirurgicale qu'est importante la division de la tête en crâne et en face.