CONSIDÉRATIONS ANATOMICO-PATHOLOGIQUES SUR LE CRANE EN GÉNÉRAL
1° Cuir chevelu et couche cellulo-vasculaire. La densité de la peau du cräne et son adhérence intime avec la couche sousjacente, expliquent la promptitude et l’étendue du décollement dans les érysipèles phlegmoneux, et la dénudation par infiltration purulente à la partie déclive des plaies, même sans perte de substance. C’est à la même cause que se rattache la
forme aplatie et demi-sphérique des tumeurs du cuir chevelu, la résistance et l’enfoncement du tissu cutané accidentel qui forme les cicatrices. 2° Vaisseaux sanguins. L’abondance des vaisseaux artériels et veineux, la minceur des os, et le nombre immense d’anastomoses veineuses entre les deux surfaces du crâne par les trous et les sutures, rendent en quelque sorte solidaires l’une de l’autre les circulations veineuses extra et intra-cräniennes. Cette disposition qui facilite le dégorgement des veines cérébrales par la périphérie, et milite en faveur des saignées capillaires au pourtour du cuir chevelu, explique en sens inverse la rapidité avec laquelle les congestions cérébrales viennent compliquer celles du cuir chevelu. 3° Squelette. Le peu d’épaisseur des os du crâne, la fréquence et la gravité des compressions cérébrales, font de cette partie le siége le plus ordinaire de l'opération du trépan. Toute la surface de la voûte du cräne est accessible au chirurgien pour cette opération; néanmoins il est un grand nombre de points qu'il est de précepte d'éviter : (a) le trajet des sutures, en raison des adhérences de la dure-mère, des dentelures et des os vormiens qu'elles renferment, du grand nombre de veines communicantes qui les traversent, et pour la suture médiane en particulier, vu la présence du sinus longitudinal supérieur logé à sa face crânienne ; (b) la portion médiane inférieure du front, siége des sinus frontaux, dont l'étendue est souvent considérable, surtout chez le vieillard; (c) la surface de la portion écailleuse témporale et l'angle inférieur du pariétal, vu l’épaisseur du muscle temporal au devant, et surtout par crainte de léser les vaisseaux méningés. Toutefois, dans un cas forcé, cette opération peut encore être pratiquée avec toutes les précautions convenables, tant pour ne pas blesser la dure-mère, que pour en opérer le décollement.
Les os du crâne peuvent être malades très-longtemps et dans une grande étendue, sans nuire aux fonctions cérébrales. On a vu des cränes entiers ulcérés par la nécrose, ou épaissis par une exostose éburnée. Chez certains sujets, sans que l’on puisse accuser précisément un état maladif, les os du crâne s’hypertrophient au point d'acquérir une épaisseur énorme.