‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 4 sur 470 · OPÉRATOIRE · texte numérisé non relu

OPÉRATOIRE

bre de maladies avant ce terme fatal où il n’y a plus de ressources que dans l’action chirurgicale. Mais, par un singulier désaccord résultant du perfectionnement des études, en même temps que les occasions de voir opérer sont moins fréquentes, les jeunes chirurgiens n’ont jamais mieux appris les manœuvres opératoires. Cependant, comme il est bien difficile que tous aient été assez bien servis du hasard pour avoir vu pratiquer un assez grand nombre de fois les opérations importantes, beaucoup d’entre eux, à l'expiration de leurs études, ne sont familiers qu'avec les détails de la médecine opératoire cadavérique.

L'objet que nous nous proposons est tout autre. Bien convaincu que le jeune chirurgien ne saurait trop se former aux habitudes cliniques, c’est spécialement à ce point de vue que nous nous sommes proposé de faire dessiner les opérations. Mais ici commencent, sous le rapport iconologique, les grandes difficultés.

En principe, comme il s’agit d'apprendre à faire, et que l’on n’apprend bien qu’en faisant soi-même, toute figure de médecine opératoire doit être combinée au point de vue du chirurgien qui se voit agir lui-même. Ce principe étant admis, et le lecteur se trouvant transformé en opérateur, toute représentation bien conçue doit peindre à son œil ou exprimer virtuellement les circonstances suivantes comme déduction des rapports indiqués par la figure :

1° La position clinique du malade ;

2° Celle de la partie sur laquelle on opère ;

3° La place occupée par le chirurgien, et, en quelque sorte, son attitude ;

4° La direction de la lumière naturelle ou artificielle ;

5° La situation des deux aides de droite et de gauche de l’opérateur, et celle d’un troisième aide de face, si besoin en est ;

6° Les aides, au nombre d’un, deux ou trois, suivant la gravité de l'opération, doivent être compris dans l'exercice des fonctions réparties entre eux :

(a) Contenir les mouvements de l’opéré;

(b) Comprimer le vaisseau principal ;

(ce) Éclairer le lieu opéré, s’il est besoin ;

(d) Faire le service des instruments et des pansements.

Telles sont, à notre avis, les nombreuses conditions auxquelles doit satisfaire une bonne figure de médecine opératoire. Au premier aperçu un pareil résultat semble impossible, la disposition générale de l'opération la plus simple suffisant pour faire le sujet d’un grand tableau.

Cependant, après un mür examen, le sujet se simplifie, et on se convainc, que, si les difficultés persistent, du moins elles ne sont pas insolubles. Le tout dépend du principe général de se voir opérer soi-même, autour duquel se groupent toutes les dispositions secondaires. A ce point de vue, en effet, la situation du lecteur-opérateur étant déterminée, la figure donne la position relative de la partie opérée, et par conséquent celle du malade ; la situation des aides latéraux se réduit aussi facilement: enfin, le dessin lui-même indique la meilleure direction de la lumière naturelle ou artificielle. Nous insistons sur ces dispositions générales parce qu'elles sont d’une haute importance et trop négligées dans les cours d'opérations. Au contraire, dans un service chirurgical bien organisé, elles s’établissent avec harmonie et sans confusion; mais par cela même elles n’attirent pas assez l’attention des élèves étrangers aux hôpitaux. Il faut donc se les rendre familières, car c’est de l'habitude acquise de tout prévoir que dépend la marche régulière et jusqu’à un certain point le succès des opérations. Au reste, nous aurons soin, dans les explications des planches, de faire ressortir les détails de cette nature.

Toutefois, la disposition générale étant connue, la figure ne peut exprimer qu’un seul temps d’une opération, dont pourtant il n’est pas moins essentiel de connaître tous les autres. Cette objection est majeure, mais peut encore être résolue dans la plupart des cas. Pour les opérations similaires, qui se présentent en grand nombre, les ligatures, les amputations, les résections, etc., nous donnerons, dans une sorte de manuel opératoire, tous les temps d’une même opération, figurés dans un pareil nombre de petites plaies, sans distinction de lieu, ce qui nous permettra de varier sans inconvénients, suivant les exigences des figures, le temps choisi pour chaque opération en particulier. Pour les opérations spéciales mais régulières, telles que la cataracte, la staphylorrhaphie, etc., nous en indiquerons, par de petites figures isolées, les principales circonstances. Quant aux opérations irrégulières, les ablations de tumeurs cancéreuses, les polypes, etc., où tout est soumis à l'éventualité, l'expérience d’un fait ne pouvant rien conclure pour les autres, nous ferons dessiner un cas modèle ; mais quant aux différences qu’elles présentent, on conçoit qu’elles ne peuvent être soumises qu'à des préceptes généraux.

Dans ce mode de représentation clinique, chaque opération entraînant avec elle ses exigences, cette nécessité nous forcera de changer, suivant le besoin, les schèmes, les aspects et les attitudes, ce qui répandra beaucoup de variété dans lemode de figuration.

Comme nous l’avons dit plus haut, c’est à l’occasion des opérations régulières que nous donnerons sur la même planche l'anatomie topographique des parties sur lesquelles elle s'exerce, au point de vue spécial de l’opération elle-même. L’énumération des parties, et les diverses considérations anatomiques seront exprimées sur l'explication de planche, ce qui offre le double avantage de rendre l'étude plus facile et d'éviter dans le texte des digressions hors de propos. Il en sera de même des

instruments, qui ne seront offerts en tête du manuel opératoire qu’au point de vue de leur objet, mais dont la description sera renvoyée sur les explications des planches en regard des dessins qui les représentent.

A l’aide de ces divers moyens, et en nous ingéniant à modifier les ressources dans tous les cas particuliers, nous espérons pouvoir tirer de l’art du dessin un assez grand parti pour faciliter beaucoup l'étude de la médecine opératoire, Plus heureux que tant d’autres, auxquels a manqué l’auxiliaire d’un artiste distingué, à bon droit confiant dans le zèle et l’admirable talent de notre collaborateur M. Jacob, nous sommes assuré que nos idées trouveront en lui un interprète non moins dévoué qu'intelligent.

Cependant, nous ne pouvons nous dissimuler qu'il restera une large part où échoueront tous nos efforts. L’impossibilité de représenter à chaque fois toutes les actions du chirurgien est un obstacle tellement invincible que, pour certains esprits, rebelles aux conceptions iconologiques, il faut désespérer que l’art puisse offrir assez de ressources pour en être suffisamment compris. À la vérité, chez les personnes ainsi organisées, tous les moyens d'enseignement échouent, et même les études sur la nature, incessamment recommencées, sont insuffisantes. À cela il n’y a plus rien à dire, si ce n’est que ceux-là, et heureusement ils sont en petit nombre, se sont mis hors de leurs voies en étudiant les sciences, et surtout n'auraient pas düse faire chirurgiens.

Tel est, en résumé, le cadre de la seconde partie de notre ouvrage, la plus difficile peut-être, en ce double sens, que c'est la partie d’application, où, sans aucune intention malveillante, et naturellement excité dans un intérêt de profession, chacun exerce sa critique, et que, généralement privé d'antécédents, il faut marcher d'après ses inspirations personnelles, ignorant si d’autres conce vront les faits comme vous, et ne penseront pas, pour chaque section, que l’on pouvait faire ou plus, ou moins, ou autrement. Incertain si l'on trouvera assez de ressources pour donner à un sujet ingrat la lucidité convenable ; contraint de faire l’exposé d’une histoire contemporaine sans blesser aucune susceptibilité, l’auteur est placé dans la position la plus fausse où puisse se trouver un écrivain. En présence de difficultés si nombreuses l'esprit s’étonne, et l’on se demande si l’on a bien calculé ses forces pour un pareil fardeau. Quant à nous, il ne nous à pas fallu moins que l'engagement pris pour ne pas reculer. Heureusement qu'une semblable tâche ne serait facile pour personne! Au reste, résolu de faire une œuvre de conscience et de probité scientifiques, nous avons consacré à ce travail tous nos soins, espérant que l’on nous pardonnera notre insuffisance en considération des difficultés du sujet. Que si cet ouvrage ne répondait pas à tout ce qu'on doit en attendre; si, dans certains cas, l’on juge que nous nous sommes trompé sur les moyens, et qu'il y avait mieux à faire, nous nous consolerons en pensant que nos efforts pourront servir à d’autres plus heureux, et, du moins, il nous restera la satisfaction de leur avoir aplani les voies.

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Dans sa structure la plus générale, le corps des animaux, et en particulier celui de l’homme, représente, depuis l’ensemble jusqu’à la molécule, un système de cavités renfermées les unes dans les autres, et qui sont remplies par les organes ou leurs éléments, par des liquides, des vapeurs ou des gaz.

Ce point de vue, au premier aperçu ne semble être qu'une abstraction ou une pure abstraction de l'esprit, qui se crée à lui-même des images pour mieux comprendre, Pourtant, à l'examen microscopique, aidé de tous les moyens d’exploration, ou, en d’autres termes, à l'analyse anatomique, suivie jusqu’à ses extrêmes limites, il n’est que physiquement vrai. Dans l’histologie, nous apporterons les preuves qui établissent cette vérité pour la structure intime ou des infiniment petits. Quant à présent, n'ayant en vue que la pathogénie chirurgicale, il nous suffit qu’elle soit incontestable pour les agglomérations organiques considérées par grandes masses, c’est-à-dire pour les appareils et les organes.

Les cavités sont circonscrites ou déterminées dans leur capacité par les enveloppes organiques; mais la signification du mot enveloppe, pour être bien comprise sous le triple rapport des appareils, des organes ou de leurs éléments, a besoin d’être définie,

Tous les organes et les éléments qui les composent sont pourvus d’une enveloppe qui assigne à chacun d’eux son lieu spécial, le limite dans sa forme et son volume, et l’isole des parties voisines. La texture de l'enveloppe, d'abord trèssimple et toute spéciale pour les fractions d’un même organe, se généralise pour les organes similaires, et se modifie entre les organes dissimilaires. A ces enveloppes propres s’en ajoutent de nouvelles, communes à tous les organes d’un même appareil, disposées pour le mouvement, et d’une structure analogue dans toutes les cavités viscérales et articulaires. Enfin, dans les grandes fractions du corps, les organes se servent réciproquement d’enveloppes les uns aux autres : tels sont, pour les membres, les divers groupes musculaires superposés ; et, pour les grandes cavités splanchniques, leurs parois.

De cette disposition anatomique générale il résulte que les diverses parties, supportées, contenues et séparées entre elles, forment au point de vue physiologique comme autant de petits organismes partiels fonctionnant isolément, aussi bien l'élément organique au milieu de l’organe, que l'organe luimême ou son enveloppe, au milieu de l’ensemble. Comme conséquence, et par extension, la déviation de l’ordre physiologique, ou la maladie, devra s'offrir elle-même circonscrite au début dans une ou plusieurs loges élémentaires, ou pourra se borner à une fraction plus ou moins étendue, ou d’un organe, ou de son enveloppe.

Mais le corps animal n'aurait présenté qu'une agrégation de parties hétérogènes, il aurait manqué d’une harmonie générale, en un mot il n’y aurait point eu d'organisme, s’il n'avait existé des moyens généraux de liaison et de coordination entre ses parties. Ces moyens existent : ce sont l'appareil vasculaire et le système nerveux, agents communs de la vie, qui pénètrent partout. Dans cette machine si perméable, les vaisseaux apportent les matériaux des fonctions et des maladies, transportent souvent au loin dans leurs canaux les produits tout formés de ces dernières, en donnant lieu à d’autres maladies, et, par leurs cylindres, servent mécaniquement de conducteurs à un grand nombre d’entre elles. Les nerfs agissent à la fois comme agents incitateurs, président à la répartition du sang, et, par eux-mêmes dirigent l’exercice des fonctions, ou sont influencés par elles, et se trouvent ainsi cause première ou secondaire de leurs perturbations. Une fois la cause morbide en action, ils en transmettent l'influence, par sympathie, sur d’autres organes ou sur les tissus analogues à celui qui en a été le siége primitif; et, par les altérations que subissent les nerfs de la partie malade, le système nerveux, ébranlé tout entier, entraîne une perturbation générale, et donne lieu à une multitude de complications.

De cet énoncé il résulte que l'organisme est également curieux à étudier et fécond en apercus physiologiques et pathogéniques, sous le double aspect anatomique d'isolement et de communication inter-organiques.

Le corps humain, suivant notre aperçu, se compose d’une agglomération de cavités, de loges ou de sacs Juxtaposés, suspendus au squelette, renfermant les organes, et environnés par l’enveloppe commune tégumentaire,

Dans ce système, où nombre de parties jouent alternative-

ment les unes à l'égard des autres le rôle de contenant et de contenu, celles qui forment proprement les enveloppes n’offrant d'analogue que la forme générale membraneuse appropriée à leur usage commun, ne présentent plus, sous les autres rapports, que des différences, soit pour la configuration

spéciale et le volume, déterminés pour chacune d'elles par les organes qu’elles revêtent, soit pour la texture, les propriétés physiques et des fonctions variées qui sont celles des nombreux tissus, dont l’un des usages est de servir d’enveloppe organique.

Considérées spécialement au point de vue chirurgical d’isolement inter-organique, mais sans heurter les analogies ou les différences de composition élémentaire, de développement et de transformations qui sont du domaine de l’histologie, les enveloppes empruntent, pour leur usage commun, des tissus et des organes très-variés; ou mieux, et dans un sens plus général, tous les tissus servent alternativement d’enveloppes, les uns à l'égard des autres, ou pour eux-mêmes. On peut les diviser en deux séries : les enveloppes intérieures, dont les cavités se contiennent ou se juxtaposent réciproquement; et les enveloppes extérieures où tégumentaires, qui renferment toutes les autres.

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