‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome deuxièmeChapitre 115 sur 461 · MUSCLES DU MEMBRE THORACIQUE · texte numérisé non relu

MUSCLES DU MEMBRE THORACIQUE

Ils se divisent en muscles de l'épaule, du bras, de l’avant-bras et dela main.

MOTEURS DE L'ARTICULATION SCAPULO-HUMÉRALE.

Nous avons décrit, avec le tronc, les muscles extrinsèques de l'épaule qui, du rachis et des côtes, se rendent à l'omoplate, dont

ils gouvernent les mouvemens: les uns élévateurs et abducteurs, le trapèze, l’angulaire et le rhomboïde ; d’autres , abaisseurs et adducteurs, les pectoraux, le grand dentelé et le grand dorsal, qui agit sur l'omoplate par l'intermédiaire de l'os du bras. Les muscles intrinsèques de l'épaule, qui font mouvoir l'humérus, se divisent en trois séries: 1° Les élévateurs : le deltoide, le sus-épineux et le coraco-brachial. 2° Les abaisseurs : le grand dorsal, déjà connu , et son accessoire le grand rond. 3° Les rotateurs de la tête de l'humérus: le sous-scapulaire, le sous-épineux et le petit rond.

' ÉLÉVATEURS

DU DELTOIDE. (1)

SOUS-ACROMIO-HUMÉRAL (CHAUSS.); SUB-ACROMIO-CLAVI-HUMÉRAI, (DUMAS), M. ATTOLLENS HUMERUM (SP/IGEL) ; ELEVATOR, S. EXTENSOR HUMERI ; DELTOIDES.

Situation , configuration. Muscle épais, rayonné, triangulaire, incurvé sur lui-même, suivant ses deux diamètres , de haut en bas et d'avant en arrière, de manière à enceindre l'articulation scapulo-humérale; situé à l’extrémité supérieure du membre thoracique, où ilforme le moignon de l'épaule. 11 a reçu son nom de sa forme, que l’on a comparée assez grossièrement à la lettre A des Grecs, renversée.

Insertions, fasciculation. Ses fibres naissent, comme point fixe, suivant une ligne contournée en fer à cheval: 1° de toute la longueur du bord postérieur de l'épine de l'omoplate; 2° du contour externe de l’acromion, et en partie des attaches de la capsule fibreuse scapulo-humérale; 3° du tiers externe du bord antérieur de la clavicule. Ses épanouissemens aponévrotiques se confondent, sur les os, avec ceux du trapèze, dont l'insertion scapulaire est la même sur le bord opposé. Les longs filamens entre-croisés de ces deux muscles forment une zone blanchätre, d'où procèdent plusieurs aponévroses , dont la principale tapisse la fosse sous-épineuse. A partir de cette triple origine, les fibres charnues se dirigent toutes de haut en bas, en convergeant vers le tendon huméral comme sur un sommet commun. Les postérieures , les plus longues, inclinées obliquement d'arrière en avant ; les antérieures, obliques d'avant en arrière, et les moyennes directes sur la face externe. Dans sa masse, le muscle deltoïde est partagé en un nombre considérable de faisceaux. Albinus en compte dix principaux ; M. Cruveilhier, dix-huit ou

(1) Planches 108, 83, 62, 76.

vingt; mais, par une dissection minutieuse, il serait facile d'en trouver un beaucoup plus grand nombre. Ces faisceaux sont séparés par des lamelles aponévrotiques, qui s'étendent le plus généralement de l'insertion scapulo-claviculaire au tendon huméral, et, par leurs faces, servent d'implantation aux fibres musculaires. Ils se divisent en trois groupes : les faisceaux postérieurs font suite à une aponévrose assez large : d'abord, simplement convergens, ils se contournent inférieurement, et se revêtent, en s'inclinant les uns au-dessous des autres, pour se fixer sur le tendon huméral, de la même manière que ceux du grand pectoral ; du reste, ils sont parallèles entre eux. Les faisceaux antérieurs sont également parallèles, diminuent de longueur de dehors en dedans, et se rendent directement sur le bord antérieur du tendon. Les faisceaux médians sont les plus nombreux et les plus compliqués. Ils forment trois étages superposés irrégulièrement : ceux nés de l'acromion se terminent par un sommet effilé sur les cloisons aponévrotiques; un second rang leur succède, qui se fixe sur la naissance du tendon; le troisième rang accompagne ce tendon jusque auprès de son implantation; néanmoins quelques fascicules enjambent sur les autres, et parcourent presque toute la hauteur du muscle. Le tendon huméral qui réunit tous ces faisceaux présente une forme anguleuse en V, correspondant à la division des trois sortes de fascicules. La branche antérieure recoit les fibres claviculaires, et se continue par une lamelle aponévrotique avec le tendon du grand pectoral. Sur la branche postérieure se rendent les fibres nées de l’'épine. L’intervalle reçoit les fascicules médians. Le tendon lui-même s'implante sur l’éminence rugueuse, située à la partie externe de lhumérus, connue sous le nom d'empreinte deltoïdienne. X\ est recu dans la bifurcation de l'attache supérieure du brachial antérieur.

Connexions. Sa surface extérieure convexe, recouverte médiatement par la peau, le pannicule adipeux, l'épanouissement du muscle peaucier, et quelques filamens des nerfs sus-acromiens, est en rapport immédiat avec une mince toile fibro-celluleuse d’enveloppe, qui procède de la ceinture scapulaire et de l'aponévrose sus-épineuse, et se continue en avant et en bas avec l'aponévrose brachiale. Sa surface intérieure, concave, est également tapissée par une toile fibro-celluleuse, en sorte que le muscle, dans son entier, est renfermé dans une gaine. Cette surface recouvre l'articulation scapulo-humérale, dont elle est séparée par une synoviale et un tissu cellulaire filamenteux très abondant, de manière à glisser sans frottement. Elle revêt en outre le tiers supérieur de l’humérus, l'apophyse coracoïde, l'extrémité supérieure des deux pectoraux, du biceps, du coraco-brachial, des deux muscles ronds, des sus et sous-épineux, les vaisseaux acromiens et circonflexes. Son bord antérieur, très épais, est séparé du bord externe du grand pectoral, qui lui est adjacent, par un sillon celluleux, dans lequel rampe la veine céphalique; en haut l'espace intermédiaire s’élargit, et forme, entre les muscles et la clavicule, un creux triangulaire qui sert de passage à une artère deltoïdienne, dans lequel s'enfonce la veine céphalique, et qui trace la voie par la ligature de l'artère axillaire par le procédé de Desault. Le bord postérieur, mince en haut, où il sapplique sur le sous-épineux, épais et contourné en bas par la torsion des faisceaux qui se rendent sur le tendon, est en rapport avec le triceps brachial. L'angle où tendon inférieur, compris dans la bifurcation du brachial antérieur, est le point où s'effectue le moins de mouvement : c'est d’après cette raison qu'on l'a choisi pour y placer des cautères.

Anomalies. Présentées dans l'ordre de leur plus grande fréquence, les principales sont: 1° la division du muscle en deux portions par une scissure longitudinale (Meckel); 2° l'existence d'un faisceau qui, du bord axillaire de l'omoplate, rejoint le tendon deltoïdien (Albinus); 3° la présence d’un faisceau inverse, né du sous-épineux, et qui rejoint le bord postérieur du muscle.

Action. Le deltoïde ayant pour insertion fixe la ceinture scapulaire, maintenue par le trapèze, l’angulaire et le rhomboïde, tire sur son propre tendon huméral, et constitue par conséquent l'élévateur essentiel du bras. L'implantation de son tendon un peu en avant fait que l'élévation s'accompagne d’une légère adduction. En raison de sa forme convexe, il glisse et se réfléchit sur la saillie que lui forme la tête de l'humérus. Le bras étant élevé perpendiculairement, Bichat pense que le deltoïde peut contribuer à l'abaisser. M. Cruvcilhier n’est pas de cette opinion. Quant à nous, il nous semble que, dans ce cas, la contraction de ce muscle, déjà rendue presque impossible par le refoulement de ses fibres, n'aurait, en raison des rapports des os, d'autre effet que de faire repousser l'omoplate en bas et en arrière; mais, dès que l'abaissement est commencé par l'action du grand pectoral et du grand dorsal, la tête de l'humérus ne s'offrant plus aussi perpendiculairement par rapport à la surface de la cavité glénoïde, et le deltoïde lui-même commençant à se déplisser, le muscle peut alors concourir à l’abaissement. Quand on s'élève sur les bras, le tendon huméral devenant l'insertion fixe, le deltoïde entraîne le tronc en haut. Au reste, l’action de ce muscle, qui représente le grand fessier de l’épaule, n'est pas aussi énergique qu'il le semblerait en raison de sa masse, du nombre et de l'intrication de ses faisceaux , vu la direction désavantageuse de ses fibres, toujours parallèles au levier qu’elles font mouvoir. La réflexion du deltoïde, sur la tête humérale, semble bien avoir pour effet de contrebalancer cet inconvénient, mais pas d'une manière assez efficace.

DU SUS-EPINEUX. (1)

PETIT SUS-SCAPULO-TROCHITÉRIEN (CHAUSS.) ; SUS-SPINI-SCAPULO-TROCHITÉ- RIEN (DUMAS); SUS-ÉPINEUX (CRUV.); M. SUPRA-SPINATUS (Nonnulli).

Situation, configuration. Muscle conoïde, épais, alongé , situé à la partie supérieure et postérieure de l'épaule, dans la fosse sus-épineuse; moulé dans sa cavité de manière à se trouver compris dans un canal ostéo-fibreux, entre la surface osseuse concave et l’'aponévrose d’enveloppe, il naît: 1° par de courtes fibres aponévrotiques, de la surface de l'omoplate, à partir de son bord spinal et de la face correspondante de l'épine; 2° par quelques fibres superficielles, de la surface intérieure de l'aponévrose sus-épineuse; 3° des deux faces des minces lamelles aponévrotiques longitudinales, qui le divisent en longs faisceaux parallèles et convergens. Toutes ces fibres se rassemblent de dehors en dedans sur un tendon plat, leur sommet commun, qui passe sous la voûte de l'acromion et sous le ligament coracoacromien, et vient s'implanter sur la première des facettes du grand trochanter huméral, confondu dans sa périphérie avec la capsule articulaire qu'il traverse, adhérent, par son bord inférieur, au tendon du sous-épineux, et séparé de celui du sousscapulaire par la coulisse de glissement du tendon de la longue portion du biceps.

(4) Planches 107, 108.

Connexions. Recouvert par l'extrémité scapulaire de la clavicule, le ligament coraco-acromien, une portion du deltoïde et du trapèze, ce muscle tapisse la fosse sus-épineuse, la partie supérieure de l'articulation scapulo-humérale et les nerfs sus-

scapulaires.

Action. Le sus-épineux, tendu comme une sorte de ligament contractile au-dessus de la tête de l'humérus, semble avoir pour premier usage de résister aux puissances qui tendent à élever l'os, et, sous ce rapport, de servir d'auxiliaire actif à la voûte passive acromio-coracoïdienne. Considéré comme puissance musculaire, il élève en avant l'extrémité inférieure de l'humérus, suivant un mouvement de bascule qui fait glisser la tête de cet-os en bas et en arrière sur la cavité glénoïde. Sous ce point de vue, il est accessoire du deltoïde, mais son action ne peut être que très faible, l'avantage de son insertion perpendiculaire au levier devant se trouver presque neutralisé par la trop grande proximité du point d'appui. Ce muscle, par sa fusion avec la capsule, est un de ceux que Winlsow a ppelle articulaires. W lui attribue plus spécialement l'usage de tendre cette capsule et de l'empêcher d'être pincée entre les os dans le jeu de larticulation. Si cette observation est fondée, elle doit s'appliquer également aux autres muscles capsulaires, et ne se rapporte plus particulièrement au susépineux, qu'autant que les mouvemens s'exécutent dans sa direction.

‘DU CORACO-BRACHIAL. (1)

CORACO-HUMÉRAL (CHAUSS., DUM.); M. CORACOIDEUS (R/OLA N); PERFORATUS CASSERIT; CORACO-BRACHIALIS.

Situation, configuration. Muscle funiculaire, mince, aplati de dehors en dedans, placé à la partie interne et supérieure du bras, étendu de l’apophyse coracoïde et du tendon de la courte portion du biceps à l’'humérus.

Insertions. I procède, par un faisceau de fibres aponévrotiques et musculaires, figurant un court tendon , de l'extrémité libre et du bord inférieur du sommet de l'apophyse coracoïde, entre le tendon du petit pectoral en dedans, et en dehors, celui de la courte portion du biceps brachial, auquel il est uni. A partir de cette insertion, les Hibres parallèles descendent verticalement, mais avec une légère obliquité en dedans. Elles continuent de naître, dans l'étendue d'environ deux pouces, du bord interne du tendon de la courte portion du biceps; le muscle se renfle en cet endroit, puis descend en bas et en arrière, et vient s'insérer par un court tendon membraneux et vertical, de deux pouces de hauteur, suivant une ligne située sur le plan interne de l'humérus. La limite de cette implantation atteint environ, comine l'exprime Boyer, la partie moyenne de l'os. Winslow la fixe au tierssupérieur de l’humérus, et M. Cruveilhier, à son tiers inférieur. Le filet effilé qui ferme le muscle est reçu entre l'angle interne de la bifurcation du brachial antérieur et l'extrémité de la portion interne du triceps brachial. Il est assez ordinaire que l’aponévrose d'insertion, quise prolonge beaucoup plus haut en arrière qu'en avant, soit unie, par quelques fibres, à la courte portion du triceps.

Connexions. La face antérieure du coraco-brachial est recouverte par le deltoïde, le tendon du grand pectoral et la courte portion du biceps. Sa face postérieure revêt les tendons du

(1) Planches 111, 113, 109, 110.

sous-scapulaire, du grand dorsal, du grand et du petit ronds. Par son bord interne, il recouvre d'abord, à sa partie supérieure, puis il longe dans le reste de son étendue, l'artère axillaire, et sa continuation, l'artère brachiale, les branches qu'elles fournissent et le nerf médian. Enfin, ce muscle est traversé par le nerf musculo-cutané, d'où le nom de perforé de Cassérius qui lui avait été donné. Parfois même il est également pénétré 'par une des branches du nerf médian.

Anomalies. Dans des cas rares , au lieu d’une simple perforation, le coraco-brachial offre une division qui occupe, ou sa moitié inférieure, ou même toute son étendue. Cette scission a été trouvée indépendante du nerf musculo-cutané qui passait comme à l'ordinaire par une ouverture spéciale. (Meckel.)

Action. Le coraco-brachial élève le bras vers le plan moyen, c'est-à-dire en avant et en dedans. West par conséquent congénère des faisceaux claviculaires du deltoïde et du grand pectoral ; si le bras est porté en arrière, et tourné en dedans, il le ramène en avant, en lui imprimant un mouvement de rotation en dehors. Enfin, lorsque le bras est fixé, comme dans l'action de grimper, il refoule l'épaule vers l'humérus.

ABAISSEURS ET ADDUCTEURS DE L'HUMÉRUS.

Nous avons déjà décrit, avec les muscles du tronc, le grand dorsal et le grand pectoral, qui sont adducteurs et abaisseurs du bras; le petit pectoral, qui est abaisseur et adducteur de l'omoplate, et le grand dentelé, qui, par rapport à l'épaule, fait plus spécialement office d'adducteur. 11 ne nous reste plus qu'à donner la description du grand rond.

DU GRAND ROND. (1

SCAPULO-HUMÉRAL (CHAUSS.); ANGULI-SCAPULO HUMÉRAL ( DUM.); M.TERES, S. ROTUNDUS MAJOR.

Configuration, insertions. Muscle long, rubané, très épais, situé parallèlement au petit rond, en arrière du creux axillaire. Il naît, par de courtes fibres aponévrotiques, au-dessous du sous-épineux, d'une surface quadrilatère qui termine la face postérieure de lomoplate, au-dessus de son angle inférieur : latéralement, quelques-unes de ses fibres s'implantent sur les cloisons aponévrotiques qui le séparent du petit rond et du sousscapulaire. Composé de fibres parallèles, le grand rond monte obliquement de bas en haut et de dedans en dehors: d'abord accolé au petit rondi, il s’en écarte en montant, et passe audevant de la longue portion du triceps brachial. Autour de la saillie qu'il forme ‘en dehors, s'infléchit l'extrémité supérieure rubanée du grand dorsal. Chacun d’eux s’amincit en un tendon membraneux, large d'un pouce à un pouce et demi, aplati d’avant en arrière. Ces deux tendons s'appliquent l’un sur l’autre, et adhèrent par leurs faces adjacentes. Celui du grand dorsal reste plus antérieur et supérieur. Le tendon du grand rond, situé en arrière de l'autre, le dépasse beaucoup en bas, et se prolonge très loin sur les fibres charnues par la face intéricure. Tous deux s'implantent le long de la lèvre interne et postérieure de la coulisse bicipitale de l’humérus; mais au lieu que le tendon du grand dorsal tapisse cette gouttière, et vient y confondre ses épanouissemens fibreux avec ceux du tendon du

(1) Planches 107, 108, 109, 110.

grand pectoral, celui du grand rond reste fixé sur la lèvre de la coulisse.

Connexions. La face postérieure de ce muscle est recouverte par la peau, par le grand dorsal et la longue portion du triceps brachial. Sa face antérieure est en rapport avec le sous-scapulaire, la courte portion du biceps, le coraco-brachial, le tendon du grand dorsal, les vaisseaux axillaires et le tissu cellulaire lâche du creux de l'aisselle. Son bord interne et supérieur est en rapport avec le petit rond et la longue portion du triceps. Son bordexterne et inférieur forme, avec le long dorsal, la limite saillante du creux de l’aisselle en arrière.

Action. Le grand rond, par sa position, peut être considéré comme un faisceau du grand dorsal, qui en aurait été isolé pour s'insérer à l'omoplate. Ses usages sont par conséquent synergiques de ceux de ce dernier muscle, c’est-à-dire qu'il est abaisseur du bras en arrière et en dedans; mais en même temps, vu l'enroulement commun des tendons autour des faces postérieure.et interne de l'humérus, ces deux muscles sont aussi rotateurs de l'os en dedans, et, sous ce rapport, congénères du sous-scapulaire.

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