‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome deuxièmeChapitre 171 sur 461 · JUMEAUX · texte numérisé non relu

JUMEAUX

GASTROCNÉMIENS, de xvrun, jambe, et de yxorñe , ventre; BI-FÉMORO-CALCANIENS (CHAUSS., DUM.); GASTROCNEMEI (RIOLAN, HEISTER, WINSLOW); GEMELLI (SPIG.)

Les jumeaux constituent un seul et même corps charnu, bigéminé, épais, large, aplati d'avant en arrière, situé à la moitié supérieure de la face postérieure de la jambe.

Insertions. Xs naissent isolément, chacun par un tendon court et plat, des empreintes digitales situées, en haut et en arrière des condyles du fémur, sur les limites de l'os, et leur implan-

(1) Planches 139, 136, 137, 140, 141.

tation se continue au-dessus par un petit faisceau aponévrotique , sur une surface triangulaire rugueuse , qui remonte vers les deux lignes de la bifurcation inférieure de la ligne âpre, et s'épanouit sur les attaches de la membrane fibreuse postérieure de l'articulation fémoro-tibiale. En raison de la saillie et de la hauteur du condyle interne, l'attache du jumeau de ce côté est située plus en arrière et plus haut que l'autre; le tendon également est plus fort et plus épais. Des deux tendons procèdent des aponévroses, qui descendent et s'épanouissent sur les bords externe et interne, jusqu'au tiers supérieur de la jambe. D'abord étroits vers le jarret, les jumeaux s'élargissent , en descendant, jusqu’auprès de leur insertion inférieure, pour former l'épaisseur du mollet. Les fibres charnues affectent deux directions : les unes médianes font suite à l'implantation aponévrotique supérieure et à la partie voisine du tendon ; elles sont obliques de haut en bas, de dedans en dehors ou de dehors en dedans, de manière à converger de l’un ou l'autre jumeau vers un raphé fibreux médian, en formant un épais faisceau penniforme, vertical, saillant isolément sous la peau. Les autres fibres naissent de la face antérieure des aponévroses d'expansion des tendons, ou font suite à leur épanouissement. Obliques de haut en bas et d'arrière en avant, elles se rendent sur la face postérieure d’une autre aponévrose très résistante, qui tapisse le muscle en avant et se confond inférieurement avec celle du soléaire. Les dernières fibres de l'expansion aponévrotique postérieure s'implantent directement sur l'aponévrose du tendon d'Achille, en décrivant deux courbes à concavité supérieure, séparées au milieu par un angle rentrant, et dont l'interne descend plus bas que l'externe : elles inscrivent à l'extérieur la démarcation du mollet.

En haut, les deux jumeaux, quoique formant une masse commune, présentent, avant leur jonction, un écartement dont les deux bords convergens, convexes, tracent le triangle inférieur du losange du jarret. Après leur réunion, et au-delà, dans toute leur étendue, bien que conjoints par le raphé médian , leur démarcation est encore indiquée par le long sillon vertical, qui se termine à l'angle de réunion de leurs courbes inférieures, d'où ils s'écartent de nouveau ; tous deux font saillie en haut par les deux faisceaux convergens, et forment un plan incliné vers les faces latérales de la jambe, dans la portion de leur étendue tapissée par l'aponévrose postérieure. L'interne , qui remonte le plus haut, descend aussi le plus bas: il est également plus large et plus épais que l'externe.

Connexions. Tapissés en arrière par l'aponévrose jambière, les Jumeaux sont en rapport, par leur face antérieure, avec le ligament postérieur articulaire , l'extrémité inférieure des vaisseaux poplités et les origines des vaisseaux articulaires , les muscles poplités, plantaire grêle et soléaire. Dans le point de leur étranglement , au-dessous du jarret, les tendons latéraux , avant de s'épanouir en aponévrose, forment un rétrécissement sur lequel s’infléchissent, pour leur glissement, les tendons des muscles de la cuisse: sur le jumeau externe, le biceps, et sur le jumeau interne, les demi-tendineux, demi-membraneux et droit interne. Parfois, chez les vieillards, des os sésamoïdes se développent dans leurs tendons fémoraux, surtout dans celui du jumeau interne.

2° PLANTAIRE GRÉÊLE.

PETIT FÉMORO-CALCANIEN (CHAUSS., DUM.); EXTENSOR TARSI MINOR (DOUGL.); M. PLANTARIS (Nonnulli).

Petit faisceau charnu, fusiforme, très variable pour le volume

et la longueur, situé entre les jumeaux et le soléaire, il naît, par de courts filamens aponévrotiques, de la capsule fibreuse du condyle externe du fémur, et parfois aussi du condyle luimême, au-dessous du tendon du jumeau du même côté, audessus et en dedans de l'attache du poplité. À partir de cette origine, le faisceau charnu descend obliquement en dedans, jusqu'à la hauteur de l’arcade de passage des vaisseaux tibiopoplités au travers du soléaire, où ses fibres se rendent sur le bord d’un tendon grèle et rubané. Ce tendon continue à descendre obliquement sur la face postérieure du soléaire, de manière à traverser l'épaisseur de la jambe en diagonale; au-delà du jumeau, il s’accole sur le bord interne du tendon d'Achille, qu'il accompagne jusqu’à sa partie inférieure où sa terminaison est très variable. Chez quelques sujets, il se confond avec le tendon d'Achille; chez d’autres, il se perd au-devant du bord interne de ce tendon dans le tissu adipeux , se fixe sur les aponévroses, ou s'attache au calcanéum.

3° SOLÉAIRE.

TIBIO-CALCANIEN (CHAUSS.) ; TIBIO-PERONEI-CALCANIEN (DUM.) ; GASTEROCNEMIUS INTERNUS (SPIG., COW PER).

Situation , configuration. Alongé, vertical, épais et large au milieu, rétréci aux extrémités, ce muscle est situé au-devant des jumeaux, à la face postérieure de la jambe, dont il occupe presque toute la hauteur, de la tête du péroné au calcanéum.

Insertions, fasciculation. Le soléaire naît en haut, du péroné au tibia, suivant une ligne oblique en bas et en dedans, qui suit le bord inférieur du poplité. L'insertion péronière se fait par un fort tendon en arrière et en dedans de la tête du péroné, et se continue par des fibres aponévrotiques sur la moitié supérieure du bord externe de l'os et le tiers supérieur de sa face postérieure. Les insertions tibiales ont lieu : 1° le long de la ligne oblique poplitée; 2 ‘à une aponévrose fixée sur le tiers moyen du bord interne du tibia; enfin, entre les attaches tibiale et péronière, règne une anse fibreuse à concavité inférieure, qui donne passage aux vaisseaux tibio-poplités, et sert d'implantation aux fibres médianes du soléaire. De l’une et l’autre des insertions tibiale et péronière, procède une expansion fibreuse, dont l'interne est plus épaisse et plus large que l’externe, et dont la réunion compose l'aponévrose antérieure, très épaisse, du soléaire, divisée par un raphé médian. Les fibres naissent des attaches supérieures et de la face postérieure de cette double aponévrose, et se rendent, les unes verticalement, les autres obliquement, en arrière, sur l'origine ou la face antérieure d’une autre aponévrose très épaisse qui tapisse la face postérieure du soléaire, et naît environ à la hauteur de la partie moyenne des jumeaux. L'’aponévrose postérieure, plissée en fascicules convergens vers le bas, est également divisée en deux parties par le raphé médian fibreux, qui semble partager verticalement le soléaire, comme les jumeaux, en deux portions, d'où la dénomination de gastrocnémien interne. Vers la moitié de la hauteur de la jambe, l’'aponévrose postérieure du soléaire sert d'implantation à celle qui règne audevant des jumeaux, et aux fibres les plus inférieures de ces muscles. Au-dessous elle se rétrécit en un triangle alongé pour donner naissance au tendon d'Achille. Sur ses bords, elle donne attache à des fibres rentrantes et incurvées, qui naissent latéralement des insertions tibiale et péronière.

TENDON D'ACHILLE. Il résulte immédiatement de la jonction des aponévroses antérieure des jumeaux et postérieure du soléaire, et fait suite à cette dernière. D'abord large à la hauteur du mollet, et tourné directement en arrière, il s'alonge et se rétrécit inférieurement pour constituer le tendon proprement dit. La portion supérieure, qui fait la base du triangle, n'est d'abord qu'une aponévrose qui devient de plus en plus épaisse, conserve encore l'empreinte du raphé médian, et continue de donner attache aux fibres charnues du soléaire par sa face antérieure et ses bords. Ces fibres sont plus nombreuses et descendent plus bas sur le bord externe que sur l'interne. Le tendon proprement dit, le plus large et le plus fort de tous ceux du corps humain , aplati d'avant en arrière, descend verticalement, mais avec une inclinaison en dedans; il simplante sur une éminence rugueuse, qui occupe en travers le milieu de la face postérieure du calcanéum, et s'épanouit jusque sous la face inférieure de cet os. Au-dessus de cette insertion est une surface lisse, tapissée, dans l'état frais, d’une synoviale pour le glissement du tendon.

Connexions. Le soléaire, par sa face postérieure, est en rapport avec les jumeaux et le plantaire grêle. Il revêt par sa face antérieure une partie du tibia et du péroné, les muscles jambier antérieur, long fléchisseur propre du gros orteil, et long fléchisseur commun des orteils, les vaisseaux et nerfs tibiaux postérieurs et poplités. Ce muscle, très large au milieu des jumeaux, offre sa plus grande épaisseur au-dessous de ces derniers, où il forme la saillie postérieure de la jambe. Inférieurement, le tendon d'Achille, sous-cutané en arrière, laisse entre lui et les muscles, par sa face antérieure, un espace celluleux assez considérable, sensible au dehors par deux gouttières longitudinales placées entre ce tendon et les malléoles, et que remplissent en partie les tendons réfléchis des fléchisseurs et péroniers, et les vaisseaux qui les accompagnent.

Anomalies. Le triceps sural, ou au moins le faisceau du s0léaire, est quelquefois double. Nous avons vu un cas où le faisceau tibial, isolé de l'autre, simplantait par un tendon particulier sur le bord interne de la tubérosité du calcanéum, en dedans du tendon d’Achille, plus faible que de coutume; celui-ci faisait suite au faisceau péronier et aux deux jumeaux.

Le plantaire grêle manque assez fréquemment. C'est avec raison que Meckel relève comme inexacte une assertion de Gantzer, que ce muscle manque plus rarement que son analogue à l'avant-bras, le palmaire grêle. Probablement Gantzer aura été induit à cette opinion par une répétition fortuite de quelques cas rares.

Action du triceps sural. Ce muscle est essentiellement extenseur du pied sur la jambe. L'effort par lequel il détache le talon du sol, en soulevant le poids du corps, est favorisé par plusieurs conditions avantageuses : l'isolement des faisceaux à divers plans, leur longueur, la masse énorme de leurs fibres, leur multiplicité, leurs intrications, l'intermédiaire de plusieurs fortes aponévroses d'insertion , et enfin la direction tout-à-fait perpendiculaire de la force par rapport au levier qu'elle fait mouvoir. Toutefois, comme le pied forme un levier du second genre, dont le point d'appui est aux articulations métatarso-phalansiennes, et la résistance à l'articulation tibio-tarsienne, la brièveté de la branche calcanienne de la puissance, neutralisant une partie de la force, on s'étonne que les contractions du triceps sural soient encore assez énergiques pour les effortsauxquels

ilest soumis dans les marches forcées, le saut et le transport de lourds fardeaux. Aussi la différence entre les forces produites par une même masse musculaire est-elle très considérable entre les divers individus , suivant le plus ou moins de longueur du calcanéum en arrière. Il est remarquable que la grande longueur du calcanéum que l'on observe chez les nègres , quoiqu'elle favorise la course , soit cependant un caractère de dégradation de l'espèce humaine. Cette disposition , au reste,contre-balance, dans cette race, le peu de volume proportionnel du mollet.

L'énergie que le triceps déploie, dans un saut brusque, pour enlever le pied, situé sur un plan déclive, le talon étant plus bas que les orteils, explique les cas de rupture du tendon d'Achille et de fracture de la grosse tubérosité du calcanéum. Nous avons vu, en parlant de la structure de cet os, comment la nature, en prolongeant sous le calcanéum une bande de fibres osseuses continues au tendon, avait mis obstacle à la fracture, qui, sans cette disposition , serait beaucoup plus fréquente. Des faisceaux qui composent le triceps sural, le soléaire n’est seulement qu'extenseur du pied ; mais les jumeaux , qui s'insèrent au fémur, ajoutent à l'extension du pied une légère flexion de la jambe sur la cuisse. Lorsque le pied est fixé dans la station, le soléaire étend la jambe, en la maintenant fixement sur le pied, et les jumeaux tendent à fléchir la cuisse, mais avec un eflort assez faible , leurs insertions étant trop rapprochées du point d'appui, Quant au plantaire grêle, par analogie avec ce qu'il est chez certains animaux et avec le palmaire grêle, on doit le considérer comme un tenseur de l'aponévrose plantaire , que les conditions de fixité de cette dernière ont condamné à l'état rud mentaire : au reste, l'insertion vague de son tendon le réduit à un rôle insignifiant.

Le triceps sural est un des muscles dont le volume proportionnelestle plusvariable ; par l'inaction prokongée, il passe facilement à l'état graisseux.

DU JAMBIER POSTERIEUR. (1)

TIBIO-SOUS-TARSIEN ( CHAUSS.); TIBIO-TARSIEN (DUM.) ; TIBIAL POSTÉRIEUR (MECK.); TIBICUS POSTICUS ( AIOL.) ; NAUTICUS, S. TIBLÆUS POSTICUS (SPIG.).

Situation, configuration. Ce muscle, le plus profond de la face postérieure de la jambe , alongé, aplati, penniforme, prismatique et triangulaire sur sa coupe, épais en haut, mince en bas, occupe toute la profondeur de la gouttière postérieure de la jambe placée entre le tibia, le péroné et le ligament interosseux.

Insertions. I naît: 1° en haut, par deux faisceaux que sépare l'arcade de passage des vaisseaux tibiaux antérieurs : (a) de la face postérieure du tibia au-dessous de la ligne poplitée, au-devant du soleaire et du long fléchisseur des orteils; (6) du bord et de toute la face interne du péroné et du ligament interosseux; 2° de toute l'étendue de la face postérieure du ligament interosseux; 3° d'une aponévrose postérieure qui sépare les muscles profonds des muscles superficiels ; 4° enfin, par quelques fibres, des cloisons fibreuses latérales du long fléchisseur commun en dedans, et du fléchisseur propre du gros orteil en dehors. Nées de ces diverses insertions , les fibres convergent obliquement de haut en bas vers un raphé fibreux médian qui commence à l'extrémité supérieure, et se dirige en dedans et en avant, vers le tiers inférieur de la jambe, où il forme un tendon aplati, qui continue à recevoir obliquement les fibres péronières les plus inférieures. En bas le muscle, appliqué sur le tibia ,

(1) Planche 142.

s'insinue au-devant du long fléchisseur commun des orteils. Son tendon, placé en dedans et en avant de celui de ce dernier muscle, dont ilest séparé par une cloison fibreuse, glisse, dans une gaine synoviale qui lui est propre, derrière la face postérieure de la malléole interne, puis sur le ligament latéral interne de l'articulation tibio-tarsienne et le ligament calcanéoscaphoïdien inférieur, et s'implante sur le tubercule de l'os scaphoïde par un large épanouissement, qui se prolonge en avant sur les deux premiers os cunéiformes et les têtes des deux premiers métatarsiens. Près du point où il se fixe au scaphoïde, le tendon comprend dans son épaisseur un os sésamoïde.

Connexions. Séparé en arrière, par des aponévroses, du soléaire, du fléchisseur propre du gros orteil, et des vaisseaux tibiaux et péroniers, il est en rapport en avant avec une partie du tibia et du péroné,et l'étendue presque entière du ligament interosseux. Danslecours de son trajet, iloffre quelques arcades fibreuses pour le passage de rameaux des vaisseaux péroniers.

Action. Le jambier ou tibial postérieur, agissant par la réflexion de son tendon sur la poulie de la malléole interne, tire de bas en haut et de dedans en dehors sur le scaphoïde, et par conséquent, étend sur la jambe, le pied, dont il élève le bord interne. Il est, sous ce dernier rapport, synergique avec le jambier antérieur, et antagoniste des péroniers. Dans les cas de rupturedu tendon d'Achille, c'est le jambier postérieur quiopère le mouvement d'extension, en transformant le pied en un levier du troisième genre. Lorsque le pied est fixé, le jambier postérieur concourt à étendre ou à maintenir la jambe en arrière.

EXTENSEURS ET ABDUCTEURS

DU LONG PERONIER LATERAL. (1)

PÉRONÉO SOUS-TARSIEN (CHAUSS.); TIBI-PÉRONÉO-TARSIEN (DUM.); PERONEUS POSTICUS (RZOL.); S. PRIMUS FIBULÆUS (SPIG.); S. LONGUS (4LB.)

Situation, configuration. Long, étroit, quadrangulaire sur sa coupe, dans la moitié supérieure de la jambe, aplati de dedans en dehors, et penniforme dans la moitié inférieure, réfléchi par son tendon sous-tarsien, ce muscle est placé superficiellement sur la ligne moyenne verticale de la face externe de la jambe.

Insertions, trajet (a) sur la jambe : 1° au contour externe et antérieur de la tête du péroné et à la partie voisine dela tubérosité externe du tibia ; 2° au tiers supérieur de la face externe du péroné; 3° aux aponévroses intermusculaires externes, qui séparent ce muscle, en avant du long extenseur, des orteils, et en arrière, du jambier postérieur; 4° à une aponévrose fine, à fibres verticales, semblable à celle du jambier antérieur, et qui se termine également sur le muscle. Nées de ces diverses insertions, les fibres charnues descendent verticalement, en formant un faisceau renflé vers la partie moyenne de la jambe, où elles se rendent sur le sommet et le bord postérieur d'un tendon plat qui s'incline en arrière, en descendant, sur la face déclive du péroné. Ce tendon glisse, en formant un angle de cent degrés, derrière et sous la malléole externe, renfermé dans

(1) Planches 141, 142.

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