‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome deuxièmeChapitre 205 sur 461 · APONÉVROSES DE L'AVANT-BRAS · texte numérisé non relu

APONÉVROSES DE L'AVANT-BRAS

Plus épaisse que la précédente, l'aponévrose anti-brachiale n'offre par un aspect aussi uniforme sur ses deux faces. Elle est composée d’un grand nombre de lamelles fibreuses destinées à envelopper les muscles de l’avant-bras, variées dans leurs directions, suivant le groupe auquel elles appartiennent, mais continues à l'extérieur, les unes avec les autres, pour former une enveloppe commune. Gette aponévrose, au reste, d’aprèsles groupes des muscles qu’elle renferme, doit être décrite sur ses deux surfaces antérieure et postérieure.

Aponévrose anti-brachiale antérieure.

Elle naît : 1° en dedans, des fibres divergentes du faisceau de l'épitrochlée; 2° au milieu de la bandelette bicipitale et des fibres inférieures de l'aponévrose brachiale. Dans cette partie de son étendue, l'aponévrose forme l'enveloppe spéciale du groupe des muscles pronateurs; 3° en dehors, l'aponévrose anti-brachiale procède des lamelles de bifurcation de la cloison intermusculaire externe du bras, qui renferme le groupe des muscles supinateurs; et, plus en dehors, du bord antérieur de l'épicondyle. Les fibres aponévrotiques principales parcourent transversalement la face antérieure de lavant-bras, en formant de grandes courbes à concavité supérieure; au pli du bras, elles unissent, par une lamelle transversale triangulaire, les deux groupes pronateur et supinateur, au-devant du tendon du biceps et des gros vaisseaux, au-dessous et en dehors du trou de passage de la veine radiale sous-cutanée et de la bandelette bicipitale. Inférieurement, l'aponévrose, qui devient graduellement plus épaisse, est traversée très obliquement par les tendons du radial antérieur, et surtout du palmaire grêle, qui, de profonds, deviennent superficiels, et auxquels elle fournit une gaine spéciale vers la partie inférieure de l'avant-bras.

En avant et en dedans, l'aponévrose anti-brachiale antérieure forme, avec les os et le ligament interosseux, la grande loge de

(1) Planche 150.

contention des muscles pronateurs et fléchisseurs. Cette loge est partagée, d'avant en arrière, en trois plans, par deux lamelles transversales, tendues entre deux cloisons verticales nées du radius et du cubitus, et dont l’une sépare la première couche des pronateurs du fléchisseur superficiel, et l'autre isole ce dernier des fléchisseurs profonds. Des feuillets verticaux ou obliques en grand nombre servent à isoler les muscles les uns des autres, de manière à circonscrire autant de loges spéciales pour chacun d'eux. En dedans règne la cloison interne principale, intermédiaire entre le muscle cubital antérieur et le postérieur, et qui s'étend de l'aponévrose superficielle au cubitus. Plus en avant sont les cloisons spéciales qui complètent les loges partielles : 1° au premier plan, celles des muscles cubital antérieur, palmaire grêle, radial antérieur et rond pronateur ; 2° au second plan, en dehors, le feuillet fibro-celluleux du bord radial du fléchisseur superficiel, qui n'existe que dans la moitié inférieure au-dessous de son attache radiale ; 3° au troisième plan, un mince feuillet qui sépare l’un de l’autre les deux longs fléchisseurs. Partout les cloisons et les feuillets s'amincissent inférieurement, pour se continuer avec les gaînes d’enveloppe des tendons.

En dehors, la grande loge externe des supinateurs est coupée transversalement par une cloison qui sépare le long supinateur du premier radial, et par un mince feuillet d'isolement situé entre les deux radiaux. Le court supinateur est revêtu par une aponévrose qui lui est propre, et qui forme au-devant de sa bifurcation sur son attache radiale, en regard du tendon du biceps, une arcade fibreuse sur laquelle s'étend parfois la synoviale de glissement. Sur leurs bords, les supinateurs sont compris entre deux cloisons , qui sont la continuation des lamelles supérieures. La cloison interne, qui sépare ce groupe du brachial antérieur, vient rejoindre l'aponévrose du court supinateur et se fixe au radius; la cloison postérieure descend de l'épicondyle sur la face postérieure du radius, intermédiaire entre les supinateurs et les extenseurs.

Les deux grandes loges externe et antérieure de l’avant-bras sont encore traversées par les gaines fibro-celluleuses des vais. seaux; l'artère et les veines radiales sont pourvues, dans toute leur longueur, d'une gaîne qui suit la cloison interne du long supinateur ; les vaisseaux cubitaux n’en sont revêtus qu'inférieurement.

Aponévrose anti-brachiale postérieure.

Ayant déjà décrit à part le groupe des supinateurs, cette aponévrose ne s'étend pour nous en travers, qu'à partir de la cloison postérieure de ces muscles jusqu'à la grande cloison cubitale. Encore plus épaisse que l'aponévrose antérieure , celle-ci est également formée de fibres transversales à concavité su périeure. Dans l’espace qu'elle renferme, conjointement avec les os et le ligament interosseux , sont contenus les extenseurs, disposés sur deux plans. A l'extérieur, l'aponévrose d’envelo ppe dessine quatre loges distinctes: en haut, la petite loge de l'anconé, circonscrite par le cubitus; en dehors, le groupe vertical des extenseurs des quatre derniers doigts; au-dessous, la portion sous-cutanée des extenseurs du pouce, où l'aponévrose, dans ses fibres principales, prend une direction oblique; en dedans, la loge du cubital postérieur, point où l'aponévrose offre le plus d'épaisseur. Entre ces divers groupes , les fibres, quoique d'inclinaisons variables, se confondent en une surface continue.

Profondément, la grande loge postérieure est cou pée en travers par l'aponévrose du court supinateur et par une autre assez

épaisse, tendue entre le radius et le cubitus, et qui tapisse la face postérieure des extenseurs propres du pouce et de l'indicateur; des cloisons verticales du premier plan, l’externe placée entre les supinateurs et l'extenseur commun nous est déjà connue. Une autre, interne, très résistante, s'attache sur la partie postérieure du cubitus, entre le cubital postérieur, l'anconé et l'extenseur du petit doigt. Comme l'os est presque sous-cutané en ce point, cette cloison n'est, pour ainsi dire, que l’attache de l'aponévrose postérieure au cubitus. Un simple feuillet sépare les extenseurs communs des doigts et propre du petit doigt. Au plan profond, les long abducteur et court extenseur du pouce sont compris dans une loge commune; le long extenseur propre du pouce et l'extenseur propre de l'indicateur ont chacun une loge spéciale.

Ligament annulaire du carpe.

C'est une bandelette annulaire, large d'un pouce et demi, sorte de bracelet fibreux qui environne l'extrémité carpienne de l'avant-bras et l'articulation du poignet. Terminaison inférieure de l'aponévrose anti-brachiale, il ne s’en distingue à sa surface externe que par une plus grande épaisseur; mais, en raison de ses usages par rapport aux tendons, il mérite une description spéciale : on l'a divisé en deux segmens, antérieur et postérieur.

Le ligament demi-annulaire antérieur du carpe (1) naît, en dedans : 1° par une attache interne, de l'extrémité sous-cutanée du cubitus ; 2° par une attache externe, de l'os pisiforme de l'apophyse de l'os crochu et du tendon du cubital antérieur. Les deux faisceaux se réunissent de manière à comprendre le tendon dans leur épaisseur, et forment au-delà de son bord externe une forte bandelette à fibres transversales, qui passe au-devant des tendons fléchisseurs. Cette bandelette séparée du ligament palmaire par une arcade fibreuse, comprend dans une duplicature les tendons du palmaire grêle et du radial antérieur, entre lesquels elle donne attache, par une lamelle aponévrotique, au court abducteur du pouce; puis, au-delà du dernier tendon, elle s'attache, par sa face interne, au radius, au trapèze et au scaphoïde, et franchit sans interruption les tendons du long abducteur et du court extenseur du pouce, pour se continuer sous le nom de ligament annulaire postérieur. Par son bord supérieur, elle se continue avec l'aponévrose anti-brachiale; par son bord inférieur, elle s’unit par un feuillet celluleux avec l’aponévrose palmaire et le bord carpien du muscle palmaire cutané.

Le ligament demi-annulaire postérieur du carpe (2) forme la continuation du précédent : plus résistant que ce dernier, également formé de fibres transversales parallèles, il passe sur la face postérieure de l'articulation du poignet et sur les nombreux tendons qui la recouvrent, fixé fortement, dans ce trajet, sur la crête de l'extrémité carpienne du radius qui sépare les tendons des radiaux de ceux des extenseurs, et vient se terminer où nous avons pris le demi-anneau précédent, sur le cubitus, l'os pisiforme et lapophyse de l'os crochu. La manière dont il se conduit par rapport aux tendons postérieurs est fort remarquable. De sa face interne se dégagent de petites cloisons antéropostérieures, fixées sur les os et les ligamens, et qui séparent les gaînes synoviales de ces tendons. En comptant de dehors en dedans, on trouve successivement: 1° sur le bord externe, la gaîne dorsale qui réunit le long abductenr et le court exten-

(1) Planches 119 et 123. (2) Planches 122, 123.

seur du pouce; 2° un peu plus en dedans sur le radius, la gaîne des deux radiaux externes, d’abord simple, mais qui se bifurque presque aussitôt; 3° sur le bord opposé du radius, la grande gaîne commune des extenseurs : à sa partie supérieure , elle réunit en commun le long extenseur propre du pouce, l'extenseür propre de l'indicateur, et l’extenseur commun des doigts; mais bientôt de petites cloisons qui occupent toute la hauteur du ligament annulaire renferment dans leurs gaînes spéciales, d’une part, les deux tendons de l'indicateur, et de l'autre, celui du long extenseur propre du pouce, qui s’incurve isolément en dehors ; 4° près du cubitus, une gaine propre, incurvée en dedans, appartient à l'extenseur propre du petit doigt; 5° enfin, sur la surface postérieure du cubitus, une dernière gaîne, fortifiée en haut par une petite arcade ligamenteuse, renferme le tendon du cubital postérieur.

Développé dans l'épaisseur de l’aponévrose d'enveloppe commune, le ligament demi-annulaire postérieur du carpe se continue, par son bord supérieur, avec l'aponévrose anti-brachiale, et par son bord inférieur, avec l'aponévrose dorsale de la main.

Page 1